CHAPITRE 2 :

4 mois auparavant

Je serrais mes livres de toutes mes forces contre ma poitrine comme si la peur de les perdre m'avait engloutie de la tête aux pieds. Je guettais sans arrêts chaque verre de soda qui pouvait 'accidentellement' se renverser sur moi tandis que mes pas claquaient de plus en plus vite sur le sol en marbre. Je ne pouvais pas m'empêcher de tourner frénétiquement la tête dans toutes les directions alors que mes cheveux fouettaient mon visage en cadence.

Une énième fois je faisais pivoter ma tête derrière mon dos, mais sans l'avoir prévu dans mes plans, je devais bien l'avouer, je venais de percuter quelqu'un de plein fouet au beau milieu du couloir alors qu'il ne me restait plus que quelques mètres avant d'atteindre mon casier !

Je grognais de mécontentement et frappais faiblement le sol de mon poing, les fesses par terre, pouvant me faire écraser d'une minute à l'autre. J'en avais marre ! Il fallait toujours que la malchance me prenne par derrière et que mes plans ne se passent pas comme prévu et tombaient à l'eau ! L'univers tout entier était contre moi, à ce qui paraissait…

Je me remettais finalement de mes émotions et commençais mollement à ramasser tous mes manuels scolaires, qui venaient bien malgré eux, de passer leur baptême de l'air tandis que la personne en face de moi était en train de se relever sans même m'aider et encore moins s'excuser, murmurant pour elle-même un mot qui allait me hanter tout au long de ma nouvelle année.

« -Nerde… »

Je relevais furieusement la tête, ne voulant plus me laisser faire une année de plus tout en fusillant son dos. Ce garçon s'éloignait petit à petit dans les couloirs, se fondant lentement parmi la masse d'étudiants, sans même un regard en arrière. La seule chose que j'ai pu retenir de lui fut sa démarche nonchalante…et ses cheveux noirs.

Je continuais de regarder béatement dans la direction qu'il venait de prendre, pensant vaguement qu'aucune personne aussi mal élevée ne puisse exister.

Je me décidais enfin à me remettre sur mes pieds après avoir été bloquée une bonne partie de mon temps libre, assise en plan en plein milieu des couloirs. Je me dirigeais prestement vers mon casier, un sourire aux lèvres : aucune boisson sucrée et collante ne s'était attardée sur moi ! La journée n'avait peut-être finalement pas si mal commencé…

Je rangeais méthodiquement mes cahiers puis ferais mon casier à double tour pour pouvoir enfin retrouver ma classe calmement, seulement dix minutes avant la sonnerie. Je commençais à déballer mes affaires sur la table que je venais de choisir, celle du premier rang. De toute façon, à part moi, personne n'en voulait. Pourtant, moi, je la trouvais très pratique. Je ne comprendrais jamais pourquoi la majeure partie des lycéens ne prenaient pas en compte l'importance des études dans la vie. C'était quelque chose d'essentiel pour un jour pouvoir travailler dans le domaine qui nous plaît.

Patiemment, j'attendais que la sonnerie se fasse entendre tout en observant chaque tête qui dépassait le seuil de la porte, curieuse de savoir avec qui je passerai l'année…même si je ne me ferrai pas spécialement d'amis. Il paraissait que j'étais trop barbante…et trop moche aussi. Enfin, ça c'était juste parce que je ne prenais pas en compte certains critères comme porter des vêtements tellement moulant que ne rien porter du tout reviendrai au même et que, extraordinairement, je ne me maquillais pas. J'étais simplement vu comme une bête de foire, rien de plus.

La sonnerie retentissait finalement, me faisant couper court mes sombres pensées tandis que notre nouvelle prof de maths, Mme Dodds, faisait son entrée en scène. Elle traversait la classe, nous regardant de haut malgré sa petite taille, une lueur sévère et colérique animant ses yeux.

Elle prit une craie puis la fit grincer sur le tableau en un bruit strident, écrivant son propre nom sur l'ardoise :

« -Je suis Mme Dodds, votre professeure de maths pour cette année. La terminale est une classe importante et surtout décisive pour vous. Je ne tolérerai aucun cadeau, si vous êtes à la traine, débrouillez-vous tout seul, c'est votre problème. »

Sa voix nasillarde résonna dans toute la salle, nous glaçant le sang et nous faisant frissonner tous alors qu'un silence de mort régnait. Personne n'aimais Mme Dodds, pas même moi, c'était un être sadique et sans cœur. C'était d'ailleurs pour ça que pratiquement tout le lycée la surnommait derrière son dos « la Furie ». Ce surnom lui avait valu à un délire en classe de grec et depuis tout le monde l'avait adopté.

Nous nous asseyons silencieusement, ne voulant en aucun cas attirer la colère de notre geôlière alors qu'elle commençait une phrase qu'elle ne termina jamais :

« -Cette année, nous allons… »

La porte s'ouvrit brusquement, laissant apparaître dans l'encadrement un jeune homme à l'allure plutôt athlétique avec des yeux vert de mer et des cheveux de jais, portant avec lui un sourire plus qu'effronté :

« -Ah, Mme Dodds ! Ravi de vous revoir ! Vous avez passez de bonnes vacances ?! »

Elle regarda sa montre puis le fusilla de son regard féroce pour finalement lui crier par dessus la tête :

« -M. Jackson, vous connaissez le tarif ! Hum…voyons voir, avec un quart d'heure de retard, à combien estimez vous les heures de retenues ?!

