SHARP TASTE

Genre : General/Romance

Rating : T, mais ça risque de virer au M pour certains chapitres

Disclaimer : Hoshino's

Résumé rapide : UA : Lavi Bookman mène une vie ordinaire à Santa Maria, une petite ville de Californie. Mais quand un beau japonais débarque de nulle part, son passé le rattrape. Yaoi. Lucky Yuvi ; LinkAllen ; CrossOC et autres

Donc, c'est un UA (ou AU, je confond tout le temps) situé au Etats-unis, en Californie, en 2001, bien avant le 11 Septembre.

Note : Chapitre un peu plus long, comme promis. Merci à Miss's-dgrayman et à Mayaku-chan pour leurs reviews =D

Good - or not ? - reading.


Chapitre 2


25 Janvier 2001


Santa Maria

Tunnell Street

04:30 p.m.


Emilia l'attendait depuis un moment quand il arriva. Ce n'était pas le genre de type qui passait inaperçu et elle le vit venir de loin. D'abord, sa silhouette élancée et son blouson en simili cuir noir. Puis sa chevelure rousse indomptable et son sourire radieux, celui qui signifiait tout-va-bien-ne-t'en-fais-pas.

Ses mains d'artiste toujours tâchées d'encre et, en preuve d'originalité, les deux boucles dorées qui pendaient à ses oreilles. Et enfin son cache-œil noir, qui lui apportait une bonne dose de mystère et de sensualité. Plus d'une fois, Emilia lui avait demandé ce qu'il cachait. Il répondait toujours dans le vague, évoquant une période difficile de sa vie dont il ne souhaitait pas parler. Peu importait.

Quand Lavi arriva à sa hauteur, il eut un sourire d'excuse.

-Désolé de t'avoir fait attendre, honey.

-Si je m'achetais un bracelet à chaque que tu étais en retard, je n'aurais même pas assez de bras pour pouvoir tous les porter.

-Oh. C'est une jolie image.

-J'ai eu tout le temps d'y réfléchir, répliqua-t-elle séchement.

Lavi soupira.

-Je me suis excusé, il me semble.

-Je devais aller chercher mon filleul, Timothy.

-Et ?

-Je t'avais prêté ma voiture.

-Oh, merde ! Je suis vraiment navré. On va le récupérer ensemble ?

-C'est trop tard, maintenant. J'ai appelé mon beau-frère pour qu'il s'en occupe.

-Oh. Navré.

-C'est ton troisième « oh » en deux minutes.

-…Tu m'en veux, hein ?

Emilia haussa les épaules et soupira.

-Je suis sur les nerfs, en ce moment…

-Encore ton père ?

-Il me tape sur le système.

Lavi passa un bras autour sa taille.

-Je t'offre un café pour me faire pardonner ? tenta-t-il.

-Moui. Tyki bosse, aujourd'hui ?

-Oui.

-Alors on va chez toi. Comme ça, je reprends ma Chevy en partant.

Puis, prise d'un doute, elle ajouta :

-Tu ne l'as pas encore cabossé, au moins ?

-Bien sûr que naaannn, Emilia… Pour qui tu me prends ?

-Lavi.

-Je plaisante, honey. Elle est en parfait état.

-Je préfère.


Santa Maria

Rosae Villa

09:35 p.m.


Rosae Villa avait perdu de son charme avec le temps mais n'en restait pas moins une jolie demeure. Elle avait tout de suite plu à la famille Galmard, avec sa cuisine spacieuse et ses trois chambres. Après le divorce, le père avait trouvé un appartement en centre ville et la mère avait déménagé à San Francisco. Emilia, leur fille unique, était restée.

Quand elle rentra chez elle ce soir-là, elle fut étonnée de voir la porte de la maison entrouverte. Elle était pourtant certaine d'avoir fermé à clef en partant. Puis la surprise fit place à l'inquiétude. Elle s'approcha de la porte et vit qu'elle avait été fracturée. Deux impacts de balles se dessinaient sur la serrure.

Elle jeta un regard dans la rue. Personne. Elle empoigna le pistolet que lui avait donné son père quelques années plut tôt – au cas où, avait-il dit – et vérifia le chargeur. C'était un petit Bersa Thunder 22 semi-automatique, plutôt simple d'utilisation.

