Bonjour, bonsoir et bienvenue !

Je vous présente la suite. Au programme : petit-déjeuner, entraînement pour un marathon et nuit blanche.

Ben quoi ? Ça ressemble quand même à quelque chose. Vous n'avez qu'à lire.

Et puis, je remercie chaleureusement les personnes qui ont commenté le chapitre précédant, à savoir, pimpiericky, noemiefrancia, ZephireBleu, Castiel-SPN156-Dean et barjy02 ainsi que ceux qui ont mis cette histoire en follow !

Bonne lecture et laissez un commentaire !


Une semaine pour bouleverser des vies 2

Sam venait d'ouvrir les yeux. Il ne reconnut pas le mur qui lui faisait face. Une douleur transperça son cerveau en même temps que les souvenirs manquants. Une seconde plus tard, le malaise passa et les souvenirs de la veille refirent surface. Il bailla bruyamment tout en faisant défiler ce qu'il s'était passé dans sa tête.

Ils avaient fini par passer le reste de la journée devant la télé, incapable d'arrêter de parler. Dean le lui avait fait remarquer mais avait tout de suite reprit sa conversation là où il l'avait laissé. Le cadet eut donc des nouvelles de la vie de son frère.

Il n'en disait pas beaucoup sur lui. Mais Sam allait tenter une nouvelle fois sa chance d'obtenir des nouvelles au petit-déjeuner.

Après s'être simplement coiffé, il descendit de l'étage et alla directement vers la cuisine où il entendait déjà son frère à l'œuvre. L'odeur du bacon et le grésillement des œufs attisa sa faim et l'empêcha presque de se souvenir pourquoi il était aussi déterminé ce matin.

Le cadet s'installa à la petite table juste assez grande pour y mettre quatre couverts. Le café était déjà servi dans deux tasses. Une boite de sucre, ouverte en plein milieu, invitait à en piocher quelques morceaux.

Le petit-déjeuner idéal pour un Winchester !

Quand Sam tira la chaise, le raclement produit sorti Dean de sa bulle et il tourna la tête vers sa source. Un petit sourire étirait ses lèvres pendant qu'il tâtait les tranches de bacon dans la poêle. Ce même sourire s'élargit davantage pour faire apparaître sa dentition lorsqu'il vit son petit frère tout juste réveillé.

Dean baissa les yeux sur la table pour vérifier ce qu'il y avait installé. Son sourire sembla devenir plus carnassier.

-J'ai pensé à toi, Samantha. Je t'ai acheté du sucre. Il te faut ta dose sinon tu es ronchon toute la journée.

Samantha le regarda. Son regard hésitait entre la lassitude et la frustration. Son frère ne se lassait jamais de ce surnom. D'ailleurs, il n'avait aucun souvenir de la façon dont tout ça avait commencé. Quoique si, en fait. Il croyait vaguement que ça avait un rapport avec un rendez-vous chez le coiffeur.

Mais le geste qui l'acheva fut sans aucun doute celui que fit Sam sous le regard attentif de son aîné. Il prit deux sucres et les mit dans son café avant de touiller avec la petite cuillère.

Dean éclata de rire. Sam finit par le suivre même si il allait se venger. Il y réfléchirait et Dean allait sûrement le regretter.

Reprenant enfin un peu de sérieux, l'aîné retourna à ses fourneaux pour finir la cuisson de leur petit-déjeuner. Il sortit deux assiettes après avoir demandé à Sam de l'aider. Le cadet lui avait répondu qu'il était trop bien installé pour pouvoir bouger un orteil et qu'il risquait de se décoiffer en se baissant pour attraper la vaisselle.

Dean finit donc seul de préparer la table sous le regard attentif de son cadet souriant. Au bout de deux courtes minutes, les deux frères purent savourer leur premier repas de la journée, dans une pièce embaumée par la douce odeur de la nourriture et du liquide chaud.

