Chapitre 2 : Œil pour œil…
Lorsqu'elle se réveilla, elle était dans un cachot. Pas un cachot sombre et humide avec des rats ou des araignées – non, un cachot impeccablement désinfecté, au mobilier de plastique blanc, tout neuf. Une forte odeur d'hôpital régnait dans cette pièce. Néanmoins, à en juger par les trois murs de verre qui l'entouraient et le quatrième soigneusement parcouru de barreaux en inox, elle saisit immédiatement qu'elle venait d'être faite prisonnière.
- A-i-e-u-h… Dit-elle en se frottant le crâne, d'où elle pouvait sentir une bosse.
- Tiens tiens tiens, minauda tout à coup un homme aux traits asiatiques et aux grands yeux noirs. Buongiorno je crois qu'ils disent. Ou encore : Good-Morning-Sunshine !
Son accent français était tellement fort que Temperence ne comprit pas pourquoi il faisait l'effort d'essayer de parler d'autres langues :
- Qui êtes-vous ? Qu'est-ce que je fiche ici ?
Son interlocuteur sembla passer de la joie malsaine, à la stupeur, puis à la colère en moins d'une seconde :
- Une Française hein ? Ca t'amuse de te foutre de ma gueule ?! Aboya-t-il.
« OK… », pensa Temperence, « se faire enfermer par un gros débile et déséquilibré mental : check ». Elle se releva en titubant un peu, surprise de lui trouver un côté vraiment brusque et sauvage. Presque canin.
- Cédric, appela alors un homme en blouse blanche et au crâne chauve, pourrais-je vous demander s'il vous plait, de SURVEILLER CE VAMPIRE ?
Il désigna une table verticale sur l'extrême gauche du cachot, et Tempérence sentit son cœur se retourner. S'agissait-il de Marcus ? Il lui ressemblait un peu, mais elle n'aurait pu en attester de manière formelle : ses joues étaient bien plus creuses qu'auparavant, son corps perforé de lances et de pics, sa peau presque translucide et fortement crevacée.
- Mon Dieu, qu'avez-vous fait ? Murmura-t-elle. VOUS ETES UN GRAND MALADE !
Le laborantin, qui s'apprêtait à sortir, revint avec son carnet de notes et observa la jeune femme derrière sa cellule :
- Et ça, qu'est-ce que c'est ? Ce n'est pas une vampire. Ni une Lycan. Un cobaye ?
- Ptèt ben, Samantha l'a trouvée avec le vampire. Elle a dit que son sang représenterait une torture supplémentaire pour le suceur de sang.
- Oh, une jeune fille vierge ? S'enquit le scientifique en enfonçant d'avantage ses lunettes sur son nez comme si ses yeux lui permettaient de vérifier cette hypothèse. Fort bien, fort bien.
Temperence haussa des sourcils surpris – tellement horripilée par ces deux personnages et sa situation, qu'elle ne rougit même pas alors que le sujet lui était d'ordinaire plutôt difficile. Oui, curieusement, les hommes ne faisaient pas la queue pour sortir avec une mutante.
Elle se contenta de donner un coup de pieds dans les barreaux :
- Libérez-moi, je n'ai rien à faire ici ! Enfin je suis tombée chez les fous ou quoi ?
- Fous, oh oh, ricanna le scientifique en tournant les talons, oh c'est bien ce que vous deviendrez sans doute vous-mêmes lorsque vous aurez passé quelques heures entre nos murs. La vérité brûle les neurones, à ce qu'on en dit !
Le vieux chercheur n'avait pas menti, quiconque de parfaitement normal n'aurait sans doute pas supporté de voir ni d'entendre le quart de ce à quoi elle dut assister pendant trois jours.
Marcus était donc un vampire – elle avait du se rendre à l'évidence, étant donné qu'il avait une légère tendance à survivre malgré le fait qu'il était bien plus poignardé et enfourché sur sa planche que le Christ ne le fut jamais.
Et Cédric, était définitivement un Lycan. Elle ne l'avait pas vu se transformer, mais un jeune cobaye, asiatique également, mi-homme, mi-loup aveugle et qui pignait sans cesse – sans aucun doute une expérience ratée – avait été amené de force et on lui avait injecté un peu de liquide prélevé des dents de Marcus. Dès qu'on lui avait injecté, il avait été pris de convulsions, avait crié, et était redevenu pleinement humain avant de mourir, raide.
- INCROYABLE ! S'était exclamée une femme aux cheveux courts et bouclés en allant serrer la main du chercheur fou.
