Merci à toutes pour vos reviews encourageantes

En écrivant la description de certains lieux, j'avais bien davantage en tête les paysages que je connais à la Réunion que les quelques photos que j'ai pu trouver sur le Japon ! (Delsey, je vois Kofu comme un Cilaos japonais ! XD)

3615 My Life, je m'arrête là !

Très rapidement, les cinq musiciens décidèrent de partir tous ensemble loin de Tokyo, vers l'intérieur du pays où l'air était meilleur avec l'altitude et le paysage plus verdoyant. Ils espéraient trouver là-haut une station thermale ou un endroit agréable pour pique-niquer, quitte à rentrer tard dans la nuit chez Yoshiki.

Ce n'était pas leur première ballade tous ensemble ainsi mais les fois précédentes avaient été quelque peu gâchées par le fait qu'ils avaient dû toujours s'entasser dans une voiture peu confortable pour les longs trajets. Prévoyant, Yoshiki s'était offert un mini-van de huit places, idéal pour ces sorties collectives. Ils partirent sans rien d'autre que quelques pulls, préférant acheter à manger dans l'une des petites villes du centre.

Ils prévoyèrent de se passer le volant à tour de rôle mais Yoshiki s'installa le premier à la place du conducteur. Toshi, comme d'habitude, s'assit à ses côtés ce qui crispa quelque peu le batteur. Les mots qu'il avait échangés avec Toshi depuis la veille pouvaient se compter sur les dix doigts et il ne savait plus du tout comment se comporter avec lui. Pour ne rien arranger, ce que hide lui avait dit l'avait mis dans un tel trouble qu'il n'osait même plus regarder son meilleur ami dans les yeux.

hide s'assit exprès juste derrière eux pour voir un peu comment ils allaient se comporter et tenter de lancer la conversation si besoin était. Heath, les écouteurs sur les oreilles, attendait le départ tandis que Pata profitait du fait qu'il avait la troisième banquette pour lui tout seul pour s'étaler le plus possible, tout disposé à faire un petit somme si la route était trop longue.

Ils partirent. Si Yoshiki avait fait plus attention, il aurait remarqué les yeux tristes de Toshi qui lui lançaient des regards discrets. hide, fin observateur, n'en manqua pas une miette et se mordit les lèvres d'agacement et d'inquiétude devant ses deux amis si liés qui semblaient soudain totalement bloqués l'un par l'autre. Si cela continuait, Yoshiki finirait sûrement par perdre Toshi mais ce serait faute d'avoir parlé plutôt que d'avoir essayé de vivre un amour avec lui. Et foi de hide, jamais cela n'arriverait ! Pour débloquer l'ambiance, hide utilisa sa technique préférée : faire l'imbécile !

Il se pencha entre les deux sièges avant pour allumer la radio du bout du doigt en s'écriant :

- Mais c'est mort ici ! J'espère qu'il y a un truc bien à la radio !

Il ne fut pas déçu d'entendre du AC/DC et commença aussitôt à brailler de sa voix nasillarde :

- I'm on a HIIIIIIIGHWAY TO HELL !!

- hide si tu continues ça, c'est pas une pluie, c'est un typhon qui va s'abattre ! commenta Yoshiki.

- T'insinues que je chante faux ?

- Oui !!

- HIIIIIIGHWAY TO HELL !! criai-je encore plus fort dans son oreille.

- hide arrête ça, tu vas nous faire avoir un accident ! s'écria Toshi qui riait et qui me tira loin de Yoshiki.

- Chante avec moi Toshi ! Ta voix siéra peut-être mieux aux oreilles de Yoshiki-sama !

Toshi jeta un coup d'œil malicieux à Yoshiki dont le regard était rivé sur la route puis commença à chanter, d'une façon tout de même plus plaisante que celle de hide. Le chanteur et le guitariste se retrouvèrent à headbanguer de bon cœur, sous les rires de Pata et Heath. Yoshiki tourna vers eux un visage moitié souriant, moitié consterné mais ne fit pas de commentaires. Il préféra contempler le sourire immense de Toshi dont les cheveux s'agitaient autour de la tête. Il avait envie de lui sourire, de serrer sa main dans la sienne et de lui parler comme si de rien n'était, sans timidité et sans ces battements de cœur effrénés qu'il avait en le regardant. Il aurait voulu retrouver leur simplicité de rapports.

- Yoshiki attention !!

