Un immense merci à mes premiers commentateurs. J'espère que la suite restera à la hauteur de vos attentes !

Chapitre 1 : Visites instructives

Dimanche 16 novembre 1980

Arabella haussa les sourcils quand la cheminée de son salon se mit à crépiter. Si elle recevait déjà la visite du directeur Dumbledore, il serait déçu : elle n'avait pas encore réussi à croiser la famille Dursley et le petit Harry. Cela dit, il comprendrait surement que sa priorité était de s'intégrer aussi bien que possible dans le quartier. Elle ne tenait pas à éveiller la méfiance des Moldus en leur montrant qu'elle connaissait mal certains aspects de leur mode de vie.

Rapidement, une silhouette fut éjectée de la cheminée.

- Cornegidouille ! Cette engeance de cat…

- Rusard ! tonna Arabella, en reconnaissant les manières de son visiteur. Si tu termines cette phrase, je te promets que ma cane va frapper si fort ton postérieur, que tu ne pourras plus t'asseoir pendant dix jours ! Où sont tes manières ?

Argus Rusard, concierge de l'école de Poudlard et Cracmol de son état, frotta la cendre de ses vêtements. Arabella s'abstint d'ajouter qu'un tel geste était inutile vu la crasse qui s'y était déjà accumulée. Elle avait toujours eu du mal à comprendre comment l'homme parvenait à supporter ses guenilles.

- Et toi ? répondit Argus en la regardant enfin en face. Où étais-tu passée, hier ? Cepheus et moi t'avons attendue.

- La réunion était-elle importante ? demanda Arabella. La rentrée de Poudlard a-t-elle été l'occasion d'une bonne surprise ?

- Non, pas vraiment, admit Argus en grommelant. Ça dépend. Peut-être.

- Assied-toi, mais enlève cette saleté de manteau, ordonna Arabella. Je suppose que tu es venu me faire un rapport de ce qui s'est dit. Tu veux quelque chose à boire ?

- Un thé vert, s'il te plaît, répondit le Cracmol en retirant son manteau sale et en observant son environnement.

Arabella acquiesça, satisfaite du choix de son invité surprise, et se rendit dans la cuisine moderne. Tout en faisant bouillir l'eau, elle se s'interrogea sur la réunion clandestine de la veille. Ils étaient très exactement huit Cracmols de tous âges à se réunir régulièrement en cachette des sorciers. Ils avaient toujours l'espoir de provoquer l'étincelle d'un changement dans la société magique, même s'ils étaient conscients qu'ils se mettaient ainsi en danger.

Les sorciers n'avaient jamais apprécié les Cracmols et encore moins les Cracmols résistants, qui refusaient de tenir la place qui leur avait été assignée.

Arabella se mit sur la pointe des pieds, attrapa la boîte de thé vert qu'elle rangeait en haut d'une étagère, et évita adroitement Pompon, l'un de ses nombreux chats, en revenant vers la bouilloire. Elle songea que les Cracmols n'avaient même pas la chance d'être pris en pitié, comme l'étaient pourtant certains animaux magiques.

Pour protester, quelques dizaines d'années auparavant, les Cracmols étaient passés par une phase de terrorisme. Arabella ne l'avait pas vécue elle-même, mais cela n'avait de toute façon pas été bien long avant que les membres les plus actifs ne soient arrêtés et soumis au baiser du Détraqueur.

Les Cracmols avaient ensuite tenté d'organiser des protestations pacifiques, mais les résistants concernés avaient été fichés. Par la suite, ils n'avaient jamais pu retrouver de travail. La plupart d'entre eux, dont Rusard, s'étaient exilés dans le monde moldu pour ne pas mourir de faim, dans l'indifférence générale. Mais finalement, ils n'avaient pas bien supporté l'absence de magie de ce nouvel environnement. Aussi, beaucoup de Cracmols avaient finalement mis fin à leur vie, incapables de trouver leur place dans l'un ou l'autre monde.

La bouilloire siffla et Arabella la posa sur un plateau, à côté des deux tasses et de la boîte à thé. Elle saisit ensuite ce plateau, évita cette fois Pattes-de-velours, et revint vers le salon, toujours songeuse.

Aujourd'hui, leur action était encore bien différente. Tout avait changé avec l'arrivée de Cassiopée. Elle était certes Cracmole, mais comme beaucoup d'entre eux, elle possédait une infime once de pouvoir. Cette minuscule étincelle permettait à chaque Cracmol de voir le monde magique sans être soumis aux sorts repousse-Moldus.

Parfois, cette étincelle leur permettait de faire un peu plus que cela. Cassiopée jouait exceptionnellement les voyantes, Rusard pouvait détecter les émanations magiques d'un individu, Cepheus était capable de placer des protections sur certains lieux, même si cela l'épuisait, et elle-même avait un pouvoir de persuasion certain.

Grâce à Cassiopée, ils avaient désormais un nouvel espoir de changer la société. Car, bien des années auparavant, elle avait vu la naissance d'un sorcier spécial capable de réunifier leur monde sous sa bannière. Un sorcier qui serait capable d'unir autant les Moldus et les Cracmols que les sorciers et les peuples magiques. Chaque année, à chaque rentrée, Rusard avait désormais l'espoir de repérer ce sorcier, pour l'aider dans sa tâche et redonner leur dignité aux Cracmols.

