Vieille croyance
Chapitre 02 : Le réveil
Le lendemain, en fin de matinée, le médecin frappa à la porte du cottage. C'est Grey qui ouvrit, son père travaillant dans l'atelier attenant.
Une femme plus âgée aux cheveux roses accompagnait le jeune docteur. Une personne que le mage ne connaissait pas. Plus discrète, un autre d'une trentaine d'années aux longs cheveux dorés les accompagnait. L'hirsute la reconnaissait, il s'agissait de la femme de Zeref, Mavis Dragneel.
« Bonjour Grey, je suis venu voir comment va la jeune fille que ton père a trouvé hier. Et voilà une collègue, Polyussica. Elle va m'aider à poser un diagnostique plus précis. » expliqua-t-il.
« Entrez. Je vais chercher mon père. » déclara-t-il d'une voix morne.
Quelques minutes plus tard, Silver arriva, sans son fils. Après de rapides salutations, il les mena à l'étage, dans la pièce où il avait placé la bleue. Mavis et lui restèrent à l'écart, tandis que les deux professionnels discutaient après que la rose l'ai examiné. Selon elle, le métabolisme de cette personne nécessitait un peu plus de temps pour récupérer. Toujours d'après elle, l'inconsciente présentait quelques soucis de maîtrise de sa magie, bien qu'étant inconsciente, Polyussica pouvait sentir un filet de magie s'échapper continuellement du corps de cette grande enfant, ce qui risquait de lui causer du tord par la suite. Etait-ce un trop plein comme cela arrive parfois, suite à une blessure, une maladie ou un véritable problème de maîtrise, pour le moment, elle n'avait pas encore de certitudes à ce sujet.
« Je vous conseil vivement de lui mettre trouver un objet inhibiteur de magie. » insista-t-elle avant de reprendre, « Pour ce qui est de son réveil, n'attendez rien avant la fin de la semaine. Elle est très faible. Même une fois réveillée, elle aura besoin de beaucoup de repos. » ajouta-t-elle à l'adresse du sauveur.
« Silver, si tu n'y vois pas d'inconvénient, j'aimerai lui faire une prise de sang, ce n'est pas normal que sa magie s'échappe ainsi de son corps. Nous pensons que c'est ce qui fait qu'elle a besoin de tant de temps pour se réveiller. » ajouta le brun à la houppette.
Le sculpteur accepta, tandis que la dernière femme lui expliquait qu'elle viendrait s'occuper de cette pauvre petite. La laver, la changer, la nourrir, etc. Une sorte d'infirmière.
Polyussica tourna un moment autour du corps, exprimant finalement un diagnostique similaire à son confrère. Le maître des lieux les invita alors à prendre un café pour parler de cette histoire. C'était une drôle d'histoire, et pour les deux médecins, la première fois qu'ils examinaient une élémentaire primaire.
« Je te donnerais plus d'infos quand on aura analyser son sang. » déclara Zeref, « En dehors de nous, personne n'est au courant de sa véritable nature. Il vaudrait mieux éviter de l'ébruiter, même au village. »
« Je suis d'accord. Grey n'est pas au courant, donc ça restera entre nous. » acquiesça Silver, suivit des deux femmes.
Une semaine entière s'écoula. La bleue ne s'était toujours pas réveillée, l'espoir qu'elle y parvienne s'amenuisait au fil du temps. Dans le doute, on lui avait mit un bracelet qui l'empêchait de faire usage de ses pouvoirs, du moins, d'une grande partie de ceux-ci.
Tandis que Silver travaillait le bois dans son atelier, accompagné de son fils, Mavis restait au chevet de cette demoiselle, caressant doucement sa main la moins abîmée. Elle se demandait ce qui avait pu la mener jusqu'ici et d'où elle pouvait bien venir. Jusqu'à ce qu'elle trésaille. Un frémissement sortit l'infirmière de ses pensées. La respiration de l'inconnue s'était faite plus forte, plus profonde, sa main avait faiblement prise celle la blonde.
« Calme-toi, calme-toi, tout vas bien, jeune fille. » commença Mavis, « Tu es blessée, tu ne peux pas bouger pour le moment. »
D'une voix douce, elle apaisa la demoiselle, prenant son temps pour lui expliquer où elle se trouvait et pourquoi elle ne pouvait plus bouger. Malgré tout, elle semblait apeurée et ne parlait pas. Son corps tremblait, visiblement, elle ne semblait pas tout comprendre.
Attentionnée, la blonde lui donna à boire et lui expliqua qu'elle devait s'absenter quelques minutes pour lui présenter des gens et lui donner de quoi manger, mais la bleue tenait fermement sa main, elle ne voulait pas être seule. Heureusement, avec un peu de patience et quelques paroles, amadouer cette jeune fille ne fut pas trop complexe et Mavis quitta la pièce.
