100 Jours en enfer
Chapitre 2 :
La plupart des enfants se contentent d'une seule console de jeux. Sideswipe, lui possédait toute les machines disponibles sur le marché, tous les jeux et tous les accessoires imaginables. Un PC, un lecteur MP3, un Nokia, une télé 16/9 et un graveur de DVD. Il n'en prenait aucun soin. Lorsqu'un appareil rendait l'âme, il s'en procurait un autre, tout simplement. Huit paires de Nike. Un skateboard dernier cri. Un vélo à six cents livres. Des centaines de jouets sophistiqués. Quand sa chambre était en désordre, c'était comme si une bombe venait d'exploser dans un magasin Toys'R'Us. Si Sideswipe possédait tout cela, c'est parce que Elita One vivait d'escroqueries. Depuis son salon, tout en se gavant de pizzas devant les séries télé de l'après-midi, elle dirigeait un réseau de voleurs qui pillaient les grands magasins. Elle ne prenait jamais part à ces méfaits. Elle se contentait de noter des commandes et de communiquer des ordres à ses complices. Elle surveillait ses arrières. Elle se tenait à l'écart des stocks de matériel volé et changeait fréquemment de mobile pour éviter que les gardes de Cybertron ne traces ses appels.
Sideswipe n'était pas retourné à l'école primaire cybertronnienne depuis la fin du CM2, avant les vacances d'été. Quelques mères de famille bavardaient devant le portail.
Une autobot : comment va ta mère ? demanda l'une d'elles
Sideswipe : elle cuve, répondit-il d'un ton amer.
Elle venait de le chasser de la maison, et il n'avait aucune envie de la ménager. Les femmes échangèrent des regards entendus.
Sideswipe : Je cherche le dernier Call of Duty pour Playstation 2. Elle peut me trouver ça ?
Il haussa les épaules.
Une autobot : Evidemment. Cinquante pour cent du prix public, en liquide.
Une autobot : Tu t'en souviendras ?
Sideswipe : Non. Notez-moi ça sur un bout de papier, avec votre nom et votre numéro de téléphone. Je ferai passer la commande.
Les mères de famille s'exécutèrent en jacassant. Des baskets, des bijoux, des voitures radiocommandées.
Une autobot : Il me faut ça pour mardi, exigea l'une d'elles.
Sideswipe n'était pas d'humeur.
Sideswipe : Si vous avez des précisions à apporter, mettez-les par écrit. Je ne peux pas me souvenir de tout.
Lorsque la cloche sonna, un flot d'enfants déferla hors de l'école. Cyberwarp, neuf ans fut la dernière à quitter l'établissement. Elle gardait ses mains enfoncées dans les poches de son bomber. Son jean était taché de boue. Elle avait passé l'heure du déjeuner à jouer au football avec les garçons. Elle ne vivait pas sur la même planète que les autres filles de son âge. Elle ne possédait pas une seule robe. Elle avait passé ses Barbies au micro-ondes à l'âge de cinq ans et, lorsque deux possibilités s'offraient à elle, elle choisissait toujours la troisième.
Cyberwarp : Je hais cette vieille chouette, lâcha-t-elle en se plantant devant Sideswipe
Sideswipe : Qui ça ?
Cyberwarp : Miss Arcee. Elle nous a collé une interro de maths. J'ai fini tout les opérations en deux minutes, mais elle m'a forcée à rester assise, à me tourner les pouces, en attendant que les autres débiles terminaient leurs additions. Elle ne m'a même pas autorisée à aller chercher mon bouquin aux vestiaires.
Sideswipe se souvient que Miss Arcee se comportait de la même manière lorsqu'il était dans sa classe, trois années plus tôt. Elle lui donnait l'impression d'infliger des punitions aux élèves qui se montraient trop brillants.
Cyberwarp : Qu'est ce que tu fais ici ? demanda Cyberwarp
Sideswipe : Maman est encore bourrée
Cyberwarp : Mais elle n'a pas droit de boire à cause de son opération.
Sideswipe : Je sais. Qu'est-ce qu'on peut faire ?
Cyberwarp : Et toi, tu n'es pas au collège ?
Sideswipe : Je me suis battu. Ils m'ont renvoyé.
Cyberwarp secoua la tête mais ne parvint pas ç réprimer un sourire.
Cyberwarp : Et une bagarre de plus. Sa fait trois ce trimestre si mes souvenirs sont bons.
Sideswipe préféra ne pas s'attarder sur le sujet.
Sideswipe : J'ai une bonne et mauvaise nouvelle. Par quoi je commence ?
Cyberwarp haussa les épaules.
Cyberwarp : Je m'en fous. Allez, vide ton sac.
Sideswipe : la mauvaise, c'est que ton père est à la maison ? La bonne, c'est que maman m'a filé du fric pour acheter à dîner. Il devrait s'être barré à notre retour.