Sam sirota son café sucré et guetta du coin de l'œil son grand frère. Dès que son estomac commença à se remplir, il se souvint enfin de quoi il voulait lui parler depuis son réveil. C'était un matin comme les autres. Rien ne lui assurait une victoire. Mais dans les cas désespérés, il fallait toujours rester positif. Il était possible que ça paye.

-Comment ça se passe au restaurant ? demanda Sam innocemment.

Dean le regarda, la fourchette proche de sa bouche qui n'attendait plus qu'à être nourri. Il ne s'était pas attendu à ce que son frère lui pose de nouveau la question. Il ne se rendit alors pas compte du hochement de tête qu'il fit instinctivement pour répondre. Sam afficha un petit sourire.

-Tu m'en dis plus ou tu penses me fixer jusqu'à la fin de tes jours ?

Cette fois-ci, il était vexé d'avoir été pris au dépourvu. Il mangea le morceau d'œuf et de bacon plantés au bout de sa fourchette et grommela une sorte de « la ferme! » peu convaincant.

Sam n'allait pas s'arrêter alors qu'il avait enfin une chance d'en savoir un peu plus sur la vie si confidentielle de son frère.

-Si tu gagnes, je lave ta voiture pendant tout mon séjour ici, je t'achète des tartes au moins trois par jour, je t'offre un abonnement pour le magazine de ton choix et je me coupe les cheveux. Si je gagne, tu me racontes tout ce que je veux savoir sans rien me cacher.

Le cadet tendit ses deux mains au-dessus de la table, faisant signe à son aîné d'en faire de même avec un air de défi. Dean pesa le pour et le contre. Il ne lui fallut pas plus de quatre secondes pour jouer le jeu. Chaque seconde comportait une image de son frère ridiculisé à vie.

Voir Sam, en plein hiver, trempé, agrippant une éponge pour laver l'impala pendant que lui le regarderait depuis l'intérieur, un café dans une main, une feuille de papier dans l'autre où il inscrirait toutes les taches supplémentaires que Sam devrait faire le lendemain.

Voir Sam portant des tartes en équilibre sur ses bras, jurant pour ne pas les faire tomber. Quant à lui, il serait assis sur le canapé, trois boites de tarte différentes ouvertes devant lui, zappant sur les chaînes de télévision avant de se décider pour Docteur Sexy.

Voir Sam sur internet, page porno en plein écran, cherchant fébrilement parmi toutes les photos de femmes dénudées où pouvait se cacher le bouton de l'abonnement. Dean aurait sorti son portable, en mode photo, pour mitrailler son petit frère rougissant et tellement gêné de se retrouver à faire ça.

Voir Sam chez le coiffeur, crispé sur la chaise, le coiffeur derrière lui, se regardant une dernière fois dans le miroir qui lui faisait face avant qu'on ne lui coupe la première mèche de cheveux.

Rien que pour ça, Dean joua à pierre/papier/ciseaux. Il y avait tellement à gagner !

-Pierre...

L'imaginer lui donnait déjà des frissons alors que pouvait donner la réalité ?

-Papier...

Et en plus, si il pouvait profiter de son frère gratuitement, il n'y avait aucun problème.

-Ciseaux !

Dean afficha son poing fermé. Il n'avait pas encore regardé celui de Sam. Il n'aurait jamais du d'ailleurs.

-Tu es sûr que la feuille bat la pierre ?

Dean fut donc forcé de dévoiler sa vie qu'il qualifiait de sans intérêt à ses yeux.

Il travaillait toujours dans la restauration en tant que second et il ne voudrait changer pour rien au monde. Ce n'était pas un restaurant cinq étoiles. D'ailleurs, il n'en avait aucune mais cela ne l'empêchait pas d'être plein à chaque service.

Le bouche à oreille fonctionnait bien dans cette petite ville des États-Unis. Grâce à cela, le restaurant marchait à plein régime. Sam avait cherché le site internet de l'établissement mais il avait été surpris de n'en trouver aucun. La clientèle aurait pu venir des villes voisines ou des vacanciers qui passaient dans le coin.

