— Pansy ? Qu'est-ce que tu fais ici ?
L'accusation avait franchi ses lèvres avant que le brouillard de son esprit ne se dissipe complètement. La présence de Pansy Parkinson à Ste Mangouste troublait Parvati Patil, plus que la douleur.
— Je – la Serpentard se racla la gorge, mal à l'aise – j'ai r-rendez-vous.
Son rôle à la Bataille de Poudlard, son ambiguïté avec les idéaux de Vous-Savez-Qui ne lui interdisaient-ils pas l'étage réservé aux victimes de guerre ? Bon, peut-être que personne n'avait formellement défendu cette aile de l'hôpital aux Mangemorts, mais, tout de même...
— Ici ?
Pansy Parkinson blêmit violemment sous l'insinuation et bégaya quelques mots incompréhensibles avant de tourner les talons.
Plus tard, Parvati s'étonna de la passivité de Pansy. Elle n'avait jamais assisté à un recul, une reddition de la Serpentard, et elles se fréquentaient déjà bien avant Poudlard, unies par l'amitié de leurs parents et une passion commune pour les soins aux créatures magiques. Peu après, Parvati soulagea les tiraillements de sa culpabilité au 12 square Grimmaurd, une maison méchante qu'Hermione Granger partageait avec Harry Potter et Ron Weasley. Parvati ne l'avait jamais considérée comme une amie, contrairement à Pansy, mais depuis l'interminable convalescence de Lavande, sa meilleure amie, les deux Gryffondor s'étaient rapprochées.
— Je ne sais pas ce qui m'a pris...
Hermione compatissait, mais des problèmes plus inquiétants requéraient son attention. Harry ne donnait plus signe de vie depuis des semaines, et Ron déambulait en pyjama de jour comme de nuit, une bouteille de whisky Pur Feu à la main.
— D'habitude, elle est toujours si résolue, si énergique... Et là...
Une déflagration assourdissante l'interrompit. D'un geste aguerri, Hermione se redressa, baguette tendue, mais Ron apparut. Vêtu d'une chemise de nuit rapiécée, la démarche titubante et la voix pâteuse, il expliqua l'événement :
— J'ai voulu transplaner dans la cuisine... mais j'ai atterri dans l'escalier. En plein dans le trou de la treizième marche. On dirait que j'ai loupé ma destination, ironisa-t-il.
Personne ne rit.
Hermione ne savait même pas où commencer... Lui reprocher de transplaner imbibé d'alcool au mépris des règles de sécurité touchant au désarticulement ? Protester contre l'hygiène douteuse avec la chemise de nuit, la puanteur diffuse et la barbe rousse comme preuves à charge ? Remarquer l'impolitesse envers... Oh mince ! Parvati. Elle l'avait oubliée.
— Ron, comment vas-tu ? demanda la brunette d'un air faussement enjoué.
— Aux dernières nouvelles, mon frère est toujours mort, répondit-il, sinistre.
Sur ces mots, Ron, dont le sourire avait définitivement disparu, remonta au premier étage. Gênée du comportement de son colocataire, Hermiona évita soigneusement le regard abasourdi de Parvati. Puis, pour se dérober aux questions embarrassantes qui ne manqueraient pas de venir, elle amorça une diversion :
— Pourquoi n'envoies-tu pas un hibou à Pansy – le prénom sonnait étrangement dans la bouche de la Gryffondor, même à ses propres oreilles – pour présenter des excuses ? Je suis sûre qu'elle y sera sensible.
Les efforts d'Hermione pour contenir son ressentiment étaient pratiquement inaudibles. La jeune femme ne croyait pas un seul instant que Pansy Parkinson puisse éprouver une quelconque sensibilité, pas après tant d'années passées à intimider et persécuter les autres élèves à Poudlard. Une petite brute qui cherchait un moyen de se réaliser en rabaissant les autres, voilà tout ce qu'était et serait jamais Pansy Parkinson.
— Quel excellent conseil, s'exclama l'Indienne, se précipitant pour saisir un rouleau de parchemin et une plume. Je peux t'emprunter ton hibou ?
Au même moment, dans le Wiltshire, Draco Malefoy sondait la bibliothèque du Manoir familial à la recherche de Grandes Noirceurs de la magie. Enfant, il avait souvent vu Père excédé par ce livre qui prenait un malin plaisir à se dissimuler de ceux qui le cherchaient. Il comprenait à présent sa naïveté d'avoir pensé que, peut-être, le livre n'agissait ainsi que parce que Lucius Malefoy était un homme à la patience limitée. Les invitations courtoises, les cajoleries, les menaces, rien n'avait fonctionné. Le livre demeurait introuvable.
