voilà le chapitre 2. Désolée d'avoir été un peu longue, mais ma muse me faisait défaut sur le chapitre 3 et je voulais pouvoir le publier rapidement derrière celui-là (vous allez comprendre si vous lisez celui-là). Finalement, elle est revenue de vacances (ma muse!) et je devrais pouvoir finir assez vite le chapitre 3. En attendant, voici le 2. J'espère qu'il vous plaira.

Le disclaimer tient toujours (malheureusement! *soupir*).


6 mois plus tard

- Mais enfin! Sergent Bordey. Soyez sérieuse deux minutes. Comment le Conseiller Thompson aurait-il pu être en réunion et assassiner sa femme? Vous rendez-vous compte des conséquences pour vous si vous arrêtez cet homme? Inspecteur Poole, faîtes-lui entendre raison!
Le préfet s'étranglait pratiquement de colère. Tandis que Richard terminait les détails administratifs d'une enquête conjointe avec la police française sur une énorme arnaque financière, qui avait fini par un meurtre sanglant (celui de l'arnaqueur!), Camille avait pris la tête d'une nouvelle enquête, le meurtre de la femme d'un conseiller municipal particulièrement influent sur l'île, et elle était sûre que le mari était coupable sans pouvoir le prouver. Leurs indices n'étaient pas concluants, même s'ils pointaient dans la direction du mari. Mais elle avait tellement interrogé le conseiller pour trouver une faille dans son témoignage, que celui-ci avait fini par se plaindre de harcèlement au chef de la police.
Richard et elle avaient donc été convoqués dans le bureau de leur supérieur, chose extrêmement rare, puisqu'il préférait venir les voir au poste.
Le préfet se tourna vers Richard, en insistant : « J'attends! »
- Je doute de réussir, Monsieur...
- Pardon?
- … Et avec tout le respect que je vous dois, je suis d'accord avec Camille dans cette enquête.
La jeune femme lui lança un regard surpris : Richard avait plutôt l'habitude de ne pas prendre partie dans ces cas-là. D'autant plus que, cette fois, il ne suivait l'affaire que de loin, se fiant aux rapports quotidiens que Camille lui faisait. Patterson, quant à lui, paraissait au bord de l'apoplexie.
- Vous pouvez répéter?
- Je sais bien que nous n'avons pas encore trouvé de preuves irréfutables, mais je reste persuadé que le mari est le suspect le plus probable : il avait les moyens, le motif, ne manque que l'opportunité. Mais je suis sûr que nous trouverons un défaut dans son témoignage en continuant à chercher. Et cela signifie revoir avec lui son témoignage...
- Certainement pas! S'exclama le chef de la police. Je suis certain que « Camille » a trouvé les arguments pour vous « persuader »...
Leur supérieur avait insisté sur le prénom de la jeune femme et sur le verbe persuader, d'une façon qui ne laissait aucun doute quant à la signification de ses paroles. L'inspecteur rougit un peu et se redressant de toute sa hauteur, répondit sèchement :
- Quelle que soit ma relation avec le « Sergent Bordey », Monsieur, je garde mon jugement et mon intégrité professionnels.
- Quoiqu'il en soit, inspecteur », rétorqua le préfet, sans se laisser perturber, « Le conseiller Thompson est à présent hors limite, vous m'entendez! Si vous voulez prouver sa culpabilité, il faudra trouver un autre moyen. Je vous remercie d'être passé.
Ces dernières paroles leur signifiant leur congé, les deux officiers de police sortirent du bureau. Comme ils se dirigeaient vers la voiture, Camille serra brièvement la main de son ami.
- Merci, Richard, de m'avoir soutenue. Tu n'aurais pas dû, tu vas te mettre le chef à dos. » Richard haussa les épaules sans répondre. « Ce n'est vraiment pas le moment. J'ai l'impression que le chef est au courant pour nous. » continua-t-elle, d'un ton soucieux.