Il en profita pour en discuter avec son frère. Dean était surpris par cette remarque puis il se referma sans réelle explication.

-On n'a pas besoin de ça. Manquerait plus que tout soit automatisé. Tu imagines un peu ? Les gens commanderaient par internet. Ils n'auraient plus qu'à passer chercher leur commande. Ça n'a rien de convivial. Je ne suis pas devenu cuistot pour faire réchauffer des plats surgelés !

Il bouda juste une minute, le temps de boire une goutte de café. Soudain, comme si rien ne s'était passé, il se retourna vers son frère avec un immense sourire sur le visage et aborda un nouveau sujet qu'il aimait tant.

-C'était quand la dernière fois que tu as trempé ton biscuit ?

La seule réponse qu'il reçut fut un coup dans l'épaule. En tant qu'aîné, il savait faire sortir son frère de ses gonds et la conversation l'ennuyait aussi. Il en rit avant de continuer sur sa lancée.

-Sérieusement, ça fait combien de temps que tu n'es pas sorti accompagnée d'une belle brune ? Ou d'une blonde, je ne juge pas !

Sam savait que son frère était un expert sur le sujet. Il lui arrivait de sortir un soir et de ne rentrer que le lendemain aux petites heures du matin, les yeux cernés et ses cheveux en manque de gel. Mais Dean, qui voyait ce mode de vie comme étant normal, ne comprenait pas la réticence à l'imiter de son cadet. D'où cette question qu'il lui posait à chacune de leur rencontre.

-Tu sait très bien que ça ne me tente pas. Je ne m'appelle pas Dean Winchester mais juste Sam, le petit frère de cet idiot, l'intellectuel qui doit combler les lacunes de son dragueur d'aîné.

-Banane !

-Du gland.

C'était toujours ainsi que Sam répondait à sa question. En même temps, Dean ne pouvait pas lui en vouloir. L'amour ou tout ce qui s'en rapprochait étaient devenus des sujets sensibles. Surtout depuis les événements d'il y a quelques années. Sam avait été inconsolable pendant des jours, sortant à peine de sa chambre pour aller aux toilettes ou pour manger quand son frère ne lui apportait pas de plateau repas.

Encore aujourd'hui, il n'était pas à l'aise mais il répliquait par une blague pour détendre l'atmosphère et pour mieux faire passer la chose. La situation était bien plus acceptable qu'à l'époque et Dean s'en contentait. Il espérait tout de même qu'un jour, proche de préférence, son cadet pourrait partager le lit de quelqu'un d'autre.

Ce fut dans cette atmosphère calme que commença leur journée. Il n'était que 8 heures et rien de pressé ne les attendait avant le début d'après-midi. Dean n'aurait pas à travailler aujourd'hui, ni durant tout le reste de la semaine. Il avait anticipé l'arrivée de son petit frère et avait posé ses congés. L'établissement avait très vite trouvé un remplaçant. Trop vite à son goût.

Sam ne se rendrait au théâtre que plus tard. Il ne voulait pas se montrer tortionnaire dès le premier jour sans même les connaître pour les faire venir tôt au matin et n'avoir rien à répéter. Un membre de la troupe avait fait passé le mot au reste du groupe, lui assurant qu'il n'avait rien à craindre.

Il ne leur restait plus qu'à nettoyer les restes de leur petit-déjeuner. La vaisselle sale s'accumula dans l'évier. Aucun d'entre eux ne voulait laver deux assiettes et deux mugs de bon matin. Ils étaient en vacances ! Rien ni personne ne les obligeait à faire la vaisselle quand ils ne le voulaient pas. Même si à un moment ou à un autre, elle devra être faite.

Le froid commençait à se faire sentir dans cette partie de la maison. Dean en caleçon et son frère en pantalon pyjama, commencèrent à en ressentir les effets malgré la nourriture chaude tout juste ingurgitée. Ou peut-être était-ce à cause de ce contraste de température que le froid était plus froid. En tout cas, ils ne se posèrent pas la question, partant directement s'habiller avec des vêtements adaptés.

