Titre : Rencontre Sous X
Pairing : JPLE, SBOC, PPOC, RLOC, LEOC, OCOC (;p)
Disclaimer : Tous les personnages et la magie décrits dans ce texte sont œuvre de madame Rowlings. Le titre est celui d'un roman de Didier Van Cauwelaert mais les histoires n'ont aucun lien. Les titres des différents parties de chapitre sont tirés de chansons toujours citées.
Rating : M
Rappel des personnages : Lily Evans (a quitté Poudlard après sa deuxième année pour une raison inconnue) sort avec Sullivan Dawson. James Potter (qui vient de passer la nuit avec Lily Evans) prétendait sortir avec Myriam Jordan, dite Myra, dans une boîte échangiste alors que celle-ci est l'ancienne petite amie d'un certain Pégase (mais je suis sûre que tout le monde sait qui...)
Merci à tous pour vos reviews !
Bonne Lecture !
Rencontre sous x
Chapitre 2
Où Lily avoue la vérité mais pas ses fautes
Sometimes you're made to feel your loves a crime [Barenaked ladies, lovers in a dangerous time]
« James ? » Murmura une voix en poussant la porte vitrée de la maison de Godric's Hollow. La jeune fille se glissa à l'intérieur et observa la maison de son ami. Rien n'avait changé depuis la dernière fois. Le sol était noir et brillant, d'une propreté étonnante quand on sait que James vivait seul actuellement. Dans le salon, la même grande peinture murale réalisée par sa mère à sa naissance. Le même fauteuil pourpre, les mêmes babioles décoratives, les mêmes photos dans les cadres.
Pourtant, il y avait quelque chose de différent que Myra ne pouvait définir. Elle pénétra dans la cuisine, toujours décorée de ses tons ocre et rouge, toujours dans un état de pagaille indescriptible. Là, on pouvait croire qu'un célibataire de vingt ans habitait seul. D'un geste machinal, elle lança un sort sur la vaisselle qui s'amoncelait et mit la cafetière en route. C'est alors qu'elle remarqua le tee-shirt de son ami abandonné près de la porte. Elle sourit.
Myra – autrement appelée Myriam Jordan– ramassa la blouse et se dirigea vers la chambre de James. Un peu mélancolique, elle se souvint du nombre de fois où James était venu les réveiller quand elle passait la nuit avec Sirius. L'occasion de prendre sa revanche une bonne fois pour toute était trop belle.
À pas de chat, elle s'approcha de la pièce dont la porte n'était même pas fermée. À l'entrée, elle repéra le top vert de la rousse qu'ils avaient rencontré au Gravitz. Et à voir l'état de la chambre – ils n'avaient pas pris le temps de replier leurs vêtements, apparemment – elle devait s'être sacrément décoincée.
D'un geste brusque, elle ouvrit les rideaux, laissant le soleil faire son œuvre sur les deux corps échoués au milieu du lit. Le jeune homme était couché sur le coté et complètement encastré dans la rousse – comment avait-elle dit s'appeler ? Jane si elle se souvenait correctement.
En tout cas, ils se serraient dans les bras l'un de l'autre comme si c'était la dernière fois qu'ils se voyaient avant que l'un d'entre eux ne parte pour un mortel périple. Note, ce sera sûrement mortel de rentrer chez elle, songea Myriam en levant les yeux au ciel. Elle était contente. Au moins James l'avait-il écoutée et fait ce qu'elle conseillait. C'était pourtant pas gagné. Depuis qu'il avait décidé de 'changer', le jeune homme s'interdisait de passer juste une nuit avec une fille. C'était pourtant ce dont il avait eu besoin hier soir.
Les yeux de la rousse se mirent enfin à papillonner. Myra se composa un visage de rigueur et croisa les bras sur sa poitrine, prenant un air choqué. Elle était une vilaine fille, vraiment. Mais le souvenir atroce des réveils traumatisants qu'elle avait eu à Poudlard turent sa culpabilité. Seule la rousse serait victime. De toute façon, elle n'importait pas beaucoup, cette fille.
Enfin, Jane ouvrit les yeux et se dégagea doucement de l'étreinte serrée de James. Elle jeta un coup d'œil au pied du lit et, silencieusement, Myriam s'excusa du vilain tour qu'elle allait lui jouer. « Salaud » Murmura-t-elle rageusement en regardant fixement James qui dormait toujours comme un bien heureux.
« Il m'avait dit que c'était un test, tu sais. » Dit-elle à la rousse qui peinait vraiment à se réveiller. « Il m'avait dit qu'on pouvait aller là et qu'il ne toucherait à aucune fille, plus jamais ! Il m'a demandé de lui faire confiance. Il m'a dit qu'il ne me tromperait plus jamais ! » Se bénissant d'être aussi bonne actrice, Myra fondit en larmes « Il m'avait promis qu'il me prouverait qu'il avait changé. Que c'était un… un foutu » elle renifla pour l'effet dramatique « un stupide test de sa fidélité ! »
« Oh Merlin » Grommela la rousse qui apparemment venait de reconnaître qui elle était. Elle avait sacrément blanchi. Elle jeta un coup d'œil à James – il commençait à froncer les sourcils, dérangé par le bruit – puis couvrit sa poitrine avec le drap. Intérieurement, Myriam se sentit très jalouse de la joliesse des seins de cette fille. Au moins, James avait dû savourer sa nuit. Parce que question physique, son ex, c'était pas vraiment ça…
La rousse se leva en prenant le drap avec elle et Myriam détourna le regard du corps nu de James- l'amitié avait certaines limites tout de même – et regarda avec une sorte de délectation malsaine la fille rechercher ses affaires dans la chambre.
« Je suis désolée, je ne savais pas ! » S'exclamait la rousse alors qu'elle enfilait sa culotte en évitant son regard « Je – il m'a dit que vous n'étiez qu'amis » Myra haussa un sourcil, étonnée que le jeune homme ait été honnête, bien que ça ne l'étonna pas vraiment. La fille mit son soutien-gorge puis lâcha le drap.
D'un geste qu'elle voulut possessif, Myriam le ramassa et couvrit James. Celui-ci ouvrit un œil. Elle lui sourit, machiavélique, avant de commencer à le frapper « T'es vraiment pas digne de confiance, j'te déteste ! Comment as-tu pu me tromper ? »
« Hein ? » Le jeune homme se redressa et regarda autour de lui d'un air hagard. C'est là qu'il aperçut Lily en train de remettre ses vêtements en quatrième vitesse en s'excusant sans cesse. Puis il vit des traces rouges sous les yeux de Myriam et ses lèvres pincées pour lsempêcher de rire. Il eut vite compris.
