Cette vision m'a terrifiée.
Lorsqu'il rentre à la maison, Ron comprend tout de suite que quelque chose ne va pas. Je tente de sourire et de justifier mon humeur par la dure journée de travail que j'ai subi pour ne pas qu'il se fasse trop de soucis. Je vais ensuite rapidement me coucher pendant qu'il lit la Gazette des Sorciers.
Et ça recommence…
A peine me suis-je endormie que mon cauchemar revient. Bellatrix qui me torture à coup de doloris, qui me taillade le bras des mots « sang de bourbe », et le regard insistant de Drago… Cette fois-ci, il porte une grande cape noire, et seuls ses yeux bleus transparaissent de sa capuche. Il me regarde l'air mauvais et grogne à la manière d'une bête tandis que Bellatrix s'esclaffe. J'ai l'étrange impression qu'il essaye de me dire quelque chose, mais aucun son articulé ne sort de sa bouche, à la place il grogne de plus en plus fort et parvient presque à recouvrir mes cris.
Une voix s'élève alors de nulle part et susurre mon prénom. Est-ce Drago qui me parle ? Bellatrix ? La voix reprend de plus belle, et je sens une main étrangère sur mon épaule. Complétement paniquée, j'étouffe un cri et me réveille.
Je halète et tente de reprendre mon souffle, lorsque je vois se poser sur moi le regard de mon mari.
« Hermione, tout va bien ? Tu n'arrêtais pas de gémir… » me demande Ron.
J'essaye de me calmer et d'avoir l'air sereine.
« Oui j'ai juste fait un cauchemar, rien de grave ! Rendors-toi. »
« Tu es sure ? » insiste-t-il, l'air sincèrement inquiet.
J'aimerais tant pouvoir lui dire tout ce que je ressens, mes peurs, mes colères… Mais ce serait égoïste. Je ne peux pas lui faire ça, je ne peux pas lui parler de choses qui pourraient lui faire repenser à son frère. A la place, j'acquiesce en souriant et lui dit qu'il peut aller se recoucher.
Pendant une semaine entière, j'ai fait des cauchemars de plus en plus étranges avec toujours le même élément perturbateur : Drago Malefoy, l'homme-bête enragé. Cela faisait longtemps que je n'avais pas fait autant de cauchemars… Le plus bizarre dans tout ça, c'est qu'à chaque fois j'avais l'impression qu'il voulait me dire quelque chose, ou me montrer quelque chose, mais il ne bougeait jamais et se contentait de grogner pendant que moi je souffrais.
Ron voit bien que je dors mal mais je le tiens éloigné de tout ça, justifiant mon stress par une affaire importante au ministère. Il n'a cessé de me conseiller de prendre des potions pour un sommeil sans rêves, mais je n'en ai pas envie.
Ces rêves ont beau me terrifier, ils m'intriguent également. Sans trop savoir pourquoi, j'ai envie de découvrir ce que Malefoy veut me dire ou me montrer. Peut-être qu'il essaye de m'expliquer pourquoi il n'a pas réagi, pourquoi il m'a laissé souffrir, pourquoi je le dégoute autant…
Peut-être qu'il veut simplement me dire qu'il m'a toujours détestée autant que moi je le déteste, et qu'il est ravi de savoir que même s'il ne peut plus gâcher mes journées, il continue de me pourrir la vie pendant la nuit.
Enfin, dire qu'il ne me hante que la nuit est peut-être un peu présomptueux… Pendant toute la semaine, je n'ai pas arrêté de penser à lui ; il m'obsède. Avant de le rencontrer dans cette rue, ma vie était pratiquement retournée à la normale, mais désormais je repense sans arrêt à la guerre, et bien évidemment à Malefoy.
Je me demande ce qu'il fait aujourd'hui, ce qu'il faisait dans cette rue, s'il a bien eu ce qu'il méritait, s'il souffre, si sa vie a été autant gâchée que la mienne, si c'était vraiment lui... Je me passe en boucle dans la tête tous les pires supplices qu'il mériterait de subir. Je le vois crier, pleurer, me supplier, sans que je ne fasse rien pour l'aider… Mais ça ne me suffit pas.