Cette première expérience avait immédiatement plongé Temperence dans le bain. Elle venait d'attérir en enfer. Ces hommes étaient d'ignobles démons, et tout au fond d'elle, hantée par la souffrance qu'elle pouvait sentir émaner de chaque animal détenu dans ce laboratoire, elle sut qu'elle ne serait sereine que lorsqu'il serait totalement réduit à feu et à cendres.
En dehors de cela, non, elle ne se sentit pas spécialement effrayée ou anéantie par ces surprenantes vérités… Pour quelqu'un qui savait parler et commander aux animaux depuis sa naissance, ces faits nouveaux étaient certes impressionnants, mais ils n'étaient pas non plus abrutissants.
En revanche, elle éprouvait une profonde peine et surtout un respect sans borne pour Marcus, qui endurait toutes ces tortures sans se plaindre ni gémir. Elle n'aurait jamais pu survivre au millième du traitement qu'on lui avait réservé.
Au milieu de la troisième nuit, ils s'emparèrent d'une tronçonneuse – décidés à l'ouvrir en deux pour en étudier l'intérieur. C'en fut trop : Temperence se jeta sur les barreaux :
- Arrêtez bande de tarés ! Bande de gros malades mentaux complètement lâches, lâches ET APPEURÉS !
Evidemment, elle visait d'avantage le dit Cédric, que le groupe de chercheurs par cette insulte – il était sa cible principale, étant donné que c'était lui qui tenait les armes torturant si violemment Marcus, et que son tempérament bestial faisait de lui une cible de choix. Sa provocation eut plus que l'effet escompté : l'agresseur, qui semblait avoir tout à coup forci et ressemblait plus à un sumo tout habillé qu'autre chose, alla lui-même se plaquer contre ses barreaux :
- Qu'est-ce que t'a dit, la garce ?
Temperence entendit le groupe de chercheurs appeler Cédric, mais il les ignora. Evidemment. Son côté canin était fort difficile à contrôler – le pauvre. Ce n'était qu'un début.
- Je ne suis pas une garce. Et je vous interdis de m'insulter, espèce de lâche ! Peureux, petit toutou à sa mémère qui ferait dans son froc si Marcus n'était pas enchaîné !
Ses yeux exorbités par la haine, Cédric fit trembler les barreaux :
- Je suis UN LYCAN ! Je tue les Vampires ! Je suis plus puissant qu'eux, ajouta-t-il ensuite d'un air carnassier.
- Et en plus il y croit, se moqua Tempérence – en s'éloignant tout de même légèrement de la grille.
Le professeur au crâne rasé intervint :
- Cédric, elle vous manipule pour détourner votre attention. Allez-vous nous l'ouvrir ce vampire, ou dois-je demander à quelqu'un d'autre ? Vos compagnons de meute seraient bien ravis d'être à votre place.
Cédric se retourna vers l'homme et sa tronçonneuse avec un air abattu, et il retourna auprès de lui comme un chien la queue entre les jambes. Tempe s'apprêtait à le rappeler, mais le scientifique actionna un bouton dans le mur :
- Venez chercher la prisonnière, emmenez-la et mettez-la avec les autres Cobayes. J'en ai fini avec ce vampire de toute façon.
- Oui, c'est ça, débarassez-vous de moi, s'empressa de crier Tempe, puisant dans sa peur la force de sa conviction. Combien vous allez en envoyer pour m'attraper hein ? Attention, on sait jamais, je pourrais mordre vous savez ! Mieux vaut m'envoyer des hommes armés, des fois que je blesse le petit Cédric à son pépère…
Le Lycan poussa un rugissement furieux et il brisa la tronçonneuse à mains nues. Quelques-uns des chercheurs reculèrent, le scientifique poussa un long soupir.
- Bon sortons, laissons ces deux-là régler leurs comptes, dit-il. Cédric, soyez rapide s'il vous plait, nous devons rendre nos résultats ce soir !
Et ils sortirent tous. « Belle éthique », pensa Tempérence… Mais elle ne s'en plaignit pas. C'était exactement ce qu'elle voulait. Pendant ce temps-là, le dit Lycan s'approcha d'elle, le regard et le sourire mauvais:
- Tu es stupide, humaine, tu sais pourquoi ? Parce que les vampires… Se nourrissent de gens comme toi. Il, t'aurait bouffée, si nous n'étions pas intervenus.
- Oh, je rends grâce à Dieu de votre intervention – ma situation actuelle est tellement plus confortable.
