Un petit peu plus de quatre semaines sont passées depuis la rentrée. Finalement les jumeaux, Liam, Josh et Lysander étaient devenus en ce cours laps de temps de bons copains. Tout le monde semblait m'apprécier, quand bien même la Lily d'aujourd'hui n'avait plus rien à voir avec la Lily qu'il y avait chez moi à Leeds. Je passais le plus clair de mon temps de lycée avec mes nouveaux amis, Liam était comme je m'en doutais, un très bon ami et j'acceptais de temps à autres de sortir avec eux. Je me mettais toujours en retrais lorsque le thème de discussion était le sport et plus particulièrement le basket et avec le temps Scorpius, Libra, Lysander, Liam et Josh avaient appris à ne plus me poser de questions.
J'ai très rapidement fait la connaissance des vilains et vilaines du bahut qui passent leur temps à chercher les gars. Chaque jour qui passe me conforte dans l'idée qu'ils sont terriblement débiles. Les rendez-vous chez le kiné s'enchaînent, mais ma rééducation n'a plus aucun sens à présent que l'objectif que je m'étais fixé quelques années plus tôt a disparu. Quel intérêt de retrouver une complète mobilité de son épaule si je ne peux plus faire ce qui me passionne ? Je n'ai revu que quelques fois Zabini depuis notre discussion dans sa salle et ne m'en porte pas plus mal. Deux fois lorsque j'ai apporté des papiers au professeur d'EPS, les fameux papiers qu'on m'a demandé de remplir parce que l'administration en bonne incapable qu'elle est les a perdu. J'ai réussi à faire promettre au vieil homme de ne pas parler de ma blessure à l'épaule, persuadée que Zabini viendrait fourrer son nez dans cette affaire et finirait par tomber sur ce qu'il ne fallait pas. Je l'ai par la suite vu, ou plutôt entrevu, cela dépendait des fois, lorsqu'il dispensait des cours à ma classe, un mélange de techniques du sport et de physique humaine, des cours durant lesquels la plupart de nos échanges verbaux se terminent par une exclusion de cours ou des heures de colles. Je déplorerais presque notre « relation », après tout quoi qu'on puisse dire de ses « cours » je trouve ça vraiment intéressant et j'ai de bonnes notes, ce qui ne fait qu'attiser la colère de Zabini. Je crois que ça l'a exaspéré encore plus que tous mes retards et absences justifiées ou signées par le proviseur directement.
Et aujourd'hui ne déroge pas à la règle. J'ai eu rendez-vous hier avec les médecins pour mon épaule et encore un fois j'ai raté l'heure de sport. De toute manière, de mémoire je n'ai jamais été présente en cours de sport, ne passant qu'en coup de vent pour remettre des papiers et de préférence durant l'heure du repas. Je suis toujours soit en consultation, soit en rééducation, soit en entretien avec le proviseur, soit… Je sèche tout simplement. Quoi qu'il en soit, j'ai prit mes dix minutes de fin de pause du midi pour aller trouver mon professeur principal afin de lui remettre un énième papier. Il en a profité pour me poser des questions sur l'avancée de ma rééducation et m'a mise en retard, du coup j'ai en ma possession un papier d'excuse qu'il m'a donné en échange de la promesse de le tenir au courant de ma rééducation. Un petit peu gâteux sur les bords ce prof si vous voulez mon avis, mais il me fait assez pensez à mon grand-père donc je l'aime bien. J'ai prit mon temps pour retourner en classe. Il faut dire qu'en retard pour en retard… Lorsque je toque, les cours ont repris depuis plus d'un quart d'heure.
« Vous êtes en retard, Mademoiselle Potter, lâche Zabini en me voyant entrer dans la classe.
- Je sais, je répond en rejoignant ma table au fond de la classe. »
Je l'entend émettre un espèce de grognement réprobateur alors que certains de mes camarades ricanent. Scorpius se tourne vers moi en fronçant les sourcils pour me demander pourquoi j'ai autant de retard. Je lui répond d'un haussement d'épaule.
« Vous avez une excuse au moins ?