C'était Heath qui avait crié. Le cœur de Yoshiki s'arrêta lorsqu'il se vit foncer droit dans un panneau de signalisation. Le coup de volant qu'il donna à droite fut si brusque que Toshi se cogna la tête contre la vitre dans un bruit sourd.

- Toshi ça va ?!

Yoshiki se gara sur la bande d'arrêt d'urgence, encore sous le coup de la peur qu'il avait eue et saisit Toshi par les épaules. Le chanteur gémissant, les yeux fermés en se massant la tête.

- Toshi ! Ca va ?!

- Ouais j'crois…Bon sang…- Toshi eut un petit sourire- j'ai vu trente-six chandelles !

- Je suis tellement désolé les gars…, bredouilla Yoshiki.

En levant les yeux, il vit hide, qui s'était anxieusement penché par-dessus le siège de Toshi pour voir comment il allait et Heath et Pata qui semblaient encore un peu secoués. Pata poussa un gros soupir de soulagement :

- Ca va Yoshiki mais…pour l'amour du ciel regarde où tu vas sinon passe le volant ! Je conduis si tu veux !

- Je serais pas plus rassuré…commenta Heath.

- Pourquoi ? demanda Pata un peu vexé.

- Tu t'es enfilé deux verres de whisky au petit déjeuner !

hide ne put s'empêcher d'éclater de rire et déclara :

- Bon allez, c'est moi qui conduis, pas de discussions !

Il ouvrit la porte et lança à Yoshiki :

- Pousse-toi que je m'y mette !

Encore honteux d'avoir failli leur faire avoir un accident, Yoshiki ne protesta pas et alla s'asseoir à l'arrière.

hide prit place au volant et dit à Toshi :

- Ca va ta tête, tu es sûr ?

Toshi acquiesça :

- Ca fait encore mal mais ca devrait passer.

Ils repartirent et s'engagèrent sur l'autoroute. Manque de chance, ils tombèrent sur un embouteillage monstrueux qui les fit rouler au pas pendant près d'une heure. Heureusement que hide n'était pas homme à s'énerver dans de telles conditions ! Pendant ce temps, les autres discutaient de tout et de rien ou préféraient parfois rester tous silencieux. Vers onze heures enfin, ils atteignirent la sortie et s'engagèrent bientôt sur une route étroite, à flanc de montagne qui s'enfonçait dans une vallée très boisée :

- J'ai les crocs ! déclara Heath.

- Je me demandais quand est-ce que tu allais dire ça ! dit Pata en riant.

- Ouais ben vis sur tes réserves Heath, on est un peu loin de tout là ! dit hide.

Aucun d'eux ne connaissait l'endroit car ils avaient trouvé plus amusant de partir à l'aventure sans itinéraire précis. Toshi, le visage un peu froissé, sortit tant bien que mal de sa place sans rien dire pour aller s'asseoir à l'arrière avec Yoshiki. hide ne lui demanda pas ce qu'il faisait et se contenta de sourire discrètement en espérant que cela donnerait quelque chose.

Toshi s'assit tout contre Yoshiki et lui sourit d'une façon si douce que Yoshiki ressentit comme un tressaillement au creux de son ventre. Toujours sans explications, Toshi posa sa tête sur son épaule et ferma les yeux. Yoshiki, stupéfait, n'eut cependant pas le courage de le repousser tellement il aimait l'avoir ainsi.

- Comment tu te sens ? demanda-t-il d'une voix douce.

- Toujours un peu de migraine…, répondit Toshi. Mais comme la route est longue et que j'ai mal dormi cette nuit, je vais me reposer un peu…

Yoshiki se demanda s'il devait comprendre par là que Toshi avait mal dormi pour les mêmes raisons que lui et s'il ne profitait pas du fait qu'il ne pouvait plus fuir pour se serrer contre lui. Yoshiki n'aurait pas su dire ce qu'il pensait vraiment de tout cela mais une chose était sûre : il n'avait pas envie que Toshi se redresse. Oubliant totalement la présence des trois autres, qui de toute façon, étaient habitués à les voir se câliner, il passa un bras autour du cou de Toshi et lui caressa doucement la joue et les cheveux. Il le sentit sourire sous ses doigts et posa sa tête contre la sienne. Toshi ne lui en voulait pas d'avoir fui, c'était l'essentiel. Cela ne réglait rien mais Yoshiki se sentit tellement en paix, avec son meilleur ami près de lui que leur problème lui sembla infiniment plus bénin. Pas de quoi s'inquiéter : leur lien tiendrait quoi qu'il arrive.