Au fast-food, Sideswipe s'offrit un menus double cheese-burger. Cyberwarp n'avait pas très faim. Elle commanda des oignons frits et un coca, puis s'empara d'une poignée de sachets de Ketchup et de mayonnaise. Tandis que son frère engloutissait son dîner, elle les déchira et en vida le contenu sur la table.
Sideswipe : Pourquoi tu fais ça ? Demanda-t-il.
Cyberwarp : En fait, répondit-elle, l'air absent, en mélangeant les deux ingrédients avec les doigts, je dois dessiner un smiley. Il en va de la survie du monde libre.
Sideswipe : Tu réalises que quelqu'un va devoir nettoyer tout ça ?
Cyberwarp : M'en fou, répliqua-t-elle, le visage fermé.
Sideswipe avala la dernière bouchée de son cheese-burger puis, ne sentant pas rassasié, lorgna vers les oignons de sa sœur.
Sideswipe : tu les finis pas ?
Cyberwarp : Prends-les si tu veux. Ils sont froids de toute façon.
Sideswipe : Il n'y a rien à manger à la maison, Cyberwarp. Tu ferais mieux d'en profiter.
Cyberwarp : Je n'ai pas faim, dit Cyberwarp. Je me ferai des sandwiches, plus tard.
Sideswipe adorait les sandwichs de Cyberwarp. Ils étaient démentiels. Nutella, miel, sucre glace, sirop d'érable, pépites de chocolat. Peu importaient les ingrédients, pourvu qu'ils soient sucrés, en quantité industrielle, que le pain soit croustillant, la garniture chaude, collante et épaisse. Ces spécialités valaient la peine de se brûler les doigts.
Sideswipe : D'accord, mais t'auras intérêt à nettoyer la cuisine. La dernière fois, maman a failli devenir cinglée.
Il faisait nuit lorsqu'ils tournèrent au coin de la rue où ils vivaient. A peine s'y étaient-ils engagés que deux garçons bondirent au-dessus d'une clôture. L'un d'eux plaqua Sideswipe face à un mur, puis lui tordit le bras derrière le dos.
Un élève autobot : Salut mon pote, murmura-t-il, la bouche collée à son oreille. Je t'attendais avec impatience.
L'autre garçon autobot ceintura Cyberwarp, puis colla une main sur sa bouche pour étouffer ses cris. Sideswipe s'en voulait d'avoir été aussi stupide. Il s'était inquiété de la réaction de sa mère, du directeur du collège et de la police, mais il avait oublié que Strongarm avait un frère de seize ans. Steeljaw était le chef de la bande de voyous qui régnait par la terreur sur le quartier de Sideswipe. Ils cassaient des voitures, détroussaient les passants et n'hésitaient pas à faire usage de leurs poings. Il valait mieux baisser les yeux sur leur passage. Ceux qui avaient faire à eux pouvaient s'estimer heureux de s'en tirer avec une paire de gifle et quelques pièces de moins dans leur porte-monnaie. Aux yeux des membres de ce gang, il n'y avait pas pire offense que de s'en prendre à l'une de leurs sœurs. Steeljaw écrasa le visage de Sideswipe contre la brique.
Sideswipe : prépare-toi à souffrir à ton tour.
Sideswipe sentit le sang couler le long de sa joue. Toute résistance était inutile. Steeljaw aurait pu le briser comme une brindille.
Steeljaw : tu as peur ?
Sideswipe resta muet, mais ses tremblements étaient éloquants
Steeljaw : File-moi ton fric.
Il lui rendit ce qui restait de ses quarante livres.
Sideswipe : Ne fait pas de mal à ma sœur, je t'en supplie.
Le garçon autobot tira de sa poche un couteau.
Steeljaw : la mienne est rentrée à la maison avec huit points de suture au visage, dit Steeljaw. Heureusement pour vous, charcuter les petites filles ne m'amuse pas.
Il trancha la cravate de Sideswipe, coupa les boutons de sa chemise et déchira ses jambes de pantalons de haut en bas.
Steeljaw : prépare-toi à vivre les jours difficiles. On va se revoir souvent, toi et moi.
Sur ces mots, il le frappa à l'estomac puis disparut dans l'obscurité en compagnie de son complice. Sideswipe s'était déjà fait corriger par Sentinel, mais jamais il n'avait reçu un coup aussi violent. Il s'effondra sur le trottoir. Cyberwarp s'accroupit à ses côtés et, sans manifester la moindre pitié, lui demanda :
Cyberwarp : c'était un accident. Je voulais juste lui faire peur.
Cyberwarp se redressa, tourna les talons et se dirigea vers la maison.
Sideswipe : Aide-moi à me relever. Je ne peux pas marcher.
Cyberwarp : Tu n'as qu'à ramper, fumier.
Mais au bout de quelques mètres, elle réalisa qu'elle ne pouvait se résoudre à abandonner son frère, même si c'était un parfait crétin. Elle rebroussa chemin puis, tant bien que mal, l'aida à se traîner jusqu'à la maison.
