Que dire, à part que je suis contente que le début de mon histoire vous plaise ! Vos commentaires très encourageants me vont droit au coeur et c'est une indéniable motivation pour continuer cette fanfiction. Je vais faire de mon mieux pour que la suite vous comble, amis lecteurs. Prêt pour le deuxième chapitre ?


Dans mes veines

Chapitre II


Hermione rangea sa plume, satisfaite de son devoir. Elle en relu le contenu avec ravissement tandis que Ron, lui, désespérait de ne pas en avoir. Quatre-vingt-dix centimètres de parchemin à remplir sur un clan de sorciers disparus depuis deux siècles. Le professeur Binns venait de battre le record de perfidie détenu jusqu'alors par Peeves. Harry partageait son avis, aussi peu inspiré que son ami. On pouvait dire que la vie avait repris son cours normal à l'école de sorcellerie Poudlard. Les cours, les soirées de révision et d'entraînement à la pratique, les bavardages sur le Quidditch… Bien sûr on pouvait encore entendre quelques murmures concernant l'attaque du château par Voldemort, mais cet événement paraissait déjà lointain.

- Tant pis, je laisse tomber ! fini par s'exclamer Ron. Qui est partant pour une partie d'échec ?

Hermione soupira tandis que les deux garçons rangeaient leurs affaires scolaires dans leur sac. Comment parvenaient-ils à se détendre alors que leur devoir à rendre dans moins de trois jours n'était pas achevé ? La demoiselle décida cependant de les laisser tranquilles et proposa même d'aller chercher les quelques Patacitrouilles qui lui restaient pour qu'ils grignotent pendant leur partie d'échec. Au fond, leur attitude lui plaisait. Elle préférait les voir insouciants plutôt que maussades et préoccupés, des adjectifs pouvant qualifier certains élèves qui ne parvenaient pas à tirer un trait sur les événements d'il y a deux semaines.

Heureusement, ceux-ci ne représentaient pas un nombre trop important d'individus. Les plus secoués avaient purement et simplement quitté l'école, soit de leur plein gré ou poussés par des parents inquiets. La Grande Salle paraissait un peu moins bondée, mais l'essentiel était que tous ceux encore présents à Poudlard ne voulaient pas laisser Voldemort imposer son ombre dans les esprits. On s'efforçait d'ignorer les Aurors désormais en patrouille constante dans le parc et les tests de résistance infligés pas moins de trois fois par jour aux protections magiques entourant le château.

- Harry, tu as été voir Mme Pomfresh aujourd'hui ? demanda soudain la jeune fille.

Le concerné réprima un soupir d'agacement. Oui. Juste avant le dîner. Il avait eu le droit de sortir de l'infirmerie après une semaine de repos, mais il devait encore y passer pratiquement tous les jours. La raison ? La réputation de Mme Pomfresh n'était plus à faire en matière de soins. Elle valait même à elle-seule l'équipe médicale de l'hôpital Ste Mangouste pour les plus élogieux. Hors, la blessure d'Harry lui résistait. Sur l'épaule droite du garçon, les marques causées par les crochets de Nagini refusaient de disparaître complétement. Il ne souffrait plus, le sang ne coulait plus, les chairs s'étaient refermées sans encombre, et pourtant…

- Bien tenté mon vieux ! lança Ron tandis qu'un des cavaliers d'Harry assommait l'un des siens.

La partie ne dura pas longtemps, au plus grand damne du Survivant. Ecrasé par son meilleur ami, il s'avoua vaincu avec une cruelle frustration au ventre. Le rire de Ron lui donna envie d'envoyer voler le plateau de jeu contre un mur. Voire contre Hermione, assise un peu plus loin pour lire devant la cheminée de la salle commune. C'était de sa faute s'il n'était pas parvenu à se concentrer correctement. Pourquoi se sentait-elle obligée de jouer les mères poules avec lui ? Continuer à devoir se faire examiner par Mme Pomfresh était déjà bien assez pénible, il n'avait pas besoin qu'on lui rappelle de le faire.

