Notes: Nous revoici pour la suite et fin de mon pas. Merci à Lottie et Griseldis pour leur review!


Démon

Erwin était incapable de bouger. Ses membres avaient cessé de vouloir lui obéir. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était de fixer cet homme qui se détournait maintenant froidement de sa victime, sans même lui faire l'aumône d'un seul regard.

Darius l'avait prévenu. Les démons se répandaient sur Terre, corrompant le cœur des hommes, hantant leurs âmes de ténèbres. Ils étaient infiltrés partout, même dans les endroits où on ne les attendait pas, alors il était fort probable qu'il croise la route d'un d'entre eux.

Cependant, il ne s'attendait pas à ce que le démon se révèle être un homme de son entourage, un individu qu'il avait côtoyé des semaines durant.

Ni même à ce que cela lui fasse si mal, lui brisant le cœur dans un étau impitoyable.

Livaï tourna brusquement son regard dans sa direction. Par simple hasard ou bien qu'il l'avait senti ? Erwin n'aurait su le déterminer et, à vrai dire, il s'en fichait un peu.

Désormais, il était trop tard, le mal était fait.

Durant un long moment, l'acier s'ancra dans les yeux glaciers. Une émotion indéchiffrable - une pointe de regret matinée de tristesse, entremêlées à un troisième sentiment qu'il ne reconnaissait pas – traversa fugacement le visage de Livaï avant que le démon ne détourne la tête.

- Tchh.

Ce simple son brisa le silence et sortir Erwin de sa léthargie. Ses membres, frappés de paralysie lorsque l'horrible découverte l'avait frappés, semblèrent de réchauffer légèrement, lui permettant de reprendre graduellement le contrôle de son corps, même si son cœur restait glacé.

- On ne peut pas régler ça ici, ajouta le démon.

L'ange acquiesça, les mots sortant avec difficulté de sa gorge, presque brisés.

- Oui. Nous ferions de chercher un endroit plus discret.

Car après tout, même désert et au plein coeur de la nuit, un parc ne constituait pas le théâtre idéal pour ce qui allait suivre. Des mortels – petites frappes, fêtards sur le chemin du retour ou bien simples insomniaques – risquaient toujours de passer.

Crevant son dos tel un énorme corbeau de jais désireux de prendre son envol, deux ailes jaillirent du dos de Livaï. Elles étaient magnifiques, leurs plumes noires comme la nuit captant les rayons lunaires, leur donnant un aspect soyeux.

Si le contexte avait été différent, Erwin n'aurait certainement pas pu résister à tendre la main pour essayer de les toucher, afin de vérifier si elles étaient aussi douces que ce qu'elles ne paraissaient.

D'un geste, Erwin déploya ses ailes. Si les plumes de Livaï étaient la nuit, les siennes étaient leur diamétral opposé. Les plumes blanches délicatement incurvées scintillaient doucement dans la nuit, comme éclairées par leur propre lumière.

Un instant, le démon fut envieux de la perfection de ces ailes immaculées, tellement semblables à l'esprit juste et lumineux de l'ange, alors que les siennes, comme entachées de ses péchés, étaient aussi noires que son âme.

Prenant majestueusement leur envol, les deux anges survolèrent côte à côte la cime des arbres, en se dirigeant d'un accord tacite dans la même direction. Car cela ne pouvait se terminer qu'à un seul endroit.

Là où tout avait commencé.

oOoOoOoOoOo

Erwin se posa gracieusement sur le toit du collège St-Trost et replia ses ailes, qui disparurent dans une scintillante lumière dorée.

Avec un bruit sourd, Livaï atterrit plusieurs mètres devant lui, faisant de même.

Les deux hommes se dévisagèrent un instant, les regrets de tout ce qui aurait pu être s'ils ne s'étaient jamais croisés en cette nuit fatidique planant entre eux, avant qu'Erwin ne se résolve à prendre la parole et briser le silence.

- Depuis quand ? demanda-t-il simplement.

Oui, Livaï, depuis quand sais-tu ce que je suis.

Le démon soupira d'ennui.

- Presque depuis le début. Les archidémons m'avaient prévenu que les cieux risquaient un jour d'envoyer quelqu'un, donc je me tenais sur mes gardes. Et quand tu as débarqué, tu n'étais vraiment pas difficile à repérer. Vous les anges êtes toujours tellement putain de parfaits ! ajouta-t-il en roulant des yeux. Pleins de bonnes intentions, de bonne volonté et de tout un tas de conneries du même style. Il me suffisait juste de faire toujours attention à masquer ma signature et à ne jamais trop absorber d'énergie. Si tu ne m'étais pas tombé dessus, j'aurais pu te berner encore un bon moment, ajouta-t-il moqueusement.

- Pourquoi ne m'as-tu jamais attaqué ? Parce qu'une fois que tu as mis tes supérieurs au courant de ma présence, ils ont dû te le demander.

- D'abord, parce que je ne connaissais pas ta puissance exacte, et qu'il aurait fallut être particulièrement con pour t'attaquer à l'aveugle, sans savoir si j'étais sur de triompher. Je tiens trop à ma peau pour ça.

- Mais il ne t'a quand même pas fallu trois mois pour déterminer que j'étais moins puissant que toi ? le railla Erwin, sceptique.

Parce que Livaï était plus fort que lui, il le sentait dans ses tripes, dans ses os, dans son être même, et pas uniquement parce qu'il était gorgé de l'énergie de sa dernière victime.

- Non, admis le démon de mauvaise grâce.

- Alors, pourquoi ? redemanda-t-il simplement.