J'ai besoin de savoir, besoin de comprendre.
Six jours après l'avoir revu pour la première fois depuis des années, je finis par prendre une décision. Je prends une potion pour un sommeil sans rêves, au grand soulagement de Ron, et mets mon réveil pour 5h45, l'heure à laquelle je m'étais réveillée en sursaut une semaine plus tôt. Le lendemain, je me réveille en entendant la sonnerie. J'explique à un Ron encore engourdi par le sommeil que je dois aller faire des courses, et je me lève déterminée tandis que lui se rendort.
Je me précipite alors vers la boutique qui m'intéresse, Fleury et Bott, et cherche un lieu pour me cacher. Ainsi, j'attends au coin d'une ruelle que quelque chose se passe : de là où je suis je peux guetter toute entrée et toute sortie de la librairie, sans que les gens qui s'y trouvent ne puissent me voir. Je regarde ma montre, il est bientôt 6h15, quinze minutes avant l'heure où je m'y étais trouvée une semaine auparavant. Je fixe la librairie le corps tremblant. Je sais que ce que je fais est stupide mais je ne peux m'en empêcher, j'ai envie de le revoir, j'ai besoin de le revoir. Il faut que je sache s'il souffre.
Tout en regardant fixement le magasin, je sens les regards étonnés des gens qui passent dans la ruelle, mais je les ignore. Seule m'importe la librairie. Les minutes qui passent me paraissent éternelles et j'ai plusieurs fois l'envie de m'en aller, sentant bien que tout cela est ridicule, mais je ne m'y résous pas. Une force plus grande me retient, une sorte de curiosité malsaine... Et soudain, il apparait.
Sortant du magasin à 6h30 précise, comme la semaine dernière, l'homme à la cape et capuche noires s'avance tête baissée. Il s'éloigne rapidement et personne à part moi ne semble y faire attention. Sans réfléchir davantage, je le suis le plus discrètement possible. Il faut que je sois sure qu'il s'agisse bel et bien de Drago Malefoy. De nouveau, il se dirige vers l'Allée des Embrumes, rien d'étonnant à ce qu'un type comme lui s'y promène…
Sans aucune hésitation, il entre dans une boutique insalubre dont le nom est noté en lettres dorées sur une pancarte : « Or heure et terre heure ». Je me rapproche des vitrines et m'accroupis pour ne pas qu'il me voit. Dans la boutique se trouvent des tas et des tas d'horloges et de montres de toutes formes et de tous matériaux. Je ne peux toujours pas bien voir l'homme qui me présente son dos. Il a cette fois-ci la tête relevée mais toujours cachée par sa capuche. Il parle à la vieille vendeuse qui lui fait un sourire forcé digne de ceux des pires sorcières des dessins animés moldus.
Ne voulant pas perdre une seconde de plus de la conversation, je sors une paire d'oreilles à rallonge que j'avais prise avec moi au cas où. Je la colle au mur et tente de comprendre de quoi ils parlent.
« Désolée Monsieur mais nous ne pouvons rien vous donner pour cet objet. » dit la vendeuse d'une voix doucereuse en posant un objet que je ne peux pas distinguer sur le comptoir.
« Vous êtes sure ? Vous avez bien regardé ? Je suis certain que ça a plus de valeur que tous vos produits réunis ! » répliqua l'homme d'une voix rugueuse, comme s' il n'avait pas l'habitude de s'exprimer. Etait-ce la voix de Malefoy ?
« Pour qui me prenez-vous petit impertinent… Croyez-vous que je sois assez naïve pour aider un Malefoy ? Ce serait le meilleur moyen de me mettre le ministère à dos ! Je ne veux rien avoir à faire avec vous, sortez d'ici. »
Mes yeux s'agrandissent à ces mots, il s'agit donc bien de Malefoy, j'avais raison ! Mais dans l'immédiat, la seule chose à laquelle je pense est de partir le plus vite possible pour ne pas me faire repérer. Pour cela, je me précipite dans la boutique d'à côté sans regarder de quoi il s'agit.