- J'étais avec mon professeur de sport, j'ai un papier si vous voulez, je marmonne de mauvaise humeur. »
Je crois pouvoir affirmer sans mentir que Leo Zabini est un homme patient. Compréhensif et d'un calme qui dépasse l'entendement, seulement pour une raison qui m'échappe toujours, dès qu'il s'agit de moi, il s'énerve facilement. Un peu comme Rose quand elle a ses règles. Je ricane à cette pensée.
« Je me fiche de votre papier mademoiselle Potter, ce que je vous demande, c'est d'arriver à l'heure à mes cours, ordonne-t-il en continuant d'écrire sur son tableau.
- Vous parlez d'un cours, je soupire avant de me tourner vers la fenêtre. »
L'assistant se tourne immédiatement vers moi. Si ses yeux pouvaient tuer, je pense que je serais morte à l'instant où il a posé son regard noir sur moi.
« Vous avez dit ?
- Rien du tout. »
Je le vois inspirer profondément. Je l'imagine presque réciter un mantra dans sa tête pour garder son calme. Cette image me ferait presque rire.
« Rien, Monsieur, corrige-t-il.
- Rien du tout Professeur, je répond en le regardant droit dans les yeux.
- Sortez de ma classe immédiatement mademoiselle Potter, je n'ai pas de temps à perdre avec vos enfantillages. »
Enfantillages ?! Je lui rappelle qu'il est celui qui a commencé ? Je vrille mon regard au sien et me lève très lentement. Mon sac retrouve sa place sur mon épaule tout aussi lentement. Une fois ma veste boutonnée, je sors en ouvrant délicatement la porte et la referme d'un claquement sonore. Toute la classe sursaute ce qui en fait rire certains.
Scorpius se retient visiblement de rire. La tête de son coach valait actuellement son pesant d'or. Il voue une admiration sans bornes à Lily qui fait toujours sortir l'adulte de ses gongs en un temps record. Lui essayait depuis que Zabini était arrivé au lycée. Toujours sans réussite actuellement.
* o * o * o * o * o * o *
J'avance dans les couloirs, les nerfs en pelote. Ce type commence sérieusement à me taper sur le système. Est-ce qu'un professeur peut réellement se permettre d'agir ainsi avec ses élève ?! En moins d'un mois et demi, je m'étais faite virer pratiquement une dizaine de fois. Et ce n'est que le début de l'année ! Exaspérée, j'ouvre mon casier et range mes cours de la journée en rêvant déjà au thé chaud que me préparera Anma, la gouvernante pour me réchauffer. Un coup d'oeil à la porte métallique me fait soupirer. Mes frères me manquent. J'espère avoir la chance de les voir bientôt. Mes meilleurs amis aussi d'ailleurs, Nola, Flinn, mais aussi Julia et même la petite Clélia. Eux aussi je veux les voir. En soufflant, je claque la porte métallique et m'en vais vers la sortie au moment où le proviseur du lycée descend de son bureau, accompagné d'un jeune homme aux cheveux bruns. J'ai presque frotté mes yeux pour m'assurer que non, je ne rêve pas.
« Mais qu'est-ce qu'il fiche ici celui-là ? Je murmure en fronçant les sourcils. »
Teddy Lupin, 22 ans accompagne le proviseur de ce lycée, des dossiers dans les bras et semble ravi de discuter avec lui. Euh… S'il vous plaît ! Que quelqu'un vienne m'expliquer ce qu'il se passe. Qu'est-ce qu'il fabrique ici ? Il devrait être à Leeds pour continuer ses études de médecine ou je ne sais pas quoi, pas être là, à seulement une vingtaine de mètres de moi à discuter avec le doyen du lycée. Un grognement m'échappe lorsque je remarque qu'ils m'observent tous les deux attentivement. Le proviseur glisse un mot au brun et s'approche.
« Vous seriez-vous encore faite virer mademoiselle Potter ? Demande-t-il sévèrement se doutant déjà de la réponse.
- Oui monsieur le Proviseur, je répond laconiquement. »
J'entends presque Teddy se moquer de moi et m'imiter en train de dire : « Oui monsieur le Proviseur ». Jeter un coup d'oeil vers lui ne fait que confirmer mes doutes. Quel crétin.