- Parce que…

Tout a finit par déraper, achevèrent ses yeux d'orage pour lui. J'ai commencé à éprouver du respect pour toi, qui s'est rapidement mué en admiration, puis en autre chose. Même pour un ange, tu es parfait. Aucun ne m'avait fait une telle impression. Même si je me débattais, tu m'attirais irrésistiblement. Je te désirais. Je te voulais, corps et âme. Tu étais comme une lumière éclatante pour moi, dans ce monde de cupidité, de mensonge et d'avarice dominé par les ténèbres. Et, tel un papillon de nuit attiré par la flamme d'une bougie, je ne pouvais que venir me brûler les ailes.

Erwin comprit que s'il l'avait pu, Livaï aurait maintenu cette mascarade indéfiniment.

Le démon se ressaisit rapidement. Son visage et son regard redevinrent dur, toute trace de son moment de faiblesse envolée.

- Mais je suppose qu'on n'a plus le choix maintenant.

- Non, admit Erwin à regret.

Tout retours en arrière était devenu impossible depuis qu'il l'avait aperçu dans ce parc, ils le savaient tous deux. Ils ne pourraient pas retourner à leur vie d'avant et faire comme rien ne s'était passé.

Erwin invoqua sa lance et son bouclier, tous deux rutilants de bronze céleste, tandis que Livaï se dotait des mêmes armes, forgé en fer Stygien toutefois.

Les deux hommes se mirent en position de combat, le bras gauche soutenant le bouclier replié devant le corps et la lance tendue droit devant eux. Un moment de flottement s'installa, aucun des deux réellement désireux de porter le premier coup.

Ils désiraient juste retarder l'inévitable, ne fusse que quelques seconde de plus.

La mort au cœur, Erwin finit par fendre un coup, que Livaï parât avec son bouclier avant de contre-attaquer à son tour. Les deux hommes enchaînèrent les parades, rapidement, férocement, sans interruption aucune. Désormais, leurs sentiments personnels n'importaient plus. Seule la victoire finale comptait.

Le choc des armes s'entrechoquant bruyamment retentit un long moment, chacun jaugeant l'autre en essayant de trouver la faille dans sa défense. Livaï était peut être plus vieux, plus puissant, mais son adversaire compensait par son sang-froid et son esprit d'analyse à toute épreuve.

Ce fut le démon qui fit couler le premier sang, en touchant son adversaire à la cuisse. Réprimant une grimace de douleur, l'ange l'attaqua vivement et réussit à entailler son bras d'épée, forçant l'autre à se replier temporairement derrière une défense prudente.

Peu à peu, les zébrures et plaies commencèrent à s'accumuler sur leur corps. Livaï blessa successivement Erwin à l'épaule et à l'avant-bras, tandis que l'ange l'atteignit à la cuisse. La fatigue s'accumulant, leurs respirations se firent plus rauques et sifflantes.

Le combat était proche de son dénouement.

Sentant qu'il ne tiendrait plus longtemps, Erwin tenta le tout pour le tout et exposa volontairement son flanc droit. Comme il s'y attendait, Livaï, dans sa fougue, se fendit en avant, plongea son arme dans les chairs mises à découvert… et hoqueta de douleur lorsqu'il sentit la lance de son adversaire s'enfoncer dans son cœur.

Le démon s'écroula au sol. Déjà, la vie quittait peu à peu ses yeux. La main pressée sur son flanc d'où s'échappait un flot bouillonnant de sang, Erwin se rapprocha de lui et ancra ses yeux glaciers dans les siens.

- Je suis désolé, déclara-t-il simplement.

Le démon le regarda fixement, un éclat indescriptible scintillant doucement dans ses yeux pales, avant que la mort ne l'emporte et que son corps ne se réduise en fins grains de poussière qui s'envolèrent au premier souffle de vent, ne laissant pour seuls vestiges de l'existence de Livaï que ses armes qui gisaient abandonnées sur le sol.

Erwin regarda un instant l'endroit où s'était éteint le démon avant de tourner les talons et, ouvrant les ailes, de descendre du toit.

Livaï n'était plus. Il avait accompli son devoir et occis le démon. Son influence néfaste ayant disparus, il remplirait certainement sa mission beaucoup plus facilement et, de retour au paradis, cela lui vaudrait sans aucun doute les louanges des archanges.

Mais, tout au fond de lui, son cœur saignait.

Car à jamais, il serait hanté par le regret ainsi que le souvenir des yeux couleur d'orage de Livaï.


Pour la petite histoire, il ne s'agit pas de la fin originelle. J'avais à la base décidé de terminer cette histoire tout autrement, avant de me rendre que ça ne collait pas tellement avec le caractère d'Erwin. Donc je suis partie sur ceci, qui me semblait davantage correspondre à Erwin. Si ça vous intéresse, je peux cependant vous proposer cette fin alternative (non rédigée, donc je ne sais pas exactement quand elle viendra).

La référence au bronze céleste ainsi qu'au fer stygien est tirée de Percy Jackson (je n'en ai jamais entendu parler dans la mythologique grecque classique), ce sont les métaux dans lesquels sont fait respectivement les épées de Percy et de Nico, le fils d'Hadès (un jour, j'écrirais sur sa relation avec Will Solace). Le fer stygien ne pouvant être trouvé exclusivement qu'aux enfers, ça me semblait être le métal idéal pour les armes d'un démon.

J'espère que je n'ai pas trop raté la scène de combat, ce n'est vraiment pas quelque chose que je suis habituée à écrire et elle m'a donné un peu de fil à retordre pour au final être fort simple, et avoir le plus collé à la psychologie des personnages (étant donné que je suis relativement nouvelle dans le fandom, j'ai toujours quelques doutes).

Voilà qui clôt mon premier pas pour la croisade d'Erwin Smith. Je peux maintenant me réclamer du titre de frère! Merci à toutes celles et ceux qui auront lu!