A quatre heures trente du matin, Harry se leva donc en bâillant. Il se doucha, puis s'habilla rapidement avant de prendre son sac de cours, car il doutait que Rogue lui laisse l'occasion de retourner le chercher dans son dortoir avant le début des cours. Il descendit les escaliers, et tomba sur Peeves.
"Tiens, mais c'est le petit pote Potter ! Alors, encore en retenue, hein ? C'est quand même pas gentil, de faire le vilain garçon, juste pour attirer l'attention !"
"Dégage, Peeves !"
Après 10 minutes de combat contre l'esprit frappeur, Harry put enfin se diriger jusqu'au cachot, où il frappa à la porte du bureau de Rogue. Celui-ci ordonna d'entrer. Harry ouvrit la porte, rentra et la referma derrière lui.
"Vous avez un quart d'heure de retard, Potter, fit remarquer la voix glacée de Rogue."
"Excusez moi, professeur, mais Peeves, l'esprit frappeur, m'a retardé."
" Oui, bien sûr, les excuses sont faites pour s'en servir, n'est-ce pas ?"
Harry ne répondit pas. Il savait que Rogue cherchait un prétexte pour lui mettre un mois supplémentaire de retenue. Le professeur reprit :
« Vous voyez les caisses en carton qui sont derrière vous ? Je veux que vous me classiez toutes les fioles qu'il y a dedans sur ces étagères, en les classant par couleurs. J'ai été assez clair ?
Oui, monsieur, répondit Harry. »
Il passa deux heures entières à se courber pour prendre les potions, puis à les prendre à bout de bras en se mettant sur la pointe des pieds pour les mettre dans les étagères vides, qui se remplissaient au fur et à mesure. Trois heures plus tard, la cloche annonçant le début des cours sonna, et Rogue jeta un œil dans les cartons.
« C'est encore loin d'être terminé. Vous n'aurez qu'à reprendre ce soir ! Filez en cours ! »
Harry ramassa son sac sur le sol, le hissa sur ses épaules, et sortit du cachot. Il courut sur tout le chemin jusqu'au quatrième étage, où il réussit de justesse à être à l'heure au cours de Mc Gonagall. Il se laissa tomber sur une chaise entre Ron et Hermione, et le cours commença. Trois autres heures de cours suivirent ainsi à une vitesse alarmante, et, très vite, ils purent se rendre dans la grande salle pour le déjeuner. Harry était affamé, il n'avait pas put prendre de petit-déjeuner. Pendant qu'il remplissait son assiette de pommes de terre sautées et de quatre tranches de bacon, Ron lui demanda :
« Alors ? Qu'est-ce qu'il t'as fait faire ?
Classer des potions sur des étagères, répondit Harry entre deux bouchées de bacon.
Quand même, intervint Hermione, ça m'étonne que Dumbledore laisse faire ça… Il ne t'as même pas donné le temps d'aller manger ce matin !
Tu attendais autre chose de la part de Rogue ? demanda Harry. Laisse tomber, si je vais me plaindre, je ne récolterais rien d'autre qu'une semaine en plus… »
Harry avait espéré que les cours de l'après-midi dureraient éternellement. Mais, au contraire, il avait l'impression que quelqu'un s'était amusé à trafiquer les horloges du château pour qu'elles tournent plus vite que prévu. Si bien qu'il eût l'impression de tout juste sortir de table, alors qu'il était déjà l'heure de retourner dans le cachot de Rogue. Il y arriva à l'heure, cette fois, et Rogue ne leva même pas la tête lorsqu'il entra après avoir frappé. Sans quitter ses dossiers des yeux, il fit un signe de tête vers les cartons et dit simplement :
« Vous savez ce que vous avez à faire, Potter. »
Le Gryffondor s'agenouilla auprès des caisses, et prit plusieurs fioles de couleur rouge sang. Il se releva, et alla les mettre sur l'étagère, où quelques fioles rouges se trouvaient déjà. Il effectua ses allers-retours pendant ce qui lui sembla être une éternité. Au bout d'un long moment, il rangea la dernière fiole avant de se retourner vers Rogue, qui leva les yeux vers lui. Il se leva, inspecta les rangées de potions, avant de regarder Harry d'un air dédaigneux.
