Donne-moi ton cœur
Chapitre 2
Rencontre
Comme tous les matins, je me levai, mis mon châle sur mes épaules et allai remettre du bois dans la cheminée pour revigorer le feu qui était entrain de crever. Je frissonnai. Puis je commençai à préparer mon petit déjeuner. Je pris le long couteau d'une main et de l'autre je saisis la miche de pain et je tranchai une longue et épaisse tranche. Je tartinai du beurre dessus. Enfin, je pris un verre et je me versai du lait que l'un des fermiers m'avait donné la veille au soir. Je me mis à manger de bon appétit ! L'atmosphère se réchauffait. Peu à peu, une agréable chaleur s'installa. Je sortis de ma maison pour aller puiser de l'eau au puits. Je ramenai le seau à l'intérieur et versai le contenu dans un broc et sa cuvette. Je fis ma toilette et je m'habillai. Je choisis comme vêtement une blouse blanche qui me laissait les épaules dénudées, un jupon noir fait dans un lourd tissu et des bottes de la même couleur. Dans quelques heures, la chaleur allait devenir épouvantable. Je ne savais pas pourquoi mais j'avais pris mon temps pour faire tout cela. D'habitude, j'étais plus rapide. Je me pressais même. Il était l'heure que je commençasse mes visites. Mais, avant de sortir, instinctivement, je mis ma longue cape sur mes épaules. J'attrapai ma besace en cuir avec tout ce que j'avais besoin pour la matinée. En sortant, un nouveau frisson me parcourra. J'avais l'impression d'être observée, épiée.
Je me rendis d'abord dans l'une des fermes pour voir la cicatrisation de la blessure d'un petit enfant. Ewan était un garçonnet de cinq ans joueur et vif mais un peu turbulent à mon goût. Il avait l'habitude de courir partout. Pourtant, je l'aimais comme s'il était mon propre frère. Avant hier, il était tombé. La plaie saignait abondamment, mais surtout, il semblait que de petits cailloux s'étaient incrustés dedans. J'avais nettoyé la blessure puis j'avais enlevé les minuscules graviers. J'allai vérifier s'il n'en restait pas. Elle était propre. Contente de moi, je dis à ses parents de ne pas s'inquiéter. Cela cicatriserait vite.
Je me rendis ensuite auprès de Jawaad. C'était un jeune homme vigoureux. Son histoire l'avait poussé à devenir un chasseur de vampire. Lors d'un de ses entraînements, il fut blessé. Depuis cette époque, je le visitais chez lui tous les jours. Nous avions sympathisé.
«- Bonjour Jawaad. Comment vas-tu aujourd'hui ?
- Salut à toi, ma douce amie. Le simple fait de te voir me remplit le cœur de joie, et je me sens beaucoup mieux. Et toi, comment vas-tu?
- Je suis ravie d'entendre ça. Je vais bien. »
Jawaad était devenu avec moi plus familier. J'essayais de rester distante avec lui. Pas que sa conduite me gênait, mais je ne voulais pas qu'il se fasse des idées. Malgré tout, je l'appréciais beaucoup en tant qu'ami et ses compliments m'amusaient beaucoup. Attendant ma venue, il était torse nu. Il ne me restait plus qu'à enlever ses bandages.
«- Dans peu de temps ta blessure sera complètement guérie. Tu ne sentiras qu'une légère gêne. Mais tu pourras rependre ton entraînement. Je préfère tout de même la nettoyer.
- Faudra-t-il autant de temps pour que tu comprennes ?
- Comprendre quoi, lui répondis-je en lavant sa blessure avec minutie.
- Que j'ai besoin de toi !
- Je suis ton amie. Si tu as le moindre problème, je serai toujours prête à t'aider. »
Je jouais à l'idiote. Je savais très bien ce qu'il voulait dire.
« - Ce n'était pas dans ce sens là que je voulais dire. Mais sache que ton amitié me réchauffe le cœur. »
Il avait l'air tellement triste. D'un coup, ses yeux se rallumèrent. Il voulait essayer de me convaincre. Il n'eut pas le temps. Des cris lointains se firent entendre. C'était des cris de panique. Les villageois hurlèrent que les vampires nous attaquaient. Jawaad attrapa alors sa lance tandis que je me précipitai à la fenêtre pour voir ce qu'il en était. Sa porte, restée entrouverte, fut poussée. Un vampire pénétra à l'intérieur. Il eut l'air un peu déstabilisé d'y trouver un chasseur. Il retrouva très vite ses esprits et se mit en position de combat. Jawaad débuta les hostilités. Il se jeta littéralement sur lui. Mais le vampire stoppa son attaque en bloquant sa lance. Cette créature enchaîna très rapidement un coup de genou, suivit d'un coup de poing et enfin d'un coup pied dans l'estomac. Jawaad se retrouva propulser contre le mur. L'ennemi s'approcha lentement de lui. D'une seule main, il l'attrapa par la gorge et le souleva. On aurait dit qu'il contemplait sa proie. J'étais le triste témoin de ce court combat. Je ne pouvais pas bouger. J'étais pétrifié d'effroi. Tout d'un coup, Jawaad cria:
«- Je t'en supplie, fuis! Que mon sacrifice ne soit pas vain ! »
J'essayais de toutes mes forces de partir, de me sauver, mais mes jambes n'en faisaient car leur tête. Elles ne voulaient pas bouger. J'avais trop peur. Le vampire s'aperçut que j'étais là. Un étrange petit sourire se dessina sur ses lèvres. Il rabaissa Jawaad à sa hauteur. De sa main libre, il attrapa son bras droit et le tint fermement. Puis, il pencha la tête de sa victime avant d'y planter ses canines acérées. Il buvait tout simplement son sang. Quand il eut finit, il lâcha son emprise et le corps de mon ami tomba comme une poupée de chiffon. Il était mort !
