"Take a little time, walk a little line
Get the balance right
Give a little love, gimme just enough
So that I can hang on tight
We will be alright, I'll be by your side
I won't let you down
But I gotta know no matter how things go
That you will be alright
You're just the one that I've been waiting for
I'll give you all that I have to give and more
But don't let me fall, don't let me fall"
Paroles, Don't let me fall
Kurt prit une large inspiration. Okay, il pouvait le faire. Non, il devait le faire. Il frappa à la porte du motel. La porte s'entrouvrit et un œil bleu apparut.
A moins d'un mètre quinze du sol.
- Bonsoir, annonça Kurt.
L'œil bleu fixait Kurt.
- Euh, je … je cherche Sam. Sam Evans ?
Toujours aucun sourcillement de la part de l'œil.
Kurt fouilla dans sa poche et en sortit un morceau de papier.
- Chambre 78. Famille Evans. Je ne me suis pas trompé ?
- STACY ! Combien de fois t'ai-je dit de ne jamais, jamais ouvrir la porte ? Fit une voix masculine derrière la porte. Qui est - La porte s'ouvrit sur Sam. Oh, Kurt.
- Bonsoir Sam. Je voudrais te parler si ton cerbère m'autorise à entrer.
Sam rit et ouvrit complètement la porte.
- Entre, que je te présente. Le cerbère, qui ferait bien de se rappeler qu'il n'a pas le droit d'ouvrir la porte d'entrée, est Stacy et …
Sam désignait le petit garçon qui était assis sur le lit et regardait la télévision, bouche ouverte, n'ayant même pas remarqué que quelqu'un était entré.
- … et notre intoxiqué aux ondes hertziennes, c'est Stevie. Hey, Stevie, viens par ici dire bonsoir.
Le soupir que le gamin poussa devait avoir été entendu dans tout l'Ohio mais il obéit à son grand frère et descendit du lit. Il vint se presser contre les jambes de Sam et leva des yeux curieux vers Kurt.
- Stacy, Stevie, je vous présente un ami à moi, Kurt.
- Bonjour Stacy (Kurt s'était agenouillé devant les deux mini répliques de Sam : blonds comme les blés, yeux bleus lavande. Leur bouche en revanche était plutôt normale).
Kurt déposa un rapide baiser sur le dessus de la main de Stacy qui se mit à glousser et se cacha dans la veste de Sam.
- Ooooooooooooooooooooooh, il fait comme à la télé dans ce film avec la princesse, s'écria Stevie, soudainement tout excité. Viens, je vais te montrer ! Il prit la main de Kurt et l'entraîna vers le lit (sous le regard amusé de Sam). Stevie le poussa gentiment sur le matelas et s'installa près de lui, assis en tailleur. Là, là, regarde …
Kurt sourit. C'était la rediffusion d'un classique.
Sissi.
Sur l'écran, se tenait une Romy Schneider aux seize printemps resplendissants. Devant elle, Karlheinz Böhm, visiblement complètement enamouré, agenouillé, faisait sa déclaration.
- C'est une belle histoire d'amour, murmura Kurt.
- Huhu, fit Stevie qui ne quittait pas l'écran des yeux. Ils sont siiiiiiiiii romanciers.
- Romantiques, Stevie, roman« tiques » pas romanciers, le corrigea Sam.
- C'est ce que j'ai dit ! T'y connais rien d'abord, répondit le petit garçon sur un ton grognon, toi tu aimes que le foot et la musique qui fait beaucoup de bruit, t'aime pas la romancerie.
- Oui, mais maintenant, y peut plus en jouer de la musique, ajouta Stacy qui était venue rejoindre son frère près de Kurt.
Kurt fronça les sourcils.
- Ah bon, pourquoi ?
Stacy haussa les épaules.
- Il a plus de guitare.
Kurt leva les yeux vers Sam. Ce dernier évita son regard.
- Tu l'as déposée chez Lev's Pawn ou chez Brice Pawn (3) ?
- Brice, répondit Sam du bout des lèvres.