Arabella rejoignit Argus dans le salon et déposa le plateau sur la petite table basse.

- Il ne s'est pas fichu de toi, le directeur ! lui lança le concierge. Qu'est-ce qu'il t'a demandé en échange de la maison ?

- Je dois veiller sur le dernier des Potter.

- Ha ! Oui. J'ai lu dans la Gazette que les Potter étaient chez les Londubat au moment où le petit Neville a envoyé Voldy ad patres.

- Tu devrais cesser de donner des petits noms à Voldemort, reprocha Arabella en versant l'eau bouillante dans les tasses. N'oublie pas que les sorciers craignaient jusqu'à son nom, il y a peu.

- Ce sera bientôt oublié, rétorqua Argus en haussant les épaules. Et pourquoi le directeur t'a-t-il installé ici ? Je serais surpris qu'il confie le fils d'une aussi grande famille sorcière à une Cracmole. Sans vouloir t'offenser.

Arabella fit infuser son thé et Argus l'imita.

- Il semblerait que l'héritier Potter soit un Cracmol, répondit-elle. Dumbledore l'a donc envoyé chez sa tante moldue.

- Pov' gosse, grommela Rusard. Fait pas bon être Cracmol dans les grandes familles de sorciers. Y vont dire que c'est la faute à feu madame Potter, parce qu'elle était né-de-Moldus et qu'elle a souillé le sang de la lignée.

Arabella leva sa tasse et ne commenta pas. C'était la situation que Rusard avait connue, plus jeune. Fils d'une sorcière de grande famille et d'un Moldu, il avait été élevé avec amour. Mais la société sorcière les avait toujours rejetés, son père et lui, jusqu'à ce que sa mère elle-même ne supporte plus la situation et les quitte. Le père de Rusard en était mort de chagrin, puis sa mère avait refusé de revoir Rusard et ce dernier s'était retrouvé à la rue.

Il avait milité pour le droit des Cracmols, protesté dans plusieurs marches pacifiques, jusqu'à son fichage et son exil dans le monde moldu. Puis, comme pour elle, Dumbledore l'avait retrouvé. Il lui avait offert un poste de concierge dans sa prestigieuse école, conscient qu'un Cracmol était plus à même d'accepter de travailler avec les elfes de maison qu'un sorcier. Rusard avait accepté. Son don l'avait d'ailleurs bien aidé à remplir ses fonctions et il était presque devenu un élément immuable de Poudlard.

Au bout de quelques instants de silence songeur, Arabella reprit la parole.

- Tu disais que la réunion avait été fructueuse ? Tu penses avoir trouvé notre libérateur ?

- Je ne sais pas encore, admit Rusard. Hadrien Ornby présente une aura magique plus sombre et plus forte que ce que je vois d'ordinaire.

- Le neveu de la vieille Olive ?

- Oui, c'est ça. Cette aura désigne peut-être le sorcier que Cassiopée qualifiait de spécial… Mais en même temps, le gamin n'a rien d'exceptionnel. Je veux dire… Il a l'air bête comme ses pieds et il est tellement pataud… En plus, conclut le concierge en secouant la tête, si c'est une question de puissance, j'ai déjà croisé des sorciers beaucoup plus fort que lui sur le Chemin de Traverse ou dans l'Allée des Embrumes…

- Cesse d'aller là-bas, vieux têtu. Cela ne t'apportera que des ennuis. Tu es fiché, ne l'oublie pas.

- Ce n'est pas une vieille peau comme toi qui va m'apprendre à faire ma vie.

- C'est juste pour rendre service, grommela Arabella.

- Laisse tomber, la Figg. Je suis bien plus malin qu'eux.

- C'est que je te croirais presque ! s'exclama Arabella avec un rictus moqueur.

- Je te rappelle que notre groupe n'a toujours pas été découvert. Les cachettes, ça me connaît, conclut Argus, très fier de lui, avant d'avaler une gorgée de thé.

Arabella décida de cesser les hostilités qu'elle avait entamées. Si elle ne le faisait pas, ils se retrouveraient dans la même situation que d'habitude. A chaque fois que l'un deux titillait l'autre, ils en avaient pour des heures à se chamailler.

- Est-ce que tu peux me faire une leçon sur l'argent moldu ? demanda brusquement la Cracmole. Je trouve leur système métrique absurde et j'ai des difficultés à m'y retrouver.

Argus Rusard accepta et les deux Cracmols restèrent cette fois silencieux jusqu'à la fin de leur thé.


Vendredi 5 décembre 1980

- Cela vous fera 2 livres et 60 pence, annonça la boulangère, affable.

Arabella Figg fouilla son petit porte-monnaie et glissa les pièces adéquates dans la main tendue de la vendeuse.

- Merci et bonne journée ! lança la Moldue, avant de s'intéresser au client suivant.

Arabella se dirigea ensuite vers le parc de Little Whinging à petits pas pressés. Elle s'y installait presque chaque jour, depuis trois semaines. Le froid de novembre puis celui de décembre n'avaient jamais pu la faire renoncer. Depuis son banc habituel, elle avait une bonne vision de l'entrée du supermarché où tous les habitants de la ville aimaient faire leurs courses.