Emilia débloqua la sécurité. Elle poussa lentement la porte et entra.


Santa Maria

Hevla Lane

09:30 p.m.


Lorsque Tyki ouvrit la porte de l'appartement – enfin, leur appartement –, il ne fut guère étonné de voir son amant affalé sur le canapé, un livre ouvert posé sur le ventre et son casque audio sur les oreilles. Il posa son manteau et son attaché-case sur la table basse et se pencha au-dessus de lui. Il retira délicatement son casque et éteignit son baladeur.

Il referma le livre et sourit en l'identifiant. Sac d'os, par l'illustre Stephen King, sortit deux ans plus tôt. Lavi avait dû le relire au moins cinq fois, et les pages étaient cornées et tâchées à certains endroits – eau, café, chocolat, tout y était passé. Il choisit de le laisser dormir et passa dans la cuisine dans l'espoir de trouver quelque chose pour calmer sa faim.

Il trouva une barre PayDay périmé depuis un moment, deux cannettes de soda, un bocal de beurre de cacahuètes, deux boîtes de pâtes Hamburger Helper, un tube de Pringles et une conserve de soupe à la tomate. Il soupira et ouvrit une canette. Il aligna ses trouvailles sur la table et s'assit. Il était temps de faire quelques courses.

Le portugais but une gorgée de soda et posa son regard sur Lavi. Le rouquin s'agitait dans son sommeil, comme en proie à un mauvais rêve. Tyki l'avait rarement vu dans cet état. En général, il dormait sereinement. Quelque chose avait dû réveiller de vieux souvenirs, comme le soir où il était allé voir ce film de bandits où une jeune femme se violer par son mac. Lavi avait carrément quitté la salle et n'avait pas dit un mot de la soirée. Cette nuit-là, il avait hurlé dans son sommeil.

Lavi se réveilla lentement, clignant de son unique œil et cherchant ses repères. Il s'étonna de voir son livre et son casque sur la table, puis reconnut la veste et l'attaché-case de Tyki.

-Tyki ? Tu es rentré depuis longtemps ?

Il se leva difficilement et vint s'asseoir à la table de la cuisine.

-Je viens de rentrer.

Lavi haussa un sourcil devant l'alignement de nourriture.

-T'as dévalisé le frigo ?

-…Et les placards. Il est temps de faire des courses.

-Je vois. Je passerai au Wal-Mart demain.

-Bien.

-Il est quelle heure ?

Tyki consulta sa montre.

-Neuf heures et demi passées.

-Tu rentres tard, encore une fois, lança-t-il avec amertume.

-Désolé, mon lapin. J'ai eu beaucoup de boulot.

-T'étais censé être en congé.

-Que veux-tu, mon amour… Je suis indispensable.

-C'est ça. N'empêche que je commence à en avoir assez de passer mes soirées avec un bouquin pour seule compagnie.

-Je vais faire de mon mieux, dit-il pour le rassurer.

-Merci.

Tyki termina la canette et se leva.

-On va se coucher ?

-Vas-y. Je te rejoins quand j'aurais terminé mon chapitre.

Lavi retourna s'affaler sur le canapé et ouvrit son livre là où il s'était arrêté avant de s'endormir. Le portugais ébouriffa ses cheveux en passant.

-Tu devrais éviter le Stephen King avant de dormir.

-Bof. Tu sais, à force de le relire, il perd de sa saveur.

-Pourquoi tu le fais, alors ?

-Je l'apprends par cœur.

-…D'accord, je te laisse tranquille. Pardon de vous avoir dérangé, monseigneur.

Lavi s'apprêtait à lui répondre quand le téléphone sonna. Le rouquin se précipita sur le combiné et décrocha.

-HardSex, le premier téléphone rose sado-masochiste, bonsoir.

Derrière lui, Tyki leva les yeux au ciel et quitta le salon.

-Je t'ai reconnu, lapin crétin, lui répliqua la voix étouffée de son amie.

-Emilia ! Que me vaut ce plaisir ?

-Ramène-toi illico.

-Hein ?