- Bien sûr qu'il est au courant, Camille », répondit son supérieur, en répondant à la pression de sa main, avant de la relâcher pour ouvrir sa portière. « Dans cette île, personne ne peut rien garder secret très longtemps. »
- Pourquoi dis-tu ça? » demanda le sergent, en le rejoignant sur la banquette de la voiture.
- A notre dernière enquête, quand il est venu nous hurler dessus pour avoir détruit la moitié de la plantation des Seymour...
- Le moulin historique, Richard, pas la moitié de la plantation... Oh! Je vois...
- N'est-ce pas? Il est venu au bureau, il ne nous a pas convoqué.
Camille se tourna vers lui. Il restait derrière le volant, sans vouloir faire mine de démarrer.
- Richard?
- Mmm?
- Tu crois que ça va nous attirer des ennuis?
- Oh non, pas si on arrive à prouver que le conseiller n'était pas à la réunion municipale, avec 28 autres conseillers...
- Non, Richard. Nous, à l'égard du chef?
Richard se tourna à son tour vers elle.
- Oh! Ça?...
- Oui, ça. Ça n'a pas l'air de t'inquiéter. Il peut te renvoyer en Angleterre et demander un remplaçant, tu sais.
Richard lui sourit, avant de demander :
- A quand remonte l'incendie chez les Seymour?
- Je ne sais plus. 4 ou 5 mois.
- Je pense qu'il l'a appris peu de temps après.
- Comment?
-Il m'a fait une remarque quelques semaines plus tard, sur le fait que j'avais enfin trouvé une raison de rester sur cette île!
- Quoi? Pourquoi tu ne m'as rien dit?
Richard haussa à nouveau les épaules, mais répondit d'un ton conciliant :
- Parce que je n'ai pas fait attention, sur le coup. Tu sortais de l'hôpital, après ton infection. La remarque m'a paru étrange, mais je n'y ai plus pensé. C'est sa remarque sur le fait que tu m'avais persuadé qui m'y a refait pensé. Donc, tu vois : nous n'avons probablement pas de souci à nous faire sur ce front. S'il le sait depuis plusieurs mois, et qu'il n'a rien fait, c'est plutôt l'affaire Thompson qui menace notre carrière et je pense que, comme moi, tu tiens beaucoup à ta carrière, donc on a plutôt intérêt à prouver que le conseiller a tué sa femme! » conclut-il, avant de démarrer la voiture.
Camille soupira. Pour une fois, elle ne trouvait rien à redire à son argumentation.
La solution arriva par Dwayne, étrangement. Le lendemain, Il retourna interroger tout le conseil, puisque le conseiller était devenu hors limite, qui lui confirma ce qu'il savait déjà. Que le conseiller était resté pendant tout le conseil. Mais avant de repartir, il ne pût s'empêcher d'aller flirter avec la petite réceptionniste, une jolie métisse d'une trentaine d'années. Bien lui en prit. Celle-ci était partie précipitamment au chevet de sa mère, en Guadeloupe, le lendemain du meurtre de Mme Thompson, sans avoir été interrogée, et venait juste de revenir. Et elle avait des choses très intéressantes à raconter.
- Chef, Camille, j'ai trouvé la faille du témoignage », s'exclama-t-il, en se précipitant dans le poste. « C'est bien lui le coupable, il n'était pas présent à tout le conseil, il a disparu plus d'une demi-heure pendant la pause et personne ne l'a vu pendant tout ce temps. Quand il est revenu, il a prétexté être resté aux toilettes, à cause d'une «indisposition», sa propre expression.
Richard se tourna vers son adjointe :
- 30 minutes. Était-ce suffisant pour qu'il commette le meurtre?
Camille s'approcha du tableau blanc sur lequel ils avaient accroché une carte portant une croix pour le lieu du crime et une croix pour le lieu du conseil.
- 5 minutes aller, 5 minutes retour en allant vite, cela lui laissait 20 minutes, largement assez pour étrangler sa femme et la jeter du haut de la falaise », répondit-elle d'un ton satisfait.