Yoshiki se réveilla, assez étonné de s'être endormi et constata que la voiture était arrêtée dans un petit village, à côté de ce qui semblait être une boutique. Il n'y avait plus personne et il pensa que les autres devaient être allés faire des courses sans le réveiller. Il jeta un coup d'œil à sa montre : 13 heures ! Ils étaient bien temps qu'ils arrivent !

Il sortit de la voiture et s'étira de tout son long pour réveiller son corps engourdi. L'air s'était considérablement rafraîchi, signe qu'ils devaient être assez haut et au plus profond de la vallée car, tout autour de lui, il ne voyait que des cimes verdoyantes.

Il vit Toshi sortir de la boutique avec un sachet :

- Tiens te voilà debout ! Tu dormais tellement bien que je n'ai pas voulu te réveiller. Ne t'en fais pas, je sais que tu aimes alors il y a tout ce qu'il faut dans ces bentô ! dit-il en brandissant le sachet sous le nez de Yoshiki qui sourit et demanda :

- Où est-ce qu'on est ?

- Un coin qui s'appelle Kofu près du parc national de Chichibu-Tama. En venant, on est tombé sur un endroit absolument magnifique à demi-heure d'ici. On va pique-niquer là-bas.

- D'accord. Où sont les autres ?

- En train d'essayer de retenir Heath d'acheter tout le stock du magasin. Celui-là quand il a faim, il est pire qu'un ogre !

Yoshiki éclata de rire et fit quelques pas, suivit de Toshi, en observant les alentours. C'était un village pittoresque qui sentait encore le passé avec son calme, ses gens qui marchaient d'un pas tranquille et la rareté des voitures. La rue où il se trouvait semblait être la seule goudronnée et traversait le village de part en part. Ailleurs, les rues étaient toujours pavées et la nature s'était installée partout avec une profusion d'arbres qui retombaient parfois lourdement sur les toits pentus des maisons qui ressemblaient à des chalets. La plus totale sérénité régnait là que Yoshiki ressentit d'autant plus vivement qu'il venait de quitter le désordre de la région de Tokyo.

Un homme vêtu d'une façon étrange passa près d'eux. Il portait sur la tête une sorte de bonnet noir, s'appuyait sur un long bâton de bois blanc poli et portait un large kimono blanc et bleu sur des getas qui ressemblaient à des pantoufles. Il esquissa un sourire en voyant les deux citadins, s'inclina courtoisement et continua son chemin :

- Il doit y avoir un sanctuaire yamabushi dans ce village, dit Yoshiki qui avait reconnu le costume de ces moines montagnards qui vivaient en ascètes dans les montagnes.

- C'est le cas oui, dit Toshi. La tenante de la boutique nous a dit qu'elle voyait parfois venir des gens de la côté qui voulaient se recueillir quelque temps parmi ses moines. J'ai préféré ne pas lui expliquer que nous étions un groupe de rock en quête d'un endroit sympa pour pique-niquer !

Yoshiki lui sourit largement mais, comme s'il venait tout juste de se rendre compte qu'il était tout seul avec Toshi et qu'il voyait dans ses yeux quelque chose qui accélérait les battements de son cœur, il baissa la tête et fit demi-tour pour rejoindre la voiture.

Les autres revinrent bien chargés et Toshi se mit au volant pour les conduire à l'endroit qu'il avait repéré.

C'était la saison idéale pour une sortie en montagne car l'automne avait coloré les arbres d'un extraordinaire camaïeu d'or, de rouge, de brun allié au vert des sapins qui ne changeait jamais. Arrivés à destination, ils se garèrent et descendirent un sentier sauvage qui descendait sur les rives caillouteuses d'une rivière agitée. Une pente dans son lit formait une mini-cascade. Sur la rive, il y avait d'énormes rochers assez plats pour permettre à des gens de s'asseoir sans trop d'inconfort. Ils s'installèrent là et hide poussa un gros soupir d'aise :

- Bon sang, on n'est pas bien là au milieu de nulle part ? Je suis sûr que personne ne vient jamais ici, ce n'est pas un endroit spécialement prévu pour les pique-niques.

