Mal de vivre 02.
Lorsque je me réveille, je remarque le docteur blond de tout à l'heure me fixer de ses yeux bleus.
-Réveillé ?
-Hn…
-Tu devrais sortir dans l'après – midi. Il y a quelqu'un qui peut venir te récupérer ?
-Non. Je vis seul.
-Pas de tuteur, ni de famille d'accueil ?
-Non.
-Comment ça se fait ?
-J'ai un contact dans la police.
-Un ami ?
-On peut dire ça comme ça… On ne se voit pas souvent.
-Tu vois que tu n'es pas seul.
-Ce n'est pas un lien important.
-Tu ne fais rien pour y remédier, n'est – ce pas ? Tu n'es pas du genre à aller vers les autres et à faire confiance. Tu préfères le silence et la solitude, même si elle a tendance à te peser quand tu es face à des moments de détresse…
-C'est quoi ça ?! Arrêtez de faire le psy avec moi, j'ai pas besoin de ça !!
-Tu râles beaucoup…
-J'vous ai rien demandé. Faites moi sortir d'ici. J'dois aller en cours.
Il se lève et marche en direction de la porte mais, arrivé à la porte, il se retourne et sourit de toutes ses dents.
-Tu sais Sasuke ! Ca me tient vraiment à cœur de t'aider ! Je t'aime bien et je pense que tu es quelqu'un de bien, même si tu as un caractère de cochon. Laisse – moi t'aider. Ce soir, je t'invite à manger, pour faire plus ample connaissance. 20 heures à Ichiraku Ramen, ça te va ?
-Je n'ai pas besoin de dîner avec vous.
-Allez, s'te plait, fais pas ta tête de mule !
Ce médecin n'est vraiment qu'un sale gamin… Il fait jeune… Je me demande quel âge il a… La question s'échappe de mes lèvres.
-Vous avez quel âge ?
-Ah ! Je suis content que tu t'intéresses à moi ! J'ai 25 ans. Je ne les fais pas, je sais.
-Non, pas du tout.
-Ha ha ! Tant mieux ! Je suis bien comme je suis. Bon, prépare – toi, on va se balader tous les deux.
J'acquiesce doucement.
-J'arrive dans cinq minutes !
Je hoche la tête de nouveau puis me lève. Pendant mon sommeil, la perfusion et l'électrocardiographe ont été enlevés.
Je m'habille à la va vite puis attends le docteur. Il est ponctuel. Il me fait un grand sourire puis, m'emmène dehors.
J'inspire à fond l'air frai de l'hiver. J'ai l'impression que ça fait des années que j'étais enfermé.
Naruto rigole.
-Ben dit donc, ça fait du bien de te voir avec une bonne mine comme ça ! L'air te redonne des couleurs.
-Nh.
-Tu ne sais que dire ça ?
-Non.
-Ah ouais, y'a ça aussi.
Il me blase.
-Pourquoi vous me parlez, au juste ? J'suis qu'un patient.
-Non, je sens que t'es plus que ça… Enfin, on pourrait devenir…ami, non ?
-Je ne crois pas, non.
-Pourquoi pas ?
-Pas déjà un ami flic qui me fait tout le temps la morale quand on se voit. J'ai pas besoin d'un ami toubib. Vous êtes collant et vous parlez trop.
Il rigole de nouveau.
-Sacré teigne que tu es ! Oui, vraiment, je t'aime bien.
-C'est pas réciproque.
-J'ai remarqué, pas besoin de stéthoscope.
Et en plus, il fait des blagues pas drôles. Mais, lui, ça le fait rire. Un rire clair et enfantin.
-Bref, où tu veux aller ? On va où tu veux.
-…J'en sais rien. Je ne sors jamais, d'habitude.
-Tu vas en cours et tu rentres chez toi ?!
-Oui.
-Mais t'es coincé comme gars ! Bon ! On va au parc, allez ! J'te paye une glace. Vu ta tête, je dirais…café !
-En effet.
-Je commence à bien te cerner, p'tite teigne !
-N'importe quoi. Vous voulez bien vous taire ?