« Vous en êtes à la neuvième fois depuis la rentrée mademoiselle Potter. La raison de votre exclusion ?
- Monsieur Zabini n'a pas accepter que j'arrive dans son cours en retard, même avec un billet signé de mon professeur principal expliquant que pour des raisons administratives il a dû me retenir dans son gymnase et empiéter sur l'heure de son assistant.
- N'avez-vous pas été légèrement irrespectueuse mademoiselle Potter ? »
Le silence qui suit confirme les doutes déjà très présent du proviseur. J'ai au moins la décence de rougir légèrement face à ses accusations.
« Il me semble pourtant que vous êtes une bonne élève, bien éduquée et vous n'avez aucun problème avec les autres professeurs. Monsieur Zabini est certainement le plus compréhensif de tous les professeurs ici alors pourquoi vous n'arrivez pas à vous entendre ? Soupire l'adulte. Enfin. Nous réglerons cela plus tard. Suivez-nous mademoiselle Potter, je vous présence Teddy Lupin le nouvel assistant du médecin scolaire. Vous allez pouvoir l'aider à compléter votre dossier médical, mademoiselle Potter et avec respect s'il vous plaît ! Vous semblez prendre un malin plaisir à vous comporter mal avec les plus jeunes du corps enseignant ! Fait-il en faisant allusion à Leo encore une fois. »
A contre cœur je suis le duo dans le dédale de couloirs que représente le lycée et les laisse discuter entre eux le temps du trajet. De temps en temps, Teddy me lance un petit regard avec ce sourire énigmatique qu'il a volé à son père d'après papa. Ce petit sourire qu'il fait lorsqu'il a fait une bêtise ou qu'il prépare quelque chose et que j'ai toujours adoré puis il continu sa conversation avec son « patron » tout en avançant vers l'aile de l'infirmerie. Les installations dans cette aile sont incroyables, mais nécessaires pour un lycée sportif comme le notre. Ils s'arrêtèrent enfin devant un grand bureau blanc, vide et impersonnel. Le directeur nous laisse entrer.
« Voici vos bureaux monsieur Lupin. Si vous avez le moindre problème vous pouvez aller consulter vos collègues dans les bureaux à côté ou m'appeler. Je vous laisse avec cet élève perturbatrice, elle va certainement vous donner un petit peu de fil à retordre, elle sort d'une intervention chirurgicale assez importante. Mademoiselle Potter il y a grand intérêt à ce que vous cessiez de faire parler de vous ou votre dossier scolaire jusqu'à présent exemplaire pourrait en être entaché. Tenez-vous bien avec ce jeune homme, je n'aimerai pas entendre dire que vous vous êtes pris la tête avec lui aussi. Sur ce, bonne journée. »
Et sans plus de cérémonie, le proviseur sort nous laissant en tête à tête, dans le plus grand des silence. On se regarde droit dans les yeux et notre duel dure quelques minutes mais je finis pas détourner le regard. Je me gratte doucement le bas de la nuque en soufflant alors que Teddy me prend dans ses bras visiblement ravi de me voir. Ca fait un bail qu'on s'est pas vu.
« Lily, tu m'as manqué si tu savais ! Geint-il dans mon cou.
- Qu'est-ce que tu fais là ? Je demande suspicieuse. »
Avec Teddy Lupin il faut toujours s'attendre à tout, au meilleur mais aussi au pire. Aujourd'hui par pitié j'espère que c'est au meilleur qu'il faut s'attendre parce que je suis pas d'humeur à supporter le pire.
« Je... Lily, ne te vexe pas, mais Harry m'a demandé de réaliser mon stage de sixième année dans ce lycée pour que je puisse surveiller les progrès de ta rééducation et t'aider à retrouver toutes tes capacités sportives. Il s'inquiète assez de ta carrière tu sais ? »
Je me mord la lèvre les yeux fermés pour ne pas laisser échapper tous les jurons qui me viennent immédiatement. Pourquoi mon père doit-il toujours se mêler de ce qui ne le regarde pas ?! Est-ce que je devrais toujours m'attendre à ce que les personnes gravitant autour de moi aient un quelconque rapport avec mon père ou soient simplement sous son influence ?! Évidemment sinon il ne s'appellerait pas Harry Potter.
