Un pantalon, un tee-shirt, des bottines et pour coiffure une queue de cheval. Je n'avais ni besoin de bijoux, ni d'arme… « Pour en faire quoi ? »

En un rien moins de temps, j 'étais hors de ma tanière, surprenant Nevra et Valkyon en conversation.

« _ Ça nous arrange alors… Ne fais pas cette tête ! »
La désinvolture de ce vampire était égale à son ego : démesuré.
Je levais les yeux au ciel. Ils me repérèrent à cet instant. Autant dire que leur conversation s'acheva.

Valkyon restait calme mais d'après ce que Nevra venait de dire, il était légitime de se demander si derrière cette façade il ne cachait pas quelque chose. Mais pas moi, je m'en contrefichais.

Nous retrouvions Ezarel devant les grandes portes. Je soupirais. J'aurais préféré me passer de lui, mais je n'avais pas le luxe du choix.

Le trajet était pesant. Je restais muette et en retrait. Je n'avais rien à leur dire et cela ne me dérangeait pas plus que ça.

Nous nous étions enfoncés dans la forêt. Valkyon m'indiqua alors un endroit. Je devais aller là-bas et ne pas bouger. La place était claire et il y avait assez d'endroits pour se cacher tout en visualisant où j'étais. Je m'exécutais.

Je n'avais pas envie de rester debout pendant des heures à faire les cent pas. Je m'asseyais.
Un bout de bois et voilà de quoi me divertir pour des heures. Je dessinais sur le sol, en fredonnant une mélodie. Elle ne devait pas être très audible aux autres, sauf Nevra qui laissait traîner ses oreilles un peu partout. Comme tout le reste, cela m'était égale.

Au bout d'un long moment, un bruissement se fit entendre.

Je ne bougeais pas continuant mes dessins et à fredonner cette mélodie qui me trottait dans la tête.
La bête ou le monstre qui ressemblait à une sorte de Blackdog , sortait enfin de l'ombre. Elle se pointa juste sous mon nez.

J'avais arrêté de chanter et dessiner, mais je restais stoïque. Il était si prêt que je sentais son odeur nauséabonde, cependant elle n'était pas horrible au point de vouloir partir. Il grogna fortement au point de me décoiffer.
Je redressais ma tête pour l'observer droit dans les yeux. Je lui murmurais alors d'une voix compatissante :

«_ Tu es aussi seul que moi, toi... »

Mon comportement perturbait le monstre. L'espèce d'amas de fumée noire était pourtant tellement terrifiante. Je tendis lentement, par précaution, ma main vers lui. Il me tendis sa tête en retour.
Alors que je ne ressentais aucun danger, j'entendis soudainement des cris. Je ne les comprenais pas.

J'avais sursauté ainsi que la bête.

C'était à son tour de pousser des hurlements à vous faire froid dans l'échine du dos. Je vis alors la gueule du monstre, avec des rangées de dents aussi acérées que celles d'un requin, s'ouvrir tellement que j'en demeurais figée. Je fermais les yeux m'attendant au pire.

Des bras forts m'encerclaient et dans un élan, je me sentais pousser sur le bas côté. J'avais mal. Preuve que j'étais toujours vivante.

J'ouvrais enfin les yeux. J'apercevais le monstre inconscient ou mort, il ne bougeait plus alors que Valkyon me tenait fermement dans ses bras. Il était calme mais sa voix trahissait de la colère ou de l'inquiétude ou… que savais-je encore ? On ne pouvait pas dire qu'il montrait ses sentiments donc prétendre qu'il s'inquiétait un peu pour moi était un jugement précipité et hasardeux.

En tout cas, il objecta :

« _ Pourquoi tu n'as pas bougé ? Tu voulais mourir ? »

Ses sourcils froncèrent.

Blasée, je repoussais son entrave en me relevant. Je rétorquais alors non sans véhémence :

« _ Qu'est-ce que ça peut te faire ? »

Je jetais un coup d'œil aux deux autres qui s'approchaient. Je rectifiais :

« _ Vous faire ?

_ J'avais promis de te protéger.», arqua Valkyon.