En entrant, je vois une dizaine de sorciers d'une cinquantaine d'année assis à une table de poker qui me regardent étrangement. Ne sachant pas trop quoi dire, je leur explique que je me suis perdue et que je cherche le Chemin de Traverse. Ils se regardent tous avant d'éclater de rire tandis que je jette des coups d'œil furtifs par la vitre. Je vois alors Malefoy sorti du magasin qui marche dans la direction opposée. Je laisse échapper un soupir de soulagement : il ne semble pas m'avoir vue.
« Eh ma chérie, si tu veux on peut t'y emmener au Chemin de Traverse, ce serait avec plaisir ! » me dit un homme saoul, le regard vicieux.
Il me dégoute, ce lieu me dégoute, ce monde me dégoute. Comment peut-on laisser des hommes aussi mauvais en liberté ? Laisser des hommes comme eux, et comme Malefoy, vivre paisiblement ?
« Sans façon, répliqué-je, de toute façon j'ai retrouvé mon chemin. »
Sans un mot de plus, je sors de la boutique et transplane jusqu'au ministère. Maintenant que j'y suis allée et que je l'ai vu, il faut que j'arrête d'y penser. Oui, Malefoy continue à vivre comme moi et comme tous les autres sorciers qui n'ont pas péri à la guerre, il n'y a rien d'étonnant à ça. Oui, je le déteste plus que tout et le tiens pour responsable de mon traumatisme, mais je ne dois pas le laisser m'obséder, sans quoi je le laisse gagner.
Je souris tout de même à l'idée que même une femme de l'Allée des Embrumes puisse ne pas lui donner ce qu'il veut… Bien fait pour toi Malefoy, tu ne mérites pas d'être satisfait. Je repense à ses mots « Je suis certain que ça a plus de valeur que tous vos objets réunis », toujours aussi orgueilleux, toujours aussi suffisant… Il mérite qu'on lui en fasse baver.
C'est ainsi l'esprit tranquille que je débute ma journée. Il est hors de question que je pense à lui aujourd'hui. Il est hors de question que je me pose des questions sur la conversation qu'il a eu avec la vendeuse. Il est hors de question que je souffre encore inutilement.
La fin de la semaine s'est passée sans trop d'embuches. J'ai repris de la potion pour un sommeil sans rêves tous les soirs, même si d'habitude je déteste recourir à ce genre de méthode, de peur de devenir accro. Le samedi, nous avons été à un diner de famille chez les Weasley, et j'ai fait de mon mieux pour me concentrer sur les conversations afin de ne pas repenser à Malefoy.
Je faisais tout pour passer à autre chose. A chaque fois que ça me revenait à l'esprit, je m'efforçais à repenser à mon travail, au diner que je pourrais faire à Ron, ou bien au livre que je lirais le soir. Tout était bon pour me distraire. Je me disais que de toute façon, je n'aurais plus jamais l'occasion de le croiser vu que je n'avais aucune raison de faire mes courses le mercredi matin.
Toutefois, plus on approchait du mercredi, et plus je percevais un sentiment de malaise monter en moi. J'étais obsédée par toutes les montres et les horloges que je voyais, me demandant si elles venaient d'Or heure et terre heure, et je ne cessais de repenser à l'objet que voulait revendre Malefoy… Avait-il besoin d'argent ? Etait-ce un objet de magie noire dont il devait absolument se débarrasser pour ne pas se faire repérer ?
Et puis je me suis aussi demandé pourquoi je l'avais retrouvé les deux fois chez Fleury et Bott. Malefoy se serait-il mis à la lecture ? Je ne peux m'empêcher de ricaner à cette idée.