« Je dois y aller, il faut que je parte » Murmurait Lily en enfilant sa jupe. « Je m'excuse, Myra, je t'assure, il m'a dit que- »
« Lily ! » James s'assit dans le lit pour fixer la jeune fille « Elle a menti. J't'assure, on n'est pas ensemble »
« Comment oses-tu ? » Répliqua avec colère Myriam en frappant dans le dos « tu t'excuses auprès d'elle après ce que tu m'as fait ? »
Lily enfila son top puis se figea et regarda le jeune homme avec un regard empli de dégoût. « Je me doutais bien que tu n'étais pas un enfant de cœur, Potter, mais de là à agir comme ça… »
« Lily, c'est pas du tout ce que tu crois ! » Mais la jeune fille attrapa ses chaussures et sortit de la pièce. « Idiote ! » cria-t-il sur Myriam « Je peux savoir ce qui t'as pris ? »
« Quoi ? Je t'ai évité de devoir lui expliquer que ce n'était que pour une nuit. On sait tous les deux que tu es trop parfait pour qu'une fille accepte ça »
« Myra » Soupira James en se prenant la tête dans les mains « Tu sais qui c'était, cette fille ? Lily Evans ! »
« Li ? » Murmura la jeune fille en regardant la porte « Merde, qu'est-ce que j'ai fait ? » Elle partit aussitôt de la pièce tandis que James enfilait un boxer avant de sortir de la chambre.
Lily était assise à la table de la cuisine et attachait ses chaussures. Elle était visiblement furieuse et au bord des larmes. « Je… tu es Lily ? » Murmura Myra
« Qu'est-ce que ça fait ? » cracha Lily sans relever les yeux « je me suis fait avoir comme une vulgaire débutante, j'le crois pas »
« En fait, j'ai menti » Avoua Myra. Lily se figea et James servit trois tasses du café qui avait fini de couler, se disant qu'ils en auraient besoin. « Je ne suis jamais sortie avec James. J'étais avec… avec Sirius. Et tu dois te douter que jamais il ne sortirait avec l'ancienne copine de son meilleur ami »
Lily acquiesça et releva les yeux de ses pieds. « Pourquoi ? » Questionna-t-elle « Je ne t'ai rien fait alors pourquoi ? »
« Je voulais m'amuser au dépend de cette pauvre fille qu'il avait embobinée » Un sourire timide joua sur ses lèvres avant qu'elle ne continue « Mais tu n'es pas le genre de fille qu'on embobine, n'est-ce pas Lily ? »
« Comment me connais-tu ? »
« Je suis Myriam Jordan »
Le silence se fit dans la cuisine. D'un geste absent, Lily attrapa la tasse qu'on lui donnait et se mit à boire doucement. Elle ferma les yeux, les souvenirs déferlant sur elle avec une puissance incroyable. Lily avait été à Poudlard. Elle avait été répartie à Gryffondor. Elle était dans le dortoir de Myriam et, rapidement, elles étaient devenues meilleures amies.
Du coté des garçons, ils étaient quatre. Lily était proche d'eux et Myriam les détestait. Mais après la deuxième année – dont le dernier souvenir était James la plaquant dans le train parce qu'elle « refusait de mettre la langue » – elle n'était jamais revenue à Poudlard. Elle avait été envoyée dans cet hôpital où les médecins avaient décrété qu'elle devait cesser tout contact avec l'extérieur. Elle n'avait jamais eu l'occasion de raconter à ses amis ce qui lui était arrivé, pourquoi elle avait soudain disparu et jamais donné de nouvelles.
Mais elle ne s'était jamais plainte de ne pas avoir à donner des explications. Elle n'aurait pas pu. Et maintenant, par un jeu de circonstances des plus fortuits, elle se retrouvait dans la cuisine de James Potter face à Myriam Jordan.
Que doit-on dire à des amis qu'on n'a plus vu depuis huit ans ? Et surtout, que doit-on dire à un ami qu'on n'a plus vu depuis huit ans et avec qui on vient de coucher ?
« De toutes les personnes du monde, je n'aurais jamais cru que toi, tu deviennes amie avec ça » Dit-elle à Myriam en pointant James du doigt. Celui-ci, pas vexé pour une mornille, sourit et lui adressa un clin d'œil complice que Lily ne sut comment interpréter.
« Je me suis rapprochée des garçons en troisième » Murmura Myra en se tordant les mains « Tu sais, on s'est associé pour te retrouver »
« Oh » Lily se mordit les lèvres, mal-à-l'aise « Je suis… je suis désolée »
« Ce n'est pas si horrible que ça, en fait » la rassura Myriam « Quand tu n'y prêtes pas trop attention, ils peuvent parfois faire de bons amis tous les quatre »
« Je ne pense pas qu'elle s'excusait pour t'avoir imposé notre amitié » Corrigea James avec un sourire en coin
« De quoi voulais-tu que je m'excuse à part ça ? » Rigola Lily « Il faut savoir vous supporter vous tous ! » James prit une mine offusquée et les deux filles éclatèrent de rire. « Alors, ça veut dire que tu les vois encore tous les trois ? » Demanda Lily, avide de connaître les nouvelles maintenant qu'elle les avait retrouvés et que la situation n'était pas trop tendue.
« Peter habite avec sa copine à GranVew, un petit appart' au seizième dans un quartier moldu »
« Et sans ascenseur » Précisa Myriam avec une grimace
« Sirius et Myra habitaient ensemble jusqu'à il y a peu »
« J'ai échangé avec Remus. Je suis dans son appart' à Berry et il vit avec Sirius en ce moment » Ajouta la jeune fille.
« Alors toi et lui ? » Demanda timidement Lily, ne voulant pas réveiller des souvenirs douloureux. Mais Myriam semblait arriver à en parler sans trop de difficultés. En réalité, ça n'étonnait pas Lily tant que ça, elle avait toujours été très forte.
« Cela a commencé fin mars, en sixième. Je croyais que ça ne durerait qu'un mois ou deux et … » Elle soupira
« C'était la première petite copine de Patmol » Précisa James pendant que Myra composait un sourire assuré. « Je veux dire, Sirius. »
« Vous faites des études ? Ou vous travaillez ? » Questionna Lily pour changer de sujet. D'après ce qu'avait dit James hier soir, Myra et Sirius avaient rompu il y a trois semaines d'une relation de quatre ans. C'était dingue qu'elle soit capable d'être si détachée.
« Je suis assistante du ministre de la justice » Déclara Myriam avec une moue amusée, preuve qu'elle ne prenait pas son titre au sérieux.