Richard se tourna vers elle, en souriant :
- Je crois, Sergent Bordey, que vous devez procéder à une arrestation.
Camille lui rendit son sourire :
- Je crois bien, Inspecteur Poole.
Elle se tourna vers ses deux collègues.
- Messieurs, nous y allons?
Dwayne lui rendit son sourire, tandis que Fidel prenait les clés de la Jeep des mains de leur supérieur. Richard les regarda partir, discutant joyeusement sur le charme irrésistible de Dwayne avant de retourner à sa paperasse. Parfois la vie était belle, pensa-t-il en souriant.
Il venait à peine de s'asseoir à son bureau, quand le préfet entra dans le commissariat. Il se releva aussitôt, surpris.
- Monsieur le préfet?
- Ah! Inspecteur Poole, je vois que vous déléguez. J'en suis fort aise.
-Monsieur?
- Je viens de croiser les sergents Bordey et Best, et Dwayne. Ils m'ont dit qu'ils avaient la preuve que le conseiller leur avait menti.
- C'était vraiment l'enquête du Sergent Bordey...
- Tant mieux! » s'exclama le chef, sans relever la remarque de l'inspecteur. « Ce petit pédant faisait plus de mal que de bien à notre chère île.
Richard le regarda, les yeux écarquillés de surprise.
- Ah, mais ne vous y trompez pas, inspecteur. Si vous aviez eu des preuves solides, je ne vous aurais pas passer un savon comme je l'ai fait. Mais vous devez avouer que votre relation avec Camille peut laisser des doutes quant à votre objectivité. Parfois.
- Je ne pense pas vous avoir jamais fait douter de mon objectivité, Monsieur.
- Non bien sûr que non, Richard. Hum! Écoutez!... D'abord asseyez-vous, s'il vous plaît. Nous avons des choses sérieuses à discuter.
Quand ils furent tous les deux assis, le chef continua :
- Tout d'abord, sachez que je n'y suis absolument pour rien, et que cela n'a aucun rapport avec notre conversation d'hier. » Il fit une pause avant de continuer : « J'ai reçu un coup de téléphone du chef de la police de Londres. Apparemment Scotland Yard était très impressionné par votre enquête sur la fraude, en collaboration avec la police française. Et ils souhaiteraient vous offrir un poste, à la NCA...
- Pardon?
- Oui, vous m'avez bien entendu. De plus, comme le grade d'inspecteur ne suffirait pas dans vos fonctions, ils poussent pour que vous obteniez le grade d'inspecteur chef, ce que, avec vos états de service, je suis sûr vous obtiendrez.
- Vous voulez dire... » Richard s'éclaircit la gorge : « Vous voulez dire que je rentrerais à Londres? Avec une promotion? »
- Vous m'avez bien entendu, inspecteur. Et vous ne pourrez pas me dire que je vous prends en traitre cette fois. Ils m'ont appelé il y a une heure. Cependant, ils ont besoin de quelqu'un très vite : vous avez 5 jours pour vous décider - ils m'ont indiqué que vous étiez leur premier choix, si cela peut peser sur votre décision - et me donner votre réponse, pour que nous puissions entamer toutes les démarches administratives : vous trouver un remplaçant, etc...
- 5 jours? Mais je ne peux décemment pas décider en 5 jours!
- Je suis surpris, Richard : il y a quelques mois, vous auriez décider en 5 secondes!
Richard le dévisagea avant de répondre d'un ton égal :
- Vous savez très bien que ma situation a changé depuis quelques mois.
Comme pour souligner ses paroles, des éclats de voix leur parvinrent aux oreilles, signalant le retour de ses collaborateurs. Ils avaient été très rapides, pensa Richard avec une soudaine angoisse.