Dean en profita pour allumer le chauffage au maximum en passant à côté du radiateur. Il baisserait la température une fois satisfait. Puis, il prit la suite de Sam dans les escaliers. Son petit frère grandissait encore selon lui. Il pouvait le traiter de géant ou de Big Foot, il restait son petit frère et il devait l'aider quand quelque chose ne tournait pas rond.

En l'occurrence, c'était le cas. Sam ne s'était pas remis de sa mort et ne s'en remettrait sûrement jamais. Mais il voulait profiter de cette semaine pour lui faire oublier ses peines, pour lui montrer qu'il devait enfin passer à autre chose et que cela ne pourrait lui faire que du bien.

Mais pour l'heure, il devait s'occuper jusqu'à l'heure du déjeuner. Non, il ne pensait pas qu'à manger ! Cependant, il savait déjà où ils allaient manger et il espérait fortement que Sam n'oublie jamais cette semaine.

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Le froid mordant de ce début de journée n'empêcha pas les Winchester de sortir faire un tour pour se dégourdir les jambes. Ils longèrent les maisons, décorés ou non, tout en disparaissant un peu plus dans leur vêtements.

-Sam, quelle idée t'as eu de vouloir sortir. Je me les gèle.

Le cadet soupira, laissant apparaître une fumée blanche. Il frissonna lui aussi.

-C'est toi qui l'as eu, cette idée. Monsieur s'était dit que son frère voudrait faire une petite promenade pour découvrir les alentours au cas où il se perdrait. C'était un bonne idée au fond. Tu as juste oublié qu'il faisait minimum -10 dehors.

Dean ne répondit que quelques secondes plus tard, son téléphone portable en main et glissant son doigts sur l'écran pour faire défiler une application.

-Il fait précisément -2°C avec un ressentie de -7°C. D'ici une heure, la température aura chuté de 2 degrés et le ciel se couvrira un peu plus. Le vent souffle à 12km/h et le soleil se couchera à 17h32.

-Tu as déjà pensé à faire miss météo ?

-Non. Mais j'ai déjà pensé à me faire miss météo.

Apparemment, le corps de Dean venait de se réchauffer. Il ne pouvait pas s'en empêcher. Dès qu'une jolie fille passait dans son champ de vision, même à la télévision, il fallait qu'il se l'imagine dans son lit ou autour d'un verre pour ensuite finir dans son lit.

Sam, quant à lui, se détesta pour avoir posé la question. Le seul point positif dans cette remarque était que son frère n'avait donné aucun détail. C'était plutôt rare mais cela lui arrivait d'épargner le cerveau du cadet. Le lavage de cerveau à la javel pouvait ainsi être repoussé à une prochaine fois.

Continuant à marcher, l'un souriant bêtement et l'autre disparaissant dans son manteau, ils arrivèrent devant une marre aux canards sans canard. Eux au moins n'avaient pas été assez crétin pour se geler les plumes par ce temps.

Les frères prirent place sur un banc, se serrant l'un contre l'autre sans se gêner. Il n'y avait personne pour les trouver ridicules.

-La prochaine fois, commença Sam en claquant des dents, tu sors tout seul. Et merde si je me perds dans ton patelin !

Dean rit face à la mauvaise humeur de son cadet. Il se moquait un peu de lui au passage, lui qui restait en général près de la cheminée quand elle était allumée. Il se retrouvait maintenant les mains au fond de ses poches, le nez rouge et le corps tremblotant. Il ne lui restait plus qu'à éternuer et Sam ferait parfaitement parti du paysage hivernal.

Quoique quelques flocons ne seraient pas de refus non plus. Un noël blanc. Le top du top.

Il voulait vraiment offrir ce noël idyllique pour son frère et pour lui aussi. Pour oublier tout ce temps séparé l'un de l'autre, pour remplacer les moments d'absence par ceux-ci.