- Je me demande si ce ne serait pas amusant, de lui donner un peu de ton sang. De le voir reprendre des forces pour une seconde, juste avant que je ne l'élimine, et de t'entendre hurler pendant des jours à cause de son poison. Oui, je crois que ça me plairait bien ! Et puis le Professeur Gadras aurait un nouveau cobaye…
- Il y a une question que je me pose, moi aussi, dit alors Tempérence d'un air concentré. Elle est sans doute un peu osée, voire totalement absurde, mais je crois que je vais essayer de la poser – juste au cas où. Vous êtes un loup-garou, n'est-ce pas ? (Son interlocuteur plissa des yeux pétillants de fierté, mais elle ne le laissa pas répondre et poursuivit) Ca fait de vous… La moitié d'un animal, non ?
Le dit Cédric marqua un bref silence, comme s'il ne comprenait pas l'intérêt d'une telle question. Puis il commença à se mettre en colère, pressentant une insulte, lorsque Tempe prit une grande inspiration en le fixant bien dans les yeux:
- Réveille-toi, ordonna-t-elle alors d'un ton vibrant de conviction.
Cédric se figea totalement dans ses gestes, surpris :
- Qu'est-ce que tu… ?
Alors il tomba à genoux et se tint le ventre en gémissant.
La jeune humaine y vit un encouragement de toute beauté, et elle se déchaîna contre la grille :
- REVEILLE-TOI ET PREND LE CONTROLE, insista Tempe. TRANSFORME-TOI !
Le lycan poussa un hurlement et se jeta à son tour sur les bareaux - ses yeux étaient désormais jaunes, des dents poussaient sur sa mâchoire inférieure, ses doigts devinrent des griffes:
- NOOOON ! Hurla-t-il.
Tempe en resta scotchée sur place. Alors, elle pensa « oops ». Puis elle entendit un « bong bong » en provenance de la porte et vit des visages en blouse blanche les observer d'un air incertain. Alors elle avala sa salive et s'approcha à nouveau :
- OBEIS-MOI, éveille-toi. Eveille-toi, transforme-toi et détruis cet endroit. Détruis les autres lycans, DETRUIS LES TOUS ! TRANSFORME-TOI, DEVIENS LOUP, MAINTENANT, TOUT DE SUITE, VITE ! ALLEZ !
La porte s'ouvrit à la volée et trois autres hommes, asiatiques également, entrèrent dans la pièce :
- Qu'est-ce... Qu'est-ce qui se passe ici ? Cédric ?
- FINIS TA TRANSFORMATION, MAINTENANT ! Hurla Tempérence.
Le dit Cédric devint alors pleinement loup - une table vola, le carrelage explosa, la grille fut tordue par un de ses coups de pattes accidentels. Tempérence ne put plus dire quoique ce soit pendant plusieurs secondes tant elle était impressionnée par la taille de l'animal. Il faisait au moins la taille d'une voiture, comment était-ce possible ? C'était un dinosaure à poils, pas un loup.
D'autres individus accoururent dans la pièce, cloués par ce spectacle. Tempe entendit vaguement un ou deux "comment c'est possible ?", "c'est Cédric ?". Le loup garou venait d'achever sa transformation, et il poussa un long hululement – Marcus fronça les sourcils sous ce son.
- Cédric, qu'est-ce que tu fabriques ? Demanda alors le plus grand et le plus fort d'entre eux en perçant la foule amassée à l'entrée du laboratoire. Retransforme-toi en humain, tout de suite.
Tempe sentit alors qu'on lui tirait un peu sur une mèche de cheveux, trés fine, et elle toucha l'arrière de sa tête en se retournant vivement - pourtant il n'y avait personne.
- CEDRIC ! Appela l'homme baraqué. JE SUIS TON CHEF DE MEUTE, ET JE T'ORDONNE DE REDEVENIR HUMAIN.
Le cheveu tiré se transforma en aiguille qui entra dans son crâne, et Tempérence poussa un cri. Alors, voyant le loup se tourner vers elle avec une expression perdue, elle comprit ce qui se passait. D'une façon ou d'une autre, cet homme gigantesque avait un pouvoir de volonté sur le loup, et ce pouvoir combattait le sien. Elle s'approcha à nouveau à grandes enjambées de la grille et dit d'une voix vibrante de confiance en elle:
- LOUP, tu n'obéis plus à cet homme, tu es libre de son autorité. A jamais.
- CEDRIC ! Tonna l'autre en s'approchant. IGNORE-LA.
L'aiguille s'enfonça un peu plus dans le crâne de la jeune femme, puis une autre, et une autre... Tempérence cria en tombant à genou, puis elle enchaîna à toute allure:
- LOUP, TU N'ES PLUS CEDRIC, TU ES UN LOUP, UN ANIMAL, TA VOLONTE M'APPARTIENT. TUE-LE ! TUE CET HOMME QUI ESSAIE DE TE CONTROLER, TUE LE, MAINTENANT !