Inévitablement, Harry repensa à sa conversation avec Dumbledore précédant sa sortie de l'infirmerie. Le directeur avait fini par lui raconter comment il s'était retrouvé avec cette foutue blessure à l'épaule. Au fil de son récit, il avait récupéré tous ses souvenirs. L'alerte, l'arrivée des Mangemorts, son duel avec le Seigneur des ténèbres… Et Nagini. L'attaque sournoise du serpent, la vague de douleur qui s'en suivit, le rire glacé de Voldemort au-dessus de lui...

- Tout s'est bien terminé et c'est le plus important, avait conclu Dumbledore.

Ces paroles avaient laissé un goût amer à Harry. Une peur sourde l'habitait depuis cette discussion. Comme tout le monde, il ignorait la raison de sa survie. Lorsqu'il se revoyait allongé dans l'herbe humide du parc, l'épaule en sang, le fait de vivre encore lui paraissait presque grotesque. Qu'est-ce qui avait empêché sa mort ? Et si, cette fois, il ne s'agissait pas d'une chose aussi noble que le sacrifice d'une mère ? Il n'avait pas osé donner son point de vue à Dumbledore - et d'ailleurs il ne savait même pas comment expliquer son ressenti, mais il avait presque l'impression que c'était Voldemort lui-même qui l'avait épargné. Plus ou moins indirectement. Il ne comprenait pas pourquoi cette hypothèse sonnait si juste pour lui mais, bien entendu, elle ne présageait rien de bon.

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Fumseck étira ses ailes et s'envola vers son maître. Il se posa sur le bureau d'Albus Dumbledore et lui rappela sa présence en laissant échapper une note mélodieuse. Le directeur de Poudlard le gratifia d'une caresse, appréciant le soutien que l'oiseau légendaire lui apportait. Le phoenix retourna sur son perchoir lorsqu'on frappa à la porte et que Severus Rogue entra dans la pièce.

- Vous m'avez demandé ?

- Tout à fait, Severus. J'ai vu Minerva tout à l'heure afin de lui demander d'aller s'installer au sein même de la tour de Gryffondor. Afin de ne pas inquiéter les élèves de sa maison, je vous demande d'en faire de même et d'élire provisoirement domicile au plus près des élèves de votre propre maison. Filius et Pomona recevrons le même ordre.

Le maître des potions acquiesça en silence. Il supportait avec bien grand mal cette habitude de Dumbledore à ne jamais en venir aux faits tout de suite. Il s'approcha du bureau.

- Je suppose que cette disposition n'est pas prise au hasard, lâcha-t-il avec lenteur. Vous craignez qu'il arrive quelque chose, n'est-ce pas ? Potter ?

- À vrai dire, je n'en sais rien du tout, avoua Albus en se levant. Mon intuition et ma dernière entrevue avec Harry m'a poussé à prendre cette décision. Le sang-froid du professeur McGonagall sera utile s'il le faut.

Rogue haussa un sourcil. Il suivit son directeur des yeux tandis que le vieil homme contournait la grande table en bois qui les séparait. Dumbledore se dirigeait vers la Pensine.

- Du côté de Voldemort, Severus, avez-vous du nouveau ?

- Non. Comme à l'accoutumée, des réunions se tiennent afin d'établir des plans d'attaque du ministère de la magie.

- Je vois. L'échec d'il y a deux semaines n'a donc pas été une seule fois abordé ? poursuivit Albus en déversant une pensée dans sa bassine magique.

- Et bien… Il semblerait que le Seigneur des ténèbres ne souhaite pas revenir là-dessus. De toute évidence, il était persuadé d'avoir tué Potter.

Dumbledore laissa un nouveau filet argenté se déverser dans la Pensine. Maintenant que sa tête s'était vidée du superflu, il se sentait davantage apte à choisir au mieux ses mots pour la suite. Au fur et à mesure qu'il dévoilait à Rogue ce qu'il pensait de toute cette histoire, le visage fermé du professeur laissait de plus en plus entrevoir une franche surprise.