- 5 jours, Richard », insista le préfet, en se levant. « Je suis sincèrement désolé de ne pas pouvoir vous donner plus de temps. » Richard le crût. Il se leva, serra la main de son supérieur :
- Merci Monsieur, vous aurez ma réponse dans les temps.
Le chef se dirigea vers la porte, à laquelle il croisa Camille:
- Félicitations Sergent. J'étais sûr que vous trouveriez la solution.
Et il continua son chemin, sans laisser le temps au sergent de lui répondre. Elle entra derrière Dwayne et Fidel, qui traînaient un conseiller récalcitrant vers les cellules.
- C'est un scandale. Vous entendrez parler de moi, je vous assure...
- Dîtes-ça au juge, s'exclamèrent en même temps Richard et Camille. Ils se regardèrent en souriant. Mais Richard rompit le charme en baissant les yeux, avant de se rasseoir à son bureau.
Camille s'approcha, intriguée.
- Ça va, Richard? Que voulait le chef?
Richard releva la tête, ouvrit la bouche pour dire quelque chose, la referma, puis finalement se décida :
- Il vient de me donner une nouvelle qui aurait été formidable il y a quelques mois, mais maintenant...
- Quoi? Oh non! Ne me dis pas qu'il a demandé ton remplacement?
Richard hésita, puis se leva, en refermant le dossier qu'il n'arrivait plus à lire depuis 10 minutes, saisit sa veste, et dit à Camille :
- Allons ailleurs, tu veux bien? » Puis il lança vers les cellules. « Camille et moi devons nous absentés. On se revoit demain. »
- Ok, chef, entendirent-t-il dans un parfait unisson. Un brin moqueur.
Sans relever le ton de ses subordonnés, il entraîna Camille à sa suite.
- Où va-t-on?
- Je t'emmènerai bien chez moi... ce n'est pas pour ce que tu crois, Camille, ajouta-t-il, en voyant le regard de sa collaboratrice, mais j'ai besoin d'un verre, et je n'ai rien de décent chez moi. On va aller au bar de ta mère.
- Ok, répondit Camille, sans insister. Cela avait l'air très sérieux.
Ils firent le chemin jusqu'au bar de Catherine en silence, Richard essayant de rassembler ses pensées, et Camille de plus en plus inquiète au sujet de la nouvelle que le chef avait délivrée.
Quand ils furent installés dans le patio, loin des oreilles indiscrètes (entre autres, de sa mère), Richard avec un whisky (un whisky? Richard?) en plus de son thé habituel, Camille avec une bière, Richard décida de se lancer, alors il dit très vite :
- Londres m'offre un poste à l'Agence Nationale contre le Crime, avec une promotion d'inspecteur chef, et je dois leur donner ma réponse dans 5 jours, au plus tard.
Puis il se tut, et but son whisky d'un seul trait, qui lui fit monter les larmes aux yeux et tousser violemment. Il se servit une tasse de thé pour faire passer l'alcool.
Camille était muette. Foudroyée. C'était encore pire que ce qu'elle craignait. Elle aurait probablement pu faire changer d'avis Patterson, une fois qu'il se serait calmé. Mais ça! C'était un coup bas et des pires. Richard n'allait pas hésiter une seconde : Londres, une promotion, un boulot à la hauteur de son intelligence. Comment pouvait-elle faire le poids? Et même s'il hésitait 5 minutes, Londres et son humidité suffirait à la convaincre.
- Camille? Ça va?
-Non, ça ne va pas. Je dois... » Elle se leva. Richard se leva à sa suite. « Je dois aller prendre l'air. »
- L'air? Nous sommes dans un patio.
- Je dois sortir d'ici. Je... je t'appelle plus tard.
Et sans attendre la réponse, elle s'enfuit en courant. Elle n'entendit pas Richard la rappeler :
- Camille, attends! Il faut qu'on en discute.
- Discuter de quoi? » demanda Catherine, qui s'était approchée en voyant l'air défait de Camille.
- D'une bonne et d'une mauvaise nouvelle que j'ai reçue.