-Retrouve moi à la maison, tout de suite. J'ai un problème urgent.

-Tu… Explique-moi ça.

Il l'entendit inspirer longuement.

-Un type s'est introduit chez moi, Lavi. Il est blessé, inconscient – va savoir comment il est arrivé là – et armé.

-Reste calme, OK ?

-Je suis calme, abruti.

Mais sa voix se brisa.

-J'arrive, Emilia. Juste une chose. Tu as dit qu'il était armé ?

-Moui. Il avait un flingue, mais je l'ai récupéré, évidement.

-Tu sais t'en servir ?

-J'ai déjà mon propre pistolet. Mon père m'a montré comment faire.

-Bien. Appelle les flics s'il reprend connaissance. Et n'hésite pas à tirer.

-Fais vite.

Lavi raccrocha et alla directement à la chambre. Tyki était en train de se changer.

-C'était qui ?

-Emilia… Elle n'a pas le moral, en ce moment. Elle s'est encore engueulée avec son père, ajouta-t-il d'un air inquiet.

-Ah ? Décidément, ces deux-là…

-Hm.

-…Tu veux aller la rejoindre, hein ?

Lavi hocha la tête.

-Vas-y.

-Désolé. Au final, c'est moi qui te laisse tomber.

Il s'approcha de lui et claqua un baiser sur ses lèvres.

-Ne m'attends pas.

Lavi quitta la chambre. Il chaussa ses Doc Martens et enfila son blouson. Attrapant les clés de la vieille Cadillac de Tyki, il s'efforça de ne pas jouir de l'adrénaline qui montait en lui.


Santa Maria

Rosae Villa

09:42 p.m.


Lavi examina le pistolet sous toutes les coutures et vérifia s'il était chargé.

-Tokarev TT33. Semi-automatique. Développée par l'Armé Rouge pendant les années 20.

-Tu t'y connais, toi.

-…C'est rare de voir ce genre d'armes aux États-unis. On en trouve surtout en Asie et dans les pays d'Europe de l'Est, ajouta-t-il en reposant l'arme sur la table basse.

-C'est ça, ignore-moi. Et le type ? Tu saurais m'en dire autant sur lui ?

Il haussa les épaules, un sourire flottant sur ses lèvres.

-Qui sa it.

Emilia leva les yeux au ciel. Lavi s'approcha pour mieux observer le type en question. Il était étendu de tout son long sur le canapé et devait avoir à peu près son âge. Il avait de longs cheveux noirs et un visage fin aux pommettes saillantes. Il portait un pantalon de costard sombre et un vieux manteau sur une chemise blanche tâchée de sang au niveau du col.

Quelque chose de particulier se dégageait de lui. Il avait le charme indéniable de ceux qui brûlent la vie par les deux bouts et ne vivent qu'à l'adrénaline, et ses traits asiatiques offraient un certain exotisme. Il était beau, en somme.

-Tu es certaine de ne l'avoir jamais vu ? demanda-t-il à son amie.

-Absolument certaine.

Il approcha prudemment ses mains de son visage et examina sa blessure. Une méchante plaie fendait son arcade sourcilière d'où suintait un large filet de sang.

-Et toi ?

Il sursauta.

-Hein ?

-Tu le connais ?

-Heu, non. Pourquoi tu me demandes ça ?

Emilia le fixa sans ciller un moment puis détourna le regard.

-Pour rien. Tu crois qu'il va crever ? demanda-t-elle sur un ton égal.

-Je pense pas. Les blessures aux visages saignent beaucoup, c'est vrai, mais celle-ci n'a pas l'air très grave. Qu'est-ce que tu comptes faire ? Visiblement, c'est pas un enfant de chœur. Elle soupira et s'assit sur la table basse.

-C'est pas une réponse, ça…

-Hé ! Je réfléchis, OK ?

-…Pardon.

Il s'assit à son tour. Les doigts fins d'Emilia étaient restés crispés sur son pistolet et elle jetait des coups d'œil furtifs à l'homme sur son canapé. Depuis l'arrivée de son ami, elle se calmait progressivement mais restait assez nerveuse. Elle se demandait si elle avait bien fait d'appeler Lavi et si sa réaction n'avait pas été stupide.