« Teddy… Nous en avons déjà discuté, les médecins ne pensent pas que ce soit une très bonne idée que je reprenne le basket et même le sport en général. Ils m'ont dit qu'il n'y avait pas pas beaucoup de chance que...
- Tu ne peux pas savoir sans essayer Potter ! Me coupe-t-il un air déterminé collé au visage.
- Ted, ce sont les meilleurs dans leur domaine, je me suis résigné et je leur fait confiance parce qu'ils savent ce qu'ils disent. »
Peu importe le nombre de fois que reviendrait cette fichue conversation, on en tirera toujours les mêmes conclusions et à chaque fois on se hurlera dessus pour ne plus se parler pendant une semaine avant que l'un de nous ne s'excuse. Teddy en général venait s'excuser parce qu'il se sentait coupable de ma mine déconfite alors qu'il s'était toujours fait un devoir de me coller un sourire aux lèvres.
« Ça ne veut absolument rien dire, répond Teddy. »
J'aurais dû parier qu'il allait dire ça. Encore une fois, j'aurais pu gagner beaucoup d'argent.
« Pour moi, ça veut tout dire Ted. C'est mon choix ! Je souffle en ravalant la boule qui m'obstrue la gorge. Je n'ai pas envie de me faire du mal pour rien... »
Teddy ricane, ironique.
« Tu ne veux pas te faire de mal ou tu ne veux pas faire de basketball Lily ? Là est la question. Depuis quelques mois tu t'éteins Lilou, tu n'es plus cette gamine avec laquelle j'ai grandit qui ne lâchait son ballon de basket que pour dormir. Où est passée la Lily que je connaissais ? Demande-t-il tristement. »
La boule dans ma gorge est douloureuse. Il parle de choses qu'il ne connaît pas et ça m'exaspère. A moi aussi ça fait du mal. Je ferme mes yeux un instant puis les plante dans ceux de Teddy.
« Ne dis pas ça Teddy. Tu n'as pas le droit. Tu ne peux pas parler de ça alors que tu n'as aucune idée de ce dont tu parles, c'est beaucoup plus compliqué que tu ne le penses. »
Il veut répliquer, lui dire que si elle ne lui explique pas de toute manière, il ne comprendra pas ! Mais elle ne lui en laisse pas le temps. elle attrape ses affaires et sort de la pièce avec une rapidité à en faire pâlir Usain Bolt de jalousie.
* o * o * o * o * o * o *
Un instant plus tard, je suis hors du lycée. J'ai laissé Teddy seul dans son bureau et je ne l'ai même pas félicité pour son stage. Pas de chance pour lui, je suis de nouveau énervée. Pourquoi ? Pourquoi ? J'hurle dans ma tête, mon corps tremble, mes muscles se contractent. Qu'est-ce qu'ils ont tous à vouloir que je reprenne le basket ?! Ne peuvent-ils pas me laisser finir tranquillement mon année de lycée pour enfin laisser cette histoire loin derrière moi ?
En passant dans une petite ruelle je frappe un mur. Une fois, deux, trois… J'arrête seulement lorsque ma main se fait trop douloureuse et que mes phalanges saignent abondamment. Je suis rentrée en prenant le chemin le plus long. J'ai besoin de décompresser, de trier mes pensées, tout arrive en vrac dans mon esprit. J'ai envoyé un message au chauffeur pour lui interdire de venir me chercher au lycée. De toute manière si papa n'insistait pas autant, il n'y aurait pas de chauffeur. Aux alentours de dix-huit heures, je rentre enfin dans la maison. J'ai fais tous les détours possibles et inimaginables afin de me calmer. Je trouve Anma en face de moi, les poings sur les hanches et le regard sévère. Je déglutis et rentre la tête dans mes épaules lorsqu'elle ouvre la bouche.
« Où étais-tu ?! »
Où ? Partout et nulle part à la fois. Je hausse les épaules en me déchaussant et retire mon manteau, jetant au passage mon sac à mes pieds.