Elle avait l'espoir d'y croiser enfin, par hasard, la famille Dursley et le petit Harry.

Quand elle fut installée, une quinzaine de pigeons bien gras vinrent se poser devant elle. Ils avaient pris l'habitude de picorer les miettes de pain qu'elle leur lançait pour passer le temps. Vers dix heures, la vieille Amanda Philips la rejoignit. Cette femme s'ennuyait tellement dans sa vie qu'elle avait pris Arabella Figg comme confidente, même si elle n'habitait pas le quartier depuis longtemps. La Cracmole ne s'en plaignait pas : elle en apprenait ainsi beaucoup sur les habitants.

- Les Kensington sont de sortie, commenta Amanda en reniflant.

Arabella tourna légèrement le regard et constata, en effet, que la voiture de luxe des Kensington s'était garée dans le parking qui jouxtait le supermarché.

- Ils peuvent toujours jouer les grands seigneurs, ajouta la Moldue avec une pointe de perfidie, mais je sais que Jack Daniels a dû intervenir deux fois chez eux, cette semaine. Lundi, le jeune Gordon a été retrouvé à moitié drogué dans la ruelle de Brook Road. Mercredi, c'est madame Kensington qu'il a dû ramener chez elle, parce qu'elle avait trop bu et qu'elle ne se souvenait plus du chemin de sa maison.

Arabella acquiesça vaguement et se souvint de la famille Daniels. La maman, habituellement caissière au supermarché, avait accouché quelques semaines auparavant d'une fille, dont les pleurs réveillaient parfois les Forester, leurs voisins.

- Si vous voulez mon avis, l'argent rend les gens idiots, grogna enfin Amanda.

Arabella ne commentait jamais les propos de sa voisine et celle-ci s'en trouvait fort aise. La Cracmole aimait passer inaperçu et elle ne donnait jamais d'informations importantes sur ses opinions, pour éviter qu'on les utilise contre elle. Sa vie dans la rue, après sa vie de princesse de sang pur, lui avait appris à se protéger. Par la suite, Dumbledore avait, malgré lui, perfectionné son apprentissage de la manipulation et de la rétention d'informations.

Arabella savait qu'hormis Amanda, personne n'avait réellement remarqué sa présence, ces dernières semaines. Elle avait, tout au plus, reçu une remarque désagréable de la part de Tiffany Roby, qui lui reprochait de nourrir les pigeons. La plupart des gens du quartier abhorraient en effet ces volatiles qui souillaient leurs bâtiments publics et, pire, les façades de leurs maisons. Cela dit, la jeune femme n'avait plus fait la moindre remarque lorsqu'Amanda avait sèchement fait référence à Chris Brown, un homme marié avec lequel elle avait une liaison suivie.

Soudain, les pigeons s'envolèrent avec précipitation. Arabella sortit de ses pensées et scruta les alentours. Un chat jaillit d'un buisson, juste à ses côtés. Mistigri passa devant les deux vieilles femmes, en remuant la queue et en ronronnant. Il sauta ensuite dans un autre bosquet et Arabella frissonna d'anticipation. Mistigri était d'ordinaire en faction devant la maison des Dursley, pour guetter la sortie de Pétunia et des enfants. Visiblement, c'était le bon jour.

- Avez-vous remarqué l'envahissement de chats errants, ces derniers temps ? demanda Amanda. Ils se faufilent partout. Jenny Jackson en a même retrouvé un, lové dans son salon ! Nous sommes nombreux à avoir appelé la fourrière, mais à chaque fois que les agents arrivent, tous les chats errants semblent s'être envolés. Du coup, les agents ne se déplacent même plus, maintenant. A croire que ces animaux ont un sixième sens…

Arabella eut un sourire en coin. Un sixième sens, c'était certain. Ses chats – à l'instar d'Amanda Philips – étaient une mine d'informations pour elle. Cependant, aucun d'eux n'avait encore réussi à passer la vigilance presque maladive de Pétunia Dursley, qui passait sa vie à épier la rue et ses voisins.

- Voilà les Dursley ! s'exclama soudain Amanda, alors qu'une nouvelle voiture venait de se garer sur le parking.

Arabella observa de loin la grande femme sortir du véhicule. Elle semblait sèche. Cependant, lorsqu'elle sortit une poussette dernier cri de son coffre, Arabella fut attendrie. La tante d'Harry prenait visiblement son rôle très au sérieux. Pétunia ouvrit ensuite la porte arrière de la voiture pour en extirper un bébé joufflu. Cette fois, Arabella fronça les sourcils. Pétunia Dursley en faisait peut-être trop, finalement, car Harry Potter était trop gros à un âge trop tendre.

- Et voilà Dudley, commenta Amanda. A mon avis, le garçon nous causera des problèmes en grandissant. Ses parents le gâtent beaucoup trop. Déjà, à sa naissance, ils avaient organisé une grande fête et invité tous les voisins, pour étaler leur argent et leur fierté. C'est une famille aussi bizarre que les Kensington, si vous voulez mon avis.

Arabella s'était figée, en écoutant sa voisine. Elle n'avait pas su que les Dursley avaient un autre enfant en bas âge qu'Harry.