Kurt hocha juste la tête. Il était temps qu'il explique pourquoi il était là. Enfin, peut-être pas trop directement mais …
- Tu sais, les rayures ne sont vraiment pas flatteuses sur toi, lâcha t-il en jetant un regard dédaigneux au polo que portait Sam. Donc, parce que je suis un véritable ami et que tu as vraiment besoin d'un petit … disons, d'un gros coup de main, je te propose une petite séance de relookage Hummelien.
- Ah, ça explique peut-être les deux cartons qui sont devant la porte ?
Kurt sourit.
- Félicitations ! Les produits de coloration ne doivent pas être aussi nocifs que le disent les spécialistes si ton cerveau est encore capable de faire des déductions aussi brillantes.
Sam se renfrogna.
- Pour la énième fois Kurt, je ne colore pas mes cheveux, marmonna t-il entre ses dents.
- Si, si, si ! Se mit à crier Stacy qui sautait sur le lit en pointant son grand frère du doigt. Ouh le menteur ! Tu utilises même la bouteille de maman, c'est elle qui l'a dit.
- Oups, répliqua Kurt en riant. La vérité sort de la bouche des enfants. Allez, viens par ici ma chérie, nous allons voir ce que nous pouvons faire pour ton grand frère.
Kurt prit Stacy dans ses bras et la déposa par terre.
- Stevie, est-ce que tu veux nous aider ?
- M'oui, répondit Stevie sans grand enthousiasme.
- Nous allons transformer Sam en superbe Prince Charmant, précisa Kurt.
- Oh, OUI cria Stacy qui tirait sur la main de Kurt. Le Prince Sam ! Vite, vite.
Stevie fronçait les sourcils (mais il avait quitté la télévision des yeux, ce que Kurt prenait pour un demi-succès).
- Un Prince ? Demanda t-il sur un ton suspicieux.
- Oui, la version des temps modernes, lui répondit Kurt. Il se pencha vers le petit garçon qui les avait rejoints, Stacy et lui, près de la porte d'entrée, et lui prit la main. Tous les trois, nous serons les bonnes fées et nous allons transformer ce pauvre, pauvre crapaud …
- Hey ! S'exclama Sam sur un ton faussement indigné.
- … en un superbe jeune homme, particulièrement séduisant et élégant. Alors, vous êtes avec moi ?
- OUI ! Répondirent en cœur les deux enfants en claquant des mains.
- Parfait ! L'opération Sam Charming peut donc commencer !
Une demi-heure plus tard, Sam se tenait debout, immobile devant Kurt, stacy et Stevie qui, tous les trois assis sur le lit en tailleur, l'examinaient de la tête au pied.
- Okay, là, je commence à me sentir vraiment, vraiment mal à l'aise, marmonna t-il.
Il portait une des vestes de Kurt, dans les tons marrons, un motif floral (du moins ça y ressemblait pour Sam) sur l'épaule, un jean (vraiment, vraiment serré … on devait certainement voir la marque de son boxer) « anthracite » (« Sam, le monde n'est pas bicolore, il existe un dégradé de gris entre le blanc et le noir tu sais et ça, c'est anthracite » avait soupiré Kurt. « Oui, c'est vrai ça », avait surenchérit Stevie, « c'est presque noir mais pas tout à fait, hein Kurt ? ». Gah, trahi par son propre sang !), et un polo bordeaux. Ou pourpre. Ou autre chose mais Sam n'avait pas franchement retenu.
- Huhuhuhu, le Prince Charmant est prié de se taire tant que ses bonnes fées n'ont pas terminé leur tour de magie, annonça Kurt un doigt sévère pointé vers Sam.
Il se tourna vers ses « deux assistants ».
- Alors, qu'en pensez vous ? Un doigt posé sur ses lèvres, il émit un petit « tututututu » avant de reprendre. Il y a quelque chose qui cloche, mais je n'arrive pas à mettre le doigt dessus.
- Il est très beau comme ça, dit simplement Stacy qui, désormais allongée sur l'estomac, jambes en l'air et menton posé sur ses mains, regardait Sam comme s'il était la septième merveille du monde.
- Non, non, non. Moi je sais ce qui va pas ! S'écria Stevie qui se mit à sauter sur le lit. C'est la couleur ! Bleu. Sam est toujours beaucoup plus beau en bleu !