« _ Ha ça ! », fis-je en sortant de mes gonds encore plus que je ne l'aurais imaginé. « Comment je peux avoir confiance en vos paroles ? Vous vous servez de moi depuis le début comme d'un simple pantin. Toi, qui dès le premier jour a voulu me jeter en pâturage à des monstres. L'autre là-bas, était prêt à me dévorer littéralement pour son goûter et je ne parle même pas de l'elfe mesquin au plus haut point ! Donc, vraiment qu'est-ce que ça peut faire si je meurs ? Je ne suis qu'une humaine ! Mais, youhouuu… rebondissement ! Non ! Maintenant je ne suis plus rien et ça grâce à vous ! Alors merci milles fois, mais toutes vos promesses et toutes vos belles paroles, vous pouvez les garder et vous les mettre là où je pense ! Je n'en ai que faire de tout ça ! Vous n'êtes pas dignes de confiance. Vous me rendez malade. »

Ma colère avait grondé, du moins une partie. J'étais trop énervée pour rester en place, voir leurs tronches de cake dépitées ou non, et écouter leurs explications ou bien leurs sarcasmes. Non merci à tout cela ! Je déguerpissais vers le QG, direction cette chambre pour laquelle j'avais bataillé afin d'avoir un endroit décent pour dormir.
La mission était finie de toute façon, ils n'avaient plus besoin de moi. Pour ce qui concernait le rapport, ils n'auraient qu'à le faire à ma place, ça ne changerait pas grand-chose dans leur univers.

Je me morfondais. Avais-je voulu mourir ? Comment mourir quand on était déjà morte de l'intérieur ? Je n'avais plus vraiment d'espoir que ce soit ici ou ailleurs.

Ce soir là, je n'arrivais pas à me calmer les nerfs. J'attendais jusqu'à ce que tout soit silencieux. Je tenais à me faufiler hors de ma chambre pour me détendre. Munit de mon épée, j'avais grandement besoin de me défouler.

J'avais longuement réfléchi où je pourrais m'entraîner.

Dehors, je risquais de croiser du monde. Leiftan en particuliers qui aimait les balades nocturnes. Il y avait également Eweleïn qui cherchait des plantes à ces heures-là.

Sans m'étendre, la liste était assez longue. Je ne pouvais donc pas me résoudre à aller dans les jardins. La bibliothèque était fermée la nuit. Le labo, la cuisine et l'infirmerie, trop étroits, je risquais de faire du bruit et d'alerter du monde. Je n'allais pas me planter au milieu du hall, ni aller du côté des cachots, sans façon ! La forêt, il ne fallait même pas y penser...

Je décidais donc d'aller dans la salle de cristal. Là, j'étais sûre de croiser personne.

Face au cristal, je m'installais en tailleur , l'épée à côté de moi, oubliant ma venue première. De longues minutes, puis des heures s'écoulèrent ainsi.

J'étais troublée. On m'avait dit que j'étais liée au cristal. « Mais en quoi ? »

C'était peut-être une bêtise mais mon esprit me dictait de défier ce cristal !

« _ Ô oracle ! Qu'attends-tu pour pointer le bout de ton nez ? Je te préviens… Je vais détruire ce maudit cristal sinon ! », hurlais-je à en perdre haleine.

Il ne se passait rien.

« _ Pourquoi ne viens-tu pas oracle ? J'ai besoin de réponses… Quelles soient négatives ou positives ! »
Je brandissais alors mon arme. Toujours rien. Je m'élançais, prête à frapper.

Mon élan et ma volonté s'effritèrent au fur et à mesure que je m'approchais. J'arrivais à sa hauteur. Je sentais ma main s'alourdir.

« Qu'est-ce qui me prenait ? »

L'arme tomba alors dans un fracas. Au même instant, quelqu'un que je n'avais pas entendu arriver, m'enlaça. Je ressentais sa chaleur et son odeur m'était familière.

« _ Leiftan... », murmurais-je.