« Mais c'est juste en attendant que le poste d'assistant du ministre des sports et jeux magiques se libère » expliqua James comme s'il connaissait la chanson par cœur. « Moi, je suis dans les assurances »
« Les assurances ? » Répéta Lily. Elle l'aurait imaginé Auror ou joueur de Quidditch, ou quelque chose se rapprochant mais pas ça, certainement.
« Un truc avec son père » Expliqua Myra en levant les yeux au ciel « Il aime juste se faire mousser. Sinon, Sirius travaille dans un quotidien à la rubrique sport, Remus collectionne les petits boulots et Peter se transforme en homme d'affaires dans un truc économique »
« Commercial » Corrigea machinalement James « Et toi ? »
Lily se figea. Elle aurait pu se douter que la question lui reviendrait. Et il lui faudrait expliquer le reste aussi. Elle inspira. Elle n'avait jamais raconté son passé à personne, pas même Sullivan. Il l'avait découvert mais elle n'avait rien dit. Pourtant, elle savait qu'un jour ou l'autre viendrait le moment de passer cette étape difficile dans sa guérison. Et c'était le moment idéal.
« Je suis serveuse au resto- route de Cambridge le week-end et à la terrasse Deucégout en semaine »
« Serveuse ? » Répéta James, ne s'attendant pas à ça lui non plus.
« Je prends des cours du soir aussi. En enchantement. Je viens de commencer, j'ai eu mes aspics la semaine dernière et tout ça est encore un peu frais alors » Lily fit un geste désinvolte de la main et se leva « Je ferais mieux de rentrer maintenant »
« Ca veut dire quoi que tu as eu tes aspics la semaine dernière ? » L'interrompit Myriam en comprenant très bien qu'elle fuyait. Lily soupira et se rassit. L'autre jeune fille la regardait intensément et la réelle question n'était pas celle qui avait été posée mais celle qui suivait. « Qu'est-ce qui s'est passé pour que tu disparaisses comme ça, Lily ? »
Voilà, nous y étions déjà. Rien d'étonnant puisqu'un beau matin, elle n'était pas revenue dans le Poudlard Express, elle n'avait pas revu ses amis, aucun, et n'avait donné aucune nouvelle. Elle ne pouvait pas les retrouver, tant d'années plus tard, et simplement prendre de leurs nouvelles, comme s'ils s'étaient quitté la veille. Ce n'est pas comme ça que ça marche, simplement. Elle avait eu de la chance qu'ils commencent par la laisser retrouver leur ancienne complicité. Beaucoup de chance même qu'ils n'aient pas simplement exiger d'elle les explications avant même de servir le café.
« Lily, si tu as besoin de temps… »
Elle regarda James, puis Myriam, et elle sourit. L'amitié, c'était une chose précieuse. On se demande, toute sa vie, si on le trouvera, ce grand amour dont tout le monde parle. Mais se demande-t-on si on le trouvera, cet ami indispensable, celui qui acceptera et qui partagera. Celui, surtout, qui écoutera et pardonnera. Il paraît que l'amitié se cultive comme l'amour, mais huit ans d'absence et de silence, ça ne cultive rien que les souvenirs et le ressenti.
Oh, quelle chance elle avait eu. Ils ne l'accusaient de rien – attendant simplement qu'elle se livre. Il ne fallait pas rêver, ils n'avaient plus treize ans, ils avaient grandi séparément. James et Myriam n'étaient pas ses meilleurs amis, plus même ses amis. Mais pourquoi alors cette complicité, cette facilité à parler, cette camaraderie si facilement retrouvée ? Ce n'était pas le passé – simplement le présent. Et ce présent lui offrait la possibilité inouïe de renouer avec son passé.
L'amitié est toujours une chose incertaine mais rien ne l'empêchait de renaître de ses cendres. Cela nécessite de l'investissement et du don de soi. On ne gagne ni ne regagne la confiance dans le secret. Elle leur devait cet aveu – pour eux et puis pour elle aussi.
Voilà sept ans qu'elle le pressentait, qu'elle savait, qu'un jour ou l'autre, viendrait l'heure de tout dire, tout expliquer. Elle avait imaginé son discours des dizaines de fois, l'avait raconté à ses nombreux journaux intimes, s'était tout remémoré devant son miroir. Dans ses rêves, elle en parlait, elle se confiait puis expiait. Dans ses songes, il y avait la compréhension. Et quoi d'autre que la peur de voir la réaction dans les yeux des autres la retenait de la dire, cette funeste expérience ?
Dans son esprit, le récit tournait en boucle. Deux ans plus tôt, elle s'était assise devant la machine à écrire de Sullivan. Si elle ne pouvait trouver quelqu'un à qui dire son histoire, peut-être pourrait-elle l'écrire ? Mais elle avait regardé les pages s'enflammer avec bonheur et soulagement, incapable de poursuivre son œuvre.
Alors elle s'était résolue. La vie lui offrirait l'opportunité de se confier. Lorsque le moment serait venu. Devant les personnes ayant besoin de l'entendre. Repousser ce moment ne servait à rien. Elle le sentait comme la vérité ultime que tant de philosophes recherchent. C'était ce moment-ci qu'elle attendait. C'était maintenant, l'instant décisif. Il fallait juste qu'elle respire à nouveau, qu'elle arrête de torturer ses mains et qu'elle arrête de tergiverser ainsi.
« Le vingt-quatre août »
It's time to forget about the past, to wash away what happened last (30 seconds to mars, a beautiful lie)
« Le vingt-quatre août » Murmura la jeune fille en jouant avec sa tasse vide. Et voilà, c'était lancé. La bombe était sur le point d'exploser. Et loin de pleurer, d'avoir la gorge nouée, Lily sentait qu'elle irait jusqu'au bout – en paix. Elle releva les yeux et regarda les jeunes adultes face à elle. Puis, elle leur dit tout.
La manière dont il faisait une chaleur étouffante le 24 août de cette année-là, la manière dont elle s'était disputée avec sa mère parce que celle-ci refusait de la laisser aller dormir chez Remus – pas à treize ans, toute seule avec quatre garçons Lily, c'est tout. Comment son père avait arrondi les angles alors qu'il installait le climatiseur, comment toute la famille Evans s'était réfugiée à l'air froid de la cuisine dès que le travail avait été fini.