« Silver, Grey ! Elle est réveillée ! » cria-t-elle à travers la cours qui séparait la maison de l'atelier tandis qu'elle courrait pour leur annoncer la nouvelle.
Quelques minutes plus tard, tous les trois rejoignirent l'adolescente, Mavis entrant la première. Elle s'installa près de sa petite protégée et lui expliqua que la maison dans laquelle elle se trouvait appartenait aux hommes qui allaient arriver. A ces mots, elle s'agita à nouveau, surprenant la blonde. Visiblement, elle avait peur des autres, et plus particulièrement des personnes du sexe opposé.
« Ne t'inquiète pas, ils sont très gentils, c'est d'ailleurs Silver qui t'a sauvé, tu sais ? » tenta-t-elle, « Et il y a son fils, Grey, qui habite ici. Il a ton âge à peu près. Je suis sûre qu'ils sont aussi anxieux que toi de faire ta connaissance, alors tu n'as pas à avoir peur. En plus, ce sont des mages, comme toi ! » s'enthousiasma-t-elle, essayant de l'encourager.
Après un moment d'hésitation, la jeune fille accepta qu'ils entrent dans la pièce, se cachant comme elle le pouvait derrière la blonde. Le fait de ne rien voir et de ne pas bouger l'angoissait beaucoup, elle se sentait tellement vulnérable…
« Bonjour, « miss », je m'appelle Silver. C'est moi qui t'ai trouvé. Ne t'inquiète pas, tu es en sécurité ici. » salua le plus âgé, « Et voilà mon fils, Grey. »
« Salut. »
Dépité, son père lui donna un coup de coude, l'invitant à dire quelque chose de plus accueillant, mais il se contenta de s'en aller.
« Décidément, ce gamin n'en fait qu'à sa tête… » marmonna-t-il, « Excuse-le, il n'est pas très bavard. »
« … »
« Elle ne parle pas ? » demanda-t-il son amie.
« J'en ai bien l'impression. Elle a essayé, mais aucun son n'est sortit. On en saura peut-être plus quand Zeref l'aura vu, demain. » répondit-elle, « Tu peux rester avec elle ? Je vais aller lui préparer un bon repas. La pauvre doit être affamée. »
Les pas de la petite dame s'éloignaient, tandis que ceux du maître des lieux approchaient du lit. S'asseyant à côté de la miss, il commença à lui poser quelques questions, mais elle ne semblait pas tout comprendre.
« Tu as un nom ? »
Elle hocha la tête, et de sa main valide, elle désigna l'inscription qui se trouvait à l'arrière de sa tête, soulevant les très courts cheveux qu'il lui restait. Elle s'étonna d'ailleurs de ne plus avoir ses longueurs, les cherchant partout.
« Mavis a coupé tes cheveux pour les égaliser je crois. Et parce qu'elle ne parvenait plus à les démêler aussi je crois. » s'étonna-t-il avant de comprendre ce qu'elle cherchait, « Donc, ton nom c'est JBA machin ? »
Nouveau hochement, mais négatif. Tâtonnant, elle cherchait visiblement un support pour écrire. Proposant sa main, la demoiselle s'en empara et commença à tracer des lettres. J, U, B, I, A.
« Tu t'appelles Jubia ? » répéta Silver.
A sa réaction, il ne s'était pas trompé, constatant au passage qu'elle savait visiblement écrire.
« Et quel âge as-tu ? »
A nouveau, elle traça dans la main du sculpteur. Seize ans. Mais quand il lui demanda si elle avait de la famille et d'où elle venait, l'adolescente ne sembla pas comprendre le sens de ces questions. Puis elle pointa le doigt vers lui, souhaitant en apprendre plus sur lui également.
Peu habitué à l'exercice, Silver avoua avoir bientôt 40 ans, qu'il avait 2 enfants et que sa femme était décédée plusieurs années plus tôt. Malgré ces infos, Jubia semblait se poser bien des questions, et l'homme se demandait si elle avait tout comprit. Heureusement, Mavis arriva dans le même temps avec de quoi manger.
Une semaine passa. Jubia se montrait moins peureuse avec les personnes de la maison ainsi qu'avec Mavis, bien qu'elle émettait des réserves avec Grey, qu'elle n'avait vu qu'une ou deux fois depuis les présentations et qu'elle sursautait encore souvent au moindre bruit.