-Oui, si tu arrêtes de me vouvoyer. J'ai l'impression d'avoir 40 ans !
-…d'accord.
Il m'offre un autre grand sourire.
-Ce soir, après le dîner, je t'emmène en boîte !
-En boîte ?
-Oui, tu sais, une discothèque ! Là où tous les jeunes vont se saouler, danser et faire la fête ! Tu dois pas connaître.
-Je sais ce qu'est une boîte, débile.
-Oh ! Tu m'appelles pas comme ça, débile toi – même !
Je roule des yeux en pressant mon pas.
-Tu aimes quoi comme musique ? Laisse – moi deviner…Hmm… Le classique ? Genre Mozart ?
-N'importe quoi !!
-Ben quoi ! Vu comment tu es, tu dois aimer les trucs calmes, non ?
-Oui mais, du classique… Ca me sort par les yeux.
-Alors, t'aimes quoi ?
-Le rock…
-C'est bien. Non, moi, c'est plutôt le rap et le hip hop.
-Hn.
-J'aime bien quand tu parles, Sasuke. J'ai l'impression qu'on se rapproche, pas toi ?
-Non, vo- tu es le seul à te rapprocher de moi.
-Bah, pas grave ! Tu finiras bien par me parler ! La détermination, c'est mon mot, ça !
Il court comme un gamin vers les pigeons près du camion de glace.
-Tu devrais essayer, ça fait du bien !!
-Non. Je ne suis pas débile.
-Attends deux secondes, tu prétends que je suis débile là ?
-Bien vu. C'est ton stéthoscope ?
Il écarquille les yeux avant d'éclater de rire.
-Ah, j't'adore !
-Pas moi.
-T'es mignon. Bon bref, tu prends quoi ?
-Café…
-D'acc'. Alors m'sieur, ça sera un cornet avec deux boules au café et pour moi, euh…chocolat, vanille, framboise, sauce caramel avec des m'n'ms sur le dessus, s'vous plait.
-Sale gros.
-Qu'est – ce que t'as contre les gros, corbeau de malheur ?
-Que dalle. Sauf que toi, tu me sors par les yeux.
-Ah. Pourtant j'ai pas une tête de Mozart. Dites, m'sieur, j'ai une tête de Mozart ?
Le marchand écarquille les yeux avant de hocher négativement la tête.
-Tu vois ! Ah, merci m'sieur. J'vous donne vingt yens, gardez la monnaie ! Bonne journée !
Il court vers moi et me tend ma glace dans un sourire.
-Tiens, cadeau !
-Hmpf….
-Faut que tu m'apprennes à faire des monosyllabes. Quand tu fais ton bruit de tout à l'heure, moi, ça fait : gneuh.
J'écarquille les yeux et éclate de rire. C'est un rire sincère qui sort de ma gorge. Ce gars…Il me fait rire même s'il est lourd.
Je continue de marcher en riant comme je n'ai jamais ris.
Me sentant un peu seul tout d'un coup, je me calme et me retourne. Naruto a les yeux aussi ronds que des assiettes.
-Quoi ?
-T'as rigolé.
-…ouais. Et ?
Naruto accourt vers moi et me saute dessus en me serrant très fort. Ses bras sont autour de mon cou et sa tête et niché dedans.
Je sens un liquide chaud. Il pleure… ?
-Pourquoi tu-…
-Oh mon dieu, je suis si heureux ! Tu as rigolé !! Ca me fait tellement de bien ! T'es magnifique quand tu es heureux, tu sais ?
C'est à mon tour d'ouvrir mes yeux.
-Je…merci…
Il me sourit avant de déguster son immense glace.
Je le regarde discrètement. Ce gars est un peu bête mais, il veut juste m'aider… Pourquoi est – il si attaché à moi ? Si vite en plus… Tu te sens seul, toi aussi ? T'es mal dans ta peau ?
Pourtant, il a l'air si heureux…Mais, j'ai une impression bizarre. On ne devient pas médecin sans avoir vécu quelque chose de fort… Il a peut – être côtoyé la mort, lui aussi… Il m'intrigue…
Cette joie de vivre…Ce n'est qu'une carapace, j'en suis convaincu.