Le vampire se retourna vers moi pour me faire face, arborant sur ses lèvres un large sourire triomphant et carnassier. Lentement, il s'avançait vers moi. Je ne donnais pas cher de ma peau ! Je voulais fuir. Je me mis à reculer mais mon talon butta contre une dalle et tombai sur les fesses. Je n'eus pas le temps de me relever que la main froide de la créature se posa sur mon épaule. Il s'était agenouillé à côté de moi. Je sentis son souffle froid sur mon visage.
«- As-tu apprécié ce spectacle ? »
Évidement que je ne l'avais pas aimé ! Je préférais garder le silence.
«- Réponds quand je te pose une question ! » vociféra-t-il.
Sa main glissa derrière ma nuque qu'il tint fermement.
« - Alors, as-tu aimé ce spectacle ? »
Il accompagnait cette phrase d'un rictus cruel et pervers.
« - Je l'ai détesté ! »
J'avais répondu par la négative. Je l'avais fait simplement, sans bredouiller et en plongeant mes yeux dans les siens. Je me demandais ce qu'il me voulait. Cette question m'entêtait.
« - Pourtant tu es restée ! Cela prouve que ce spectacle ne t'a pas autant déplu que tu veux bien le dire, constata-t-il avec un ton sadique.
- Ce spectacle était horrible et je souhaite ne jamais en revoir un comme cela. »
Le vampire sourit. Quelle nouvelle idée venait de germer dans son esprit torturé ? Sa main effleura de nouveau ma peau et il la replaça sur mon épaule.
«- Je me demande bien ce que vous faisiez ensemble. Il était torse nu après tout…Peut-être que toi et lui…Je vous ai dérangés, il me semble. »
Je ne répondis pas mais je continuais à le regarder droit dans les yeux.
« - Tu ne pleures pas sa mort ! Il n'était rien pour toi ! Ou était-ce qu'un simple client ? Habillée comme tu es, il n'y pas de doute, tu es une fille de joie ! »
Je me redressai légèrement. La colère commença à m'envahir. Je ne pus retenir ma main. J'avais giflé le vampire de toutes mes forces. Il n'avait pas prévu ce genre de réaction. Il reçut de plein fouet ma main sur sa joue et sa tête se tourna légèrement à cause de la force que j'avais mise dans cet acte désespéré. Il retourna sa tête vers moi et posa son autre main sur la joue que j'avais frappée. Ses yeux retombèrent sur moi. Je fixais le mur. Je n'étais pas fière de ce que je venais de faire. De nouveau, il se mit à me parler:
«- Une chose est sûre, tu n'es pas une fille de joie. Sinon comment expliquer ta réaction…Peu d'humains, dans ta position, auraient réagi comme toi ! Dois-je t'en punir ou t'en féliciter ? J'hésite… »
Il avait pris un ton amusé.
« - Faites ce qui dois être fait, dis-je sur un ton résolu.
- Quelle volonté ! Tu as raison, je ferai ce qui doit être fait. Mais pas maintenant, j'ai envie d'attendre...
- Ça vous amuse de me torturer ? »
Il éclata de rire.
Un autre vampire arriva mais il resta sur le seuil de la porte.
«- Maître, nous avons fini. Faut-il prendre celle-là aussi ?
- Je vous ai dit de ne pas me déranger, hurla-t-il en tournant la tête vers lui. Je m'occuperai personnellement de toi quand nous serons de retour. Pars maintenant ! »
Son subordonné repartit bien vite. Mon bourreau se concentra de nouveau sur moi.
«- Pour répondre à ta question, oui, j'aime bien te torturer. J'aime voir la peur sur les visages humains.
- Vous êtes cruel ! » m'exclamai-je.
De nouveau, mes yeux s'étaient posés sur son visage. Ces quelques mots m'étaient sortis tout naturellement de la bouche.
