3.

Feydar Zon, l'Imperator de la Nouvelle Coalition Terrano-Illumidas, considéra de haut Sheytane la Générale Illumidas de ses troupes.

- Songer qu'asseoir son autorité sur presque toutes les galaxies des mondes libre unifiés d'avant aurait fini par éteindre toute once de rébellion, surtout au fil des années, gronda le grand Terrien, tout de noir vêtu, lunettes fumées sur le nez, arborant une tiare également sombre.

- Avec ce temps, justement, ces désireux de retrouver l'équilibre, ou plutôt l'anarchie d'avant, passeront de vie à trépas de façon naturelle, notre Enchanteresse nous accordant la vie éternelle ! objecta l'Illumidas au teint verdâtre, blonde, et aux prunelles grises.

- Je n'ai jamais appris à attendre ! rugit Feydar Zon. J'ai vendu mon âme à ton peuple il y a longtemps, j'ai éliminé vos maillons faibles pour ne garder que les meilleurs guerriers d'entre vous ! Heureusement, mes éléments Terriens renforcent la Coalition et ils nous permettent de maintenir notre autorité sur tous ces mondes !

Le Terrien alla à son bureau, se penchant sur un de ses ordinateurs.

- Nos trois ennemis irréductibles ne lâcheront donc jamais l'os qu'ils rongent depuis toutes ces années ? Ils ne comprendront donc jamais que nous leur serons supérieurs, en tout ?

- Ils sont de la vieille guerre, d'un autre temps, remarqua Sheytane. Ils se battront comme des bourrins, comme depuis toujours, jusqu'à ce que mon Apocalypse les dégomme, aujourd'hui ou demain !

De la tête, Feydar approuva les propos de sa belle Générale. Le Terrien se saisit d'un stylo lumineux pour désigner des points sur un des grands écrans des murs de son bureau.

- Eméraldas, la capitaine du Queen. Warius Zéro, le commandant du Karyu. Et Albator avec son Arcadia. Ils sont les symboles auxquels se raccrochent ces poches de révoltés. Je commence à en avoir sérieusement assez !

- J'ai déjà essayé quelques stratégies, glissa Sheytane.

- Et elles ne suffisent pas, elles n'ont pas réussi ! siffla Feydar Zon.

Derrière les verres de lunette, le regard de ce dernier fulmina, lançant des éclairs.

- Le plus dangereux est ce défiguré Pirate qu'aucun de nous n'ignore être Emerik Khérendorff - peut-être que le raid d'Ezra fut une erreur en éliminant sa famille, mais bon cela pouvait soit le mettre en rage, soit le mener à la folie. Bien que je pense que tout en ce Pirate n'est que folie en voulant envers et contre tout nous mener la vie dure, sur les quelques points où il peut réussir ses misérables escarmouches ! J'en ai sérieusement marre ! Si tu ne peux alpaguer ces trois électrons libres qui bien que moucherons me gonflent prodigieusement, essaye à présent d'en finir avec le plus agressif d'entre eux : Albator, puisqu'il se fait désormais appeler ainsi!

- A tes ordres, Imperator.

La Générale inclina positivement la tête, claquant des talons, avant de se retirer.


Alors qu'il était en escale près d'un lac pour y ravitailler en eau, les scans de l'Arcadia avaient repéré trois véhicules tout-terrain en approche.

Un couple d'âge mûr était descendu du premier et avait demandé à parler au plus recherché des opposants à la Coalition.

Face à un Pirate borgne et balafré, tout de noir vêtu, drapé dans une longue cape doublée de rouge, ils étaient d'abord demeurés silencieux. Aussi blonde que son capitaine était sombre, ce fut une jeune femme en combinaison rose qui parla la première.

- Votre teint, vous n'êtes pas natifs de cette planète, remarqua-t-elle.

- Nous sommes originaires de Goha. Nous y avions notre famille.

- Je sais, les Illumidas viennent d'y faire un raid, déclara alors Albator. Je suis désolé.

- Moins que nous ! siffla son interlocuteur aux cheveux blancs. Pouvez-vous nous expliquer comment une copie presque conforme que vous a pu mener les troupes Illumidas à ce massacre.

- Comment cela ? tressaillit le grand Pirate balafré.

- Voyez ! fit encore l'homme en lui tendant une tablette. Il s'agit de la nouvelle âme damnée de l'Impérator, il commande le Deathclaw et se fait appeler Alvernon !


Reparti en catastrophe, l'Arcadia fonçait à travers l'espace.

Retranché dans ses appartements qui se trouvaient dans l'antique château arrière en bois qui faisait office de poupe au cuirassé vert, Albator ruminait en boucle.

« Alvernon, même si quinze ans se sont écoulés, je ne pouvais que te reconnaître ! Tu n'as plus rien de l'enfant souffreteux, que du contraire ! Et tu t'es mis à la solde des Illumidas ! Mais la première question qui se pose, comment peux-tu être en vie ? Warius, tu as des comptes à rendre ! ».