NDA : Les références à la Mythologie (et dans une moindre mesure à la Littérature, mais comment écrire sans faire de références à la Littérature?) et plus généralement à la culture greco-latine sont un pastiche de la recréation d'univers de JK. Rowling, qui à partir d'un folklore globalement anglo-saxon (en ce qui concerne Poudlard) forme son imaginaire. Pour une école française, il fallait déplacer ces références culturelles. De même, le but n'était pas de créer une copie de Poudlard mais de la transposer avec des couleurs différentes, un esprit plus français qui tranche à de nombreux égards (en bien et en mal) avec l'école anglaise. D'où une certaine rigidité, plus ou moins acceptée par les narrateurs (but no spoil :D).
En ce qui concerne les Maisons, il n'y en a que trois, elles ne sont pas non plus des équivalents exacts de celles de Poudlard mais on peut évidemment retrouver divers aspects de chacune. Et n'oubliez pas que chaque narrateur a un point de vue différent qui peut être biaisé quand il définit les autres maisons ou la sienne! Bonne suite :)

Chapitre 1, Partie 2: Jules

Il lui fit la bise et ramassa ses affaires, tout en prenant des nouvelles de son été. Leurs personnalités semblaient être assez opposées –elle étant réservée, dans son monde avec sa sale bête d'oie, tandis que lui ne tenait pas en place, plein d'entrain, sans toujours réfléchir aux conséquences – et pourtant ils avaient une indéniable affinité, notamment par leur passion pour la botanique, mais aussi par leur curiosité insatiable.
C'était le genre de personne qui embaumait le monde par son parfum discret, et il en connaissait trop la rareté pour ne pas ressentir pour elle une profonde affection. Il lui proposa de faire le chemin jusqu'au palais dans le même carrosse que Charlotte et lui, ce qu'elle accepta avec son caractéristique sourire de gratitude.

La foule d'élèves se pressait fort autour d'eux la stature de Jules lui permettait de ne pas en être trop incommodé mais il prit tout de même la peine de veiller à ce que Charlotte et Hortense ne se fassent pas trop écraser. Une fois la passerelle franchie, le flux se fit moins fort, les voyageurs et leurs valises se déversant sur les quais de bois blanc du village de Chanstelune en direction de la place principale où les attendraient les voitures attelées de l'Académie. Jules invita ses camarades de maison à se mettre sur le côté pour attendre trois autres amis qui devaient les rejoindre pour le trajet. Les filles lâchèrent valises et cages et Charlotte s'assit tandis qu'Hortense regardait les vagues frapper contre la pâle jetée.

Jules scrutait les alentours dans l'espoir d'apercevoir parmi tous les jeunes gens ceux qu'il attendait, mais il ne voyait que les pittoresques maisons méditerranéennes de Chanstelune : les toits de tuile claire, les murs blancs, le pavage… Il reconstituait encore dans sa tête le reste de l'agglomération, ses tavernes –pour un sorcier d'origine moldue, ce mot semblait très antique, et pourtant c'était ainsi que ses congénères les nommaient-, ses boutiques aux milles et unes curiosités. On eût pu croire à un simple retour dans le passé des non-sorciers s'il n'y avait eu les guirlandes de lanternes aux couleurs changeantes, les balais qui nettoyaient seuls les pavages, les boutiques de potions et artefacts magiques : autant de souvenirs de ses trois premières années à Beauxbâtons qui lui revenaient en un instant.

« Jules ! »

Enfin, ils l'avaient repéré et s'avançaient vers lui en faisant de grands signes, tout sourire. Etant tous de la maison des Licornes, ils se connaissaient, bien qu'ils n'appartinssent pas à la même année : Marius commençait sa sixième année en tant qu'apprenti Gardien, Robin avait un an de moins, Auguste ainsi que les autres allaient entamer leur quatrième année. Après s'être salués, ils repartirent directement en direction du lieu de départ des carrosses. Hortense avait du mal à tirer sa valise du fait des pavés, et Marius se proposa pour la porter.

« Je pourrais faire un sort de lévitation, ne te dérange pas ! lui dit-elle poliment.

On est à deux rues, je peux bien les porter jusque-là, répondit-il avec un clin d'œil, Après tout, si je ne suis pas capable de porter de bêtes valises, je me demande comment je vais décrocher mon S.O.R.T. !, puis en voyant Jacqueline qui s'était réveillée et commençait à criailler il ajouta en perdant de sa verve, En revanche, tu peux porter la cage. »

La place principale de Chanstelune était trop élégante, trop classique, trop large pour être celle d'un village côtier du sud : le pavage y était très blanc, plus régulier des statues de marbre ornaient des parterres de fleurs impeccablement entretenus mais le plus remarquable était la fontaine, représentant deux dauphins jaillissant de l'écume encadrant une plaque où il était gravé en lettre d'or « CI COMENSCE LE DOMAYN DE BEAUXBATONS, Héritiaire émérite de l'Eschole de Brestanie Mineure », le tout sublimé par la nacre de perles qui se muaient sans cesse en suivant les flux aqueux, et qui jetaient à la lumière leurs reflets irisés.