Kurt fit claquer ses doigts.
- Mais bien sûr ! C'est tout à fait ça Stevie. Un grand merci à toi, tu es définitivement la Pimprenelle de notre trio (4).
Lorsque les enfants eurent mangé (et que Kurt eut fini de jouer à la poupée avec Sam), Sam leur mit une vidéo. La Belle au bois dormant de Walt Disney. Stevie avait insisté, il voulait vérifier si la fée Pimprenelle était vraiment si « super » que ça. Kurt et Sam sortirent sur la véranda du motel et s'installèrent sur les marches, écoutant les éclats étouffés de la conversation de Stacy et Stevie qui commentaient le dessin animé.
- Ils t'aiment bien, finit par lâcher Sam.
- Ce sont des enfants adorables.
- Tu vas devoir récupérer tous les vêtements qui de près ou de loin, s'approchent de la couleur rouge. Stevie ne voudra jamais que je les mette … c'est marrant, il te ressemble vachement. Nous savions déjà qu'il avait une passion pour les princesses et maintenant, le voilà lancé dans l'univers déjanté de la mode.
Sam vit Kurt se raidir et pâlir.
- Je … tu sais, il est encore un peu tôt pour dire si … s'il est … bredouilla Kurt.
- Hey, Kurt, calme toi mec. Je … je me fous de savoir s'il est gay ou pas. Tout ce que je veux, c'est qu'il soit heureux. Il n'a que sept ans ! A cet âge là, on devrait rire tout le temps, pas se demander si on va pouvoir faire trois repas par jour.
Sam soupira avant de reprendre.
- Et puis, ce serait différent pour lui tu sais, les choses changent, les gens changent. Je ne laisserai personne lui faire du mal. Personne.
Kurt lui adressa un petit sourire.
- Tu es définitivement un Prince Charmant.
- Ouais. Le genre sans le sous.
Sam poussa un nouveau soupir.
- Je … je suis désolé Sam. Si je peux faire quoique ce soit …
- Merci Kurt. Tu as déjà fait beaucoup ce soir. Le rire est le meilleur des steaks, non ?
Kurt hocha la tête et se mit à examiner ses mains qui reposaient sur ses genoux. Sam n'était pas habitué à un Kurt silencieux. Kurt était … il était une princesse Disney (Sam en avait assez vues depuis qu'ils avaient emménagé dans ce motel pourri pour pouvoir faire la comparaison). Lorsqu'il chantait dans les aigus, ces incroyables notes plus pures que celles de Rachel ressemblaient à un cri et lorsqu'il descendait dans les graves, Sam avait l'impression d'entendre un gémissement, comme la plainte d'un animal blessé. Oui, Kurt était une princesses Disney : il chantait ce qu'il ne pouvait pas dire. Sa tristesse, sa colère. Et un Kurt silencieux, c'était tout simplement anormal. Sam eut soudain un horrible doute.
- Hey mec, t'es sûr que tout va bien ? C'est pas un problème à McKinley hein ? Ils te traitent bien maintenant ? C'est Blaine ?
Kurt leva vers lui des yeux ronds comme des soucoupes. Putain, pensa Sam, est-ce qu'il était la première personne à lui poser ces questions ? Il faudrait qu'il ait une petite conversation avec Finn. Il était son frère, merde ! C'était à lui de prendre soin de Kurt, de vérifier que tout allait bien. Faut croire que monsieur Finn Hudson était trop occupé à faire la chasse aux zombies et autres démons électroniques pour s'intéresser aux choses importantes. Et il n'y avait rien de plus important que la famille.
- Kurt, s'il y a le moindre souci, il faut que tu me le dises, je -
- Non, non, tout va bien Sam, l'interrompit Kurt. En fait, cette année a été … plutôt intense, mais tout va bien. Mieux que bien en fait. C'est juste que … que je suis si désolé, je suis venu pour te donner un coup de main et c'est toi qui me réconforte, je me sens si égoïste.
- Faut pas tu sais, on est pote, c'est ce que les potes font, c'est tout.