« Eh bien, Potter, je suis ravi de voir qu'il ne vous faut pas moins de cinq heures pour ranger des fioles selon leurs couleurs ! »
Cinq heures ? Il en avait passé trois dans le bureau, le matin même, il ne pouvait pas être seulement sept heures du soir ? Mais un coup d'œil sur sa montre le lui confirma. Le professeur reprit :
«Je suppose que ce n'est pas trop demandé de m'attendre un instant ? »
Le Maître des potions sortit, et revint quelques minutes après, en faisant léviter devant lui un énorme tonneau qui n'inspirait rien de bon à Harry.
« Ce tonneau, expliqua le professeur, est rempli de tentacules de murlap en décomposition. Si cet état est nécessaire pour la préparation de certaines potions, il se peut que quelques unes soient vraiment trop pourries pour être utilisées. Vous mettrez celles qui sont en état dans ce bac (il agita sa baguette, faisant apparaître une caisse en bois) et celles qui sont pourries, dans celui-ci (nouveau mouvement de baguette). Et… Enfin, non, je ne pense pas que vous auriez besoin de gants de protections … »
Harry regarda le tonneau et esquissa une grimace de dégoût, simplement à cause de la vue et de l'odeur des tentacules. Il n'osait même pas imaginer ce que ça pourrait donner au toucher. Les tentacules étaient visqueuses, d'une couleur jaune transparente parsemée des tâches oranges plus foncées. Certaines avaient aussi des traces vertes de moisissure, mais elles baignaient toutes dans un liquide jaune foncé dégoûtant. Il en prit une et la lâcha aussitôt en retenant à grand-peine une exclamation de dégoût. La tentacule était glacée, aussi visqueuse et molle que leur apparence le laissait deviner.
« Il y a un problème, Potter ? demanda Rogue avec un rictus amusé.
N…Non, monsieur, répondit-il d'une voix hésitante. »
Harry se résolut à prendre l'une des tentacules gluantes, et vit qu'elle était en assez bon état. Il la laissa tomber dans le bac à sa droite, et s'attaqua à une autre, cette fois couverte de traces vertes et de grandes plaques bleues séchées. Elles étaient encore plus répugnantes à tenir. Au bout de deux heures il avait à peine vidé un quart du tonneau, mais avait les mains aussi visqueuses et glissantes que les tentacules, et pleines du liquide dans lequel elles baignaient. Il prit ce qui lui semblait être sa millième tentacule, lorsque, à cause de ses mains glissantes, celle-ci glissa de ses mains et atterrit sur le sol du bureau.
« POTTER ! »
La voix résonna comme un coup de fouet dans la salle. Le professeur Rogue le foudroya du regard et dit d'une voix onctueuse qui fit frissonner Harry :
« Ramassez-la, et vous resterez une demie-heure de plus pour nettoyer le sol avant de partir. »
Harry s'exécuta, et continua à trier les tentacules. Alors qu'il arrivait à peine à la moitié du tonneau, Rogue se leva.
« Ca suffira pour ce soir… ou plutôt pour ce matin, compte tenu de l'heure. »
Il lui tendit une serviette en papier, et ordonna :
« Essuyez-vous les mains pendant que je vais vous chercher une serpillière pour nettoyer le sol. »
Le Gryffondor débarrassa rapidement ses mains du liquide jaune, et regarda sa montre. Il était minuit et demie. Il passa encore une demi-heure à nettoyer le sol du cachot, avant que Rogue ne le laissa partir en lui rappelant :
« Je vous attends à cinq heures, Potter, et pour une fois dans votre vie, tâchez de ne pas être en retard ! ».
Harry remonta dans la salle commune en n'ayant que l'envie de se coucher, mais il ne pouvait pas. Il avait des devoirs à faire pour le lendemain. Il s'y attela, et ce ne fût qu'à deux heures qu'il put monter dans son dortoir. Il s'endormit en songeant que, s'il voulait être à cinq heures dans le bureau de Rogue, il devrait se lever à quatre heures et demie, et donc, ne pas dormir plus de deux heures cette nuit.