- Oh! Deux nouvelles dans la journée? La bonne doit sûrement contrebalancé la mauvaise, non?!.
- Non, Catherine. C'est la même. » Richard soupira. « Merci pour le thé, mais il faut absolument que je discute avec votre fille de cette nouvelle. Vous ne savez pas où je pourrais la chercher?
- Connaissant ma fille, vous pouvez la chercher toute la semaine sans la trouver, si elle en a décidé ainsi.
- J'ai 5 jours, Catherine, un peu d'aide serait la bienvenue.
- Pourquoi vous aiderais-je à rendre ma fille malheureuse? J'imagine que cette nouvelle est bonne pour vous et mauvaise pour elle... Vous partez de l'île, c'est ça? Vous retournez à Londres?
Richard poussa un nouveau soupir. Pourquoi tout le monde supposait qu'il voulait absolument repartir. Camille était sur cette foutue île, c'était une raison suffisante pour rester. Pour lui, en tout cas. Il décida de corriger Catherine.
- Non, la nouvelle est bonne et mauvaise pour moi... Mais peut-être que mauvaise pour votre fille effectivement. Quoi qu'il en soit, je dois lui parler.
Il se dirigea vers la porte, avant d'entendre Catherine le rappeler :
- Il y a une petite baie, à environ 500 mètres au nord de votre bungalow où elle aimait se cacher quand ça n'allait pas du tout. Peut-être qu'elle y va encore.
- Merci Catherine. Et je suis sincèrement désolé d'avoir contrarié votre fille.
Catherine le savait sincère, mais elle ne put que lui répondre.
- Si vous partez vraiment, Richard, cela sera bien plus qu'une contrariété pour ma fille.
- Et pour moi, également, Madame. Et pour moi également. » répondit le détective avant de rejoindre la jeep et de partir sur les chapeaux de roues.
Catherine avait raison. Richard dût batailler avec le sable pendant une centaine de mètres, ce qui était préférable à batailler contre la forêt, mais il réussit à rejoindre la baie qu'elle lui avait indiquée, et Camille était bien là.
Elle ne leva la tête que quand il lui fit de l'ombre et elle sauta sur ses pieds, combative :
- Que fais-tu là? Comment m'as-tu retrouvé?.. Ça n'a aucune importance, d'ailleurs, laisse-moi tranquille.
Elle s'apprêtait à repartir vers la forêt mais Richard la retint par la main.
- Nous devons en discuter, Camille. Je n'ai que 5 jours pour prendre une décision.
A ces mots, Camille ricana :
- Pff! Comme si ta décision n'était pas déjà prise.
Richard la regarda, incrédule.
- Bien sûr que non. Pourquoi penses-tu ça?
- Scotland Yard, Londres, une promotion, et tout le thé que tu peux boire?! Je pensais que c'étaient des raisons suffisantes.
- Et nous dans tout ça?
Camille le regarda un instant sans comprendre.
- Nous? Répéta-t-elle.
Pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, Camille réalisa qu'elle venait de blesser Richard. Profondément.
- Bien sûr nous! Est-ce que ça ne compte pas? Est-ce que les six derniers mois n'auraient pas de poids dans la balance?
Et soudainement, Richard explosa :
- Mais pourquoi donc les gens qui me connaissent le mieux dans cette île pensent que je la hais tant que je serais prêt à repartir à la première occasion? Pourquoi personne ne peut imaginer que je puisse avoir envie de rester... que j'ai d'excellentes raisons de rester? Enfin, une. » corrigea-t-il en jetant un regard appuyé sur Camille. « Est-ce que notre relation a si peu de valeur à tes yeux, que tu me penses capable de repartir sans un regard en arrière? Évidemment que Londres me manque, évidemment que j'aimerais pouvoir une fois dans la semaine déguster une tasse de thé sans avoir à subir l'inquisition de ta mère, que j'aimerais revoir la pluie, et sentir le froid et remettre mes pulls et mon imper, et prendre le métro tous les matins... non, ça, ça ne me manque pas! Mais est-ce que Saint-Marie ne te manquerait pas aussi, si tu ne l'avais vu que 5 jours en trois ans?