« Je me promenais Anma. J'avais besoin de réfléchir, j'avoue finalement. »
Je la sens me jauger du regard comme pour vérifier que je ne lui mens pas. Elle semble croire mes paroles puisqu'elle se détend légèrement. Seulement elle se tend de nouveau lorsqu'elle aperçoit le sang sur mon poing. Elle fronce les sourcils.
« C'est quoi ce poing ? Pourquoi est-ce que tu saignes ? Tu t'es battue Lily ? C'est quoi ça ? S'énerve-t-elle parce que je ne répond pas immédiatement. »
Instinctivement je jette un coup d'oeil à ma main. De grosses éraflures strient mon poing. Par endroits ma main est gonflée et violette même si on ne voit pas beaucoup de peau avec tout ce sang séché. Dans un élan masochiste je tente de serrer le poing. Un gémissement de douleur passe mes lèvres et je ferme les yeux. Anma doit être en train d'imaginer les pires tortures qu'elle pourrait m'infliger. Je déglutis. Bien qu'elle fasse quarante bons centimètres de moins que moi, elle est l'une des personnes que je respecte le plus et qui a le plus d'autorité sur ma petite personne, avec ma mère, mon père et… Damon. Elle s'occupe de cette maison depuis que le divorce entre papa et maman a été prononcé il y a de ça huit ans déjà. Lorsqu'on venait ici avec mes frères et Teddy, elle s'occupait de nous comme une nourrice et savait combler le vide qui était souvent provoqué par l'absence de mon père. Elle nous a toujours encouragés à donné le meilleur de nous même dans ce qu'on aimait faire. C'est grâce à elle que j'ai découvert le basket. C'est même elle qui m'a offert mon premier ballon. Je lui en serais toujours reconnaissante. Du coup lorsqu'elle est en colère contre moi, comme à présent, je ne peux que me sentir mal. Très mal même, à ne plus savoir où me mettre.
« Je... Excuse-moi Anma. Je suis désolée... Je souffle en voyant ma vision se troubler à cause des larmes que je n'ai pas senti arriver. Je suis juste fatigué de tout ça, je me suis encore fait jeter de cours sans l'avoir mériter et puis j'ai vu Teddy et on s'est encore engueulé à cause de ma rééducation, j'ai apprit que papa aussi voulait me revoir sur un terrain, mais on sait tous les deux que c'est juste pas possible Anma... C'est vraiment pas possible… je pleure. »
Anma me prend délicatement dans ses bras. Ma poitrine est serrée, ma gorge nouée. Je la sens me tirer vers la cuisine et me forcer à m'asseoir sur une chaise. Je laisse les larmes couler sur mes joues sans même penser à les essuyer. Tout ce que je retiens depuis l'accident ressort et malgré la peine et la douleur que je ressens actuellement, ça fait du bien. Et ça semble rassurer Anma qui se plaignait que je ne m'ouvrais pas assez aux autres et n'extériorisais pas assez mes sentiments. Je vidais mon sac. Moi qui habituellement ne raconte que ma journée me sens tout d'un coup libérée d'un poids et Anma assise à côté me berce et m'encourage à continuer.
« Pleure ma chérie, ça fait du bien, tu ne devrais pas te faire du mal comme ça, tu n'es qu'une enfant encore, murmure-t-elle en posant une tasse de thé à la menthe devant moi. Je vais aller chercher de quoi soigner ta main, j'en ai pour deux minutes. »
Je hoche lentement la tête, les yeux rivés sur ma tasse tandis qu'elle file comme l'éclair à l'étage en quête de la pharmacie. Je la vois revenir avant même d'avoir eu le temps d'avaler une gorgée de thé. Elle nettoie ma main à l'aide d'une serviette chaude et humide légèrement alcoolisée avant de désinfecter réellement et d'appliquer un baume cicatrisant et apaisant. La brûlure du désinfectant ne me fait même pas réagir et lorsqu'elle bande ma main elle soupire. Elle se lève et revient avec une poche de glaçons qu'elle dépose sur ma main. Je grogne de douleur, elle semble s'égayer légèrement.
