La silhouette lui était familière, désormais. Avant d'avoir fini d'ouvrir, il savait qui était derrière la porte. Il se détendit, ou du moins essaya, tentant de dessiner un sourire sur son visage. D'un signe de la main, il invita Esposito à franchir le pas de la porte.
"Javi! Je croyais que tu n'étais pas libre, ce soir?
- Parfois, il faut savoir se libérer quand les circonstances le demandent. Répondit-il en passant le seuil de la porte.
- Quand les circonstances le demandent? Répéta Richard. Que veux-tu dire?"
Il s'assirent sur le canapé du salon, Richard déposa deux verres de Whisky du "Old Haunt" sur la table basse et se tourna vers Espositio.
"Pourquoi est-ce que tu es venu? demanda-t-il en portant son verre à ses lèvres.
- Beckett m'a appelé. Elle te trouvait... Différent, pas dans ton assiette. Elle avait l'air de se faire du souci.
- Elle n'aurait pas du, tout va bien! Dit-il en essayant de prendre un ton convaincant. Mais c'était peine perdue.
- Pour un écrivain, tu mens vraiment terriblement mal. La voix d'Esposito était grave, presque trop sérieuse. Le sourire de Richard s'évanouit en un instant. Ca fait 4 ans maintenant que tu fais partie de notre quotidien, reprit Esposito, alors tu me dois bien la vérité, au moins cette fois? Pourquoi est-ce que tu es différent avec Beckett?"
Richard soupira, ses traits fatigués se creusèrent encore un peu plus. Il resta silencieux quelques instants, il ne savait pas par où commencer.
"Si ce que je vis était un livre, je réécrirais là fin et voilà ce qui se passerait. L'intrépide écrivain arriverait à conquérir le coeur de l'inaccessible détective.
-Rick, si tu essayes de me dire que tu es amoureux de Beckett, coupe court, on le sait déjà.
- On?
- Lanie, Ryan, moi. Même... Même Montgomery l'avait compris.
- A l'enterrement de Montgomery, lorsque Kate était sur le sol, je... Je lui ai dit que je l'aimais. Le moment était mal choisi c'est certain, mais je ne savais pas si je la reverrais. Je n'aurais pas voulu la laisser partir... sans qu'elle le sache. Et après cela, à l'hôpital et après elle a soutenu ne pas se souvenir de ce qui s'était passé.
- C'est ce qu'elle a dit, en effet.
- Pendant l'interrogatoire, il y a quelques jours, celui du jeune homme qui volait. Je suis arrivé le matin, je t'ai vu et tu m'as dit que Beckett était en salle d'interrogatoire. Elle ignorait que j'étais là et elle a dit "On m'a tiré dans la poitrine et je me rappelle chaque second de cet instant.""
Esposito et Richard restèrent silencieux. Seul le bruit sourd du mécanisme de l'horloge résonnait dans l'appartement. Esposito brisa le silence.
"Je connais Beckett depuis des années. Si elle a agi ainsi, ça n'est pas contre toi.
- Elle a agi ainsi parce qu'elle ne ressent pas la même chose et qu'elle ne savait pas comment l'avouer. Mentir en se taisant... Ca n'est ni courageux ni brave, seulement... Seulement lâche.
- Elle n'a jamais montré aucun signe de faiblesse. Elle a toujours été forte, déterminée, sûre d'elle. Quand tu es arrivé au poste tu as... Tu as tout déboussolé dans sa vie. Si elle a menti, ce n'est pas parce qu'elle ne ressent pas la même chose, bien au contraire.
- Alors pourquoi n'a-t-elle rien dit? Pourquoi se taire? Elle n'était même plus avec Josh.
- Et pourquoi ne lui as-tu pas redit que tu l'aimais? Mec, tu lui as dit lorsqu'elle était sur le sol, en train de se vider de son sang. Aujourd'hui elle est là, bien vivante et plus amoureuse que jam...
- Amoureuse? Coupa brusquement Richard.
- Quoi? Tu arrives encore à en douter? Tu te rappelles de la prise d'otage à la banque avec ta mère? Elle s'est démenée de toutes ses forces pour te venir en aide. Quand elle est entrée entant que paramédic, tu crois que c'était parce qu'elle avait des capacités quelconques en médecine? Elle est venue pour toi. C'est pour s'assurer que tu allais bien, qu'elle a franchi ces portes et s'est jetée dans la gueule du loup. Elle serait prête à mourir pour toi. Qu'est-ce que tu veux d'autre, comme preuve?"
Richard restait silencieux. Les mots prononcés par Esposito résonnaient au creux de ses oreilles. Esposito se leva soudain.
"Lorsque j'étais en Irak, chaque jour je voyais des gars regarder des photos ou relire des lettres. Chaque jour je les entendais raconter ce qu'ils feraient une fois rentrés au pays. Mec, la plupart du temps, le soir ils n'étaient même plus là.
- Et si elle n'est pas prête? Si c'est trop tôt?
- Mieux vaut lui dire au mauvais moment que de ne jamais lui dire. On ne connait le prix de la vie que lorsque l'on a déjà failli le payer soi-même. Beckett est un diamant à l'état brut. Avant toi, elle souriait rarement, ne faisait aucune confession et n'avait qu'une idée en tête : retrouver l'assassin de sa mère. Toi, tu as changé la donne.
- Je ne sais pas. Je ne sais pas si j'ai encore envie d'y croire. Elle savait que je l'aime, elle aurait pu me dire sans aucun risque, qu'elle ressentait la même chose pour moi.
- Rick, merde! Tu es écrivain non? Je lis pas souvent, c'est pas mon truc. Mais je sais que parfois, pour comprendre il faut lire entre les lignes. 4 ans que tu es là, ça n'est pas pour écrire des bouquins et gratter des pages de papier que tu es là, c'est pour Beckett. Et tu penses qu'elle te laisse la suivre pour tes recherches? Tu n'as jamais passé de temps avant dans un commissariat et tu as écris pourtant plein de livre. Elle sait pertinemment que tu n'es pas là pour des recherches. Et c'est pour ça, qu'elle te laisse rester. Parce que tu es là pour elle, et c'est ce qu'elle veut."