Ils n'avaient pas fermé la porte de devant – pourquoi alors qu'ils vivaient dans un quartier résidentiel ? Comment les sons qui leur parvenaient étaient gravés dans l'esprit de Lily – le rire des enfants, le ballon qui rebondit sur la rue, les pleurs d'un bébé, l'arroseur du voisin. Puis la sonnette, le chef Scout qui expliquait vendre ses biscuits avec toute sa troupe et effectivement, la dizaine d'adolescents ayant investi les rues.
Son père achetant un paquet, le vendeur quémandant l'utilisation des toilettes, sa mère l'invitant à entrer. Pétunia qui gloussait – il devait avoir vingt-cinq ans et, même s'il n'était pas le beau-gosse éblouissant du quartier, c'était un très beau garçon. Puis elle, furie rousse coincée dans son fauteuil, râlant contre ses imbéciles de parents, son idiote de sœur, sa stupide famille et tous les sorts qu'elle pourrait leur jeter – si seulement elle pouvait.
Puis un cri, terrifiant, traversant la maison. Les deux sœurs accourant dans la cuisine. Papa, couché par terre, inanimé, un biscuit à peine entamé à la main. Maman à son chevet, prenant ses constantes vitales, demandant à son aînée d'appeler les secours mais le téléphone sans tonalité, la peur puis soudain le bruit d'une porte qu'on verrouille. Le scout chef d'unité, le trousseau de clé de la maison à la main, une arme dans l'autre. Un sourire horrible et la compréhension.
C'était lui – l'infâme tueur-en-série, un sérial killer comme ils l'appelaient au journal télévisé, celui qui sévissait sur les résidences de quartier en Ecosse depuis trois mois et tuait par égorgement tous les membres de la famille sur laquelle il était tombé. Toujours les mêmes familles – un père, la petite cinquantaine, une mère au foyer et serviable, deux enfants, un presque majeur et l'autre à l'orée de l'adolescence. Des filles la plupart du temps, mais pas toujours.
Mais ici, on ne s'était pas inquiété. Car ici, c'était l'Angleterre, pas l'Ecosse. C'était à des centaines de kilomètres de là où avaient eu lieu tous les autres crimes. On compatissait mais on ne s'inquiétait pas. Pourtant, c'était leur tour.
Lily s'arrêta, consciente qu'elle en disait trop. Elle ne voulait pas romancer son histoire, même si elle était victime, elle ne voulait pas se faire passer pour telle. Elle n'attendait pas d'eux qu'ils la rassurent, la protègent. Mais elle ignorait quand elle aurait l'occasion de reparler de ceci. Il fallait qu'elle dise tout ce qu'elle avait à dire. L'entièreté des faits était ce qui l'empêcherait de flancher. Et James et Myriam eurent l'amabilité de comprendre, de ne pas interrompre ni compatir pour le moment.
Elle leur dit que son père avait été le premier à mourir, un coup de couteau rapide sous la pomme d'Adam, de la gauche vers la droite. Les trois femmes étaient attachées. Le tueur avait développé une force hors du commun quand elles avaient tenté de se défendre, de l'attaquer, de se sauver. Ça avait commencé par avaler les clés de la porte de la cuisine. Puis il avait ramassé les couteaux que les Evans avaient attrapés pour se défendre et les avaient calmement rangés avant de sortir le sien et de tuer le paternel toujours inconscient sur le sol.
Ce que Lily tint secret est ce que personne ne veut entendre, ce qu'elle n'avait pas le droit d'imposer aux deux autres si elle voulait conserver un jour la chance de recouvrer leur amitié. Elle ne parla pas des cordes qui enserrent les poignets, de votre tête qui tourne et votre esprit qui s'agite quand la mort approche, du corps qui tremble, des larmes qui coulent.
Elle ne dit rien sur la lueur malsaine dans les yeux de Tony Loaks – elle apprit son nom des mois après les faits – ni même du son rauque qu'il émit ou de ses yeux se révulsant alors qu'il tuait sa mère. Des années plus tard, elle entendrait à nouveau ce son. C'était celui d'un homme jouissant. Sullivan faisait un bruit approchant – peut-être était-ce pour ça qu'elle redoutait la fin de l'amour. James gémissait différemment mais il l'avait quand même émis une fois cette nuit. Seulement, Lily n'y avait pas fait attention. Elle avait entraîné son esprit à ne pas lier ce bruit au meurtre de sa mère. Comment avoir des relations sexuelles normales sans cette gymnastique mentale ?
Elle n'expliqua pas non plus qu'une fois leurs parents morts, Loaks s'était retourné vers elle et Pétunia et avait demandé à la plus jeune qui était la suivante. Mais elle se souvenait avec exactitude que la réponse avait fusée, cet instinct dont elle avait si honte, cette horreur qu'elle avait dite et le rire de Loaks qui avait fait un pas vers Tuney pour s'exécuter à la demande de la jeune fille.
Bien sûr, Lily s'était reprise à temps. Elle avait crié, au moment où le couteau touchait la gorge de sa frangine « moi, non, moi, prenez-moi d'abord ». Mais elle pouvait bien dire à qui elle voulait qu'elle avait cherché à gagner du temps, le temps que quelqu'un arrive, de conserver le peu d'espoir restant, au fond d'elle, la blessure était là et ne cicatriserait jamais. Quand l'opportunité de choisir qui serait le prochain mort lui avait été donnée, c'était le nom de sa sœur qu'elle avait dit et sans réfléchir. Et Loaks avait souri. Il lui avait souri avec complicité. On ne se pardonne pas ce genre de chose et on ne le raconte pas plus.
Non, Lily dit simplement que Loaks avait tué sa mère puis que la police était arrivée. Un voisin avait entendu sa mère crier quand son père s'était évanoui. Il avait frappé à la porte, pour demander si tout allait bien, puis, comme personne n'avait répondu, il avait téléphoné – mais la ligne était coupée – alors c'était la police qu'il avait appelé. Et celle-ci était arrivée une seconde avant que Tony ne tue sa sœur. Il s'était enfui, il avait réussi et promis aux sœurs qu'il terminerait le travail un jour ou l'autre.
Dans un premier temps, elles avaient été sauvées et très proches. Mais Pétunia ne put pardonner à Lily de l'avoir condamnée, aujourd'hui, elles ne se parlaient plus (Lily ne dit pas à James et Myra pourquoi elle et sa sœur étaient en froid, juste qu'elles l'étaient). On les avait placées dans des instituts psychiatriques spécialisés dans les traumatisés de leur genre. Sous un faux nom et avec interdiction de communiquer avec qui-que-ce-soit de l'extérieur. (De toute façon, ajouta ironiquement Lily, les moldus n'auraient pas compris pourquoi je demandais soudain un hibou)
Pétunia avait rapidement compris ce que les médecins attendaient d'elle et elle leur avait donné ce qu'ils voulaient. Elle s'était transformé en parfait exemple de guérison clinique et était ressortie en cinq mois, à dix-sept ans. Elle s'était faite émancipée et avait repris sa vie comme elle avait pu, coupant tout lien avec sa famille, c'est-à-dire sa sœur.