« - Tu trouves ! Merci du compliment, répondit-il dans un sourire. Tu m'amuses, humaine. »
Il lâcha mon épaule et il se releva. Il m'ordonna de faire de même, ce que je m'empressai de faire. Il sortit et je le suivis mais j'attrapai mon manteau et ma besace au passage. Je regardai une dernière fois le corps de Jawaad et le remerciai mentalement pour son sacrifice. Le vampire alla à la place du village. Ses soldats avaient rassemblé presque tous les villageois. Il les félicita puis il me fit face. Il me murmura de l'emmener chez moi. Je pensai qu'il voulait tout connaître de sa victime pour mieux la torturer. J'obéis et je le guidai jusqu'à ma maison. Nous rentrâmes dedans. Il prit soin de refermer la porte. Une fois à l'intérieur, il regarda avec attention. Ma bibliothèque l'intéressa plus particulièrement. Il s'en approcha et se saisit d'un livre. Il l'ouvra. Il le referma en le claquant.
«- Tu as lu tous ces livres ?
- Oui.
- Tu t'intéresses aux plantes, je vois.
- Je suis une soigneuse.
- En as-tu d'autres ? »
Je m'approchai d'une malle que j'ouvris. Je m'écartai, pour que mon hôte puisse jeter un coup d'œil. Je savais quels genres d'ouvrages se trouvaient là, et ce, depuis longtemps. Un large sourire se dessina sur ses lèvres. Il se pencha et en pris un. Il lut juste le titre.
« - Je vois que tu t'intéresses à nous. »
Il le reposa et se dirigea vers l'étagère où j'entreposais mes potions. Il les observa avec insistance. Avec la peur au ventre, je fis quelques pas vers lui.
« - A quoi servent ces potions, demanda-t-il.
- A soigner les gens.
- Prends-les, tu vas en avoir besoin. Si tu as encore des réserves de plantes, je te conseille de les prendre aussi. »
Je fis encore quelques pas pour me mettre à coté de lui. Je les emballai précautionneusement avant des les ranger mon sac. Je pris aussi les plantes que j'avais récemment coupées. Le vampire surveillait mes moindres gestes. Une fois que j'eus fini d'empaqueter mon matériel, il pénétra dans ma chambre à coucher. Je préférai attendre dans la pièce principale. Je m'assis sur une chaise. Je me demandais bien ce qu'il pouvait faire dans cette pièce. Au bout de quelques minutes, il décida d'en ressortir. Il tenait mon violon et son étui entre ses griffes. Il les posa sur la table puis se dirigea vers la porte. Je me levai pour le suivre. Mais il s'arrêta de marcher. Il se retourna vers moi. Il posa une main sur mon épaule. Je n'osais lever la tête vers lui. Il prit la parole :
« - Pour le moment, je te laisse vivre. »
D'un geste vif, il me rapprocha vers lui. Nous étions l'un contre l'autre. J'étais tellement surprise que l'idée de me débattre ne me vint pas à l'esprit. Il baissa sa tête de telle façon que sa bouche se trouva à la hauteur de mon oreille.
« - Tu m'amuses, humaine. Tu me plais, humaine. » me murmura-t-il.
Il relâcha son étreinte et il sortit. Je restais paralyser à cause de son geste. Je n'étais pas bien certaine de tout comprendre. Dehors, il appela deux de ses soldats. Il leur donna l'ordre de prendre les chevaux pour qu'ils transportent mes affaires. L'un d'eux me réclama mes sacs et je le lui confiai. J'étais toute tremblante d'avoir encore vu une de ces créatures de si près.
Je me remis de mes émotions et je sortis. Il m'attendait. De nouveau, il me guida jusqu'à la place du village. Il m'ordonna de rejoindre les autres humains qui attendaient en silence. J'obtempérai. Je le vis se mettre à l'écart avec un autre vampire. En discutant, il me désigna à son interlocuteur qui hocha la tête. Je remarquai ensuite mes compagnons formaient deux groupes. Dans mon groupe, il y avait des gens jeunes comme moi et quelques familles comme celle d'Ewan. De l'autre il y avait les vieillards et de couples avec de très jeunes enfants. Des soldats commencèrent à nous menotter les un aux autres. Earnan, un ancien du village s'avança vers les vampires, qui discutaient ensemble. Il semblait leur demander quelque chose. Celui qui semblait être le chef acquiesça. Earnan rejoignit mon groupe. Lui aussi fut menotté.
Le chef vampire avec un petit groupe des siens quittèrent le village accompagné des chevaux chargés de matériel. Quelques heures plus tard, sous bonne escorte, nous fîmes de même.
Notes: Voici le deuxième chapitre. La seule vraie difficulté que j'ai rencontrée était vis-à-vis des noms des personnages. J'ai donc ouvert quelques magazines parentaux et j'ai fait une recherche sur des dictionnaires de prénoms sur le net. "Jawaad" est un prénom africain qui signifie généreux. "Ewan" signifie le jeune et "Earnan" le sage.
Nyarla