- Je...
- Non, je n'ai pas fini. Mais d'un autre côté, est-ce que notre relation n'est pas une raison suffisante pour que je reste? Si tu ne m'aimes pas comme je t'aime, dis-le moi franchement, et je serai dans le prochain avion pour Londres!
Il dût s'arrêter, à bout de souffle. Camille le regardait, avec les yeux écarquillés de surprise.
- Quoi, cracha-t-il... Quoi? Répéta-t-il, plus calmement.
- Tu viens de dire que tu m'aimes.
Ils se regardèrent en silence pendant un long moment. Finalement, elle vit les épaules de Richard se relaxer, et il confirma :
- Bien sûr que je t'aime. Pourquoi crois-tu que je sois planté là depuis dix minutes à laisser mes chaussures se remplir de sable?
Camille ne put s'empêcher de sourire.
- Tu ne me l'avais jamais dit.
- Je croyais que je te l'avais assez prouvé. Tu n'as pas répondu à ma question.
- Laquelle?
- Est-ce que je dois prendre le prochain avion pour Londres?
Ce fut au tour de Camille de rester très longtemps silencieuse. Elle se rassit dans le sable et après un moment d'hésitation, Richard s'assit près d'elle. Sans faire la grimace, pour une fois.
Elle soupira, puis finalement prit la parole :
- Bien sûr que tu dois rentrer à Londres, Richard. C'est l'opportunité d'une vie. Tu ne peux pas manquer ça.
- Pardon? » Le ton était franchement choqué.
Camille se tourna vers lui, et lui prit les deux mains.
- Je t'aime, Richard. Je n'ai jamais été dans une relation aussi sérieuse avec un homme avant toi. Mais c'est pour ça que tu dois partir...
- Je ne te comprends plus...
- Il s'agit d'un poste de rêve pour toi, dans ta ville natale, une ville que tu as dans le sang, comme Saint-Marie est dans le mien. Bien sûr que notre relation est importante, et s'il y avait un moyen de la faire fonctionner, tout en te permettant de retourner dans ton pays glacial, je n'hésiterais pas une seconde à le saisir. Mais le poste que Scotland Yard – Scotland Yard, Richard – t'offre, avec la promotion qui l'accompagne, tu n'auras peut-être plus jamais cette opportunité, et je t'aime trop pour te retenir...
- Mais... » Camille leva la main.
- Oui, je sais. On est heureux en ce moment, et on pourrait l'être encore un peu. Mais si tu restes pour moi – et c'est tout à ton honneur de l'envisager – tu vas finir par m'en vouloir, dans six semaines, six mois ou six ans, et notre relation va pourrir. Tout va bien entre nous en ce moment, mais imagine que le beau temps vire à l'orage et que tu t'aperçoive que tu es coincé sur cette île pour le restant de ta carrière, que risque-t-il de se passer à ce moment?
- Je peux toujours demander ma mutation, tu sais » ne put s'empêcher de corriger Richard.
Camille secoua la tête en souriant :
- Tu vois très bien ce que je veux dire.
- Oui, je vois. Merci Camille de m'avoir éclairé sur notre futur..
- Tu sais...
Richard leva une main, à son tour.
- Ah! C'est mon tour à présent. Je crois quand même que j'ai mon mot à dire sur notre relation, non? Si je fais un choix aujourd'hui que je regretterai demain, tu ne penses pas que je m'en prendrai à moi-même, avant de m'en prendre à toi?
- Richard...
- Tu sais combien de relations j'ai eu avant toi?... Aucune! Tu es la première femme avec laquelle j'ai vraiment envie de passer du temps et tu penses que je jetterais tout ça aux orties sans une seconde d'hésitation...