Les choses s'étaient passées moins bien pour Lily. Elle refusait de faire ce qu'on lui demandait, refusait d'accepter qu'on puisse l'enfermer pour son bien, pour sa protection. Elle s'était entêtée à vouloir sortir mais jamais à courber l'échine. Elle avait fugué deux fois mais l'asile l'avait rattrapé avant Loaks. Puis, la police avait arrêté Tony (et quelques jours après, Pétunia était sortie de l'hôpital en récupérant son nom) ; il n'y avait plus de protection nécessaire pour Lily mais les médecins l'avaient déclarée inapte. Il fallait donc désormais protéger les autres de la folie de Lily.
« C'est là que Dumbledore m'a retrouvée »
« Il savait où tu étais ! » Rugit James en tapant sur la table, ce qui la fit sursauter. Myriam était blanche comme un linge, incapable de dire quoi que ce soit et le jeune homme semblait furieux. Pour la première fois depuis qu'elle avait commencé à parler, il intervenait. « On n'a pas arrêté de lui demander qu'il te retrouve ! »
« Il me l'a dit. Mais j'ai vraiment été très désagréable avec lui. Il m'a expliqué qu'il pouvait me faire sortir mais que je serais dans une famille d'accueil et, avec ce comportement, j'avais toutes les chances de finir dans un orphelinat – ou pire. Il m'a dit que je pouvais rester en clinique si je voulais »
« Et tu as choisi… » Comprit Myriam. Lily s'étonna devoir ses yeux embués de larmes, mais c'était sans doute parce qu'elle racontait ça vite et froidement qu'elle ne s'écroulait pas, elle aussi.
« J'ai insulté notre directeur puis lui ai dit qu'il pouvait faire ce qu'il voulait mais que je ne voulais plus être séparée du monde magique comme ça. Il m'a placé dans un institut sorcier et je lui ai demandé de ne rien vous dire. Je n'étais pas prête du tout à parler de tout ça avec quiconque. En vrai, je détestais tout le monde à ce moment-là »
Lily alla se servir un verre d'eau pour se rafraichir les idées avant de continuer.
« J'ai… Quand j'ai eu dix-sept ans, je suis partie contre avis médical. Mais quand je me suis retrouvée dehors, après plus de quatre ans à être enfermée, j'ai compris que Dumbledore avait eu raison. J'étais bien trop révoltée pour survivre sans aide. Si j'étais sortie de l'hôpital au moment où il m'a trouvée, j'aurais vraiment fait de très grosse bêtise. Seulement j'ai décidé de donner tort à ces crétins de psys. Je me suis inscrite au cours du soir, j'ai pris un travail qui ne demande pas de diplômes et j'ai décidé d'oublier tout ça. »
« Vous n'aviez pas de cours de magie à l'hôpital ? » S'insurgea Myra- parce qu'il fallait s'insurger et qu'on ne pouvait critiquer Dumbledore et les institutions légales. Et que pouvait-on faire d'autre ? Pleurer ou bien s'éterniser dans un silence tendu ? Du soutien et de la compassion, Lily n'en avait plus besoin. Elle avait eu Sullivan quand il avait fallu, il avait été providentiel – sa bouée de sauvetage – quand Pétunia lui avait crié au visage qu'elle la détestait. Et il l'avait réellement sauvée quand, après que le journal ait annoncé le meurtre de toute une famille par Lord Voldemort, Lily avait voulu aller trouver le sorcier à main nue pour lui refaire le portrait.
Le futur avait appris à tout le monde qu'on ne refaisait pas le portrait à Voldemort. (En réalité, il se l'était refait faire lui-même. D'après les rumeurs, il ne ressemblait plus vraiment à la photographie qu'un journal avait publiée. Pour vrai, personne ne savait à quoi il ressemblait vraiment et le journal-à-la-photo n'existait plus)
« Pas d'examens en tout cas » Répondit Lily, éternellement reconnaissante qu'ils la regardent droit dans les yeux et pas comme si elle était en cristal. C'était pour cela qu'elle s'était confiée à ces gens-là, pour ça qu'elle voulait retrouver leur amitié. Eux seuls pouvaient réagir comme elle avait besoin qu'ils le fassent. Et puis, le drame s'était passé il y a huit ans. « On ne devait nous soumettre à aucun stress. Et ce qu'on apprenait était plutôt pratique – cuisiner, jardiner, se défendre – pas vraiment le programme. En deux ans, j'ai eu mes Buse et avec un de plus, mes Aspics et voilà, fin de l'histoire »
« Je ne sais pas quoi dire » Murmura James. Myra acquiesça et Lily jeta un coup d'œil à l'heure.
« Alors ne dîtes rien et on n'en parle plus. Il faut que je parte, je dois me changer et je bosse dans une demi-heure » Elle se leva et se dirigea vers la sortie avant de se stopper et de gribouiller un truc sur le bloc-notes de James « C'est mon adresse de cheminée et mon numéro de téléphone moldu. Ça me ferait plaisir de vous revoir un de ces jours »
C'est ainsi que plus jamais ils n'abordèrent le sujet du passé de Lily.
He lacks the courage in his mind Like a child left behind [Green day, Extraordinary girl]
Lily transplana devant chez elle et fouilla dans son sac après ses clés. Elle n'osait pas regarder la porte de l'immeuble, imaginer les escaliers qu'elle gravirait puis sa porte d'entrée. Derrière laquelle se tenait Sullivan. L'homme qu'elle aimait. L'homme... qu'elle venait de tromper avec un ami d'adolescence. L'homme qui l'avait poussée à le tromper.
Elle ne savait pas comment agir ou réagir. Pourrait-elle un jour, un seul, lui pardonner ? Mais comment avait-elle le droit de lui en vouloir d'avoir passé la nuit avec une autre fille quand elle n'avait pas songé une seule fois à lui alors qu'elle était dans les bras de James Potter ?
Et comment avait-elle pu faire ça ? Elle avait trompé son petit ami, elle avait trahi sa confiance et ses principes. Et pourtant, elle ne le regrettait pas. Comment expliquer cela ? La trahison était pourtant la chose qu'elle abhorrait le plus, qu'elle détestait du fond de son âme, celle qu'elle ne pourrait jamais pardonner ni même comprendre. Etait-ce parce que Sullivan avait amené la chose comme un jeu ? Etait-ce parce qu'il le savait avant que cela se produise, parce qu'il en avait eu l'idée, parce qu'il avait fait la même chose ?