Jules tenta de se rappeler l'histoire du village, de son annexion par l'Académie, mais il ne parvint qu'à se remémorer ses batailles de boulettes de papier avec Auguste durant la classe de M. Dupuits. Devant l'hôtel de ville, de grandes voitures défilaient tandis que sur le trottoir s'étirait la file des élèves attendant de monter. Ces véhicules, tirés par des palominos blancs, étaient au couleur de l'école, aux nuances bleues pâles et argentées, rehaussées d'or: les portières arboraient d'ailleurs le blason de l'Académie, deux mains tenant des baguettes croisées en en faisaient jaillir des étoiles et des arabesques, encadrées de deux fleurs de lys; entre les mains, l'initiale ouvragée de Beauxbâtons.

Une fois quinze élèves embarqués, les carrosses filaient à trot rapide le long de la voie pour se rendre jusqu'aux écuries de l'école, sur le plateau, par-delà le mur d'enceinte. Jules estima rapidement la durée qu'il leur faudrait avant de pouvoir accéder aux délicats marchepieds des voitures : trois quart d'heures environ. Ils étaient en effet parmi les derniers à arriver au lieu-dit et si un certain nombre de voitures était déjà en route pour le palais, il en restait encore une trentaine à charger d'élèves et de bagages…

Les regards des trois garçons se croisèrent avec le même sourire malicieux. Charlotte leva les yeux au ciel en marmonnant quelque chose comme « boys will be boys», tandis qu'Hortense ne remarqua rien. Elle ne remarquait pas ce genre de choses, le jeu de regard lui était étranger en fait, Jules était presque persuadé qu'elle l'évitait. Toujours est-il qu'empoignant leur baguette dans une main, leur valise dans l'autre, ils s'avancèrent vers la file d'un air déterminé. Marius brandit la sienne, les autres l'imitèrent et des flots de lumière mielleuse en jaillirent.

Les volutes scintillantes prirent des formes d'abeilles et foncèrent à travers les élèves, zigzaguant autour des cous, des mollets, frôlant les visages dans un vrombissement d'or. Si le spectacle était assez merveilleux en tant qu'observateur détaché, en être l'acteur forcé n'avait rien d'agréable. Ce fut le tumulte.

« On a notre créneau les enfants, rit le plus vieux en récupérant les valises et filant vers la tête de file. »

Les autres l'imitèrent à l'exception d'Hortense qui se contenta d'un sourire amusé et doucement réprobateur qui voulait dire « Il y en a qu'on ne change pas ». Le subterfuge allait marcher, la plupart des élèves étant trop préoccupé par les insectes mellifères factis pour prêter attention aux quatre garçons et à la fille qui couraient comme des voleurs.

Jules qui était le plus sportif –sûrement son éducation moldue- prit la tête malgré son chargement qui était plus lourd. Ils se glisseraient tous dans la masse un peu avant le lieu d'embarquement afin de ne pas être rabroué par Charles, le préposé aux carrosses, qui tentait de veiller tant bien que mal au bon fonctionnement des opérations. Tout d'un coup cependant, Jules sentit son pied accrocher quelque chose, et bien qu'il eût l'habileté en temps normal à se ressaisir d'un accroc, même en pleine course, il s'écroula violemment au sol à cause de ses bagages qu'il se prit dans le nez.

Une fraction de seconde, il pensa encore s'en tirer à bon compte, mais c'était oublier la troupe qui venait derrière. Ils valsèrent tête la première, malles en l'air, les uns sur les autres, dans un fracas à peine couvert par les cris de leurs camarades. Leurs lanceurs ayant perdu tout type de concentration, les abeilles se dissipèrent instantanément en une brume étincelante le calme revint le silence se fit.

L'incident avait duré une trentaine de secondes à peine. Un rire clair s'éleva parmi les protestations qui commençaient à s'élever des rangs des apprentis sorciers qui venaient de comprendre la cause de l'incident, et plus précisément qui en étaient la cause. Jules se sentait comme une personne qui vient de tomber dans les escaliers et son nez était de toute évidence en train de saigner, mais il avait encore assez de bon sens pour reconnaître qui venait de rire et qui lui avait fait ce croche-pied qui allait lui attirer bien des ennuis.

« Tu sais bien que tu me mets dans un sacré pétrin ma bonne Félicité ! Arriva-t-il à articuler en s'extrayant de la pile de gens et de valises, tout en massant sa mâchoire et essuyant son nez d'un mouvement de poignet.

Tu sais bien qu'il ne faut jouer avec le feu si on ne peut pas le gérer ! répartit la jeune fille. »