Des larmes coulaient le long de mes joues. « Pourquoi ? »

Leiftan attendit que mes pleurs cessent pour me demander :

« _ Comment te sens tu ? »
Je baissais la tête. Sans réponse de ma part, il continua sereinement :

« _ Je me doute que ça ne va pas... mais que comptais-tu faire avec cette épée ?»

Sa voix était douce. J'en avais tellement sur le cœur que je préférais lui dire la vérité.

« _ Si… je réussis à casser ce cristal, alors, toute cette magie et ce monde disparaîtront… Ainsi le sort pourrait être levé… Je retrouverai peut-être alors ma famille, mes amis, mon monde... »

Leiftan resta silencieux.

Je savais que c'était utopique. Je me berçais d'illusions, mais j'avais besoin de me raccrocher à quelque chose.

Une de ses mains se posa délicatement contre ma joue, me forçant en douceur à lui faire face.

« _ Tout ceci est normal avec ce qui vient de t'arriver… »
Tout le monde savait maintenant ce qu'ils m'avaient fait. Je n'avais pas besoin de ça, de leur pitié.

« _ Mais briser ce cristal n'engendra que la destruction de ce monde à petit feu. Personne, toi y compris, ne pourrait survivre. »

Je ne pouvais pas rétorquer. Il enleva sa main. Sa chaleur sur ma joue partit en même temps. Je ressentis un frisson traverser mon corps.

Peut-être n'étais-je pas devenue autant un zombie que je le croyais, ça me perturbait.

Leiftan poursuivait :

« _ Je suis certain que tu as stoppé ton geste en sachant qu'au fond de toi, tu ne pouvais pas faire ça à ce monde, aux personnes qui t'entourent .

_ Peut-être... »

Ce soir-là, Leiftan me raccompagna à ma chambre ni plus, ni moins. Il avait été si gentil… ou sage.

Je fermais les yeux. Heureusement que c'était lui qui m'avait aperçu. J'aurais pu retourner dans les cachots de mon arrivée ou même pire.

Je m'endormis sur ces pensées. La fatigue ayant eu raison de moi cette nuit-là.

Quatre ou cinq jours passèrent, peut-être plus, cependant rien avait changé. J'étais et je restais une vraie larve, n'aillant envie de rien…

Alors que j'étais étalée telle une carpette sur mon lit un bras ballant dans le vide, on frappa à ma porte. Je soupirais, la personne ne comptait pas quand même que je fasse l'effort suprême de venir à lui ? Apparemment si, car cette dernière insistait.

Dans ma grande bonté d'âme, ou plutôt de mon non-envie qu'on me dérange, j'ouvris la porte. Ykhar se tenait devant moi toute rouge et en sueur.
Je sentais son envie de me parler, mais j'attendais sans rien dire. Je ne voulais même pas faire l'effort d'engager une conversation, ni faire semblant.

Si elle continuait ainsi, Ykhar allait s'étouffer avec sa propre salive. Avant, cela m'aurait fait sourire… mais là, j'étais juste fatiguée. Elle avait réussi par délier ses lèvres. Seulement elle allait trop vite, je ne comprenais pas ce qu'elle débitait, hormis le mot « rapport ».

Pour toute réponse, je fus brève.

« _ Je ne suis pas intéressée. » dis-je comme si j'avais un démarcheur au téléphone, tout en refermant la porte.

Quelques minutes ensuite, on refrappait à la porte.

Je grommelais, je venais de me recoucher !

Cette fois-ci, il s'agissait de Valkyon. Je levais les yeux au ciel.

« _ Je ne ferais pas l'appât ! » rétorquais-je sèchement.

Je lui claquais la porte au nez. « Et puis quoi encore ? »

Je n'avais même pas bougé qu'on toquait à nouveau. Valkyon n'avait pas bougé également et il s'expliqua calmement. On pouvait dire qu'il ne manquait pas de culot…

« _ Ce n'est pas pour ce que tu crois. Je recherche Floppy, elle a disparu. »

Je soupirais. Il avait beau ressembler à Mister T il était aussi moelleux qu'un marshmallow lorsqu'il s'agissait de sa musarose.

« _ Je ne l'ai pas vue. », répondis-je.