Ils avaient vraiment une chance phénoménale. Elle-même aurait aimé trouver l'homme de sa vie et lui donner plein d'enfants. Malheureusement, elle était Cracmole et elle avait toujours craint d'avoir des enfants Cracmols. Elle les aurait aimé, bien évidemment. Cependant, elle n'aurait jamais pu renoncer au monde magique et ils auraient souffert de ne pas pouvoir en faire partie, eux non plus. Elle avait donc renoncé. Elle n'était pas totalement égoïste.

- Je dois aller faire mes courses, annonça Arabella en se levant du banc de bois lisse. Ce fut un plaisir, comme toujours.

- Un plaisir partagé, très chère, répliqua Amanda. Bonne journée.

Arabella se pressa vers le supermarché et traversa la rue, sourcils toujours froncés. Pétunia Dursley venait de passer les portes automatiques du magasin en oubliant le petit Harry dans la voiture. Arabella décida de jeter un œil à l'héritier des Potter, avant de prévenir la tante de son oubli. Cependant, il n'y avait pas la moindre trace d'Harry dans la voiture. En fait, il n'y avait même pas de deuxième siège bébé.

Très étonnée, Arabella pénétra dans le magasin et saisit un panier avant de partir en quête de Pétunia Dursley. Quand elle repéra le landau, la Moldue attrapait un paquet de couches.

- Et c'est pour qui les jolies couches toutes douces ? Pour mon petit Duddy, gloussa la femme.

Arabella passa aux côtés de Pétunia, pour mieux identifier à quel type de personne elle avait affaire, et Pétunia lui lança un regard irrité. Apparemment, la tante d'Harry n'aimait pas se montrer gâteuse en présence de témoins. Sèchement, la femme au visage chevalin saisit un autre sac de couches premier prix qu'elle fourra avec l'autre, sous le landau. Arabella continua son chemin, inquiète.

Elle n'aimait pas ce qu'elle voyait et encore moins ce qu'elle en déduisait.

Or, si elle avait un autre talent que la manipulation, c'était bien celui de l'observation. Il ne lui fallait pas beaucoup d'indices pour comprendre la personnalité de quelqu'un et pour deviner ses problèmes ou ses névroses. C'était encore un don qui lui avait été plus qu'utile par le passé.

Bien… Elle devait en avoir le cœur net… Amanda serait une excellente source d'informations complémentaires.


Dimanche 7 décembre 1980

- Bonjour, monsieur Dursley ! lança Arabella en passant devant le 4, Privet Drive. Quelles belles décorations !

Elle utilisait là son dernier atout. Elle avait appris à moduler sa voix comme le directeur Dumbledore le faisait. Le sorcier n'avait pas son pareil pour charmer et convaincre les foules. Et s'il utilisait parfois quelques charmes magiques pour appuyer ses effets de manche, elle devait admettre qu'il avait surtout un grand talent naturel. La manipulation pouvait prendre tellement de formes.

- Merci ! répondit l'homme rougeaud, visiblement content de lui-même.

Vernon Dursley venait d'installer la dernière guirlande de Noël multicolore sur sa maison. Arabella avait écouté attentivement les remarques d'Amanda, les avait recoupées les impressions glanées par ses chats, puis observé l'oncle d'Harry. Il était le seul à sortir régulièrement de chez lui, pour se rendre dans son usine de perceuses.

Elle en avait finalement déduit une partie de son caractère et elle n'appréciait que modérément cette déduction.

- Etes-vous du quartier ? demanda l'homme en prenant conscience qu'il ne se souvenait pas de cette femme.

- Oui ! J'ai emménagé récemment du côté de Wisteria Walk, répondit Arabella. Je tenais à vous féliciter pour votre travail : votre maison est la mieux décorée de toutes celles que j'ai vues.

Vernon se rengorgea et Pétunia, qui avait sans doute observé la scène depuis la fenêtre, sortit pour le rejoindre. Si Arabella en croyait le visage strict et tendu de Pétunia, la Moldue se souvenait d'elle et elle n'avait toujours pas digéré qu'on l'ait vue glousser dans un rayon du supermarché.

- Madame Dursley ! Comment allez-vous ? Et votre fils ? De ce que j'en ai vu la dernière fois, il est vraiment magnifique et en pleine santé ! Ce n'est pas comme Gordon Kensington, de plus en plus maigre au fil des jours.

Pétunia s'autorisa un léger sourire et sa posture se détendit quelque peu.

- La drogue a toujours des effets néfastes sur la santé, affirma la Moldue à voix basse.

- En effet, confirma Arabella sur le même ton, afin d'entrer dans les bonnes grâces de la maîtresse de maison. C'est sans doute pour cette raison que sa mère est devenue alcoolique.

- Oui, j'ai même entendu dire qu'elle avait été arrêtée par Jack Daniels pour ébriété sur la voie publique, continua Pétunia avec le regard brillant.

- Pas encore, chuchota Arabella d'une voix conspiratrice. Apparemment, il l'a ramenée chez elle pour lui laisser une chance de se reprendre.

Vernon se lissa la moustache. Comme sa femme, il aimait connaître la vie privée de ses voisins – en particulier lorsqu'ils avaient des problèmes – pour se sentir supérieur.

