« Lili ! Demande à ton ange de refaire ses trucs !
-T'as entendu, Baekhyun ?
-Cinq sur cinq ! »
Aussitôt dit, aussitôt fait. Après que j'aie arrosé ses ailes avec le tuyau du jardin, avec lequel on avait été autorisés à jouer en cet après-midi de canicule, Baekhyun s'ébroua comme un chiot, nous éclaboussant au passage, ce qui fit scintiller un immense arc-en-ciel au-dessus de lui qui laissèrent mes cousins bouche bée.
Il y avait encore beaucoup de pouvoirs qu'il maîtrisait mal et dont il nous restait encore à explorer les possibilités. Mais parmi ceux-ci, nous avions appris que Baekhyun avait des affinités avec la lumière : il arrivait maintenant à faire briller ma chambre la nuit comme en plein jour alors que quelques mois après notre rencontre, la force de ses rayons n'allaient pas encore au-delà de celle d'une petite veilleuse. A présent, grâce à ses progrès, je pouvais épater mes cousins autant que je voulais. Ça ne semblait pas déranger Baekhyun, au contraire. Il était aussi très doué pour nous faire rire, en imitant ma maîtresse ou en nous imitant les uns les autres et ça le faisait lui-même beaucoup rire de nous entendre rire. Son visage s'illuminait alors de son sourire blanc en rectangle et ses yeux se plissaient en deux croissants malicieux. Maman m'a expliqué que, comme tous les anges, il adorait faire rire et se savoir utile. C'était sa nourriture.
A 10 ans, ses progrès en puissance me convenaient d'autant plus qu'ils faisaient enrager mon père qui voulait que je dorme la nuit. C'était ridicule, en pleines grandes vacances ! Je n'avais pas école ! Alors à la place, il m'emmenait, ou plutôt me traînait dans des musées et des églises classées monuments historiques (sans que Baekhyun m'aide à m'échapper évidemment, sûrement pour ne pas s'attirer les foudres de ma mère). Maman avait suggéré cette idée à papa pour que j'en apprenne plus sur les mythologies. Comme celui-ci ne rechignait jamais à l'idée de m'instruire sur tout et n'importe quoi, c'est ainsi que j'en appris plus malgré moi, au fil de ses explications interminables d'universitaire, sur les petits amours, sur les archanges, sur Dieu, sur le Diable, sur les anges messagers et les anges déchus. A la mention de ces derniers lors d'une de ces visites, j'aperçus Baekhyun frissonner à mes côtés et se couvrir de ses propres ailes, comme pour s'assurer qu'elles étaient encore là. Heureusement, le sourire que lui lança ma mère et sa main qui se resserra autour des deux nôtres sembla lui faire oublier aussitôt son angoisse. J'étais moi-même un peu rassurée comme sa peur m'avait mise mal à l'aise.
Comme je disais, il y avait des dons que Baekhyun ne contrôlait pas encore. Il ne savait toujours pas voler, par exemple. En revanche, en s'entraînant, on apprenait de plus en plus à faire certaines choses, comme communiquer entre nous sans parler, par le regard seulement. Il savait presque tout ce qui se passait dans ma tête et je pouvais deviner presque tout ce qu'il pensait rien qu'en observant les reflets du soleil dans ses yeux, ce qui était bien pratique quand je ne voulais pas que les parents écoutent nos conversations.
Et puis le soir, quand nous étions couchés, ou plutôt quand nous étions supposés être couchés, dans notre tente au beau milieu du jardin de mes grands-parents, Baekhyun nous racontait les histoires de toutes les constellations qu'on voyait dans la voûte étoilée au-dessus de nous : celle de Cassiopée, celle de la Petite Ourse, la Grande Ourse, le Dragon… Il en avait toujours une nouvelle chaque soir. Et même quand mes cousins n'étaient pas là, il les racontait juste pour moi. C'était vraiment des supers vacances et chaque année, j'espérais qu'elles ne se finissent jamais. Quand, le dernier soir des vacances, j'en parlais à Baekhyun en lui demandant encore une histoire, alors que je luttais contre le sommeil qui m'alourdissait les paupières, il me chuchotait en souriant, comme maman :
« Dors, ma Lili. On verra ça demain. »