- C'est tout l'intérêt de sortir des sentiers battus, dit Toshi qui ôta ses chaussures et plongea ses pieds dans l'eau en poussant un cri. Wouah !! Elle est glacée, je sens plus mes pieds !!

hide, qui lui aussi faisait trempette eut un sursaut de peur et retira vivement ses pieds :

- Y'avait un serpent dans l'eau !!

- On s'en fout, ils sont pas venimeux ici, commenta Pata qui mangeait déjà son déjeuner.

- Oui mais j'aime pas ça !

- C'est normal, les serpents bouffent les araignées ! dit Heath en riant.

hide lui tira la langue et revint vers eux pour manger.

Lorsqu'ils eurent tous le ventre bien plein, chacun prit ses dispositions pour passer le reste du temps. Pata lézarda sous le soleil qui était suffisamment doux pour être supportable plusieurs heures et Heath et hide décidèrent d'essayer de traverser la rivière pour aller marcher un peu dans la forêt de l'autre côté. Yoshiki les observa, tenant leurs chaussures dans une main, essayer cahin-caha, de traverser le cours d'eau qui n'était pas profond mais qui avait un fort courant. Mais son attention fut bientôt déviée par Toshi qui s'était carrément mis torse nu pour aller plonger son visage dans la petite cascade. Yoshiki se doutait bien que l'endroit était tout ce que Toshi aimait, lui qui avait toujours été d'un naturel écolo et proche de la nature. Tel qu'il était, debout dans l'eau qui lui coulait sur la tête et les bras, il ressemblait à l'un de ces hommes d'autrefois en quête de pureté.

- Yo-chan tu devrais venir, l'invita Toshi.

- Elle est trop froide, bougonna Yoshiki. Je me demande comment tu fais.

- Ca va mieux une fois qu'on y est.

- Tu vas tomber malade que ça va pas traîner !

- Oh mais arrête, on dirait ma mère ! rit Toshi en lui envoyant une gerbe d'eau.

Yoshiki lui fit une moue vexée et s'allongea sur le ventre, sur la pierre chaude, les yeux toujours tournés vers Toshi. Il le trouvait absolument magnifique ainsi mouillé avec son indécrochable sourire sur le visage. Il sortit de l'eau et s'assit près de Yoshiki. Ses gouttes d'eau tombèrent de ses cheveux sur Yoshiki qui râla :

- Maiheu, tu vas me mouiller !

Pour toute réponse, Toshi s'ébroua comme un chien. Yoshiki se retourna sur le dos et lui lança un regard noir :

- Mais je vais te noyer !

- Faudrait déjà que tu viennes dans l'eau !

Toshi le souleva tout d'un coup et Yoshik se retrouva plaqué contre son corps trempé :

- T'es glacéééééé !!

Il s'agita tant et si bien qu'il finit par échapper à Toshi et tomba lamentablement assis dans l'eau :

- J'sens plus mes fesses…

Toshi était plié en deux de rire :

- Je voulais juste te faire mettre les pieds dans l'eau, pas te mouiller complètement !

- C'est malin…

Toshi se pencha, l'attrapa par un bras et le tira pour l'aider à se relever. Yoshiki avait comme l'impression que c'était Toshi qui menait la danse depuis le début de leur sortie et qu'il était sérieusement en train de se laisser prendre à son jeu. Toshi avait quelque chose de plus…viril, de plus entreprenant que d'habitude. Et ce n'était pas non plus son habitude à lui que de se laisser séduire ainsi. Que se passait-il ? Mais c'était si bon cette sensation papillonnante au creux de son corps ! Toshi ne lâcha pas son bras et Yoshiki, tétanisé, le vit se rapprocher dangereusement…

Mais Toshi soudain s'écarta et Yoshiki remarqua qu'il fixait quelque chose derrière lui. Il se retourna et vit que Pata s'était levé et donc qu'il risquait de les voir. Complètement chamboulé, Yoshiki se retira brusquement de la prise de Toshi et lui tourna le dos sans un mot de plus.

Pata regardait le ciel d'un air inquiet :

- Tu n'as pas remarqué comme la lumière a baissé tout d'un coup ? Et puis regarde-moi ça, on a du gros temps qui arrive !

En effet, d'énormes nuages d'un noir d'encre s'avançaient vers eux par-dessus la forêt.

- Ok alors on va rentrer, décréta Yoshiki. Les deux zouaves sont encore en ballade ?

- Oui, je vais essayer de les appeler.