Mais elle s'en fichait, aujourd'hui, on lui avait annoncé qu'elle pourrait à nouveau voir, et elle attendait ça avec impatience. Elle voulait voir le visage des ces personnes avec qui elle « parlait » tous les jours, cet endroit à l'odeur un peu poussiéreuse mais où elle se sentait plutôt bien. Et puis il y avait tous ces étranges bruits qu'elle ne connaissait pas et dont elle voulait connaître la source.
Depuis son réveil, elle ne cessait de se reposer, manger et se reposer encore. Cette impression d'être enfermé dans son propre corps, sans pouvoir se mouvoir, était vraiment horrible. Malgré sa faiblesse, elle voulait bouger, marcher, courir, et surtout, nager. Mais sa petite infirmière lui avait expliqué que ce n'était pas possible pour le moment à cause des plâtres qui maintiennent ses membres droits.
« Si tu veux guérir vite, il faut bien manger, te reposer et surtout, ne pas faire d'efforts tant qu'on ne te les as pas retirer. » avait expliqué la blonde, « Après, il te faudra encore un peu de temps pour faire certaines choses correctement, mais tu pourras toujours sortir marcher ! Et à défaut de nager dans une grande piscine, tu pourras toujours prendre des bains. » avait-t-elle ajouter avec un sourire que Jubia pouvait sentir.
C'était drôle. Selon la personne avec laquelle elle parlait, Jubia pouvait sentir la joie de vivre, l'inquiétude et toute une pléiade d'émotions qu'elle avait parfois du mal à identifier. Il n'y avait que ce fameux Grey, qu'elle ne voyait presque pas, dont elle ne parvenait pas bien à saisir l'intonation. Est-ce qu'il lui en voulait ? Ou était-il de mauvaise humeur… tous les jours, enfin, quand il venait la voir ? Elle ne savait pas, mais comptait bien changer cela car maintenant, elle n'avait plus peur de lui.
En milieu de matinée, Zeref arriva. Il ne l'avait pas vu depuis qu'elle était éveillée et il lui fallut plusieurs minutes pour que Jubia comprenne bien qui il était et pourquoi il allait la toucher.
Il commença par retirer les bandages qui recouvraient ses yeux, expliquant il était possible qu'elle ne voit pas très bien avant plusieurs heures. Et il ne s'était pas trompé, elle était un peu déçu, mais il fallait se montrer patiente.
Ensuite, il ôta les pansements qu'elle avait autour de la tête, du cou et de son bras valide.
C'est avec un grand sourire qu'elle observait la pièce et les gens qui l'entouraient, bien que les images ne soient pas nettes.
« Dans combien de temps elle pourra se passer des plâtres ? » demanda Silver qui patientait près de la porte.
« Ces deux-là, dans 2 semaines si tout se passe bien, et le dernier, dans un mois. »
« Ca risque de lui sembler long. Il va falloir l'occuper… » commenta la blonde, « Puisqu'elle semble avoir quelques lacunes dans pas mal de domaines, je pourrais lui apporter des livres et lui apprendre certaines choses, comme… la couture, la cuisine.. »
« C'est une bonne idée. Ca t'occupera aussi. » sourit le médecin, narquois.
Mavis se contenta de faire une moue d'indifférence, tandis que son mari examinait les yeux de la bleue, qui ne semblait pas vraiment apprécier la lumière vive de la lampe et les mouvements répété du flux lumineux.
« Je sais que ce n'est pas agréable, mais il faut que je regarde. »
« Moi je trouve qu'elle a de jolis yeux. » commenta l'infirmière, rejointe par son ami le sculpteur.
Tout allait pour le mieux, ses yeux étaient en parfait état. Sa vision floue était simplement dû à des muscles un peu endoloris à force de ne pas fonctionner.
Profitant d'être un peu tranquille pendant que les trois autres discutaient, elle touchait tout ce qui lui passait sous la main, mais c'était ces grosses choses blanches qui l'intriguaient, ses plâtres. Elle les avait touchés toute la semaine, mais ça restait une chose curieuse à ses yeux. C'était gros, rugueux et dur. Et ça lui donnait chaud. C'est d'ailleurs en examinant son environnement qu'elle remarqua une drôle de chose à son poignet. De couleur marron et extrêmement fin, il s'agissait d'un bracelet. Elle ne parvenait pas à distinguer correctement, mais il y avait une sorte de petit disque argenté au milieu du cordon.
« On vas partir plus tôt aujourd'hui, j'ai des choses à faire pour demain. Repose-toi bien ! » salua Mavis avant de quitter la pièce avec les deux autres.
Ce soir-là, c'est Silver qui lui donna à manger. Bizarrement, cela lui rappelait de vieux souvenirs. Des souvenirs de ses enfants quand ils étaient tous petits.
Fin du chapitre 02