Durant celui de l'an dernier, ils avaient fini sous la table, assommés par l'alcool. Aucun souvenir de la veille n'avait refait surface depuis. Les seules preuves qu'ils avaient été tous les deux ce soir-là avaient été quelques photos sur leur portable et une vidéo. Il était possible de distinguer les deux frères sur l'écran lorsqu'elle n'était pas floue à cause d'un geste trop sec.

Certaines avaient été supprimés d'un commun accord, osant à peine se souvenir de les avoir vu. Comme les fesses de Dean aspergées de vodka en plein écran. Ou Sam prenant la rampe d'escalier pour une barre de pole dance habillé d'un simple string éléphant.

Pour les ridiculiser encore plus si c'était possible, une vidéo les avait enregistré chantant un chant de noël mais il leur était impossible de deviner le titre. Ils chantaient trop faux, oubliant des paroles ou ne les articulant pas assez pour former de vrais mots.

Et pour finir, Dean s'était réveillé avec la gueule de bois, son frère aussi, mais lui seul était habillé de sous-vêtements féminins. Pour donner des détails, le soutien-gorge agrafé tenant miraculeusement sur lui soutenait deux oranges sur lesquels des mamelons avaient été dessiné au feutre noir. La petite culotte en dentelle, oui en dentelle jaune canari, ne contenait pas grand chose du fait de sa petite taille et Dean était trop imposant, du fait de ses attributs masculins pour pouvoir y loger quelque chose.

Aucun indice ne leur avait révélé sur où ils avaient pu trouver ce genre de vêtement. Même Dean n'en possédait pas de ses anciennes conquêtes. Cependant, ils eurent leur réponse quand, un peu plus tard dans l'après-midi, Charlie appela l'aîné pour lui demander si tout c'était bien passé avec sa lingerie et si il voulait essayer la tenue d'infirmière la prochaine fois.

Une semaine plus tard, le nouvel an avait été bien plus calme. Sam s'était assuré de vider toutes les bouteilles d'alcool dans l'évier et Dean avait confisqué les portables et débranché le fixe. On ne savait jamais.

Mais cette année, Dean ne voulait pas que se soit un réveillon uniquement pour faire la fête et boire encore plus. Il voulait que ce soit convivial avec de bons petits plats, des bonnets de père noël, la télé allumée sur un programme spécial, des rires lorsqu'ils se raconteraient leurs anecdotes.

Un truc simple mais sympa. Et ce n'était pas en laissant son petit frère attraper froid qu'il allait réussir.

L'aîné se leva du banc, faisant pencher dangereusement son frère vers la place maintenant vide.

-Debout Sammy. J'ai quelqu'un à te présenter.

Sam le suivit du regard faire quelques pas avant de le suivre à contre-cœur. Il s'était enfin réchauffé un minimum et il devait retourner affronter le froid qui rentrait de partout.

-Ce quelqu'un, il habite loin ?

Dean pointa du doigt la maison qui faisait l'angle de la rue juste à la sortie du sentier pédestre.

-C'est juste là. Alors arrête de te plaindre et avance.

Le cadet arrêta de se plaindre et avança rapidement pour dépasser son frère et lui faire une grimace. Maintenant, c'était à lui d'aller plus vite. Ses pensées lui dirent qu'il agissait comme un gamin. La seule réponse qu'il voyait était que sa tête gelait et plus rien ne lui semblait cohérent. Alors faire une grimace digne d'un enfant de trois ans et demi, il s'en fichait éperdument.

Il n'y eut aucune représailles jusqu'à ce qu'ils arrivent devant le petit portail délimitant la propriété du trottoir. Le portail ainsi que la cloison servaient plus de décoration que de réelle délimitation vu leur taille. A tout casser, ils ne dépassaient pas les 50cm, voir les 40cm. Et par un croche-pied perfectionné durant toute sa scolarité, Sam se retrouva de l'autre côté, tête la première dans un tas de terre et d'herbe. Les jambes en l'air et les bras proches de sa tête, le géant faisait tache dans le paysage ainsi allongé sur le sol.