Pata sortit son portable et appela Heath qu'il réussit à joindre et lui dit de revenir vite avec hide.

- La ligne n'est pas bonne du tout, ça grésillait !

- Ca ne m'étonnerait pas qu'il ait des endroits sans réseau dans ce bled.

Yoshiki se mit à ranger soigneusement tout ce qu'il avait apporté pour ne pas laisser la moindre trace de leur passage dans ce lieu. Mais il portait dans le cœur comme une envie de pleurer. L'attitude de Toshi lui faisait mal en même temps qu'il se sentait de moins en moins capable de lui résister. Il se maudissait pour ça et en voulait beaucoup à Toshi de ne pas lui parler franchement, de lui dire ce qu'il avait dans la tête au lieu de chercher à l'embrasser de façon si inattendue. Yoshiki ne voulait pas que cela s'éternise et il était bien décidé à avoir une conversation sérieuse avec lui lorsqu'ils seraient rentrés.

Il ignora royalement Toshi durant tout le temps qu'ils attendirent le retour de hide et Heath. Lorsqu'ils revinrent, il faisait terriblement sombre car les nuages noirs avaient recouvert tout le ciel et l'air sentait déjà la pluie. Ils s'engouffrèrent sans attendre dans la voiture et cinq minutes après leur départ, une averse lourde et ininterrompue s'abattit sur eux.

- Quel temps de merde ! grogna Yoshiki qui fut obligé de mettre ses phares et les essuie-glace à la vitesse maximale pour arriver à voir la route. Il était crispé sur son volant car il était revenu à la portion de route à flanc de falaise qui sortait de la vallée et elle comportait de nombreux virages serrés qui le forçaient à rouler lentement. Malheureusement, il était dit que cette journée finirait mal car ils découvrirent tous avec stupéfaction qu'un éboulis s'était produit et qu'un gros tas de pierres bouchaient la voie.

Yoshiki poussa un juron retentissant.

- Comment on va faire ?! gémit hide. Y'a pas une autre route pour sortir d'ici ?

- S'il y en a une, je la connais pas, dit Yoshiki.

- Bon écoutez, je crois qu'il vaut mieux qu'on retourne à Kofu, dit Pata qui ne perdait pas le nord. Quitte à y passer la nuit, s'il n'y a pas d'autre issue pour sortir de là. Ils vont se grouiller pour dégager la route si c'est la seule !

- Et on dort où ? objecta Heath. On nous a dit là-bas qu'il n'y avait pas d'auberges.

- Au monastère, dit Pata. Je doute que les moines nous refusent l'hospitalité alors qu'ils accueillent des gens qui viennent en recueillement de temps en temps.

- Yo-chan ? demanda doucement Toshi à son ami qui semblait sérieusement sur les nerfs.

Yoshiki soupira :

- Bon…on n'a pas le choix…Maintenant la question est : comment je fais demi-tour sur cette putain de route ?!

hide lui posa les mains sur les épaules et expliqua :

- Retourne en marche arrière jusqu'à la dernière zone d'arrêt, tu t'en souviens ? C'est pas très loin et là, la route sera assez large pour que tu fasses demi-tour.

- Ok…Regardez derrière vous aussi parce que je vais me faire sérieusement mal si je m'amuse trop à me tordre le cou.

Très lentement, Yoshiki fit marche arrière, guidé par ses amis et le rétro intérieur. Tant bien que mal, ils arrivèrent enfin à faire demi-tour et repartirent pour Kofu.

La pluie semblait partie pour durer des heures. Ils arrivèrent enfin au village et durent courir comme des dératés pour aller frapper à la porte du sanctuaire, surmonté d'un impressionnant portique. Un panneau coulissant s'ouvrit et le visage pour le moins étonné d'un moine apparut :

- Qui êtes-vous ?

- S'il vous plaît, nous venons de Tokyo et nous étions de passage dans la région mais il y a eu un éboulis sur la route et nous sommes bloqués. Pouvons-nous passer la nuit ici ? demanda Toshi.

La porte s'ouvrit sur un moine portant un énorme parapluie qui dévisagea les cinq hommes trempés jusqu'aux os. Il dut les trouver inoffensifs car il leur sourit :

- Bien entendu, entrez vite avant d'attraper froid.

