Le lendemain, Sasuke me demanda de le rejoindre dans un coin isolé de la cour du lycée, là où personne ne pouvait nous voir. « Tu es prête à prendre ta revanche ? » m'interrogea-t-il avec un sourire en coin. Je répondis par l'affirmative, plus déterminée que jamais. Mon ami me rapprocha alors de lui et glissa un objet dans ma main. Je crus d'abord rêver en sentant le métal dur et froid contre ma peau, mais je réalisai vite que c'était bien un pistolet que Sasuke m'avait fourni. Il y avait encore quelques semaines, j'aurais étais terrifiée rien qu'à l'idée de tenir une arme à feu et son simple contact aurait été comme une brûlure. Mais tout était différent avec Sasuke. Il avait attisé ma colère et ma soif de vengeance était palpable. Je savais qu'il l'avait fait pour mon bien. Ivre de ses belles promesses, j'empoignai l'arme à feu avec confiance. Je la tenais au poing, bien en évidence, un large sourire sur les lèvres et une lueur que j'espérais inquiétante dans le regard. Je devais faire naître la peur dans leur cœur. Ils devaient payer. Tous.
Je quittai le coin sombre dans lequel nous nous trouvions après avoir croisé une dernière fois le regard noir de mon ami. Dans la cour, mes chers camarades me regardaient bizarrement. Peut-être se demandaient-ils si mon arme était une vraie ou si ce n'était qu'un vulgaire jouet. Ils s'écartaient tous sur mon passage et baissaient la tête. Les rôles étaient inversés ; j'étais la méchante et eux étaient les pauvres victimes sans défense. Cependant, ils ne semblaient pas encore avoir peur. Lorsque je franchis les portes donnant sur le hall de l'établissement, les chuchotements fusèrent : « T'as vu, c'est Désirée la folle-dingue ! », « Elle croit nous faire peur avec son pistolet en plastique ? », « Quelle nulle, franchement ! »
Ils ne me prenaient pas au sérieux.
Et ils allaient amèrement le regretter.
Je m'arrêtai au milieu du hall et tirai aux pieds d'un groupe d'élèves. Ils comprirent enfin que je ne jouais pas et ils se mirent tous à hurler. Ils se précipitèrent vers la sortie en se bousculant et en se marchant dessus. C'était géant. Je n'avais jamais ressenti ça auparavant. Je me sentais…supérieure. Respectée. Mais ce n'était pas fini. J'étais plus en colère que jamais. Et il y avait quelqu'un à qui je devais absolument donner une correction. Je me dirigeai donc vers une salle de classe bien précise. Celle où il se trouvait. Kiba Inuzuka. Le garçon à qui j'avais un jour avoué mes sentiments et qui m'avait depuis lors plus humiliée que n'importe qui ne l'avait jamais fait. Je fendis le troupeau qui s'était formé dans la pièce et tirai sur lui. Une seule et unique balle qui atteignit sa cible en pleine tête. Le sang gicla sur les murs immaculés. Je pris le temps de regarder son corps tombé sur le sol blanc recouvert de gouttelettes écarlates.
La folie s'était emparée de mon corps. Je ne voulais pas tuer, juste faire peur. Mais je ne contrôlais plus rien. Ce fut tel un pantin que je sortis de la salle et que je me mis à tirer à tout-va. « Lâchez votre arme ! » entendis-je un homme crier. Les policiers étaient déjà là. Ils eurent un mouvement de recul lorsque je me tournai vers eux. « On ne te veut pas de mal. On veut juste discuter avec toi au calme de tout ça. Tu as besoin d'aide. Pose ton arme à terre. » Grossière erreur. Je n'avais d'ordre à recevoir de personne ! J'en avais plus que marre d'obéir ! Je pointai mon pistolet sur l'un d'eux et tirai une nouvelle fois. Cependant, une détonation suivit tout de suite après. Et je sentis une vive douleur dans ma poitrine. Le sang coulait à flot de ma blessure tandis que je tombais lourdement face contre terre. Je sentais la vie me quitter petit à petit et ce fut vers Sasuke que mes dernières pensées se tournèrent.