Le cadet se tortilla pour faire passer ses jambes du même côté que le reste de son corps pour enfin se relever et s'essuyer le visage sali par la terre. Même si elle était gelé par le froid, elle laissait des traces marron sur la moitié de son visage. Heureusement qu'il n'avait rien dans les cheveux.

-Apprends à respecter ton aîné, dit Dean sans le regarder et le dépassant pour aller sonner à la porte d'entrée.

Le jeune homme le rejoignit, une mine renfrognée sur le visage qui disparut dès que le propriétaire ouvrit la porte. Ses yeux ne virent que ses cheveux noirs et ses yeux bleus.

-Salut Cas. Je te présente mon petit frère, Sam, comme promis. Sam, voici Castiel. Mon collègue de travail. Celui dont je t'ai parlé.

Dean était content de pouvoir enfin les présenter l'un à l'autre. Jusqu'à maintenant, il n'avait été que l'intermédiaire, apportant les nouvelles de chacun à l'autre. Ils n'arrêtaient pas de poser des questions sur celui qu'ils n'avaient pas encore rencontré. Et les voici enfin face à face et aucun ne prit la parole. Un silence gênant s'installa que Castiel finit par briser d'une façon pas totalement délicate.

-Je croyais que tu devais m'appeler avant de passer me rendre visite avec ton frère. Ce que tu ne fais jamais d'ailleurs. Si tu essaie à nouveau de t'imposer chez moi, je serais dans l'obligation de dévoiler certains dossiers te concernant. Comme l'histoire de la petite culotte.

Autant dire que Dean ne s'y était pas du tout attendu. Il resta donc la bouche ouverte sur un mot non formulé, attendant comme une révélation pour s'exprimer à nouveau sans s'attirer les foudres de son ami. Sam, qui n'avait été que spectateur durant ce court laps de temps, détaillait son frère figé sur place. Et il explosa de rire.

Au son du rire, Dean sortit de sa transe et observa son cadet comme si il était un extraterrestre. Quand il regarda Cas pour savoir si il hallucinait ou non, il fut encore plus apeuré. Castiel affichait un sourire et le tremblement léger de son corps prouvait qu'il riait lui aussi.

-J'arrive pas à y croire, commença Sam en reprenant son souffle entre des hoquets de rire. Tu es vraiment le seul à pouvoir le faire taire. D'accord, je l'admet, tu as du pouvoir sur lui. Tu as tout mon respect.

-Je n'ai aucun mérite. Il s'humilie tout seul. Je n'ai qu'à lui parler de certains moments de sa vie et il me mange dans la main.

Castiel sourit à Dean qui reprenait contenance petit à petit. Il dévisagea son frère et son ami l'un après l'autre avant de transformer son incompréhension en colère.

-Vous me faites chier, leur cria-t-il à la figure, allez vous faire foutre tous les deux !

-Oh calme toi Dean, dit Castiel. Ce n'est pas la première fois que je te fais le coup. Et puis, je devais prouver à Sam que je pouvais le faire. Grâce à toi, j'ai gagné un abonnement pour Cuisine Magazine.

-Comme si tu en avais besoin... Mais, une seconde. Vous vous connaissez ? Vous vous connaissez et vous vous êtes dit que ça ne valait pas la peine de me le dire !

-En gros c'est ça. Allez, entrez avant que Dean ne s'effondre pour avoir trop réfléchi.

Sam rigola en passant devant Castiel tandis que son frère le suivit, réticent à passer le pas de la porte d'un traite.

-Et à propos de cette petite culotte...

-Sam, la ferme ! Et toi, tu te tais.

-Ne t'inquiète pas. Je la garde pour une autre fois.

Il n'aurait jamais du les faire se rencontrer.