- Voulez-vous entrer et vous réchauffer autour d'une tasse de thé ? proposa-t-il à leur nouvelle voisine.

- Votre hospitalité n'est pas qu'une rumeur, monsieur Dursley ! Ce serait un honneur de partager un thé avec des gens de bien.

Satisfait, Vernon ouvrit le portail de bois et s'effaça pour la laisser entrer.

- Et vos manières sont celles d'un gentleman ! approuva Arabella, complètement hypocrite.

Avec un sourire beaucoup plus chaleureux, Pétunia l'invita à entrer chez elle. Arabella s'extasia sur la tenue de la maison et sa décoration qui dénotait un goût très sûr, ce qui rendit visiblement fiers les Dursley. En réalité, Arabella trouvait que les trop nombreuses photos de Dudley surchargeaient les murs. En entrant dans le salon, il fallu quelques secondes à Arabella pour analyser la scène.

Immédiatement, elle décida de se pencher sur le parc bourré de peluches, dans lequel Dudley mâchonnait un biscuit pour bébé.

- Bonjour Dudley ! Sais-tu que tu es un magnifique petit bébé ?

Vernon invita Arabella à s'asseoir dans le canapé et la Cracmole n'hésita pas un instant à ignorer le petit transat à bascule, juste à côté du parc.

- Tiens ? Je ne savais pas que vous aviez un deuxième fils… s'étonna Arabella en faisant mine de découvrir le petit bébé aux yeux verts et à la touffe de cheveux bruns.

Vernon jeta un regard dégouté sur le bébé, alors que Pétunia apportait un plateau avec une théière, trois tasses et quelques biscuits.

- Ce n'est pas notre fils, répondit Pétunia. C'est mon neveu, Harry. Ses parents sont morts dans un accident de voiture et nous avons été obligés de l'accueillir parce qu'il n'a plus d'autre famille. Mais il nous pose pas mal de problèmes.

- C'est noble de votre part de l'avoir recueilli, affirma Arabella.

- Vous pouvez le dire, marmonna Vernon.

Il semblait aux prises avec une ombre de colère, qui faisait trembler la tasse de thé qu'il tenait dans la main.

- Il nous coûte un bras, ajouta l'homme rougeaud. Ses parents ne nous ont même pas laissé de quoi l'élever.

Arabella observa Harry Potter mâchonner son poing. Son body était bien trop large et élimé, sa silhouette un peu trop fine pour un bébé – contrairement à son cousin – et il ne semblait pas avoir droit aux mêmes égards que Dudley…

Albus Dumbledore avait fait un très mauvais choix en confiant le petit homme aux Dursley. Ou plutôt, elle avait peur de comprendre son choix.

Dumbledore n'avait pas laissé d'argent aux nouveaux parents, malgré le coffre bien rempli des Potter, et il leur avait imposé la présence d'Harry. Il y avait donc fort à parier qu'Harry ne serait pas choyé autant que son cousin. Et si son instinct disait vrai, Arabella sentait qu'il y avait même de grandes chances pour qu'il soit maltraité en grandissant…

Tout ça pour le rendre plus malléable. Dumbledore passerait pour un héros, en lui ouvrant les portes d'un nouveau monde…

Elle se reconnaissait une fois de plus dans la situation de l'héritier Potter. Sa misère l'avait conduite directement dans les filets du directeur de Poudlard et elle n'avait pas vraiment d'autre solution que d'y rester, même aujourd'hui. Le petit Harry ne devait pas vivre la même chose.

- A votre place, je l'aurais envoyé en pension, dit Arabella.

- Trop cher, rétorqua immédiatement Vernon. Il partira bien en pension, mais seulement à ses onze ans, si j'en crois la lettre laissée avec le bébé.

Arabella eut un sursaut intérieur. Elle n'avait plus de doute. Même si Harry était un Cracmol, Dumbledore l'emmènerait avec lui dans le monde magique à ses onze ans. Rusard avait raison : pauvre enfant qui allait vivre ce qu'eux-mêmes vivaient au quotidien. Elle se sentit un nouvel élan d'affection pour le gamin qui semblait adorable.

- N'y a-t-il personne à qui vous pourriez le confier ?

Vernon et Pétunia Dursley échangèrent un regard, avant que Pétunia ne parle à nouveau.

- Personne ne voudrait d'un enfant aussi… bizarre.

Les deux adultes hésitaient visiblement à parler, mais ils en avaient aussi gros sur le cœur.

- On ne dirait pas, comme ça, ajouta Vernon, mais il provoque toujours des catastrophes quand il pleure ou qu'il est en colère. Il ne faudrait pas deux jours pour que la personne à qui on l'aurait confié nous le ramène.

Pétunia renifla en regardant son neveu avec mépris.

- Si on nous avait laissé le choix, nous l'aurions rendu à son monde… je veux dire… à son tuteur… dès que nous l'avons trouvé sur le pas de la porte.

Arabella sentit son cœur s'accélérer.

Des « catastrophes » ? Se pourrait-il que les Dursley parlent de manifestations magiques ? L'héritier Potter était-il un sorcier et non un Cracmol, comme semblait le penser le directeur ? Si c'était le cas, alors il avait besoin de grandir dans un environnement adapté, pas dans la maison terriblement moldue et oppressante des Dursley.