- Ne rends pas les choses plus difficiles qu'elles ne le sont déjà...
- Je rends les choses difficiles? Je trouve...
Camille se pencha vers lui, et le fit taire d'un baiser, long, intense, et un peu désespéré. Elle connaissait déjà la conclusion de cette conversation. Elle avait l'intention de le convaincre de prendre l'offre, le choix qui le rendrait certainement le plus heureux à long terme, et elle y arriverait, quoi qu'il lui en coûte. Elle avait au moins hérité ça de sa mère : le pouvoir de persuasion.
Quand elle releva la tête, Richard garda les yeux fermés. Elle prit donc la parole avant qu'il reprenne ses esprits.
- Au fond, tu sais très bien que c'est la meilleure solution, même si tu refuses de le voir pour l'instant. Pour nous aussi, Richard. Et je vais réussir à t'en convaincre, je t'assure...
- Aucune chance, murmura le détective.
Deux jours plus tard, Richard annonçait au préfet qu'il prenait le poste à Londres. Même si Camille l'avait convaincu, il donna sa décision à son supérieur avec des sentiments partagés.
Un mois plus tard, ils l'accompagnèrent tous à l'aéroport, le chef étant également là pour accueillir son remplaçant. Il lui serra la main et lui dit :
- Cela a été un immense honneur de vous avoir ces trois ans, inspecteur Poole... Pardon, je veux dire: inspecteur-chef. Encore félicitations et j'espère que vous trouverez une grande satisfaction dans votre nouvel emploi.
- Merci beaucoup, Monsieur. Malgré nos différents, j'ai apprécié de travailler pour vous.
- Bonne continuation, Richard.
- Merci, Monsieur.
Le préfet s'éloigna pour aller discuter avec un notable qu'il avait reconnu.
Dwayne s'avança à son tour.
- Je dis ça en toute sincérité, chef, même si je ne pensais jamais le dire, et encore moins le penser : vous allez me manquer!
Richard eût un sourire amusé.
- Merci, Dwayne. Je suppose que de votre part, c'est le plus grand compliment que je puisse recevoir. Sachez que je suis aussi étonné que vous de pouvoir vous répondre que vous me manquerez aussi.
Dwayne éclata de rire, et lui prit la main pour la secouer chaleureusement, avant de le prendre brièvement dans ses bras, pour finir par une claque dans le dos, qui faillit déboîter une omoplate à Richard.
- Bon voyage, chef, et surtout donnez de vos nouvelles de temps en temps.
- Je n'y manquerais pas, Dwayne » répondit Richard en se massant l'épaule.
Fidel s'avança à son tour.
- Merci pour tout, chef. Je n'oublierai jamais ce que vous avez fait pour moi » dit-il d'un ton ému, en lui serrant la main avec force. Richard prit un air gêné.
- Ce n'était vraiment rien, Fidel. Vous ne devez votre réussite qu'à vos propres capacités. Je n'ai fait que vous donner un petit coup de pouce.
- Quoiqu'il en soit, je n'oublierai jamais votre coup de pouce, chef. Sachez-le. Et je rejoins Dwayne : vous allez nous manquer.
A ces mots, Richard se racla la gorge.
- Vous me manquerez aussi, Fidel. Assurément. » La réserve britannique avait refait son apparition.
- Bon voyage, chef. Juliette et le bébé vous embrassent également. » A ces mots, Richard rougit. Heureusement, Dwayne lui épargna un plus grand embarras en saisissant le bras de Fidel, et après un petit signe de la main, entraîna son collègue vers un stand de souvenirs.
Il ne restait plus que Camille. Ils se regardèrent sans rien dire pendant un moment, puis Camille prit la parole :
- Eh bien, je crois que tout le monde a tout dit. Je n'ai plus qu'à dire au revoir. » A ces mots, sa voix s'enroua.
- Camille...