Les deux frères restèrent trois ou quatre heures chez le collègue de l'aîné. Castiel et Dean travaillaient ensemble au restaurant. Castiel était au poste de chef et menait sa troupe à la baguette mais il laissait tout ça de côté lorsqu'il ne travaillait pas. Il était d'ailleurs tout le contraire. Bon, ça n'allait pas jusqu'à faire tous les bars de la ville en une soirée non plus mais il était bien plus décontracté.

-D'ailleurs Cas, tu travailles pas ? Je savais pas que tu avais pris des congés.

-Je ne travaille pas, en effet. Mais ce n'est pas ce que tu crois. Le patron a fermé le resto pour terminer les travaux. Personne ne sait quand il sera de nouveau ouvert.

-Vraiment ? Il avait commencé deux trois trucs la semaine dernière. Je ne pensais pas que ça irait aussi vite. Et pourquoi je ne suis pas au courant ?

-Dois-je te rappeler l'affection que vous vous portez l'un envers l'autre ou ça ira comme ça ?

-Ok, j'ai compris. Je me la ferme et on passe à autre chose.

Il regarda sa montre pour voir depuis combien de temps il s'en prenait plein la tronche.

-Eh oh, on devrait rentrer non ? Parce qu'il est pratiquement treize heures et mon estomac va crier famine.

-Vous pouvez rester. On va commander une pizza. On se voit trop rarement en dehors du travail.

Sam tilta enfin.

-MERDE ! Désolé, je dois y aller maintenant. Arriver en retard dès le premier jour, non merci.

Il mit son manteau en vitesse, remercia Castiel pour son accueil et fila vers l'entrée au pas de course.

-Mais tu sais même pas où c'est, héla son frère.

-J'ai regardé sur Google map.

Ce fut la dernière phrase de Sam avant d'entendre la porte claquer derrière lui. Ils le virent courir en passant devant la fenêtre du salon.

-Quel crétin.

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« Mais quel crétin ! » pensa Sam en tournant à l'angle d'une rue.

Depuis quinze minutes qu'il courait et qu'il se répétait la même chose, ne pouvant pas passer à une autre pensée, il vit enfin la salle des fêtes de la ville, là où avait lieu les répétitions.

Sam espérait de tout cœur ne plus jamais recommencer un tel marathon. Heureusement qu'il avait un abonnement à une salle de sport. La seule différence entre les deux était le tapis roulant remplacé par du béton.

Enfin !

À bout de souffle quand même, il se posa contre le mur pour retrouver une respiration normale et un rythme cardiaque décent. Fermant les yeux un instant, il s'imagina sur une plage des caraïbes. Être au calme un instant pourrait sûrement l'aider. Sa chaleur corporelle aidant, il pensa être allongé dans un hamac, le vent agréable contre sa peau et l'ombre du palmier lui procurant un peu de fraîcheur à sa peu en ébullition.

Fraîcheur qui se fit insistante quand il sentit quelque chose de froid contre sa joue. L'imagination pouvait aller si loin ? Une goutte coula le long de sa joue et le chatouillement provoqué lui fit ouvrir les yeux et s'écarter de son agresseur potentiel.

-Eh salut, lui dit l'inconnu en lui tendant une bouteille d'eau. Tiens. Cassou m'a prévenu que tu en aurais sûrement besoin.

L'homme en face de lui ne lui voulait apparemment pas de mal. Il secoua la bouteille pour bien lui faire comprendre qu'elle était pour lui.

-Merci, répondit Sam en la prenant enfin.

La goulée qu'il but fut comme une nouvelle source d'énergie. Cette petite bouteille lui sauvait la vie.

Il reprit enfin son souffle après l'avoir vidé du tiers et présenta sa main pour la lui faire serrer, ce que son sauveur fit.

-Sam. Enchanté. Et Cassou, c'est Castiel c'est ça ?

-Gabriel. Tout pareil, enchanté. Et Castiel est un ami à moi. Il m'a appelé en me disant d'apporter ça avec moi. Je comprends mieux pourquoi.

Le cadet reprit une dernière goutte de l'eau si gentiment offerte et

-On devrait peut-être y aller, non ?

