Aussitôt que la cloche retentit pour le déjeuner, je me rendis rapidement au secrétariat où je devais rejoindre Angela. Je complimentai sa tenue qui était irréprochable, comme toujours. Elle me proposa de marcher jusqu'au restaurant, chose que je ne pus refuser compte tenu des rares fois où le soleil était de la partie. Lors du trajet, je lui racontai ma première impression du groupe de première année rencontré à 8h et ensuite, l'impression des étudiants de terminale avant le battement du déjeuner. À son tour, elle me raconta la surcharge de travail dû à la rentrée scolaire. Je la rassurai en lui mentionnant que dans quelques semaines, le calme plat s'installerait comme à l'habitude. Après quinze minutes de marche, nous débarquâmes au restaurant le Golden Gate où nous avions l'habitude de manger depuis notre adolescence. J'aperçus Jessica Stanley, Mike Newton, Eric Yorkie, Jacob Black et Quil Ataera assis au fond du restaurant, l'air enjoué par notre arrivée. Angela prit place face à son fiancé, Eric et je me contentai de la place libre en Jessica et Jacob, visiblement gardée pour moi. Jacob passa son bras alentour de ma taille et m'attira vers lui pour m'enlacer. Je remarquai qu'il portait le parfum que je lui avais offert pour son anniversaire en janvier dernier. Je souris. Mon meilleur ami avait cette façon de me rendre bien en l'espace de deux minutes, sa présence avait été apaisante dans chaque épreuve vécue au cours des dernières années. Il était l'homme de ma vie en quelques sortes.

« Mike et moi avons peu de temps pour manger, nous rencontrons des fournisseurs pour la collection hivernale. », annonça Jessica. « Bella, pourrais-tu passer prendre Andrew à la boutique vers quinze heure ? Il est avec les parents de Mike. »

« Sans problème. », répondis-je avec enthousiasme. « Et vous, les gars ? Votre journée ? », poursuivis-je.

« Je continue toujours mon super-méga-projet informatique. », annonça Eric. « C'est beaucoup de travail, mais bien rémunéré. »

« Tous les gars de la réserve s'occupent présentement des rénovations chez Charlie. », lança Jacob amusé. « Ils ont préféré dévorer les réserves de Sue que de manger avec nous. »

Tous rigolèrent à la remarque de Jacob. J'étais très touchée par l'aide apportée à Charlie. Depuis son mariage avec Sue Clearwater, six ans plus tôt, il remettait toujours l'agrandissement de la maison. Seth et Leah devait partager le canapé et ma chambre lors de mes absences jusqu'à dernièrement. Des amis se sont mobilisés pour aider Charlie à terminer le sous-sol qui était poussiéreux et rempli de terre. Deux chambres et une nouvelle salle de bain avaient vu le jour en l'espace de quelques mois. L'extérieur était bien différent de celui connu lors de mon enfance et mon adolescence. Les fleurs, la peinture fraîche.. Une différence flagrante. La Renaissance de Charlie était le terme secret employé par Jacob, Billy Black et moi-même pour désigner mon père qui était devenu un homme différent de l'extérieur et de l'intérieur.

« Ton blouson te va à merveille Bella. », remarqua Quil.

« Quil, Quil, Quil ! N'essaie pas de faire des remarques à Bella le Coeur de Pierre, elle ne succombera pas. », répondit Mike Newton à la remarque de mon ami en s'esclaffant par la suite.

« Merci Quil. », dis-je en acquiesçant d'un signe de tête. « Newton, tu sauras que je reste sensible aux remarques de mes amis. » me contentai-je d'ajouter.

Il était bien vrai que je ne portais pas attention aux remarques des hommes à mon égard. Ma dernière relation remontait à mes 20 ans à l'Université. Après quatre mois de vie commune, j'ai décidé de mettre fin à tout ça. Depuis ce jour, j'étais devenue une célibataire très endurcie. La serveuse arriva enfin à notre table et je commandai l'assiette chinoise la plus populaire comme la plupart de mes amis, à l'exception de Jacob et de Eric qui décidèrent de prendre un steak frites. Après une discussion sur la politique américaine et sur les voitures, les assiettes furent apportées à table à mon plus grand bonheur.

Je quittai le restaurant avec Angela vers 13h10 et nous marchâmes d'un pas rapide afin d'arriver à l'heure pour la reprise des cours. Heureusement que je n'avais pas d'élèves à l'horaire pour l'après-midi et j'en profitai pour planifier des exercices et des travaux à remettre aux étudiants au cours des prochaines semaines. Je choisis Des Souris et Des Hommes de John Steinbeck pour distribuer aux élèves de terminales alors que Comme Avant de Nicholas Sparks fut le choix pour les premières années. Je considérai finalement d'avoir fait du bon boulot et je quittai comme prévu vers quinze heure pour prendre le fils de Jessica et Mike sous mon aile pour quelques heures.


Le parking de l'endroit était chargé et j'eus de la difficulté à trouver un endroit où garer ma Dodge Ram. J'entrai dans la boutique et pourtant, il n'y avait aucun client. Les parents de Mike se tenaient derrière le comptoir, mais il n'y avait aucune trace d'Andrew.

« Bonjour Karen ! Bonjour Robert ! », lançai-je. « Où se cache mon petit singe ? » demandai-je.

« Dans la salle des employés, il t'attend. » me répondit la mère de Mike.