J'ai passé le mardi tout entier à penser à lui, ma volonté n'étant plus assez forte. Il fallait que je le revoie, encore une fois. Maintenant que je savais comment les gens se comportaient avec lui dans l'Allée des Embrumes, j'avais besoin de savoir s'il était également mal reçu au Chemin des Traverses. J'avais besoin de savoir si on lui faisait bien regretter l'idée d'être sorti de chez lui, si les gens ne se gênaient pas pour lui montrer leur haine. A la fin de la journée j'étais résignée. Je retournerais le voir le lendemain, et je me tiendrais même dans Fleury et Bott pour voir comment il se comporte, mais pour cela, j'allais avoir besoin de l'aide de Ginny.
En rentrant du travail, je passe donc chez les Potter. Heureusement, Harry n'est pas encore rentré. Ginny est ravie de me voir et quand je lui explique que j'aurai besoin de la cape d'invisibilité pour une enquête personnelle, elle semble toute excitée.
« Raconte-moi tout ! Tu suis quelqu'un ? Un criminel ? Tu comptes faire quelque chose d'illégal ? Je peux venir avec toi ? » me demande-t-elle avec une cucuriosité non dissimulée, ce qui ne peut que me faire sourire.
« Oui à ta première question, et non à toutes les autres. C'est une affaire personnelle, je te raconterai quand ce sera terminé si tu veux, mais pour l'instant je préfère garder ça secret… »
Elle me fait signe d'un hochement de tête qu'elle comprend, et me dit qu'elle patientera pour savoir. Je sais qu'au fond d'elle, elle meurt d'envie que je lui dise maintenant, mais je ne peux pas lui en parler. Comme pour Ron, cela ne pourrait lui faire que du mal de repenser à la guerre et je ne veux pas non plus qu'elle s'inquiète pour moi.
Sans plus de cérémonie, elle part dans sa chambre, fouille pendant quelques minutes et ressort l'air victorieuse en serrant sa main droite dans le vide.
« Il y a plus facile à trouver qu'une cape d'invisibilité, crois-moi ! Mais ce qui est pratique, c'est qu'Harry aura du mal à se rendre compte qu'elle a disparu, et si vraiment il la cherche, je pourrai de nouveau l'accuser de ne pas bien ranger ses affaires ! »
Elle rigole à cette idée, ce qui me fait sourire encore plus.
« Tu me la rapportes le plus tôt possible ? » ajoute-t-elle.
« Dès demain normalement ! Merci beaucoup Ginny, je savais que je pourrais compter sur toi… Et surtout, je tiens à ce que tu gardes ça secret. Pas un mot à Ron, d'accord ? »
« Compte sur moi ! Mais par contre ne t'attends pas à ce que je te laisse tranquille indéfiniment, si tu ne me révèles pas toi-même qui tu as suivi, je finirai par te faire cracher le morceau ! » me dit-elle d'un ton de défi.
C'est le sourire aux lèvres que je repars, et la cape d'invisibilité dans la main. Demain matin, je retourne voir Drago Malefoy et j'évalue sa souffrance. Si je vois qu'on se comporte mal avec lui et qu'il réagit violemment, je suis bien décidée à le haïr encore plus, à me réjouir de sa peine, et à l'oublier définitivement.
Oui, tout cela me semble parfait.
Voilà voilà, l'action s'installe petit à petit : Malefoy fait des choses étranges, Hermione commence à se laisser aller et à tenir des secrets…
Merci à ceux qui suivent mon histoire, qui l'ont mis en favoris, ou qui ont laissé une review ! Ça me fait super plaisir (surtout que mon prologue était assez court), et je sais qu'il ne se passe toujours pas grand-chose mais c'est nécessaire pour que l'histoire se mette en place.
N'hésitez pas à me laisser une review pour me partager votre avis sur ce chapitre ou vos théories sur ce que peut bien faire Drago les mercredis matin à Fleury et Bott, ou bien sur son passage à la boutique de l'Allée des embrumes !
A bientôt !