Finalement, la colère de savoir qu'il avait passé la nuit avec une autre fille était plus forte que sa culpabilité. D'ailleurs, elle ne s'en voulait pas d'avoir couché avec James Potter. Non, elle s'en voulait juste de ne pas avoir pensé à Sullivan. Elle ignorait qu'elle était capable d'être aussi indifférente à ses sentiments. Jusqu'à aujourd'hui, dans sa tête, l'amour précédait toujours le sexe. Pourtant, cette nuit... ça avait été différent de tout ce qu'elle avait connu avec Sullivan.
Etait-ce une simple question d'attirance physique ? Ou bien s'était-elle sentie plus à l'aise simplement parce que, n'étant pas amoureuse de James, elle était totalement libre de faire ce qu'elle voulait, d'agir sans décence, sans considération, d'être provocatrice et de ne pas songer à ce qu'il penserait d'elle ? Ce n'était certainement le verre d'alcool et la glace mais peut-être le méli-mélo de sentiments qui l'avait agitée toute la soirée, mêlé à l'excitation de coucher avec un pseudo inconnu ? Ou bien parce que James n'avait pas cherché à la contrôler pendant la nuit alors que Sull ne la laissait jamais prendre aucune initiative au lit ? Ou peut-être James était-il simplement meilleur amant que Sullivan et cela n'avait rien à voir avec elle.
De toute façon, ce n'était pas comme si c'était un problème que James lui fasse mieux l'amour que Sullivan puisque ça n'allait jamais se reproduire, non ?
Lily pénétra doucement dans son appartement et jeta un coup d'oeil à l'horloge. Elle avait juste le temps de prendre une douche avant de filer servir les amateurs de café- sandwich sur le pouce. Elle se rendit donc dans sa chambre pour aller chercher des habits propres quand elle entendit de drôles de bruits venir de l'intérieur. Comme des gémissements plaintifs.
La jeune fille n'eut pas le temps de réfléchir avant que la fureur ne prenne vie en elle et qu'elle ouvre la porte dans un bruit fracassant, bien décidée à tuer la fille qui était encore chez elle et avec son petit ami. Mais quand elle vit la scène qui l'attendait, elle se figea. Toute la colère s'évapora d'un coup pour faire place à l'inquiétude.
« Lily ! » Sullivan, qui était agenouillé devant la penderie, une robe de Lily en main, se releva et se précipita sur elle. Toujours sous le choc, elle le laissa la serrer dans ses bras jusqu'à étouffement. « Je suis désolé ! Excuse-moi, bébé, pardon, je ne suis qu'un idiot, pardon »
Lily ne dit rien. Elle en était incapable. Parce que dans son cou, c'était les gémissements de Sullivan qu'elle entendait. Et sur sa peau, c'était ses larmes qu'elle sentait. Il la serrait contre lui comme il le faisait rarement, avec amour et désespoir. Juste comme le jour de l'enterrement de sa mère de qui il était très proche. Et l'idée qu'il se sente dans le même état aujourd'hui était presque comme un pansement à mettre que toutes les blessures qu'il avait donné à Lily en la traînant au Gravitz.
« Je suis désolé, je te demande pardon mon amour » Pleurnichait-il en la tenant plus doucement, comme si elle était la chose la plus précieuse qu'il possédait. « Je t'aime, je n'aurais jamais dû... excuse-moi »
Doucement, presque instinctivement, Lily lâcha son sac et remonta sa main dans le dos de son petit ami. Elle serra un petit peu ses bras autour de lui et le laissa se calmer un instant. Il n'allait vraiment pas bien. Elle ne l'avait jamais vu pleurer ainsi. Il semblait réellement désespéré et cet état alla directement toucher le coeur de Lily. Par contre, la culpabilité qu'elle ressentait monta crescendo. Elle-même ressentait plus de colère envers lui que réellement se sentait mal d'avoir passé la nuit avec un autre homme.
Après quelques minutes, il s'écarta d'elle et se retourna pour essuyer ses larmes. La jeune fille avait mal au coeur de le voir dans un état pareil. « Je n'ai pas pu » Déclara-t-il après un moment, toujours dos à elle « Je ... je n'ai pas... je suis incapable de te faire du mal, ma puce »
Lily resta silencieuse, la main en l'air à quelques centimètres de son épaule. Elle avait voulu avoir un geste tendre vers lui mais cet aveu l'avait prise de court et de vitesse. Elle sentit sa respiration devenir plus lourde et rabaissa sa main sans le toucher. L'air lui manquait, elle ne comprenait plus.
Il... ne l'avait pas trompée ? C'était ça qu'il venait de dire ? Qu'il n'avait strictement rien fait alors que c'est pour ça que... et pendant ce temps, elle ... sans arrière pensée ... Ce ne pouvait être qu'une blague, n'est-ce pas ? Il était le goujat à l'avoir tirée dans un club échangiste pour la tromper avec son consentement et elle était celle qui était censée être incapable de trouver un autre homme ne serait-ce qu'attirant. Comment était-ce possible ?
Sullivan se retourna vers elle et prit son visage en coupe dans ses mains. « Je suis désolé Lil, si tu savais comme je m'en veux. Quand je t'ai vue partir avec ce type, je ne me suis jamais senti si mal et si horrible. Je... j'ai compris que c'était la pire erreur de ma vie. Pardon »
« Je... » Murmura Lily sans savoir ce qu'elle allait dire après. Il y avait tant de détresse dans ses yeux, il semblait avoir tellement besoin d'entendre des mots rassurants. Elle s'était imaginée des dizaines de fois la nuit horrible qu'elle allait passer, à l'imaginer avec une autre. Mais c'était lui qui avait vécu ce cauchemar. Lui qui était rentré dans un appartement vide et avec rien d'autre à faire que d'imaginer sa petite amie avec un autre. Elle pouvait parfaitement comprendre ce qu'il avait dû ressentir et s'en sentait désolée.
« Je sais que... tu as toutes les raisons du monde de m'en vouloir ma puce. Je t'aime, je t'assure, plus jamais je ne te ferai autant souffrir, c'est promis. Je suis désolée que tu aies été obligée de ... avec ce type »
Lily plongea son regard dans les yeux bleus de Sullivan et soupira intérieurement. Elle ne l'avait jamais entendu demandé pardon avant, même quand il était en tort. Et elle savait que son rôle était de le protéger, de l'aimer, d'être là pour lui.