- Je suis certaine qu'en deux jours, je pourrais le remettre dans le droit chemin, grinça Arabella. Un bébé ne devrait jamais imposer sa loi aux adultes !

- Nous sommes bien d'accord, répondit Pétunia d'un ton sec.

- Je n'ai jamais eu d'enfants, feu mon mari n'ayant pas eu le temps de m'en donner, mentit Arabella, mais il est certain que je ne me laisserais pas marcher sur les pieds ainsi. Vous êtes trop gentils pour votre bien.

Arabella vit avec amusement les rouages du cerveau de Vernon Dursley se mettre en marche. Il était clair qu'Harry était pour les Dursley un fardeau et qu'ils n'attendaient que de pouvoir s'en débarrasser.

- Auriez-vous aimé avoir des enfants ? demanda-t-il en une question qu'il croyait subtile.

- Sans doute, admit Arabella. Il est trop tard désormais.

- Peut-être pas, continua Pétunia en comprenant l'approche de son mari. Je pourrais vous confier la garde de mon neveu, si cela vous… satisfaisait. Toutefois…

La tante d'Harry avait plus que des hésitations. Elle semblait à la fois détester son neveu et craindre qu'il soit élevé ailleurs.

Arabella plissa les yeux, se concentrant pour ressentir les choses, un peu à la manière de ses chats. Certes, elle n'était pas infaillible, mais… il ne s'agissait pas d'une inquiétude pour Harry. La tante craignait pour elle-même. Dumbledore avait-il fait ou dit quelque chose pour obliger Pétunia Dursley à garder le petit Harry ? C'était bien dans son style….

- Nous n'aimerions pas avoir de problèmes, continua Pétunia en confirmant les impressions d'Arabella. Il devra donc entrer dans son école prévue à onze ans.

- Cela ne me gène pas, au contraire. J'ai passé ma jeunesse dans un pensionnat. Un environnement dur est le meilleur moyen d'inculquer des valeurs à des enfants ! s'anima Arabella.

Certes, il s'agissait d'un petit mensonge. Il existait bien une sorte de pensionnat pour les Cracmols, tenu par des sorciers, mais Arabella s'en était échappé à peine deux jours après son arrivée. Les sorciers leur bourraient le crâne, en affirmant qu'ils leur étaient supérieurs et que les Cracmols se devaient d'être reconnaissants et obéissants. Abêtir les pensionnaires semblait être la seule tâche des gardiens. Elle ne pouvait décemment pas leur donner le titre de professeurs.

Arabella n'avait pas apprécié ce court passage, surtout après l'éducation raffinée que lui avaient imposée ses parents, avant de voir son statut de Cracmole confirmé.

En tout cas, Arabella avait bien compris que les Dursley, dont le mépris et le dégoût envers Harry étaient déjà visibles, apprécieraient son discours rétrograde et presque réactionnaire.

- Cependant, continua la Cracmole en s'adressant à Vernon Dursley, vous ne me connaissez pas. Peut-être voudriez-vous attendre un peu, avant de prendre une décision ?

- Non, non, se récria Vernon un peu trop rapidement. On voit tout de suite que vous êtes une personne de qualité. Nous n'avons pas les moyens de nous occuper du garçon. A vrai dire, nous avons même envisagé de le placer dans un orphelinat.

Pétunia acquiesça sèchement, en jetant un regard peu amène en direction de son neveu.

- Je ne doute pas qu'il sera plus heureux avec vous, dit-elle.

La dernière phrase sonnait étrangement, comme si Pétunia ne parvenait pas à occulter totalement l'hypocrisie de ses mots.

- Alors je prendrais volontiers cet enfant comme pupille, affirma Arabella.

Encore une fois, elle avait soigneusement pesé ses mots. D'une part, elle confirmait ainsi aux Dursley qu'ils ne reverraient plus leur neveu avant longtemps. D'autre part, elle leur donnait l'impression qu'elle allait considérer le petit Harry comme une charge et non comme un fils. Cela ne pouvait que les réjouir.

- Il suffirait de renoncer à nos droits devant le tribunal, annonça Vernon, et de vous présenter comme la nouvelle tutrice d'Harry.

Arabella fut satisfaite d'entendre enfin le prénom de l'enfant dans la bouche d'un des Dursley. Elle n'avait presque aucun doute sur l'identité du petit : les yeux verts et perçants de l'enfant ressemblaient beaucoup trop à ceux de feu madame Potter.

- Est-ce possible que la procédure soit si simple ? s'étonna-t-elle tout haut.

- Il y aura plusieurs papiers à remplir et il y a normalement de longues procédures avec des entretiens poussés, mais je connais quelqu'un, dans l'administration, qui me rendra ce service en quelques instants.

- Donnez-moi la date du rendez-vous et je serai présente, conclut Arabella.

