Chapitre 2 : Retour dans le passé
Lorsqu'Aurore commença à gravir le pont de pierres en ruine, marchant avec précaution, quelques petites créatures à l'allure démoniaque portant armure, lance et bouclier en acier noir se dirigèrent vers elle, hésitantes. Les larbins de Maléfique, qui n'étaient pas parvenus à trouver la princesse lorsqu'elle se cachait dans la forêt avec les trois bonnes fées, étaient peu nombreux, une quinzaine peut-être, les autres ayant été tués par Maléfique elle-même, deux ans auparavant, folle de rage après avoir appris leur échec. Mais Maléfique avait réussi à la retrouver...
Aurore sourit et fit face aux esclaves de la maîtresse des lieux. L'un d'entre eux s'avança vers elle.
"Qui va là ?", cria-t-il d'une voix rauque qui se voulait effrayante mais qui traduisait une certaine inquiétude. Personne n'avait dû se rendre au domaine de la fée depuis des années, tout le monde la croyant morte sous l'épée du prince Philippe. Un sentiment de rage envahit Aurore à cette pensée, mais il fut rapidement remplacé par l'envie de pénétrer dans la forteresse afin d'obtenir des réponses à ses questions.
La reine s'élança dans sa direction, sans la moindre peur, et salua le petit gardien.
"Bonjour, Hector. Vous souvenez-vous de moi ?", demanda-t-elle avec douceur, attendant que le petit démon la reconnaisse.
"Oh, princesse Aurore ! Enfin, euh... Je veux dire... Votre Majesté... Je... Je ne pensais jamais vous revoir... Euh... C'est un plaisir, mais... Je ne sais pas si je dois vous faire entrer, parce que vous savez, euh... La Maîtresse est légèrement, euh...", bafouilla le vaillant serviteur, accompagné par les hochements de tête de ses camarades qui n'avaient aucune envie de décevoir encore Maléfique qui leur avait ordonné de ne laisser entrer personne dans sa demeure. Une lueur de peur flottait dans leurs yeux, ce qu'Aurore comprenait parfaitement.
"Oui, je sais. Maléfique ne s'attend pas à me voir. Mais... Je dois absolument la voir. C'est... c'est important. S'il vous plaît, laissez-moi lui parler... Et si elle se met en colère, je lui dirais que ce n'est pas de votre faute, que c'est moi qui ai forcé le chemin. Marché conclu ?", les supplia la reine en joignant les mains contre sa poitrine. Le petit monstre grogna quelques mots inintelligibles avant d'ordonner à ses compagnons de laisser passer Aurore qui les remercia d'un sourire reconnaissant.
Aurore pénétra dans le château abandonné, et marcha lentement, alerte à tout mouvement ou bruit qui pourrait survenir autour d'elle, jusqu'à la salle du trône. Son cœur battait la chamade, son regard restait figé sur ses pieds, n'osant lever les yeux pour croiser le regard de celle qu'elle craignait tant. Mais elle se força à lever la tête. Et c'est là qu'elle la vit.
Assise sur son trône dans une position de lassitude, une main sur son sceptre, l'autre posée délicatement sur l'accoudoir de pierre. La tête penchée de côté, son regard fixant un point indéterminé à l'horizon. Ses lèvres pincées dans un rictus d'agacement, elle tapotait ses longs ongles rouges sur l'accoudoir dans un geste ressemblant vaguement à de l'impatience.
Maléfique...
Elle était là. Après tout ce temps passé à l'avoir cru morte aux mains de son cher mari, la voilà. Vivante. Aussi grande, et élégante... aussi belle qu'auparavant...
"Maléfique...", murmura Aurore d'une voix tremblante quand elle eu enfin retrouvé l'usage de la parole.
La fée tourna lentement la tête et baissa les yeux sur elle, un instant la reine crut distinguer une lueur de joie ou de surprise dans ses pupilles noires, qui laissa vite place à un sourire ironique.
"Votre Majesté. Vous pardonnerez mon impolitesse si je ne vous salue pas en bonne et due forme... Je dois avouer que je ne vous attendais pas de sitôt.", répliqua Maléfique dans un sourire amusé tout en caressant la sphère surmontant son sceptre.
