Yakov fut peu surpris de voir Yurio entrer peu après, ses doigts pianotant sur l'écran de son gsm, la mine sombre, aussi sérieux qu'en compétition...
- Yuri, qu'as tu fait, l'interpella Yakov avec un sourire en coin.
- J'utilise les réseaux sociaux à bon escient , grogna son élève en se laissant tomber sur un banc, sur le bord de la patinoire sur laquelle se laissaient glisser les autres, inquiets et curieux…
C'est le moment que choisit Victor pour revenir, l'air toujours aussi sombre, le visage fermé, le regard perçant… Il croisa les prunelle émeraude de Yurio, lui accordant un hochement de tête pour répondre à une question silencieuse qui entre eux planait…
- Merci de l'avoir soigné, Yakov, fit l'argenté avec un sincérité troublante.
- Un patineur si talentueux ne doit pas rester dans sa souffrance, répondit froidement le russe.
- Yakov…
- Laisses moi finir, grinça son ancien coach. TU es son foutu amant et t'as pas été foutu de voir qu'il était blessé ! Tu sais le nombre de sauts qu'il a fait depuis ce matin, finissant coups après coups par une chute !
- Tu l'as laissé s'entraîner , demanda sèchement Victor.
- Il est arrivé ici avant tout le monde, était déjà sur la glace que je suis arrivé. Notre Yuri l'a sorti de là après une énième chute, grinça le plus âgé des coach.
- Hier soir j'avais un vieil ami à voir, Yuri était seul après son entraînement. Je ne sais pas qui a pu faire ça ni... où… finit par expliquer Victor avec regret. Il peut aller où bon lui semble, je pense qu'il a fait une ballade et une mauvaise rencontre...
- Je sais moi, intervint Yurio en brandissant son smartphone.
Les deux coachs se trouvèrent face à une vidéo faisant le buzz en ligne, sur rutube, youtube et twitter disant : La médaille d'argent du patin mondial, agressée !
On y voyait Yuri, marchant sur un pont, mains dans les poches, ses lunettes retirées, ses cheveux ramenés en arrière pour l'entraînement. Il semblait se promener, simplement. Un groupe de trois individus lu tomba dessus, tous de forte carrure, l'injuriant en russe ou dans un anglais haché, lui reprochant sa présence sur le territoire, crachant leur xénophobie, leur mépris… Le premier coups fut porté à l'estomac, le second entre les omoplates le fit tomber… Les coups s'enchaînèrent ensuite… C'était hier soir, à deux minutes de la patinoire… Un fan avait dû filmer, trop peureux ou faible pour oser porter secours au jeune japonais… Honteux… Humain...
- En faisant arrêt sur l'image et en zoomant, j'ai les visages de ces trois ploucs, grogna Yurio avec satisfaction.
Victor semblait pensif. Après l'excès de colère dont il avait fait preuve dans leur appartement ,il ne voulait pas exploser en public. Une colère sourde le gagnait alors qu'il se posait mille questions… Il eut un sourire narquois, faisant frémir d'appréhension Yakov, et dit :
- J'ai quelques amis à rencontrer, gardez Yuri à la patinoire, St Petersboug est trop dangereuse pour lui seul.
- Dis moi que tu ne vas pas faire ce à quoi je pense, soupira son coach.
- Je le fais en toute légitimité, commenta froidement Viktor en disparaissant derrière la double porte de verre.
- Et je devrais évidemment te couvrir, grinça le coach, mi ennuyé, mi amusé.
Dans la pièce servant d'infirmerie à l'équipe de patinage russe, le jeune Yuri revenait à lui avec un gémissement de douleur. Il quitta le lit sur lequel il reposait, se dirigeant d'un pas incertain vers la porte afin de sortir de là… Il avait trop dormi, il le sentait à ses côtes presque indolores grâce à la crème de Yakov. Il lança un coups d'œil au couloir, étonné mais rassuré de ne voir personne. Il se laissa entraîner vers la patinoire, décidé à poursuivre son entraînement. A peine eut-il mis pied sur le bord qu'il fut interpellé :
- Katsubon ! Qu'est ce que tu crois faire ?
- Euh… Je…
- Je te raccompagne et ce n'est pas discutable ! Hors de question que tu poses un pieds sur la glace aujourd'hui !
- Mais Yurio… Je…
- Tu oserais discuter ? Tu tiens à ce que je te traîne chez toi ?
- C'est bon, je vais prendre mon sac, grinça Yuri avec humeur et résignation.
A peine furent-ils dehors que ce fut le chaos. Le russe jura, pesta, tentant de traîner son concurrent et ami loin de la folie des photographes et reporters.
- Que… s'étrangla Yuri alors que milles micros hurlaient des questions, réflexions et informations… Non… Une vidéo tournait… Le montrant… Victime de ses agresseurs… La veille… On l'avait vu… On ne l'avait pas aidé… On l'avait vu… Filmé… Pas aidé…
On lui hurlait des questions, des réflexions, des commentaires… Il avait mal en pensant à son impuissance, à sa malchance, à sa douleur sur ce pont...
Son souffle était court, sa vue se brouillait, ses mains tremblaient, ses jambes peinaient à le porter… Il sentit la prise ferme de Yurio sur ses épaules, l'emportant… Yuri n'était plus qu'une ombre…
- Le monde n'agit que lorsqu'il sent que l'injustice à laquelle il assiste est intolérablement visible … Les russes n'attendent que de voir un dérapage trop flagrant pour oser, enfin, descendre dans les rues et critiquer le gouvernement en place. C'est aberrant, navrant et aberrant, disait un reporter qui, au lieu de poursuivre et faire filmer le japonais troublé faisait filmer la foule de journalistes et fans qui s'indignaient… Ceux là osaient s'indigner maintenant seulement… Si longtemps après l'ascension au pouvoir de ce premier ministre radical de droite…
Alors alors ? Qu'en pensez-vous ? En tout cas merci d'avoir lu ! J'espère que la suite vous plaira ! ! ! !