« Il ne s'est rien passé » Dit-elle avant même de s'en rendre compte. Pourquoi venait-elle de mentir ? Elle n'avait aucune raison de le faire. Elle était pour l'honnêteté dans un couple, même si la vérité fait souffrir alors pourquoi venait-elle de ... Se sentait-elle tellement coupable de n'avoir eu aucune difficulté à le tromper qu'elle devait les rassurer tous les deux ? Ramener la charnelle aventure de cette nuit à rien avait l'avantage qu'elle n'en entendrait plus parler.
Sauf qu'elle avait très envie de revoir James bien que ce soit en toute amitié. Elle était sûre que le jeune homme pouvait comprendre ça, n'est-ce pas ? Il savait qu'elle était en couple et ... Mais pour quel genre de fille allait-il la prendre ? Elle n'était pas comme ça, elle ne faisait pas ce genre de choses avec des gars d'un soir. Ça ne lui ressemblait pas du tout. Ce n'était pas elle. Vraiment pas.
Au moment où elle parla, elle vit un tel soulagement les yeux de son petit ami qu'elle décida de ne pas revenir sur sa déclaration. Elle supposa que protéger l'autre était aussi une part de l'amour et que ce mensonge n'était pas grave. Il ne valait rien. Cette nuit n'était rien. Elle refusait que cette incartade remette tout son avenir en jeu.
Elle aimait Sullivan, elle était avec lui depuis sa sortie de l'hôpital, c'est-à-dire trois ans. Ils vivaient ensemble et tout se passait bien. Elle s'imaginait déjà dans quelques années, mariée avec lui et portant son enfant. C'était un bonheur presque incroyable qui l'attendait dans le futur, elle en était convaincue. Une erreur ne devait pas la priver de tout ça.
Et quelque part au fond d'elle, le fait que Sullivan ait été incapable de la tromper la rendait heureuse. Maintenant, elle pouvait avoir une totale confiance en lui et plus rien ne se mettrait entre eux.
Elle sentit plus qu'elle ne s'en rendit compte ses lèvres dans son cou mais dût le repousser gentiment. « Je dois aller travailler » Lui rappela-t-elle. Elle l'embrassa tendrement en posant ses lèvres sur les siennes. « On se retrouve ce soir, d'accord ? Je ferai des escalopes »
« Je t'aime » Répondit-il en l'embrassant à son tour avant de la laisser aller se laver. Dans un coin de la pièce, il aperçut un bas de nylon et le ramassa rapidement avant que Lily ne l'aperçoive. De manière nonchalante, il quitta la pièce et balança le bas dans le feu de la cheminée.
Maintenant qu'il avait récupéré la totale confiance de Lily, il ne laisserait pas un vêtement oublié par cette blonde dont il ne se souvenait même pas le nom se mettre entre lui et sa chérie.
I won't give you up I won't let you down and I won't leave you falling [Muse, Endlessly]
« Arrête ça »
« Quoi ? »
Myriam jeta un coup d'oeil excédé à James et secoua la tête dans une mimique désespérée. « Elle n'est pas libre, je te rappelle »
« Je sais » Répliqua James en grommelant. « Il faut que j'aille m'habiller pour aller bosser. » Il plaça les trois tasses vides dans l'évier puis regarda Myra et détourna la tête « Arrête ça » Dit-il à son tour
« Quoi ? »
« De me regarder comme si j'allais tomber sous son charme ou un truc comme ça » James soupira et s'étira. « Je suis un grand garçon »
« Un grand garçon qui s'est fait briser le coeur par une fille moche et insupportable »
« La ferme Myra » Répliqua vivement James en se sentant de mauvaise humeur à l'évocation d'Annabelle. « Je te rappelle que c'est toi qui m'a fait un sermon sur le fait que je ne sortais qu'avec des mannequins ! »
« C'est pas pour ça qu'il fallait choisir un boudin » Répliqua la jeune fille sans se démonter. « Mais peu importe. James, je me fais du souci pour toi, tu sais. Tu n'allais vraiment pas bien et je ne voudrais pas que tu essaye de t'accrocher à une autre fille juste pour oublier la première »
« Je ne vais pas tomber amoureux de Lily. Fin de l'histoire. » Coupa le jeune homme avec humeur. « Je suis encore capable de coucher avec une fille juste parce que j'en ai envie sur le moment, tu sais ? Je faisais ça bien avant Si... je veux dire- »
« C'est bon, tu peux le dire » Myriam attrapa son manteau et l'enfila. « Je sais parfaitement ce que fait Sirius de ses nuits, pas besoin de me ménager »
« Myriam ! » La rappela James alors qu'elle s'en allait « Crois-en mon expérience de coeur brisé et briseur de coeur, ne fais pas comme si ça ne te touchait pas, ce sera pire après »
« M'ouais » La jeune fille prit la note que Lily avait laissé sur le bloc note et ouvrit la porte d'entrée en regardant James « Je pense que ça passera mieux si c'est moi qui prend contact avec elle. J'irai le dire à Remus et Peter, occupe-toi de Sirius »
« Myriam... » Murmura le jeune homme en regardant à travers à la porte d'entrée.
« Quoi ? Ce n'est pas parce que ce qu'il fait avec son cul ne m'intéresse pas que j'ai envie de le voir. Et ne me dit pas que je suis supposée rester prostrée dans mon lit à engloutir des barres de chocolat comme tu l'as fait pendant que lui savoure sa liberté »
« C'est pas ça... » Répliqua James en fixant toujours l'extérieur.
Agacée, Myriam se retourna et se retrouva nez à nez avec ... Sirius Black. Le jeune homme portait une veste en cuir et elle aperçut sa moto garée à l'entrée de l'allée. Il n'avait vraiment pas changé durant ses trois semaines. Enfin, pas physiquement. Ses cheveux étaient toujours aussi bien peignés et il était toujours aussi beau.
Un silence tendu s'installa avant que la jeune fille ne détourne les yeux du visage de son ancien petit ami et passe à côté de lui. « A plus tard James »
« Myra, attends » L'appela Sirius en lui attrapant le bras. La jeune fille se figea. « Je... je voudrais te parler »
Doucement, elle se retourna et retira la main de Sirius de son bras, refusant de prendre en considération les picotements de ses doigts là où elle le toucha. Elle ne rencontra pas son regard gris et d'une voix basse répondit « C'est trop tôt »
« S'il te plaît » Insista-t-il en prenant sa main dans la sienne.