Elle s'éclaircit la gorge :
- Je sais, je sais. Excuse-moi. C'est plus dur que je ne pensais, je n'aurais pas dû t'accompagner jusqu'à l'aéroport. Si on s'était dit au revoir chez toi...
Pour une fois indifférent au public qui les entourait, Richard fit un pas vers elle, et la prenant par la taille, il l'attira vers lui, et l'embrassa en faisant passer tout ce qu'aucun des deux ne pouvait se dire.
Dwayne, qui s'était retourné discrètement, donna un coup de coude à Fidel, et fit un signe du menton en direction des deux amants.
Le chef regardait également l'échange entre ses deux officiers, avec un mélange d'indulgence et d'amusement. Il était persuadé que ça n'était pas la fin pour ces deux-là.
Enfin, Ils durent se séparer pour reprendre leur souffle. Richard se pencha à l'oreille de la femme auquel il tenait plus que tout au monde et que pourtant il quittait, et il lui murmura :
- Je t'aime,Camille Bordey. J'aurais aimé... » Il se tût, embarrassé. Comment lui dire qu'il aurait aimé qu'elle vienne avec lui en Angleterre, tout en sachant qu'elle y serait malheureuse, et qu'il ne souhaitait que son bonheur, que ça lui faisait un mal de chien de partir, alors que dans le même temps, il était heureux à l'idée de revoir son pays. Tous ces sentiments contradictoires se bousculaient dans sa tête. Il choisit simplement de ne rien dire de tout ce qu'il ressentait.
A la place, il se redressa complètement, pour la regarder dans les yeux :
- J'ignore quand,et si, je pourrais revenir, Camille. Et je ne te demande rien. J'espère seulement...
- Je serai là quand tu reviendras, Richard... Alors, ne me pose pas un lapin! » conclut-elle, sur un ton faussement menaçant.
Richard lui fit un de ses trop rares sourires, de ceux qui atteignaient ses yeux clairs et détendaient tout son visage.
- Cela n'a jamais été mon intention.
Le haut-parleur se mit à crachoter :
- Les derniers voyageurs pour Pointe-à-Pitre sont priés de se rendre immédiatement à la porte d'embarquement...
Camille le prit dans ses bras et le serra contre elle. Richard la serra contre lui, comme s'il ne voulait jamais la laisser partir. Finalement, il la lâcha, et prenant sa sacoche, il partit d'un pas décidé vers la porte d'embarquement, sans un regard en arrière, par peur de ne pas pouvoir monter dans l'avion.
Camille le regarda partir, les yeux plein de larmes qu'elle ne retenait plus.
Dwayne, qui s'était approché, la prit par les épaules. Camille se retourna pour étouffer ses sanglots dans sa chemise.
- Allez! Va! » Dwayne lui tapotait le dos, dans un geste de consolation. « Je suis sûr qu'il reviendra. Tu connais son entêtement! » Ce qui ne réconfortait pas vraiment Camille dans l'immédiat. Dans le brouillard de tristesse dans lequel elle se trouvait, elle entendit la voix du préfet s'exclamer:
- Ah! Inspecteur Goodman. Bienvenu sur l'île de Saint-Marie. Je suis Selwyn Patterson, le préfet de cette île.
Son nouveau chef était arrivé.


Non! S'il vous plaît! Pas sur la tête! :-)) Ahah! Mais si vous me tuez, vous n'aurez pas la suite... Je ne peux pas faire de promesse, n'est-ce pas, mais comme je disais ma muse a daigné me souffler (enfin!) des idées pour le chapitre 3 et les deux derniers. Donc, si le vent souffle toujours dans le bon sens, je devrais pouvoir finir... assez vite. Stay tuned.

J'ai traduit Commissionner par Préfet. N'hésitez à me signaler si vous avez une meilleure traduction. Si j'ai bonne mémoire, Richard est considéré comme le chef de la police de St Marie.

La NCA est l'Agence Nationale contre le Crime (qui a un autre nom dans la série, son ancien nom, mais j'ai oublié lequel).