Il semblait désemparé. Je lui laissais jeter un coup d'œil à ma chambre. Il y avait pas mal de recoins où une souris aurait pu se cacher, mais elle n'était pas là. Il s'en alla confus.

Environ une quinzaine de minutes après, on toquait de nouveau à la porte. Je soupirais une nouvelle fois.

« _ Vous vous êtes donnés le mot ce soir ? » m'écriais-je.

En ouvrant de nouveau la porte, je trouvais cette fois-ci Leiftan. J'étais étonnée de le voir ici. Il avait un léger sourire et il remarqua :

« _ Tu n'as pas très bonne mine.

_ Ah ? Je suis désolée ! » Dis-je désemparée en passant mes mains dans mes cheveux.

Mon propre comportement me stupéfiait. Pourquoi je réagissais aussi bizarrement quand il s'agissait de lui ? Certainement parce qu'il était le seul qui prenait ma défense et savait m'écouter sans porter de jugement hâtif. J'appréciais cela. Pour moi, il était la seule personne sensée que j'avais croisé jusqu'ici.

Je me reprenais. Il était malgré tout un membre important de la garde étincelante. Aussi, je devais clarifier la situation.

« _ Est-ce sur l'ordre de Miiko que tu es venu ? »

J'avais compris qu'il y a peu qu'elle usait de ce stratège pour que je ne fasse pas de vague ou pour pouvoir me manipuler plus facilement. Bien que Leiftan semblait apprécier nos moments même lorsque je me plaignais.
Je restais sur mes réserves. J'en avais trop bavé avec eux…

J'observais la moindre de ses réactions. Il semblait un peu vexé à ma question, mais il secoua légèrement la tête en dénie.

« _ Non », m'assura-t-il, « personne ne m'a envoyé. J'ai une surprise pour toi, mais pour ça, tu dois bien t'habiller.

_ Mon pyjama n'est pas assez chic ? »

Il rigola. Je ne comprenais pas vraiment. Il expliqua :

« _ Je t'emmène dans un endroit où il faut être apprêtée. Je te donne rendez-vous, disons dans deux heures devant la salle de cristal. »

Leiftan avait piqué ma curiosité au vif. J'avais envie réellement de savoir ce qu'il avait manigancé. Je m'entendis lui répondre :

« _ D'accord.»

Prise de court, les deux heures passèrent à une vitesse hallucinante. C'était fou quand on était négligée tout ce qu'il fallait faire pour paraître belle !
J'avais mis une robe comme j'aimais l'appeler arc-en-ciel ou shiny lady de couleur pâle, des talons, un collier fin et un chignon décoiffé. Simple mais efficace. Heureusement que je n'avais pas écouté Mojito, je serais devenue une femme fleur et plume. J'aimais en mettre mais avec parcimonie.

Ma première véritable sortie depuis longtemps que j'espérais agréable.

En me voyant Leiftan ne bougeait plus. Il ne disait rien.
« _ Leiftan ? », l'appelais-je en penchant la tête sur le côté.

Il rougissait comme une tomate bien mûre.
« _ Tu es vraiment charmante dans cette tenue. », me confia-t-il les joues empourprées.

A ses mots, le rouge tinta également mon visage. Il m'offrit alors son bras.

Nous déambulions dans les couloirs de la garde sans faire de mauvaises rencontres. Je ne savais dire où il m'emmenait. Je n'avais aucun sentiment négatif, ni peur. Je le laissais me guider.

A un moment, nous montions un étroit passage avec des escaliers. L'endroit semblait peu emprunté.

Nous arrivions enfin proche d'une salle. Il n'y avait pas âme qui vive dans les alentours.

Leiftan ralentissait son pas, je le questionnais alors :

« _ Sommes nous arrivés à destination ?

_ Oui. », confirma-t-il avec un sourire.

Il enleva mon bras avec grâce, puis libéré de l'emprise, Leiftan poussa une grande porte en bois.

« _ Si ma lady veut bien prendre la peine. »

Il fit une révérence qui incitait à pénétrer dans la pièce.