Aurore monta lentement les marches qui menaient à la plate-forme où se situait le trône dans lequel la fée était assise, l'observant d'un œil nonchalant, sans esquisser le moindre geste pour l'empêcher de l'approcher.
"Maléfique... Pourquoi...? Pourquoi ne m'avoir jamais dit que vous étiez toujours en vie...?", lui demanda d'une voix blessée la reine lorsqu'elle lui fit enfin face.
"Hmm... Et pourquoi aurais-je fait cela ?", la questionna en retour la fée, haussant un sourcil et lui lançant un regard interrogateur.
"Mais... Parce que... Parce que je... Je croyais que vous étiez morte et... Si j'avais su que vous étiez encore vivante, je...", commença Aurore, baissant la tête, retenant ses larmes.
Maléfique se leva brusquement de son trône et fit quelques pas en direction d'Aurore avant de plonger son regard noir et sévère dans celui de la reine.
"Oh ! Et qu'auriez-vous fait si vous aviez su ? Dites-moi, princesse. Vous auriez dit à votre prince et à vos chères tantes que vous ne vouliez pas vous marier et que vous préféreriez vous retirer dans un château en ruine avec la femme qui vous a condamnée à mort ? Alors ? Qu'auriez-vous fait ?", l'attaqua Maléfique d'une voix cassante en frappant l'extrémité de son sceptre sur le sol dans un geste de fureur.
"Je... Je... Non... Je... Je vous aurais retrouvée, je vous aurais dit que... que j'étais désolée pour ce que Philippe a essayé de vous faire, j'aurais espéré que vous me pardonneriez un jour pour... Pour m'être enfuie ce jour-là, alors que... Alors que je..."
Maléfique leva la tête et laissa échapper un rire sarcastique qui résonna longtemps dans les oreilles d'Aurore.
"Oh, vous seriez venue vous excuser ! Quelle aubaine ! En voilà une idée... Parfaitement stupide ! Mais vous n'avez rien à vous reprocher, princesse. Quand bien même vous auriez commis la moindre erreur, je ne crois guère être disposée à écouter vos excuses. Maintenant, veuillez avoir l'obligeance de me faire part de vos intentions en venant me déranger si tard dans mon château.", l'interrogea Maléfique en s'approchant encore de la reine, la dévisageant d'un regard menaçant.
"Je suis venue pour... pour obtenir des réponses.", répondit Aurore d'un ton décidé en osant lever les yeux pour croiser le regard de la méchante fée qui haussa à nouveau un sourcil.
Maléfique décrivit un dernier pas vers Aurore, de sorte que lorsqu'elle baissa la tête pour plonger ses yeux noirs dans les yeux violets de la jeune femme, leurs visages n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Aurore avala sa salive, peinant à soutenir le regard ardent qui pesait sur elle, mal à l'aise par la proximité instaurée par Maléfique.
"Et que voudriez-vous savoir que votre beau prince et vos chères bonnes fées ne peuvent vous apprendre ?", demanda Maléfique d'une voix hautaine. Aurore baissa les yeux, ne pouvant supporter plus longtemps le regard de Maléfique sur elle.
"Je... Je veux savoir pourquoi mes tantes m'ont menti... Pourquoi Philippe m'a dit qu'il vous avait tuée et... Comment la malédiction a-t-elle été brisée alors que vous étiez toujours vivante ? Vous n'auriez jamais permis que le sort soit conjuré si vous étiez toujours en vie pour l'en empêcher... Alors... Je ne comprends pas. Pourquoi ? Pourquoi tout le monde me ment ? Pourquoi vous... Pourquoi vous m'avez menti, vous aussi ? Pourquoi vous ne m'avez pas dit que vous étiez toujours en vie...? Pourquoi ? Pourquoi vous n'êtes pas venue me sauver vous-même, puisque vous en étiez capable ?! Pourquoi, alors que je viens vous voir aujourd'hui pour essayer de comprendre pourquoi ma vie n'a été qu'un mensonge sans fin, vous me parlez comme si je n'étais rien alors que...", cria-t-elle jusqu'à ce que sa voix se brise dans un sanglot de désespoir. Elle se laissa glisser et tomba à genoux aux pieds de Maléfique, tête baissée, épaules rentrées, pleurant comme une enfant.