« Ca t'apprendra à frapper je ne sais qui ou je ne sais quoi ! Ricane-t-elle en m'embrassant la joue. Lilou chérie. »
Un maigre sourire apparaît sur mes lèvres. Même si je ne le lui avouerais jamais, j'adore quand elle me donne ces petits surnoms qu'elle utilisait quand j'étais enfant.
« Un mur... Je chuchote alors honteuse.
- Quoi un mur ?
- J'ai frappé dans un mur... J'avoue les joues écarlates. J'étais tellement énervée, il fallait que j'évacue toute cette tension, je la sentais vibrer dans mes doigts...
- Tant que tu ne frappes personne, ça me va. Mais tu aurais pu trouver une façon un peu moins masculine de te défouler non ? Je crois que je vais interdire tes frères de t'approcher quelques temps, plaisante-t-elle. »
On se jauge un instant du regard avant d'éclater de rire. Mon coeur est immédiatement plus léger et un petit sourire reste sur mes lèvres lorsqu'on se calme. Le rire a toujours été un remède efficace contre les coups durs.
« Le chocolat aussi mon enfant ! Sourit la vieille dame en me servant une part de gâteau au chocolat.
- Comment tu fais ?
- Pour quoi ma grande ?
- Lire dans mes pensées tout le temps, je demande en rougissant comme une idiote.
- Je te connais depuis que tu es sortie du ventre de ta maman, me dit-elle comme si ça expliquait tout.
- Tu es la meilleure Anma.
- Je sais, c'est bien pour ça que tu m'adores. »
On se sourit et on déguste notre goûter dans un silence réconfortant. Une fois ma part terminée, je prend nos assiettes et les range dans le lave-vaisselle. J'attrape mon sac de cours et commence les devoirs pour les prochains jours.
« Tu n'as pas de chambre avec un bureau pour ça ?
- Je te dérange Anma ?
- Non ma chérie, ça me fais plaisir de te voir travailler à côté de moi, ça me rappelle lorsque tu étais enfant.
- Je serais toujours enfant pour toi, Anma, je souris.
- Lily, Lily... Je vois bien que tu grandis ! Bientôt tu auras un petit ami et il t'emmènera loin d'ici alors je ne pourrais plus m'occuper de toi et tu oublieras même qui je suis ! Rit-elle.
- N'importe quoi, tu m'as offert mon premier ballon de basket Anma. Juste pour ça je ne pourrai jamais t'oublier tu sais ? J'avoue en la serrant dans mes bras.
- Tu es adorable, ma petite Lily... »
Elle se défait de mes bras et retourne à la préparation du gratin de légumes pour ce soir. Je finis de résoudre les algorithmes que nous a donné notre professeur de mathématiques et monte ranger mes affaires dans ma chambre. Je m'installe enfin sur mon lit, les yeux rivés sur le plafond pour faire le tri dans mes pensées. Tout irait tellement mieux si rien ne s'était passé comme ça. Si seulement j'avais écouté Nola, rien n'aurait été pareil. Non seulement mon épaule n'aurait pas eu à être opérée, mais en plus je n'aurais pas emménagé chez papa et Teddy et moi ne nous serions jamais disputés. Et puis en plus, Leo Zabini ne me courrait pas sur le haricot tous les quatre matins.
« Avec des Scies tu refais le monde Lilou... »
Je frotte mon visage fatigué de ma main valide et attrape mes écouteurs sur la table de chevet. La douleur m'arrête dans mon mouvement. Mon épaule n'apprécie pas vraiment ce traitement. Une épaule fait mal au moindre mouvement anormal, une main recouverte d'égratignures et immobilisée par les bons soins d'Anma, je n'ai vraiment plus rien de bon dans ce fichu corps. En soupirant j'allume la musique depuis mon téléphone. La voix de Calleb Followill s'élève dans toute ma chambre et je ferme les yeux, laissant mon esprit vagabonder loin de mon corps sous les paroles du chanteur des Kings of Leon. Peu à peu mon corps se détend et sans m'en rendre compte, je sombre dans un sommeil réparateur.