-Je dirai environ aucune. Parce que grâce à moi, vous avez pu bénéficier d'un quart d'heure de vacances en plus ! Vous devriez plutôt me remercier ! »

Tous les regards étaient figés sur eux, les respirations faibles et même en arrêts pour certaine personne alors que son sourire s'accentua. Désormais, ils ne se lançaient plus que des regards de pure haine. Je ne savais pas qu'elle mouche l'avait piqué mais ce garçon avait un culot monstre. Jamais personne ne s'était adressé de la sorte en face de Mme Dodds…et quand je disais jamais, c'était jamais au grand jamais.

« -Très bien. Neufs heures de colle. Allez-vous asseoir à côté de Mlle Chase. Levez vous. »

Il grogna au nombre d'heures de détention puis regarda à travers la classe, légèrement perdu :

« -Euh…ouai…c'est qui Chase ? »

Je me suis subitement levée, me maudissant intérieurement d'avoir oublié de me présenter alors que mon nouveau voisin me scruta de haut en bas pour finalement pousser un soupir bien audible de sa part.

« -Pas encore toi… »

J'haussais un sourcil, posant une question muette mais il ne me regardait déjà plus et m'ignorer superbement.

La dernière heure de cours venait de s'achever alors que j'attendais patiemment de sortir la dernière pour passer une dernière fois aux casiers, ne voulant pas être bousculée de tous les côtés. Je trainais les pieds, laissant mon regard vagabonder le long des murs où des affiches se succédaient sans relâche. Handball. Basketball. Football. Gymnastique. Natation. Athlétisme…je me stoppais soudainement, me pinçant les lèvres tandis que mes yeux ne voulaient plus se détacher de la liste d'inscription. Après tout, un peu de sport ne peu en aucun cas me faire de mal, si ? Peut-être qu'après, les autres me verraient autrement, qui pouvait le savoir ?

Je regardais nerveusement de gauche à droite, de chaque côté du couloir avant de pouvoir être sûre et certaine d'être seule. En quelques secondes à peine, je me retrouvais de l'autre côté, écrivant mon nom sous la liste d'athlétisme, tout en ne pouvant pas m'empêcher de laisser mon regard glisser sur les cotés.

Je reculais de trois pas, observant une unique fois mon inscription avant de partir au plus vite, de peur de vouloir faire marche arrière et de raturer mon nom jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'une tache noire.

Je me détournais rapidement et m'élançais dans une course effrénée le long des couloirs, me rattrapant de justesse à chaque dérapage tandis que j'enfonçais toutes les portes sur mon chemin. Je me retrouvais finalement à l'extérieur du bâtiment, hors d'haleine.

« -C'est pas trop tôt ! J'ai failli attendre… ! »

Je me retournais à une vitesse phénoménale, telle une voleuse prise en flagrant délit, le 'stress sportif' me donnant encore des pulsions nerveuses.

« -T'es devenue muette ? »

Je regardais la personne en face de moi, n'y croyant pas mes yeux.

« -Thalia ?

-Tu ne croyais tout de même pas te débarrasser de moi aussi facilement ?! »

Je souriais à son caractère borné et acharné avant de littéralement me jeter dans l'ouverture de ses bras.

Thalia Grace, 19 ans, grande punk au cœur d'or, fille d'un grand fonctionnaire et accessoirement ma meilleure amie. Elle avait quitté le lycée l'année dernière, me laissant seule derrière elle.

« -Qu'est ce que tu fais ici ? »

Ma voix était légèrement étouffée par ses cheveux mais je savais très bien qu'elle avait compris. Elle releva un sourcil, comme je savais si bien le faire.

« -Je n'ai même plus le droit de rendre visite à ma meilleure amie ? »

Elle mit une main sur le cœur, voulant certainement paraître blessée.

« -Eh bien, si c'est comme ça… »

Elle avait fait demi-tour, essayant lentement de partir loin de là mais je la retenais dans son élan, trop heureuse qu'elle ait pensée à moi…mais Thalia et son grand sens du théâtre me prirent de court :

« -Très bien, alors si tu veux que je reste avec toi, il va falloir que tu me promettes une chose…tu viens avec moi au bal de rentrée ! »

Je la regardais instantanément de plusieurs façons : surprise, étonnée, choquée. Moi, aller à une fête ?! Du jamais vu !

« -Tu te fous de ma gueule, c'est ça ?

-Non ! Allez viens, ça va être amusant ! Il y aura des gens de ton lycée et de ton âge, c'est une occasion en or pour se faire des amis ! »

Je ne savais pas. Au premier abord j'étais quelque peu réticente mais je me demandais si, pour une fois, Thalia n'avait pas raison.

« -C'est un bal publique et en plus ce sera masqué ! »

Je me balançais d'un pied à l'autre, gênée par cette demande si peu commune et hésitais de plus en plus.

« -Fais le pour moi… »

Je n'y croyais pas ! Elle n'allait quand même pas verser une larme ?! J'encrais mon regard dans le sien et je continuais à lui tenir tête…mais de nous deux, c'était elle la plus têtue.

« -Ok ok, t'as gagné…

-Yeah ! Vendredi soir, chez moi à 19h. »