Elle avait tout perdu. Son innocence, sa joie, sa passion. Elle avait offert sa vie à des vielles fées incapables qui lui avaient caché sa véritable identité, puis à un homme qu'elle avait rencontré dans les bois et avait tenté de tuer... quelqu'un qui lui était cher. Et enfin, à une femme qui occupait toutes ses pensées mais qui a fini par lui mentir elle aussi, pour finalement l'oublier. Les personnes en qui elle avait confiance l'avaient trahie, ne cessant de lui mentir du début jusqu'à la fin. Et... la personne qu'elle aimait et qu'elle croyait morte était bien vivante mais semblait bien plus heureuse sans elle, en supposant qu'elle pouvait être heureuse tout simplement. Elle avait juste omis de lui préciser qu'elle n'était pas morte. Elle l'avait oubliée. Elle l'avait abandonnée.
Maléfique se pencha lentement vers Aurore et souleva son menton de sa longue main aux ongles effilés. Elle plongea son regard noir qui semblait cette fois-ci plus doux et apaisant dans celui de la reine et esquissa un faible sourire empreint d'une légère mélancolie.
"Vous n'êtes pas rien.", chuchota-t-elle, sans lâcher une seconde Aurore des yeux.
Elle se redressa lentement dans un froissement de tissus et tendit une main vers la reine.
"Maintenant, veuillez me faire le plaisir de vous relever, Votre Altesse. À genoux, sur le sol, n'est pas une place digne d'une femme de votre rang, et encore moins d'une femme comme vous.", demanda-t-elle à Aurore d'un ton autoritaire mais dénué de tout mépris ou moquerie.
Aurore regarda cette main longue et fine, à la peau blanche, aux reflets verts, tendue vers elle. Puis elle leva les yeux vers Maléfique qui semblait prête à attendre des années ainsi.
Alors la reine saisit la main que lui tendait la fée et se laissa entraîner par sa force. Une fois debout, Aurore refusa de laisser partir cette main froide qu'elle retenait fermement dans sa petite main blanche.
Maléfique ne détachait pas des yeux leurs deux mains entrelacées, fronçant les sourcils, essayant de comprendre ce que la reine essayait de faire.
"Je vous en prie, je ne veux plus vivre de cette façon. Je ne veux plus vivre dans le mensonge. Je veux savoir, j'ai besoin de savoir. Il n'y a que vous en qui je peux avoir confiance, mis à part le fait que vous ayez légèrement omis de me dire que vous n'étiez pas morte... Mais je sais que je peux vous croire. Par le passé, vous avez été la seule à me dire la vérité que tout le monde me cachait. Je vous en supplie, Maléfique... Dites-moi la vérité, encore une fois. Vous me devez bien cela, après tout...", la supplia Aurore en serrant fort sa main dans la sienne.
Maléfique hocha la tête en signe de défaite, et retira doucement sa main de celle de la reine Aurore, avant de lui tourner le dos.
"Très bien, vous avez gagné. Que voulez-vous savoir, princesse ?", demanda Maléfique d'une voix lasse en prenant à nouveau place dans son fauteuil de pierre.
Aurore sourit. Pour la première fois, elle avait gagné face à Maléfique. Peu de personnes pouvaient en dire autant, elle en était sûre. Pas même le prince Philippe, qui pourtant se vantait d'avoir mis fin à l'existence de cette créature démoniaque...
"Je veux tout savoir. Comment vous m'avez trouvée, comment le sort s'est finalement réalisé et enfin, comment il a été brisé...", dit la reine d'une voix assurée, soutenant le regard de la fée qui la dévisageait avec curiosité, dans l'attente de la formulation de sa requête.
Maléfique ouvrit les lèvres et émit un court ricanement cynique, puis ses lèvres se fendirent d'un rictus amusé.
"Parfait. Vos désirs sont des ordres, princesse. Mais je vous en prie, prenez place ! Je crois que vous aurez besoin d'un fauteuil pour entendre ce que j'ai à vous dire..."