XXXXXXX

Lorsque les cours de l'après-midi s'achevèrent et qu'arriva l'heure du dîner, tous les élèves se dirigèrent vers la Grande Salle. Harry, pour sa part, ne s'y rendait que pour pouvoir continuer à discuter avec ses amis. Durant tout le repas, il ne toucha pas à son assiette. Son manque d'appétit alerta Hermione qui l'encouragea à manger. Pour le plus grand plaisir d'Harry, elle ne mentionna aucun besoin impératif de nourriture pour bien récupérer après sa période de convalescence, mais plutôt la reprise imminente des entrainements de Quidditch. En tant que capitaine et attrapeur de son équipe, il allait avoir besoin de toutes ses forces, ce qu'approuva Ron.

Harry consentit à avaler quelques bouts de saucisse et une fourchette de purée. Son ventre menaça de tout faire remonter et il préféra s'abstenir de trop forcer. En plus d'être barbouillé, il ne tarda pas à se sentir très fatigué. Chaque son provoqué par les couverts de ses camarades lui donnait envie de lancer un puissant Silencio sur chacun d'eux. Il apprécia avec délice le moment où tout le monde partit se coucher.

Ron et lui souhaitèrent une bonne nuit à Hermione et montèrent dans leur dortoir. Avant d'imiter son meilleur ami en enfilant son pyjama, Harry se rendit dans la salle d'eau adjacente à leur chambre. Mme Pomfresh lui avait confectionné un baume qu'elle lui avait demandé de tester sur sa blessure. La mixture crémeuse et argentée ressemblait presque à du sang de licorne. Il en appliqua une couche généreuse sur les deux bleus violacés qui ornaient désormais son épaule droite. Tandis qu'il massait la peau pour bien faire pénétrer, Neville Londubat le rejoignit et s'installa au lavabo d'à côté pour se brosser les dents. Avec sa maladresse habituelle, le pauvre fit tomber son tube de dentifrice. En bon camarade solidaire, Harry s'accroupit pour le lui ramasser.

- Merchi Harry ! lança Neville, la bouche pleine de mousse. Harry ?

Le tube toujours en main, son ami ne se relevait pas. Harry ne se sentait plus bien du tout. Il porta une main à sa bouche, pris d'un violent haut-le-cœur. Rien ne sortit. Le rythme de son cœur s'accélérait tandis que sa vue se brouillait par instant.

- Ca… ça va ? s'enquit Neville en se penchant vers lui. Tu es tout pâle…

La seule réponse qu'il reçut fut un hurlement. Maintenant, Harry avait l'impression qu'on cherchait à lui arracher la peau. Il s'écroula sur le carrelage, fou de douleur. Il entendit à peine Neville crier pour appeler à l'aide et agrippa l'une des manches de celui-ci, tremblant de tous ses membres.

- Tiens… Tiens bon ! Les autres vont revenir avec McGonagall ! bredouilla son ami, totalement impuissant.

Il grinça des dents lorsque la main du Survivant se referma davantage sur son bras, enfonçant ses ongles jusqu'à traverser le tissu qui l'habillait et atteindre sa chair. Il ne se doutait pas une seule seconde qu'Harry ne combattait plus seulement une atroce souffrance, mais également une terrible volonté qui tentait de prendre le dessus sur son esprit.

« Attrape-le par les cheveux et fracasse lui le crâne sur le sol. Cet idiot arrêtera de te fixer avec cet air bête alors que tu agonises. »

Cette idée le ravissait puis le révulsait la seconde suivante. Le duel intérieur qui le déchirait amplifiait son mal. Il ne pouvait plus supporter ce qui lui arrivait. Qu'on en finisse, qu'on le tue !

Lorsque McGonagall, suivie par Ron et Seamus, firent irruption dans la pièce, ils retrouvèrent Neville allongé par terre, inconscient et le nez en sang. Harry, recroquevillé à l'autre bout de la salle, pantelant et couvert de sueur, le regardait comme s'il venait de transplaner à l'instant et qu'il ne croyait pas une seule seconde à ce qu'il voyait.