« Est-ce que je peux m'assoir à côté de toi ? »
Je clignai des yeux à plusieurs reprises, prenant conscience que je m'étais assoupie. Je me redressai et observai le garçon qui m'avait posé cette question. Il semblait attendre ma réponse depuis quelques minutes déjà. Je lui répondis faiblement par l'affirmative et m'excusai de ne pas l'avoir entendu plus tôt. « Oh, ce n'est rien, ne t'en fais pas ! » Le garçon prit donc place à mes côtés et, au bout de quelques minutes à me lancer des petits regards en coin, il finit par ajouter : « Tu sais, ça fait un moment déjà que j'hésitais à venir te parler. Tu es vraiment belle, à mon sens, quoi qu'en dise les autres. Et très intelligente, aussi ! J'aime beaucoup admirer la lueur de fierté qui brille dans ton regard lorsque la réponse que tu donnes au professeur s'avère être la bonne ou bien lorsque ta copie de contrôle affiche une énième note frisant la perfection. Mais tu ne m'as jamais remarqué… Et comme je me sais maladroit, parfois même un peu rustre, je n'osais pas t'aborder. Tu sembles tellement fragile ! Comme si, emprisonnée dans ton utopie rêvée, tu menaçais de te briser au moindre contact avec le monde réel. Mais j'ai toujours gardé espoir qu'un jour, tu me prennes sur le fait, quand je te dévore du regard… » Il acheva son monologue avec un petit rire gêné. Remarquant certainement mes joues rougies par l'embarras et mon absence de réaction, il s'empressa d'ajouter : « Tu dois certainement me prendre pour un fou ou un harceleur mais c'est juste que ton comportement détaché m'a toujours intrigué et j'ai longtemps rêvé de pouvoir te parler. Je sais que tu souffres et que ça fait longtemps que j'aurais dû te dire tout ça. J'espère qu'il n'est pas trop tard pour qu'on devienne ami. » Sa moue triste et son regard désolé achevèrent de me sortir de mon état de choc. Je lui adressai un petit sourire timide, les joues toujours bien échauffées, et lui répondis que j'espérais de tout cœur pouvoir lui faire confiance. « Oh ça oui, tu peux compter sur moi ! Je ferais tout pour que tu sois heureuse, comme un véritable ami ! En fait, moi c'est Darui ! » Son air enjoué me réchauffa le cœur et c'est avec mon plus beau sourire que je lui donnai mon nom : Sakura.
Au final, peut-être est-il plus sûr de rester bien ancré dans la réalité. Ce jour-là je m'étais assoupie et assimilée au personnage principal d'un livre que je venais de lire. Et l'expérience, bien qu'imprévue, ne serait pas à retenter. Je ne suis plus seule après tout, ce n'est plus la peine que je m'invente un ami imaginaire. Darui est là. Darui et sa peau bronzée qui luit sous la lumière du soleil. Darui et ses bras musclés qui m'étreignent depuis ce jour avec assurance. Darui et son regard empli de chaleur et de douceur qui ne se pose que sur moi. Il est mon premier ami, la première personne à m'accepter réellement telle que je suis. Il est devenu ma raison de vivre, mon guide pour apprendre à apprécier non plus seulement le monde spirituel, mais également le monde physique.
Grâce à lui, aujourd'hui, je renais.
Voilà, voilà, j'espère que vous avez apprécié malgré le côté un peu glauque de l'histoire ^^' Pour ma défense, j'étais vraiment dans une mauvaise passe et je ne sais pas si c'est pareil pour vous, mais j'ai aussi tendance à vraiment me laisser emporter quand je lis un livre. A chaque bouquin qui passe entre mes mains, je deviens littéralement le personnage principal.
Aussi, le fait d'associer Sakura à Darui est peut-être un peu décalé, mais j'ai trouvé ce mec troooop classe dès qu'il est apparu dans le manga et depuis, je rêve d'une fanfiction Sakura/Darui *-* (Si quelqu'un pouvait avoir la gentillesse d'en écrire une…)
Bref, n'hésitez pas à partager votre avis si l'envie vous en prend, j'aimerais beaucoup avoir l'occasion de m'améliorer !