Spectateur de la scène depuis l'un des fauteuils surplombant la pièce, Blaise Zabini jaugeait l'héritier Malefoy avec circonspection. Ce n'était pas tant la considération de son apparence, même s'il était amusant d'observer le jeune homme d'ordinaire impeccable débraillé et couvert de poussière que l'idée qu'il devait tenter quelque chose pour que son ami renonce.
— C'est peut-être une bonne chose que tu ne le trouves pas, tenta-t-il prudemment.
Draco évacua distraitement l'observation d'un geste irrité, préoccupé par l'apparition d'un manuscrit agité dans son champ de vision. Blaise poursuivit :
— On devrait plutôt se focaliser sur la défense de Mr. et Mrs. Malefoy. Prends Roueries et fourberies pour sorciers hardis, on trouvera bien quelque chose pour aider les avocats.
La mention de sa mère tira Drago de sa torpeur. Un instant, la douleur, presque physique, manqua de le submerger mais, la seconde suivante, le jeune homme au visage pointu s'était repris. Il répondit d'une voix égale :
— Il n'y a rien à faire pour eux. Quelle que soit la teneur des débats, ils sont promis aux baisers des Détraqueurs.
— Même si j'étais d'accord, ce n'est toujours pas une bonne idée. À vrai dire, c'est même une des pires que tu aies eues.
— Dommage alors qu'elle m'ait choisi à ta place, crâna le blond.
La vanité stérile de sa remarque acheva de lui faire perdre l'envie de poursuivre ses recherches. La mine défaite, jetant un dernier coup d'œil à ce manuscrit nerveux, il s'écarta des rayons de la bibliothèque pour s'installer sur le fauteuil faisant face à celui de Blaise. Il croisa les mains, s'octroyant le temps de réfléchir aux meilleurs moyens de conduire son ami à tirer les mêmes conclusions que lui.
— Pansy me connaît bien. En arrêtant son choix sur moi, n'exprime-t-elle pas implicitement sa volonté ?
Blaise y avait déjà pensé, c'était même la raison qui l'empêchait de condamner pleinement la décision de Drago. Hésitant, il évalua du regard l'édition spéciale du Sorcier du soir qui traînait négligemment sur la tablette la plus proche.
— Cette nouvelle potion... Elle pourrait l'essayer. Peut-être que ça irait mieux.
— En supposant que les médicomages acceptent sa candidature, elle n'est pas prioritaire.
L'homme au teint ébène ricana. Drago était doué pour déployer des trésors d'imagination pour les desseins fantasques, spécialement quand ceux-ci impliquaient l'intervention de magie noire, mais dès qu'il s'agissait de se heurter à la réalité, il était désarmé. Heureusement, Blaise aimait rappeler les évidences.
— Dois-je te rappeler que tu as la fortune Malefoy ? Il te suffit de soudoyer la bonne personne.
— Bien. Faisons cela. Maintenant, reprenons les recherches de ce livre de malheur, je ne tiens pas à – l'air hébété de Blaise le stoppa dans son élan – Qu'y a-t-il ?
— J'ai suggéré la potion pour qu'on abandonne ton plan insensé.
— L'un n'empêche pas l'autre.
— Enfin, Malefoy, s'énerva Blaise, on était d'accord pour prendre soin d'elle.
— Ce que la potion fera, répliqua-t-il sur le même ton, de sa voix glaciale et traînante. Maintenant, on peut se concentrer sur la partie vengeance.
— On peut le faire sans magie noire.
— Comment ?
— Je ne sais pas.
— ALORS ARRÊTE DE SABOTER LE SEUL PLAN QUE NOUS AYONS ! vociféra l'homme au teint pâle.
La violence de sa colère se calma lorsqu'il se rendit compte de la tournure que prenait la conversation.
— Nous devons nous en occuper, Blaise. Personne d'autre ne le fera.
Drago marquait un point. Même s'ils sortaient humiliés de la défaite du Seigneur des Ténèbres, ne devaient-ils pas veiller sur les leurs, quel qu'en soit le prix ? Quand bien même il désapprouvait, Malefoy, borné comme un hippogriffe, continuerait, avec ou sans lui. Autant participer pour éviter que cette folie ne dégénère gravement.
Quand Blaiseil reprit la parole, il remarqua :
— Mr Malefoy a dû faire en sorte qu'un tel ouvrage ne soit pas... dans la bibliothèque, non ?
Souligner les évidences, protéger Pansy, contenir la frénésie de Drago... rien qui ne soit hors d'atteinte.
— Bien vu. Regardons du côté de la pièce secrète.