Il les conduisit sous la pluie le long d'une allée jusqu'à la porte du monastère. Les cinq hommes furent soulagés de se retrouver dans une vaste salle à l'ameublement dépouillé qui sentait l'encens. L'éclairage doux était fourni par des dizaines de bougies comme si le monastère vivait à l'écart de la modernité. Une énorme statue de Bouddha les accueillit rendue presque vivante par les ombres tremblantes qui jouaient sur sa surface de bronze.

Ils se déchaussèrent sous les yeux accueillants de quelques moines qui déambulaient d'un pas silencieux le long de la galerie que l'on apercevait de la large porte de la salle. Celui qui les avait fait entrer leur demanda de patienter car il allait leur chercher de quoi se sécher. En attendant, nos musiciens, un peu déconcertés par l'endroit, regardaient partout :

- C'est bien la première fois de ma vie que je vais passer la nuit dans un endroit comme celui-là, dit Heath. Quel silence ! On dirait que personne ne vit ici.

- Ca fait du bien…, dit hide qui se sentait curieusement serein à respirer ce parfum d'encens sous les yeux fascinants de la statue.

Yoshiki, qui commençait à grelotter dans ses vêtements trempés, fut heureux de voir revenir le moine avec un gros paquet de serviettes, accompagné d'un homme que son costume désignait comme étant le supérieur des lieux. Il semblait extraordinairement vieux et pourtant, il marchait d'un bon pas avec sur le visage le même sourire accueillant qu'ils avaient vu chez les autres moines.

- Soyez les bienvenus, chers hôtes ! J'imagine que vous devez avoir faim mais je suis au regret de vous dire que, comme nous sommes des ascètes, je crains de n'avoir rien de très copieux à vous offrir. Je vais me faire pardonner en vous préparant de quoi passer une bonne nuit au chaud.

- C'est tout ce qu'il nous faut, merci infiniment, dit Yoshiki en s'inclinant profondément avec sa serviette sur les épaules tandis que Heath se félicitait mentalement d'avoir autant mangé durant le pique-nique.

Le supérieur du monastère, qui s'appelait Katsumoto, les conduisit à travers des couloirs à lumière tamisée. Quelque part au fond du monastère, on entendait s'élever des chants bouddhiques qui conférait au lieu, une atmosphère fascinante de spiritualité et de mystères.

Le moine ne leur demanda qui ils étaient, ni aucun renseignement comme s'il s'en fichait ou s'il leur faisait d'emblée une entière confiance. On voyait que l'endroit était fait pour accueillir des visiteurs car de nombreuses pièces traditionnelles étaient disponibles. En fermant un shoji, on pouvait créer deux petites chambres dans avec une seule pièce et ce fut ainsi que chacun se retrouva avec sa propre chambre, dotée d'un confortable futon. Les moines poussèrent l'hospitalité jusqu'à leur dénicher des yukatas à échanger contre leur vêtements trempés qu'ils se proposaient de faire sécher près d'une chaudière. Une fois installés, les cinq hommes, épuisés et qui n'avaient pas vraiment faim depuis leur déjeuner tardif, préférèrent écourter la soirée en allant se coucher.

Yoshiki espérait fortement que la pluie aurait cessé le lendemain et que la route serait bientôt rouverte. Toshi dormait dans la chambre juste à côté et il se prit à penser, un peu rêveusement, un peu craintivement, qu'il se glisserait peut-être près de lui dans la nuit. Maintenant qu'il pouvait laisser libre court à ses pensées, il ne cessait de tourner et de retourner dans sa tête les mêmes questions. Que voulait-il avec Toshi ? Du côté du chanteur, c'était presque évident. Il aurait fallu être stupide et aveugle pour ne pas remarquer les avances qu'il lui avait faites durant la journée. Toshi ne semblait pas se poser les mêmes questions que lui et c'était justement cela qui gênait Yoshiki. En tant normal, Toshi l'aurait regardé droit dans les yeux et lui aurait dit franchement : « Yo-chan, j'ai des sentiments pour toi ». Mais Toshi n'avait rien dit et avait cherché à le séduire d'une façon qui ne lui ressemblait pas. Il avait changé.

Bon sang, je crois que je ne serais pas capable d'attendre qu'on soit sorti de cette mouise. Demain, à la première heure, je le prends entre quatre yeux et on discute. J'en peux plus de cette situation de fou !

Un peu apaisé par cette décision, il souffla la lampe à huile qu'on lui avait donnée comme éclairage et s'endormit, sur les psalmodies des prêtres qui lui parvenaient du fond du sanctuaire.