À ces mots, Maléfique leva une main droite et squelettique à la hauteur de son visage et un trône semblable au sien, construit dans la pierre verte, apparut aux côtés de celui qu'elle occupait. D'un geste gracieux et cérémonieux, Maléfique tendit une main vers le nouveau mobilier, invitant Aurore à s'asseoir. La reine prit place et tourna la tête vers la fée, attendant que celle-ci débute son récit.
Maléfique lui adressa un sourire, presque dénué de tout sarcasme ou dédain, et soupira.
"Vous l'aurez voulu, princesse...", dit-elle d'une voix grave.
2 ans auparavant
Les éclairs commençaient à peine à s'éteindre aux quatre coins de la salle de bal de la forteresse en ruine. Le grondement sourd du tonnerre explosant contre les murs de pierre s'estompait peu à peu. Des lueurs violettes s'échappaient encore des entrailles de la Montagne Interdite. Il ne restait plus aucun serviteur de ceux qui avaient osé venir jusqu'à elle pour lui annoncer qu'ils avaient cherché un bébé pendant seize ans...
Mais quels idiots ! Une telle stupidité était-elle possible ? Maléfique se demandait, en s'asseyant sur son trône, lasse par tant de bêtise, si elle n'allait pas devoir se charger du sale boulot elle-même puisqu'elle ne pouvait faire confiance à personne. Elle soupira longuement, fatiguée par tant d'années de recherches vaines.
"Ah... Il n'y a rien à en tirer. Quel déshonneur au royaume des forces du mal ! Ah...", s'exaspérait-elle, quand tout à coup lui vint une idée. Elle se pencha vers son fidèle acolyte, son corbeau Diablo.
"Tu es mon dernier espoir. Prends ton vol et va enquêter. Cherche une jeune fille d'environ seize ans, blonde comme le blé au soleil, aux lèvres comme un bouton de rose. Vole... Et ne me déçois pas !", cria-t-elle alors que le corbeau s'envolait à tire d'ailes en direction de la forêt.
Elle se rassit, plongée à nouveau dans ses pensées. Non, cela ne sera. Certes, Diablo trouverait la princesse Aurore, il n'y avait pas de doute. Mais peut-être que finalement... Ce travail lui revenait à elle, et à elle seule. Après tout, la princesse était sa victime, sa proie. Pourquoi attendre qu'on la lui serve sur un plateau d'argent alors qu'elle pouvait la chasser elle-même ? Ne disait-on pas que la traque procurait bien plus de plaisir que le coup de grâce ?
Sur ces pensées, Maléfique esquissa un sourire carnassier déformant ses lèvres rouges. Elle se leva, étendit les bras vers le ciel et disparut dans un brasier de flammes vertes.
Une semaine avant son anniversaire, Rose se promenait dans la forêt, comme toujours, à la demande de ses tantes qui l'avaient priée de ramener des fraises des bois pour le dîner. Mais elle devait admettre que ses sorties imposées et presque quotidiennes ne lui déplaisaient en rien. Ces arbres, ces sentiers, ces buissons étaient devenus sa seconde maison, son jardin secret. Elle connaissait le moindre arbuste, le moindre ruisseau, le moindre massif. Ces bois étaient son refuge. L'endroit où elle pouvait s'exprimer librement, dire ce qu'elle pensait, ce qu'elle désirait, sans que personne ne la dévisage ou la réprimande avec sévérité. Ici, entre ces arbres, personne ne pouvait l'empêcher de vivre ses rêves. Mais elle savait que dès l'instant où elle rentrerait auprès de ses tantes, elle devrait à nouveau taire ses désirs les plus profonds...
Cette nuit-là, comme presque toutes les nuits où elle pouvait s'en souvenir, elle avait fait un rêve. Toujours le même, depuis des années. Un rêve qui lui paraissait toujours plus réel, toujours plus vrai que la veille.
Assise contre un arbre au bord du ruisseau qui serpentait aux alentours du cottage de ses tantes, Rose trempait le bout de ses pieds fins dans l'eau et se remémorait ce rêve à voix haute, sous le regard des animaux de la forêt.