D'un geste vif, la jeune fille se dégagea. « Ne me touche pas ! Merlin seul sait quel genre de microbes tes pouffiasses t'ont laissé. Je dois y aller »
« Myra ! »
« Sirius, laisse-la » Conseilla James qui était toujours en boxer sur son perron.
« Qu'est-ce que tu croyais ? » S'énerva Myriam alors qu'elle était arrivée à la moitié de l'allée. Elle se retourna vers Sirius qui la fixait toujours, arrêté devant James. « Qu'il suffit que tu reviennes vers moi pour que je fasse comme si de rien n'était ? Ca y est, tu t'es assez amusé, tu t'es fait toutes les nouvelles expériences qu'il te manquait tant ? Bravo, tu es devenu un grand garçon ! Mais ne me parle pas ! Je n'ai pas envie de te voir ou de t'entendre »
« C'est toi qui m'as quitté » Cria Sirius en retour en s'avançant dans sa direction. James pâlit et secoua la tête d'un air désespéré. Il allait encore avoir ses voisins sur le dos si ses amis continuaient à gueuler ainsi. « Tu ne vas me le reprocher non plus ! »
« Ouais, je t'ai quitté. Et toi, tu ne t'es pas défendu. Tu ne t'es même pas demandé pourquoi je le faisais ! Tu as dit que c'était une bonne idée et le lendemain, tu ramenais une fille chez nous Sirius ! »
« Mais Myriam… » Murmura le jeune homme en faisant un autre pas vers elle.
« Ne me parle pas » Répéta-t-elle d'une voix vibrante sous l'émotion. « S'il te plaît Sirius, ne me parle pas »
Il acquiesça et elle partit puis transplana sans ajouter un mot. Lui resta prostré un moment au milieu de l'allée de la maison de James dans une pause coupable. C'était la première fois qu'il la revoyait depuis qu'ils n'habitaient plus ensemble et il savait que rien n'avait changé pour lui. Le simple fait de la voir, de l'apercevoir, le faisait se sentir mieux et plus mal aussi de ne plus l'avoir pour lui.
Exactement comme quand il avait seize ans et découvrait ses sentiments pour elle, il avait senti son cœur s'agiter et ses paumes devenir moites en l'apercevant derrière la porte. Il avait fait un saut en arrière, était mort sous l'envie de la serrer contre lui et de la supplier de revenir et d'oublier ce mauvais pas parce que, Merlin, il l'aimait.
Sirius n'avait jamais été quelqu'un de patient. Et il ne voulait pas attendre que Myriam l'oublie ou passe à autre chose avant de prendre son avenir en main. Il allait la récupérer et faire en sorte que leurs vies redeviennent aussi belles qu'elles l'étaient avant. Il allait faire en sorte qu'elle oublie tous ses mauvais côtés, le comportement honteux qu'il avait eu depuis leur rupture, tout le mal qu'il lui avait fait.
Il devait le faire pour ne pas craquer lui-même.
« Mec ? » L'interpella James « Je commence à me les geler là, tu rentres ? »
« Ouais » Grogna Sirius en reprenant son chemin vers la maison « Alors, cette soirée hier ? »
« Intéressante » Déclara James avec une moue conquérante que Sirius connaissait par cœur pour l'avoir régulièrement vue sur le visage de son ami.
Il haussa un sourcil. « Blonde ou brune ? »
« Rousse »
« Les plus chaudes » Affirma le jeune animagus en prenant un pot de glace dans le frigidaire de son meilleur ami. Puis Sirius se figea et se retourna vers James avec une grimace dégoûtée. « Enfin, les rousses sauf Annabelle »
« Merlin, la ferme avec ça ! » Eclata James sans raison apparente. « Vous allez arrêter de tous la critiquer, oui ? »
« Il faut quand même reconnaître qu'elle n'était pas … »
« Quoi ? Et si Myra était défigurée dans un horrible accident, tu arrêterais de l'aimer ? » Le questionna James en ramassant son tee-shirt qu'il venait de repérer dans un coin de la cuisine. « C'est pas parce que je suis un dieu grec que mes copines doivent toutes être des parures de mode ! »
« Wouah, Jamesie, t'es sur les nerfs, là » Remarqua Sirius en lui tendant son pot de glace dans un élan charitable. « Du calme. C'est juste que c'était la première fois qu'on te voyait t'accrocher à quelqu'un de moche, c'est tout »
« Bien » Conclut James de mauvaise grâce. « Qu'est-ce que tu fiches chez moi un samedi ? Je croyais que tu bossais »
« J'ai eu deux pass pour le match de qualification de l'Angleterre en coupe du monde » Annonça le jeune homme « Avec accès aux vestiaires avant le match pour l'interview. Mais bon, si tu es de si mauvaise humeur, je vais aller les proposer à Peter… »
« Attends ! » L'interpella James alors que Sirius se dirigeait vers la sortie. Il prit son ami par les épaules et le conduisit jusque dans son salon « Que dirais-tu de profiter de ma déco géniale et de finir toutes mes réserves de bouffe pendant que je me change ? Tu es chez toi, ici, tu sais Patmol ? »
« Bordel James, heureusement que tu bosses pour ton paternel, tu es le pire lèche-botte que j'ai vu ! » Plaisanta Sirius en sortant de sa poche arrière deux tickets. « Tiens et soit à l'heure pour une fois »
James prit le papier et regarda avec les sourcils froncés son ami quitter sa demeure. Quelque chose clochait avec Sirius aujourd'hui, ça se voyait comme une licorne au milieu d'un pré de sombrals. La preuve, il ne lui avait pas volé le pot à peine entamé de glace mais l'avait laissé dans la cuisine.
« Hé, Sirius ! » Le rappela-t-il au dernier moment alors qu'il enfourchait sa bécane « Si quelque chose n'allait pas, tu me le dirais ? »
Patmol releva les yeux et sembla soulagé que James l'ait découvert. Il ouvrit la bouche, comme s'il s'apprêtait à dire quelque chose mais la referma aussitôt et secoua la tête dans un geste de dérision. « Tout va bien » Assura-t-il en démarrant le kick.
Mais, en le regardant s'éloigner sur son engin noir, James savait parfaitement que c'était faux. Et avec ça, il avait oublié de parler de Lily au garçon. Haussant les épaules, James rentra chez lui, conscient qu'il allait encore être en retard. Les habitudes reprenaient simplement après cette nuit et cette matinée des plus hors du temps.
Mais il savait qu'il reverrait bientôt Lily Evans et cette perspective le rendait extrêmement joyeux.
A Suivre
Dans le prochain chapitre :
Lily se pose des questions sur la vie sexuelle de Peter
Sullivan fait une démonstration du romantisme viril
