Disclaimer: Claymore appartient à Norihiro Yagi.

Alerte Spoil: cet os raconte l'une des dernières cases du manga.

Pour Corporal Queen :)


Deux secrètes tombent l'armure

Personnages: Galatea et Dietrich

Rating: C'est mignon. Tous publics, même! (avec un peu d'alcool)

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Elles ne pensaient pas qu'elles auraient les moyens de remplir leur promesse. Celle, faite d'une façon un peu folle, de se retrouver une fois tout terminé pour aller boire un verre. Et pourtant, on y était.

Rabona, juste après la victoire. Galatea et Dietrich sont assises face à face. Sérieuses. Ce qui se passe alors n'a pas besoin de mots. Ni même de regard, ce regard que Galatea n'a plus, plus de la même manière. Au fond, Dietrich et elle se regardent, mais du regard de l'âme, pas de celui, finalement superficiel, de leurs sens externes. Les autres Claymore le perçoivent, à des degrés divers: ces deux-là se jaugent, se reniflent sans bouger d'un cil, évaluant la force de l'autre à travers le prisme de leurs yokis.

Mais voilà, ça faisait partie du pari: rien ne sert de boire si l'on n'abaisse par ses barrières de démon. Il faut accepter de mettre son pouvoir entre parenthèses pour laisser les effets de l'alcool s'emparer de leurs organismes. Défaire l'armure, en somme. Baisser sa garde devant l'ennemi. Se foutre à poils, même, s'il le faut. Et s'offrir, aux regards, aux gestes, comme un défi. Pour ces deux femmes, si secrètes à leur manière, si lointaines, si rigides, chacune dans leur genre, rationalistes et logiciennes à l'extrême, aimant le contrôle, l'absolu, le devoir, c'est là une épreuve redoutable.

Mais elle s'y jettent, au même moment, sans hésiter, comme on plonge dans une mer glacée sur un coup de tête. L'abaissement des remparts est un véritable dévoilement: intime, malgré la foule qui les entoure, il provoque chez elles un imperceptible rougissement intérieur, ainsi qu'un éclat provoquant dans les yeux de Dietrich et dans le sourire de Galatea, mais qu'elles sont seules à remarquer.

Le tenancier apporte la bouteille et sert. Le premier verre les réchauffe. Elles se sourient. Le deuxième est aisé. Le troisième s'écoule déjà plus lentement. La chaleur monte à la gorge, puis aux joues, au front, à la tête, s'installe, augmente. Les impressions de la salle s'épaississent, se brouillent. D'étranges idées leur viennent, stupides et hors-sujet ou bien assurément troublantes. Et toujours elles se jaugent. Quelle élégance, quel raffinement, admire l'une; quel maintien, quelle force, remarque l'autre. Voici venir le quatrième verre, qu'elles avalent nonchalamment. Puis le cinquième. Le sixième. L'inhibition est totalement tombée, cette fois. Et le reste du bar est englouti par un flou de sons et de couleurs.

Dietrich a l'impression d'avoir oublié leur premier enjeu. Galatea se demande quelle est cette chaleur qui émane de son adversaire. A mesure qu'elles boivent, la lenteur s'installe dans leurs gestes. Alors que les premiers verres se vidaient rapidement, avec énergie, les suivants se dégustent, non sans sensualité. Portant le septième – à moins que ça ne soit le huitième, le décompte est confus – à leurs lèvres, elles en effleurent les parois avec plus de douceur et de sensualité, sans même s'en rendre compte. L'alcool roule sur leurs langues, tout en rondeur, tandis qu'elles déglutissent lentement.

Galatea repose son verre. Fermement. Elle entend que Dietrich ne l'imite pas.

Le verre se brise soudain sur le sol et la fait sursauter. Un bruit mat lui apprend que sa compagne de beuverie vient de s'effondrer sur la table, vaincue.

– Déjà? s'étonne-t-elle, mais je suis juste un peu pompette, moi!

Elle ment, mais si peu. Elle est déjà plus que joyeuse, et surtout, vibrante. Prête à aller plus loin. A défier toutes les autres, y compris Hélène (ce puits sans fond, quelle imprudence!), et ce sans hésitation.

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Elle ne regrette rien. Ni son ivresse, ni sa défaite, un peu plus tard. Sa conscience affaiblie n'éprouve qu'une vague satisfaction lorsque ses camarades l'emportent et la déposent sur la même couche qu'une Dietrich endormie et ronflante. D'instinct Galatea, complètement décomplexée par les excès, se pelotonne contre la froide Claymore et joue, toujours joyeuse, avec une de ses mèches blondes, effleurant sa joue au passage. Le monde autour d'elle tourne. La chaleur de Dietrich est réconfortante. Peu à peu, elle s'endort du lourd sommeil des ivrognes.

Quand elles se réveilleront, tireront-elles quelque chose de leur expérience, de leur rencontre? Y aura-t-il suite à cette folie ou bien oublieront-elles ce moment d'égarement, ces armures autour d'elles répandues pour redevenir la fière Galatea et la sérieuse Dietrich? Ceci, disait le conteur, est une autre histoire, qui sera contée une autre fois.

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