"J'étais dans la forêt, pas loin d'ici... Je marchais. Et puis, tout d'un coup, une silhouette apparaît devant moi. Comme un mirage... Une femme toute vêtue de noir, à la peau tellement blanche qu'elle en était presque verte... Des cornes s'élevaient au dessus de son crâne. C'était effrayant, je ne connaissais rien de cette femme. Je ne savais pas d'où elle venait, ni ce qu'elle voulait. Elle me regardait d'un air dur, menaçant. Comme si elle me voulait du mal...", racontait la jeune fille, vivant son rêve pour la seconde fois.
"Mais... Moi, je n'avais pas peur. Non, elle ne me faisait pas peur. Je ne saurais dire pourquoi, j'avais envie de m'approcher, de lui parler, de la toucher... Je voulais savoir qui elle était. Alors je m'approchais, tout doucement... J'avais tellement peur qu'elle s'enfuit, ou qu'elle disparaisse comme elle était apparue. Finalement, quand j'étais à quelques mètres d'elle, elle m'a tendue la main et... J'ai pris cette main. Elle était douce, froide... Elle m'a attirée vers elle, et a posé son autre main sur ma taille, sans un mot. Et alors...", continua Rose, le sourire aux lèvres, faisant glisser le bout de ses doigts sur l'eau froide.
"Et alors... On s'est mises à danser, danser, danser... Je ne pouvais plus m'arrêter. Mais, au bout d'un moment, la femme s'est arrêtée, et m'a souri. Elle avait l'air tellement triste... Je lui ai demandé si quelque chose n'allait pas, alors elle a levé une main et m'a caressé la joue. Oh ! sa main sur ma joue... c'était tellement doux... Je voulais que ce contact ne cesse jamais. Finalement, elle allait partir, mais je ne voulais pas... J'ai saisi sa main pour la retenir, alors elle s'est retournée vers moi. Je lui ai demandé ''qui êtes-vous ?''. Elle a baissé les yeux et a souri encore une fois. Puis soudain, elle a fait un pas vers moi, et un autre, et encore un autre... Je... Son visage n'était qu'à quelques centimètres du mien, et... Elle a passé une main derrière ma nuque, elle a penché lentement la tête et m'a chuchoté à l'oreille ''je suis votre pire cauchemar''. J'étais pétrifiée. Alors elle s'est penchée sur moi, et de sa main toujours autour de ma taille, elle m'a attirée un peu plus contre elle et... Elle a baissé la tête, je ne pouvais regarder autre chose que ses lèvres rouges comme le sang qui s'approchaient encore, encore, et encore... Et... et... Je me suis réveillée...", soupira la jeune fille en retirant sa main de l'eau glacée.
"Ce rêve me hante depuis des années... C'est étrange. Peut-être qu'il signifie quelque chose...?", se demanda Rose en se levant pour rejoindre le sentier qui menait à la clairière, suivie de près par ses compagnons des bois.
Quand elle arriva au bord de la falaise surplombée par un grand chêne sur lequel elle aimait se reposer, la jeune fille posa son panier sur sa branche la plus longue. Puis, elle posa délicatement ses mains blanches sur les anses du panier avant d'y nicher sa tête.
"Tout de même, quelque chose me tracasse...", commença-t-elle, pensive, fixant l'horizon baigné de lumière où trônait un château grandiose, le palais du roi et de la reine.
Les oiseaux, biches et écureuils éparpillés autour d'elle émirent des petits cris ressemblant presque à des exclamations de curiosité, l'incitant à terminer sa phrase énigmatique. Rose sourit, elle savait qu'elle pouvait tout leur dire, eux au moins ne la jugeraient pas.
"Elle était si belle...", murmura-t-elle, tristement. Puis elle secoua la tête, renonçant à s'attarder sur cette pensée troublante. Que diraient ses tantes ?
Elle reprit son petit panier et pénétra dans la clairière où un tapis de fraises des bois l'attendait. Rose ne remarqua pas l'ombre noire qui la suivait, dissimulée derrière un tronc d'arbre...