Les rouages bien huilés des machinations du directeur commençaient à s'enrayer. Grâce à elle. C'était presque trop simple, mais elle en était plus qu'heureuse. (*)


Vendredi 19 décembre 1980

Arabella sortit du tribunal avec une boule de joie au creux de l'estomac. Dans un berceau un peu trop petit, recouvert par une couverture brodée de vifs d'or immobiles, Harry Potter dormait paisiblement. Les Dursley avaient rendu exactement ce qu'ils avaient reçu de Dumbledore, c'est-à-dire presque rien. Cependant, Arabella avait bien l'intention de gagner l'argent nécessaire pour que l'enfant grandisse heureux. Il était désormais son pupille, mais elle le considérait déjà comme le fils qu'elle aurait rêvé d'avoir.

A peine rentrée chez elle, elle appela Argus Rusard par Cheminette et le pria de lui rendre visite. Elle n'avait toujours pas pu déterminer si les « catastrophes » citées par les Dursley étaient des manifestations magiques ou pas, mais Rusard saurait le lui dire.

Elle s'éloigna de quelques pas avec le berceau dans les bras et le concierge de Poudlard jaillit de la cheminée.

- Sacrebleu ! Je hais ces fichues cheminées ! lança-t-il en regardant Miss Teigne, qu'il tenait dans les bras.

Elle était couverte de suie. Elle sauta au sol et entreprit immédiatement de se lécher le poil, alors que plusieurs chats d'Arabella s'approchaient pour la renifler. Apparemment satisfaits, ces derniers se couchèrent sur le sol, tout autour.

- Tais-toi, Rusard, grommela Arabella en vérifiant qu'Harry dormait toujours. Tu râles trop fort.

Le bébé s'était légèrement agité, mais la visite et les remarques bruyantes du concierge ne l'avaient pas encore totalement réveillé.

- Que fais-tu avec un bébé, femme ? demanda Argus en fronçant les sourcils.

- Rusard, je te présente Harry Potter. Il est désormais mon pupille.

- Quoi ? As-tu perdu l'esprit, vieille folle ?

- Rusard, rétorqua Arabella sur un ton menaçant, si tu réveilles ce bébé, je te jure que tu me le paieras.

Le Cracmol renifla avec dédain, mais il se tut. Les menaces d'Arabella Figg n'étaient jamais des paroles en l'air.

- Alors ? demanda-t-il d'une voix beaucoup plus basse. Vas-tu m'expliquer comment et pourquoi tu as fais de l'héritier Potter ton pupille ?

- Ses Moldus le haïssaient, dit-elle en regardant le bébé avec tendresse.

Argus se claqua le front de la main, désespéré.

- Est-ce une raison suffisante, Figg ? Sais-tu ce que tu risques en prenant en charge le bébé d'une si grande famille, sans avoir l'aval des autorités sorcières ? Pas qu'ils te le donneraient, d'ailleurs !

- Je me fiche des autorités sorcières, vieux barbon. Le petit ne mérite pas de subir toutes les machinations des sorciers alors qu'il n'a même pas l'âge de comprendre qu'il se fait manipuler.

- Que veux-tu dire ?

- Je suis absolument certaine que Dumbledore a déjà prévu de se servir de lui et de sa fortune familiale. Le directeur est persuadé qu'Harry est un Cracmol, mais il a pourtant annoncé à son oncle et sa tante qu'il devra aller à Poudlard à ses 11 ans. Je ne sais pas ce qu'il a prévu pour lui, mais je pense qu'il espère en faire l'un de ses pions, comme il l'a fait pour nous.

Argus grommela mais ne la contredit pas.

- Ses Moldus commençaient déjà à le détester, pauvre petit. Mais je crois, ajouta la Cracmole en relevant les yeux, qu'ils avaient peur de sa magie instinctive. Ils connaissent le monde sorcier, puisque Lily était une sorcière, mais ils semblent détester ça. Si tu avais vu leur regard…

- Pour la façon dont les sorciers considèrent les Moldus, je ne peux pas les blâmer ! grogna Rusard, les sourcils froncés. Es-tu sûre de ce que tu avances ? Parce que si tu as raison, nous allons avoir de gros problèmes.

- Non, je ne suis pas sûre de ce que j'avance. Est-ce que tu peux utiliser ton regard, pour le confirmer ? Et cesse donc de râler. Tu n'auras pas de problème : je vais prendre en charge le petit toute seule.

- Ah ! Laisse-moi rire. Tu n'as pas les moyens. Tu vis sur ce que te donne le directeur. Comment vas-tu lui demander de nouveaux fonds, dis-moi ?

- Je vais travailler, rétorqua Arabella, butée.

- Les femmes ! s'exclama Rusard en levant les yeux au ciel. Il n'est pas ton fils, retiens bien cela ! l'avertit-il.

- Je n'ai pas l'intention de prendre la place de sa mère, dit doucement Arabella en couvant à nouveau le bébé d'un regard tendre. Je veux juste lui donner une chance de vivre normalement. Alors ? Veux-tu bien le regarder ?

Argus secoua la tête, dépité, mais se plia à la demande.

- Crénom ! s'exclama Rusard en faisant un bon loin de l'enfant.

Rusard avait les yeux écarquillés et il avait les mains tendues devant lui, comme s'il se protégeait de quelque chose.

- Par les saintes culottes du grand patron ! murmura-t-il, tremblant. C'est impossible.

- Rusard ? demanda Arabella d'une voix qui manquait d'assurance. Qu'as-tu vu ?