Avant que Sam ne puisse lui répondre et poser une nouvelle question, Gabriel continua sur sa lancée.

-Oui, je fais parti de la troupe. Alors ?

Sam reprenait vie doucement et était finalement apte à faire face à ceux qu'il allait côtoyer pour quelques jours. Gabriel le précéda, lui forçant la main pour entrer à l'intérieur. Soufflant une dernière fois pour effacer toute trace de sa course, il suivit l'homme et entra dans la salle.

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Sam ouvrit la porte avec la clé que Dean avait caché sous le pot de fleurs. Comme il disait, un classique ne se démode pas.

Il déposa son manteau à l'entrée. Son estomac se fit entendre assez clairement. La seule chose qu'il avait mangé à midi avait été un paquet de gâteau que Gabriel lui avait donné, toujours sous les conseils de Castiel.

Et apparemment Dean devait être devin. Un sandwich l'attendait patiemment sur la petite table, prêt à l'emploi. Il le mangea presque d'une traite et tant pis si ça ne respectait pas son régime habituel. La faim était trop forte et il avait besoin de recharger les batteries. D'ailleurs, il ne se rendit pas compte de l'avoir terminé.

Il se mit à table, déballant tout son sac sur la surface. Un crayon tomba au sol, suivi d'une feuille de papier. Il se baissa pour ramasser les deux objets avant de les poser avec les autres. Il put enfin s'asseoir. Sam reprit son souffle un instant.

La tache n'était pas pénible mais il avait besoin de faire le vide dans son esprit. Il avait pris l'habitude d'écrire à partir de rien depuis bien longtemps. D'abord, tout préparer pour que tout soit à portée de main. Dans le cas présent, il n'y avait aucun problème. Même si rien n'était en ordre mais c'était sa façon de s'organiser pour travailler.

Ensuite, aucun bruit ou quoi que ce soit ne doit le déranger. Il gardait quand même son téléphone allumé mais dans sa poche de jeans. Ainsi, il savait si c'était urgent lorsqu'il recevait un appel ou si il pourrait s'y intéresser plus tard quand il n'y avait qu'une vibration.

Puis, il fallait faire le vide. Tout ce qui s'était passé dans la journée devait être oublié ou devait servir à l'écriture. Pour l'instant, tout ce qui lui vint en mémoire fut Castiel, son emprise sur Dean. Mais il se déforma et Gabriel apparut, sourire aux lèvres.

En effet, cet homme avait marqué sa journée du fait de sa singularité. Et aussi à cause de son attachement. C'était rare de voir quelqu'un aborder un inconnu aussi familièrement. Il ne l'avait pas quitté d'une semelle, s'assurant qu'il était à l'aise, qu'il ne se fasse pas marcher sur les pieds. Ceci apporta un sourire à Sam qui se remémorait ce moment avant de le mettre de côté pour se concentrer pleinement à sa tache.

Le cadet était enfin prêt pour écrire sa pièce. D'une main, il attrapa un stylo rouge et de l'autre, le scénario de l'an dernier. Il commença à lire les premiers mots du narrateur. Certains étaient encore attachés à leur ancien meneur. Si il voulait s'imposer sans trop faire de remous, il vaudrait mieux qu'il étudie le premier texte avant d'écrire le sien.

Les personnes qui composaient la troupe étaient réellement des gens sympas. Ils voulaient vraiment s'entendre avec lui et l'avaient mis à l'aise facilement. Cependant, aucun d'entre eux ne savait à quoi s'attendre avec ce nouvel arrivant. D'ailleurs, la troupe lui avait bien fait comprendre de rester dans le traditionnel. Donc pas d'extraterrestres, pas de robots, pas de danseuses à moitié nues, pas de rock ou tout autre interprétation surréaliste de noël.

Sam l'avait bien compris. Mais pour ne pas faire un copier/coller de l'an dernier, il allait devoir trouver quelques astuces.

La nuit allait être plus longue que prévu.