« Je m'en vais »

J'ai vu ton regard changer quand j'ai prononcé ces mots. Tu ne me croyais pas. Tu ne voulais pas me croire.

Tu es arrivé dans nos quartiers quand je rangeais, préparant quelques vivres et un petit sac à dos.

Tu ne m'as pas empêché de partir, trop respectueux à mon égard, peut être, ou simplement apeuré, littéralement sur le cul suite à la nouvelle.

Je suis allé voir Erwin, il était avec Hanji. Ils parlaient encore et toujours des titans. Je n'en peux plus. J'ai trop perdu, trop souffert, et je ne veux pas te perdre non plus. Ce n'est pas un acte mauvais, ni méchant, juste un acte amoureux, je ne peux pas te laisser mourir à petit feu ici, en te voyant dépérir au fur et à mesure que tu te bats, que tu te transformes. Alors je fuis, lâchement.

Erwin, lui, m'a presque frappé. Pourtant, il sait que ça ne me fait rien, il ne voulait pas, il refusait que je parte, il m'a supplié de rester. Pour toi, m'a-t-il dit, pour que tu ailles bien, que tu n'abandonnes pas, pour que tu ne te laisses pas mourir.

Je lui ai dit simplement la vérité, j'en ai marre, cette vie ne me va plus, je pars en quête de terres habitables, d'une autre ville fortifiée, d'un eldorado, un endroit où je serais inconnu.

Alors, il m'a insulté. Lui, qui garde en général un calme olympien et un certain contrôle sur la situation, perdait la face, et n'aimait pas ça.

Lorsque je tournais le dos, il me menaçait de me faire passer pour un traître, un déserteur.

« Je ne serai pas là pour le voir, que veux-tu que ça me fasse », lançais-je, dédaigneux, pour attiser sa fureur.

« Eh bien pars, vas y, fais toi bouffer, tuer comme un vulgaire poulet, mais je ne serai au courant de rien quant à ça, tu n'existes plus. Levi. Tu disparais de nos vies. »

Je partais, j'avais gagné. Je savais très bien le mal que je lui faisais, c'était mon ancien amant, mon amour de jeunesse avant toi.

Je savais très bien, aussi, que toi, tu ne t'en remettrais pas si vite.

Je partais le lendemain, à l'aube, sans rien sinon des provisions et mon cheval. J'avais pour seule arme un petit couteau de chasse, je ne tuerai aucun titan avec ça.

Le jour finissait de se lever lorsque j'arrivais dans une plaine, ici, je verrais tout ce qu'il se passe.

Mais rien, sinon des hurlements monstrueux et des bruits de pas grotesques et désordonnés.

Je suis seul. Enfin seul.

Après tant de souffrances, des années volées, et surtout après avoir passé plus de temps qu'il n'en faut sur cette terre, je peux mourir en paix.

Adieu, Eren.

Je t'ai aimé, toi aussi. Nous avons tous deux bien vécu, mais il est temps pour moi de disparaître.