C'est donc avec le sourire aux lèvres que je me rendis dans cette petite pièce agrémentée du vieux canapé qui ornait l'appartement de Jessica avant l'achat de sa maison avec Mike. Les murs étaient bruns, le sol très sale et le réfrigérateur blanc était jauni par l'âge. Un petit garçon aux cheveux bruns en pointe, vêtu de vêtements plûtôt propre me lança un sourire rempli de bonheur. Mon coeur fondit. Il laissa tomber sa console portative et me sauta au cou. Il ressemblait beaucoup à son père, mais avait la couleur de cheveux de sa mère. Andrew Newton était une bombe d'énergie pure avec qui j'aimais beaucoup passer du temps.

« Ça va bonhomme ? » demandai-je d'une voix maternelle. « Tu as passé une belle journée ? »

« Oui ! » me dit-il. « On peut rejoindre maman ? » me demanda-t-il par la suite.

« Elle et papa sont partis, ils reviendront en début de soirée. » répondis-je au bambin. « As-tu envie de manger quelque chose ? »

« Les cookies de Sue ! », s'exclama le gamin les yeux remplis de bonheur. « Dis oui ! »

« Une visite à Charlie ne nous fera pas de tort, qu'en penses-tu ? » demandai-je. « Ramasse tes jouets et hop, on y va ! »

En moins de deux minutes le bambin avait tout rangé dans son sac à dos. J'ébouriffai ses cheveux et il me fit une petite moue. « Porte-moi s'il te plaît ! », m'avait-il demandé. Je pris son sac sur mes épaules et je le levai avec difficulté. Il était plus grand que la moyenne des enfants de trois ans, un peu comme Mike qui était très bien bâti. J'ouvris maladroitement la porte et je remarquai la présence de clients dans la boutique.

Karen Newton s'approcha pour embrasser son petit-fils alors que Robert, le père de Mike demeura derrière le comptoir, les yeux rieurs et remplis de bonheur. Une cliente s'apprêtait à passer à la caisse. La beauté de la jeune dame m'interpella. Sa couleur de cheveux était l'une des plus rares – blond fraise pour être exacte – et sa peau très pâle s'agençait avec ceux-ci. Je m'apprêtais à sortir, Andrew dans les bras, lorsqu'une silhouette surgit de l'allée tout près de la porte. Déconcertée, je figeai sur place et mon corps se raidit comme celui d'un mort.

« Tanya ! Regarde ça ! », lança la demoiselle.

Je connaissais très bien cette voix, cette allure prestigieuse. Son regard d'une couleur or plongea soudainement dans le mien après qu'elle ait obtenu l'attention de l'autre cliente, tout aussi magnifique. Ses yeux devinrent menaçant et elle émit un grognement. Un grognement colérique. Je me sentis persécutée, je n'osais pas réagir. Andrew était mortifié, il venait de remarquer le regard profondément agressif de la jolie blonde. Il blottit sa tête dans mon cou en guise de protection. En l'espace de quelques secondes, je sortis de la boutique en caressant les cheveux du bambin pour le rassurer. Je regardai alentour de moi et j'aperçus le véhicule qui alimenta mes suppositions. Une Mercedes Sport 2014 était stationnée à quelques mètres de ma camionnette.

Paniquée, je tentai de reprendre mes esprits. Je savais très bien que ma très grande fragilité allait prendre le dessus sous peu. J'ouvris la portière arrière et j'installai rapidement Andrew dans le siège pour enfant que Jessica m'avait donné spécialement pour lui. Je déposai le sac à dos sur le siège à côté et je pris place à l'avant. Ma respiration était saccadée. J'avais reconnu Rosalie Hale dans la boutique des Newton et la suite ne présageait rien de bien bon. Je démarrai le moteur et je quittai la place de stationnement en faisant crisser mes pneus. Il n'était pas fortement recommandé de conduire dans un pareil état.

« Pourquoi la dame faisait des gros yeux ? » me demanda une voix innocente.

« Disons que cette dame ne s'attendait pas à me rencontrer à la boutique de papa et maman. » répondis-je, sous le choc. « C'est fini mon grand.. » ajoutai-je pour le rassurer. « Je crois.. » chuchotai-je à moi-même.

J'allumai la radio pour éviter de répondre aux questions qui pourraient devenir un peu plus crues. En moins de dix minutes j'étais arrivée devant la maison de mon père, toujours aussi sous le choc. Je garai ma voiture au bord de la rue, sortis de celle-ci et pris le bambin dans mes bras. Je le déposai sur le sol et je remarquai Sue Clearwater accompagnée d'Emily et Leah assises sous un arbre. Je les saluai de la main et j'envoyai Andrew les rejoindre. J'entrai d'un pas de soldat à l'intérieur de la maison de Charlie. Au salon, je découvris Billy Black, son fils et quelques garçons habitant sur la réserve Quileute, bière à la main et sourire aux lèvres. Je soupirai très fort pour annoncer ma présence. Tous les regards se tournèrent alors vers moi.

« Bella ! », me sourit Billy Black dans son fauteuil roulant.

« Sam, Jacob, puis-je vous parler à l'étage ? » demandai-je en ignorant complètement l'homme. « Billy.. Jake te racontera. » dis-je par la suite.


Voilà qui conclut le deuxième chapitre.
J'espère que vous avez apprécié.
Avez-vous deviné est la blondinette qui accompagne Rosalie ?
Est-ce que tous les Cullen sont de retour à Forks.

Vous le découvrirez, prochainement.