Le regard du rouquin restait rivé sur l'homme. Il ne l'avait jamais vu, il en était certain. Tant mieux. De plus, il n'était sûrement pas venu pour lui, vu sa blessure et son intrusion chez son amie. En outre, les impacts de balles sur la porte d'entrée ne correspondaient pas avec ceux du Tokarev. Il n'était pas seul. Mais il leur suffisait d'appeler la flicaille et de les laisser s'occuper de lui, après tout c'était leur… – non. Emilia s'attirerait pas mal d'emmerdes, et lui aussi par la même occasion.

Et puis Lavi avait la trouille. Les flics, eux, le reconnaîtraient sans aucun doute.

-Si j'appelle mon père, il est foutu, non ?

-Sûrement. Ce cher Inspecteur Galmard… Au fait, vous vous êtes réconciliés ?

-Un jour, peut-être.

Nouveau silence. Lavi fixait toujours l'homme et Emilia fixait Lavi. Le rouquin n'osait pas lui faire part de ses craintes, de peur de la voir paniquer. Au bout d'un moment, le type bougea. La jeune femme retint un cri.

-Il va se réveiller !

-Calme-toi, honey. Il doit rêver, c'est tout.

-Fuck. Faut qu'on fasse quelque chose ou je vais devenir dingue.

-Reste calme. Si on le balance aux flics, on aura des ennuis.

-…On se croirait dans un film français des années soixante.

-Je suis sérieux, Emilia.

-Qu'est-ce qu'on fait, alors ? On attend bien gentiment qu'il reprenne connaissance et qu'il nous colle une balle entre les deux yeux ? Pourquoi pas lui offrir un Earl Grey avec des scones, tant qu'on y est ? siffla-t-elle avant de reprendre son souffle.

-Emilia…

-Quoi ?

Lavi désigna le Tokarev sur la table basse.

-Oui, bon, certes. Et ?

Il s'autorisa un sourire narquois.

-Quoi qu'on fasse, on est dans la merde. Y'a pas trente-six solutions. Soit on le bute.

-Hein ? C'est une blague ?

Il continua son énumération, imperturbable :

-Soit on le met à la porte.

-Il risque de pas apprécier.

-Soit on le livre aux flics.

-Tu te répètes, là.

-…Soit on le planque.

La jeune femme haussa un sourcil.

-C'est-à-dire ?

-On soigne sa blessure et on lui offre le gîte et le couvert. S'il appartient à un gang ou quelque chose du style, on devrait être à l'abri.

-Attends une seconde, lapin crétin. Quand tu dis on, tu veux dire moi, non ?

-Je pensais plutôt à nous, à vrai dire. Je suis aussi impliqué, maintenant.

Il était hors de question de la laisser seule avec un éventuel complice rodant dans le quartier. Elle baissa les yeux.

-Je n'aurais pas dû t'appeler, Lavi. C'était une erreur de ma part.

-C'est rien, honey. Les amis sont faits pour ça, nan ?

Un maigre sourire se dessina sur ses lèvres.

-Elle est clichée, ta phrase.

-…C'est ça, moi aussi je t'aime.

Lavi glissa sa main sur la crosse du Tokarev et sourit.

-Je sens que la nuit va être longue. Bon, on sort les scones ?


Quelques mots présents dans le chapitre et dans les prochains :

Honey : littéralement "miel", équivalent de "chéri".

PayDay : barre aux cacahuètes et au caramel. Bizarre.

Hamburger Helper : marque de pâtes, auquel on ajoute généralement de la viande.

Sac D'Os, de Stephen King : à mon goût, un des meilleurs romans de Stephen King.

Bref résumé : un écrivain ayant perdu sa femme quelques années plus tôt se trouve à la fois confronté à des fantômes hantant sa résidence et à un multimillionnaire qui veut priver une mère de son enfant. (wikipedia)

Wal-Mart : chaîne de supermarchés.

Fuck : vilain gros mot, quelque chose comme "fait chier", ou "putain".

Scones : petits gâteaux anglais.

Sources : Wikipedia et .com.

Prochain chapitre la semaine prochaine.