- Oui, nous sommes « potes », répéta Kurt. Je ferais un encore plus pitoyable conseiller que Mlle Pilsburry. Je m'apitoie sur mon sort alors que je devrais t'aider à surmonter cette épreuve. Je crois qu'en ce moment, je suis un peu … émotif, à fleur de peau, c'est tout.
Sam réprima l'envie de lui dire qu'il était TOUT le temps à fleur de peau ! C'était ce qui le définissait le mieux. Après ses incroyables accessoires de grands designers bien sûr.
- J'ai perdu mes amis mais gagné un petit ami, j'ai perdu les régionales mais je vais aller aux nationales, je hais les couloirs de McKinley mais je ne pourrais plus me passer de son auditorium … ça fait un peu trop de contradictions à gérer je suppose, soupira Kurt. Et puis te voir toi si désemparé, ça m'a rappelé tout ça. Ce que j'ai gagné et perdu.
Sam fronça les sourcils. Ce type était vraiment tourmenté. Il se demandait parfois s'il était vraiment un adolescent. Ok, avoir dix-sept ans, c'était pas toujours folichon, c'était une phase difficile, plus enfant, pas encore adulte, mais chez Kurt, ça semblait différent. Comme si toutes les épreuves qu'il avait traversées l'avaient vieilli prématurément. Et cette fois, c'est Sam qui avait un peu honte. Oui, il traversait une mauvaise passe financière mais lui, il avait encore sa famille, il était (malgré son étiquette de Gleeck) populaire, il était dans l'équipe de foot. Kurt avait perdu sa mère, failli perdre son père et sa propre sécurité physique avait été mise à rude épreuve par ces petits cons de la clique d'Azimio et de Karofski. Et peut-être que lui Sam Evans, il pouvait aussi faire quelque chose. Un petit truc qui le ferait sourire, lui ferait oublier pendant quelques heures ce que c'était d'être Kurt Hummel, un phare éblouissant au pays des lampes de poche.
- Hey, j'ai une idée, lança t-il sur un ton qui se voulait désinvolte. Ce samedi, j'emmène Stevie et Stacy au zoofari (5) de Colombus, tu veux te joindre à nous ?
Il donna un petit coup de coude à Kurt et ajouta, avec un clin d'œil malicieux.
- On pourrait passer au centre commercial juste avant, j'ai entendu dire qu'ils avaient ouvert une boutique Max Jacob.
- Tu veux dire Marc Jacobs (6), à moins que les centres commerciaux de l'Ohio ne donnent dans la littérature française, répondit immédiatement Kurt.
- Tu sais que la plupart du temps, j'ignore complètement de qui tu parles, mec, lui répondit Sam du tac au tac. Marc ou Max, on s'en fout, ce qui est important c'est que je suis prêt au sacrifice ultime …
Kurt le fixait, yeux plissés, entre curiosité et suspicion. Sam se pencha vers lui et chuchota sur un ton de conspirateur.
- Je suis prêt à jouer les mannequins pour deux grands designers.
L'éclat de rire de Kurt à cette annonce réchauffa le cœur de Sam aussi sûrement que la veste qu'il venait de lui donner.
Tou bi continioude (avec Finn et quelques autres).
(3) Les PawnShops sont des boutiques américaines de prêteurs sur gage, Lev's et Brice se trouvent en Ohio (à Columbus et Reynoldsburg).
(4) Pimprenelle est une des trois fées marraines d'Aurore, la princesse du conte de Charles Perrault, La Belle au bois dormant, adapté par Walt Disney. C'est la plus sage et la plus ancienne, c'est elle qui déjoue les plans machiavéliques de la fée Carabosse lors du baptême de la petite princesse.
(5) Le Zoo de Colombus organise chaque année un « zoofari », un évènement sponsorisé par les grands restaurants de la ville sous forme de grand cocktail dînatoire dans les allées du zoo. L'objectif est aussi de ramener des fonds pour le zoo. Ce sera le 18 juin prochain cette année.
(6) Max Jacob était un poète et romancier français. Auteur dont je vous recommande la lecture (« le Cornet à dés » qui l'a rendu célèbre par exemple). C'est aussi un symbole, celui de la bêtise et de la cruauté humaine. De confession juive, converti au catholicisme, il fut arrêté par la Gestapo et mourut au Camp de Drancy en 1944.