Argus secoua la tête et se mit brusquement à sautiller, toute crainte envolée, sous l'œil surpris de la Cracmol et des chats installés dans le salon. Miss Teigne avait la tête penchée et même elle semblait se demander ce qui pouvait bien arriver à son maître.

- Oh ! Merlin ! Arabella ! C'est lui ! C'est merveilleux ! Je suis sûr que c'est lui ! Je sais que c'est lui !

Rusard gloussait comme une fillette et Arabella serra brusquement le berceau contre elle, les larmes aux yeux. Elle avait compris. Et soudain, elle détesta cela.

- Non ! protesta-t-elle. Non et non ! Je refuse !

Rusard s'arrêta de danser et s'approcha du berceau.

- L'enfant de la prophétie, murmura-t-il avec fascination. C'est lui. Je le sens. Je le vois. Sa magie est tellement étrange. Tellement libre. Tellement différente.

- J'ai emmené ce bébé pour qu'il ne devienne pas un pion de Dumbledore, protesta Arabella d'une voix tremblante. Tu n'en feras pas non plus ton pion !

Rusard vit enfin les larmes dans les yeux de son amie.

- Il est l'espoir que nous attendions tant, dit-il d'une voix douce, le visage éclairé par l'espoir. Je n'ai pas l'intention de lui faire de mal.

- Non, protesta encore Arabella. Je refuse cela. Tu ne comprends pas, n'est-ce pas ? Je veux l'élever comme l'enfant que je n'ai jamais eu et que je n'aurai jamais. Comment pourrais-je lui apprendre un jour que son destin est tout tracé ? Qu'il doit se battre pour nous ? Comment aura-t-il encore confiance en moi, après ça ? Nous n'avons pas eu la chance de grandir heureux. Nous avons perdu notre innocence trop tôt. Je ne veux pas qu'il en soit de même pour lui. Je suis même prête à me battre contre toi.

Argus envoya un regard empli de colère à la Cracmole, qui se tenait droite, têtue.

- Ne dis pas de bêtises, vieille folle ! Tu sais très bien que tu n'as pas la moindre chance.

Puis il baissa les yeux sur le bébé et poussa un soupir, presque un gémissement. Il avait presque oublié que c'était un bébé. Sans son regard, Rusard percevait de nouveau toute la fragilité du petit être. Il gémit de nouveau. Il comprenait le point de vue d'Arabella, bien plus qu'il ne l'aurait voulu. Il n'était pas mauvais et ne voulait pas non plus perdre l'amitié de la Cracmole au caractère de cochon. Cependant, renoncer à l'immense espoir que représentait l'enfant lui prendrait sans doute toute sa vie.

Finalement, il jeta à nouveau un regard colérique vers Arabella.

- Très bien. Ta lubie nous fait sans doute perdre toute chance de changer la société, mais je te suis.

- Que veux-tu dire ? demanda Arabella, méfiante.

- Si tu veux offrir une belle vie à ce bébé, dit-il, tu as besoin de moi. Mon salaire n'est pas bien épais, parce que le directeur souligne sans cesse que je déjà suis nourri, logé et blanchi par Poudlard…

Arabella retint une remarque sur les vêtements sales et miteux et Argus continua.

- … mais ce sera toujours mieux que si tu te mets à travailler. Surtout que tu ne connais rien au monde du travail moldu, ajouta-t-il avec un reniflement moqueur.

Le sourire de la Cracmole était soudain si grand que Rusard se sentit mal-à-l'aise et maladroit.

- Oui… Enfin… Et il faut que j'appelle Cepheus. S'il ne protège pas la maison, tu ne pourras pas cacher bien longtemps qu'Harry Potter est un sorcier.

Arabella acquiesça, immensément soulagée, et sa prise autour du berceau se desserra légèrement.

- Je rentre à Poudlard, conclut le concierge en tournant les talons.

Arabella le regarda prendre une pincée de poudre de Cheminette d'une main, Miss Teigne de l'autre, et s'approcher de la cheminée. Au moment où, au milieu des flammes vertes, il prononça sa destination, elle lui lança un immense « merci ».

Elle sut qu'il l'avait entendue quand elle perçut son grognement. « Les femmes ! »

Elle sourit malgré elle. Elle déposa le berceau sur un fauteuil puis s'accroupit devant lui, pour caresser doucement la joue tendre du bébé endormi.

- Tout ira bien, tu verras. Nous allons nous en sortir. Ensemble.


(*) Oui, je suis consciente que le processus décrit par Vernon est beaucoup plus simple et rapide que dans la réalité. Quand les droits d'un enfant sont en jeu, nos sociétés prennent beaucoup plus de précautions que je n'en décris. Cependant, je souhaite surtout m'attarder sur le monde magique. C'est pourquoi je n'approfondirai pas les procédures réelles de renoncement et d'adoption. :)


Le pauvre Harry est et restera un enfant de prophéties. Je respecte certains aspects de l'histoire… d'une certaine manière. Sauf que, bien évidemment, la prophétie qui tombe sur Harry est bien différente de celle de JKR ^^ J'espère en tout cas que l'histoire continue à vous plaire ou à vous intriguer. Pour ma part, j'ai hâte de voir Harry entrer à Poudlard… Muhahaha !

N'hésitez pas à me laisser vos impressions en partant !