Correctrice : Mademoiselle Danseuse.
Chapitre II
Wilson était euphorique. Cet état d'allégresse et de bonheur semblait ne plus vouloir le quitter. House devait reconnaître que la grossesse avait transformé Sam en un être presque côtoyable. Elle ne passait plus tout son temps à l'enquiquiner. Non elle souriait. Elle était sereine et calme. Wilson, lui, ne cessait de caresser et de parler au ventre de sa femme.
Tout cela semblait étrange à House... Comment un être aussi intelligent et sensé que Wilson pouvait-il tomber dans ce genre de piège pour benêt ? Comment pouvait-il s'émerveiller devant un fœtus ? Et Lisa, qui pourtant n'était pas fan de Sam il y a encore quelques semaines, suivait à présent la grossesse pas à pas.
Les deux couples se voyaient, pour ainsi dire, tous les week-ends. Les deux femmes semblaient être devenues les deux meilleures amies au monde.
Un dimanche midi, alors que Lisa et Sam s'affairaient à la cuisine, House couchait la petite pour la sieste. Wilson l'avait suivi et l'observait par l'entrebâillement de la porte. Lorsque House eut couché l'enfant il se retourna pour quitter la chambre et aperçu son collègue. Cette intrusion dans l'intimité qu'il partageait avec Rachel le mit mal à l'aise. Il avait l'impression d'avoir été espionné.
"Eh Wilson qu'est-ce que tu fous là ?"
"J'observe..., je te regarde faire !"
"Chut ! Coupa House. Tu vas la réveiller. Allons discuter plus loin."
Une fois dans le salon House prépara deux bourbons. Pendant ce temps, l'autre homme errait dans la pièce. Son attention fut attirée par un cadre posé sur la bibliothèque. Il s'en saisit et se dirigea vers son ami qui lui tendait un verre.
"Tu vois, commença-t-il en prenant une gorgée du liquide ambré, c'est grâce à toi que je n'ai aucun doute sur mon rôle de père !"
"Mais qu'est-ce-que tu racontes ? Une goutte d'alcool suffit à te faire divaguer ?"
Puis House aperçut la photographie dans les mains de Wilson. On pouvait le voir assis dans l'herbe, la petite entre les jambes. Cette image avait été prise la semaine dernière, dans leur jardin. Le diagnosticien se souvint qu'il racontait une histoire et que la gamine riait aux éclats dès qu'il modifiait sa voix pour interpréter les différents personnages.
"Ah ! Lisa et son obsession des photographies. Ce foutu besoin d'immortaliser chaque instant, comme si elle pouvait figer le temps... C'est d'un ridicule !"
Wilson jeta un nouveau coup d'œil au cliché, puis leva de nouveau les yeux vers son ami.
"Bah ! Vous êtes mignons sur cette photo."
House haussa les épaules. Mignon c'est bien la première fois que quelqu'un utilisait ce qualificatif pour le désigner. Quel naïf ce Wilson ! Un véritable utopiste... pensa-t-il.
"Lorsque je te vois avec Rachel ça me rassure. Tout semble naturel, facile et évident lorsque tu t'occupes d'elle. Si un handicapé des sentiments a la fibre paternelle, j'me dis que forcément moi aussi je l'aurai. Quand je te vois avec ta fille, j'ai hâte de pouvoir m'occuper de mon bébé... Et puis imagine, on pourra emmener nos enfants ensemble au parc." rit Wilson en se dirigeant vers la cuisine pour rejoindre Sam qui venait de l'appeler.
House était resté planté là, au beau milieu du salon, son verre à la main.
"Fibre paternelle, ta fille, nos enfants" raisonnaient dans sa tête. Le monologue de Wilson avait été pour lui une véritable révélation, un électrochoc. Il avait toujours considéré Rachel comme étant la fille de Lisa, de sa compagne... Jamais comme la sienne. Même s'il s'était attaché à la petite, qu'il avait appris à la connaître, s'occupait d'elle et en prenait soin... Il devait reconnaître qu'elle faisait partie intégrante de sa vie, au même titre que Lisa. Il adorait lorsqu'elle lui tendait les bras et souriait dès qu'elle l'apercevait. Ils s'étaient apprivoisés et se faisaient mutuellement confiance. Avait-il pour autant la fibre paternelle ? Non ! C'était pire que cela : il aimait Rachel comme sa propre fille.
House avait l'impression que cette révélation l'allégeait. Grâce à cet aveu il allait pouvoir aller de l'avant, envisager l'avenir plus sereinement. Comment avait-il put rester aveugle devant une telle évidence ? Et Lisa savait-elle qu'il aimait leur fille... Leur fille... Leur...
Cuddy était près de lui. Elle avait posé sa main sur son bras et le fixait d'un air inquiet.
"Ça va Greg ? Lui demanda-t-elle gentiment.
Elle l'avait appelé plusieurs fois, il ne répondait pas et elle l'avait trouvé, visiblement perdu dans ses pensées, debout dans le salon.
"Oui ! Ça n'a jamais été aussi bien." répondit-il dans un large sourire, la voix remplie de joie, juste avant de l'embrasser passionnément.
Cuddy fut tout d'abord surprise par son ton enjoué, mais oublia tout cela très rapidement en se laissant porter par la passion de son amant. Ils se séparèrent, leurs cœurs battant la chamade et le désir se lisant dans leurs regards. House se pencha vers l'oreille de Cuddy, il la lui mordilla, provoquant un frisson dans le corps de sa compagne. Il planta son regard azur dans le sien et lui susurra :
"J'ai envie de toi... Mais nos amis risquent de s'impatienter."
Et il claudiqua vers la cuisine.
"Tu me payeras ça House, tu me le payeras..." lui lança-t-elle.
Il se contenta de sourire sans se retourner et rejoignit l'autre couple suivie de Cuddy.
Lorsqu'ils se retrouvèrent tous les trois, House proposa de s'occuper du bain de Rachel pendant que Cuddy rangereait la cuisine. Cette dernière fût d'abord surprise par la requête. Habituellement il ne s'occupait de l'enfant que lorsqu'elle lui demandait. Puis elle sourit à l'idée que de passer du temps avec la petite devait lui être moins désagréable que les corvées ménagères.
House eut l'impression qu'on lui rendait la vue après de longs mois de cécité. Tout semblait différent. Il prit un réel plaisir à voir sa fille barboter dans la petite baignoire. Il rit quand elle l'éclaboussa et tapa à son tour dans l'eau. Ils riaient à l'unisson quand il entendit le cliquetis des talons hauts de Cuddy approcher rapidement. Il reprit son sérieux et se mit à laver l'enfant. Cette dernière sembla comprendre l'état d'esprit du docteur car elle se calma immédiatement et se laissa savonner. Cuddy passa la tête dans la salle de bain. Tout semblait normal. Elle se dit qu'elle avait halluciné et repartit.
"Merci !" dit-il avec un clin d'œil.
La petite lui sourit. Il se saisit de sa main et tapa dedans. Par mimétisme l'enfant frappa dans la sienne. Le diagnosticien se dit que sa fille était décidément parfaite.
Lorsqu'il avait entendu venir Cuddy, il avait pris peur et avait décidé de garder ses révélations pour lui seul. A prés tout il savait ce qu'il ressentait pour Rachel et il était persuadé que l'enfant le savait aussi. Partager ce secret avec elle lui semblait amplement suffisant...
Mais il y a des moments dans la vie ou on ne peut pas tout contrôler. Et quand le destin s'en mêle alors là... Même le plus grand des diagnosticiens ne peut rien contrôler et doit improviser...