Le dit chef de meute se jeta sur la grille et la secoua :
- C'est toi qui as fait ça, sale peste. Tu vas crever, tu vas voir. Cédric, défonce cette grille, on va lui faire la peau...
- MAINTENANT LOUP, TUES-LE MAINTENANT, ARRACHE-LUI LA TETE, ahhhhhhh... Gémit la jeune femme en pleurant, tandis que du sang sortait de ses narines et de ses oreilles.
La grille, déjà tordue, céda et le grand homme amorça d'un violent bond vers Tempe lorsque soudain Cédric le loup se tourna vers lui et, en un geste trop rapide pour être vu par la jeune mortelle, croqua la partie supérieure du corps de l'attaquant. Coupé en deux, son ventre et ses jambes tremblèrent avant de tomber au sol. Cédric hurla à nouveau à la mort.
- Tue tous tes compères, murmura Tempérence avant de perdre connaissance.
La dernière chose qu'elle entendit fut les cris du groupe d'hommes et le bruit de meubles brisés.
Une sensation de brûlure la réveilla. Du sang était figé sur son visage, elle respirait difficilement, et effectivement, sa chaussure était en feu. Elle trouva la force de secouer son pied, et d'ôter la chaussure à talons avec son autre pied en gémissant. Plus jamais elle ne porterait de chaussures à talons – jamais.
Puis elle observa la scène autour d'elle: tout était en lambeaux, le cadavre d'une dizaine de lycans traînaient au sol, la lumière tremblait faiblement. Avec un petit sourire, elle s'apprêtait à reposer la tête sur le sol de la roche pour se laisser mourir, lorsqu'elle aperçut Marcus.
Le Vampire était toujours enchaîné, au cou, aux poignets, au torse, au ventre, aux cuisses, aux genoux, aux chevilles - des épées plantées dans la pierre traversaient ses mains, sa gorge et ses jambes. Alors, sans trop savoir pourquoi ni comment, elle trouva en elle la force de se relever. S'appuyant à la grille, qui lui brûla les mains, puis aux murs, qui s'effondrèrent à son contact, elle claudiqua jusqu'à lui, attrapant au passage un large réceptacle en verre, brisé en sa partie supérieure.
Tremblante, elle tomba à nouveau et s'assit d'épuisement à ses pieds. Il était inconscient, ses yeux étaient fermés, sa tête baissée.
Avec une plainte de douleur elle s'ouvrit l'intérieur de la main avec le verre tranché au sommet du bocal, et récolta le sang qui en coulait. Quitte à disparaître, si elle pouvait lui permettre de finir son travail et de survivre, autant sauter sur l'occasion.
Puis, lasse, elle traça dans sa chair une deuxième tranchée, et une troisième, afin que le débit de sang s'accentue et que le vase se remplisse plus vite. Elle perdit momentanément connaissance, mais un bruit de pan de mur qui s'effondre la réveilla à nouveau quelques instants plus tard. Elle vit qu'elle avait perdu une belle quantité de sang : le réceptacle était rempli, il avait débordé et formé une mare de sang sur sa jolie robe – pas du tout de circonstance. Elle essaya de se lever, mais eut du mal à trouver son équilibre. Alors elle attrapa un lambeau de tissus qui couvrait encore la cuisse de Marcus et se redressa laborieusement. Là, elle leva le réceptacle en tremblant, et se sentit envahie de stupeur en voyant que le vampire était désormais parfaitement éveillé. Il était toujours immobile et silencieux, sa peau était toujours grisonnante et creuse, craquelée par endroits, mais ses yeux, eux, étaient désormais entièrement ouverts. Ses prunelles n'étaient plus rouges, en revanche, elles étaient désormais sombres comme la nuit, « agrandies par la faim », se dit Tempe. Afin de ne pas tomber elle s'appuya contre lui et monta le réceptacle au niveau du visage de Marcus avec les deux mains, prenant soin à ne pas lui tendre la partie tranchante du verre. Un peu de sang tomba sur son torse nu, mais il but avidement ce qu'on lui tendait. La lame qui traversait sa gorge se mit à bouger puis soudain elle se brisa - la peau cicatrisa instantanément. Tempérence fronça les sourcils en sentant que ses bras perdaient de leur force – mais pourquoi diable était-il si grand, aussi, celui-là ? Et elle enfonça la tête dans son torse dans une dernière tentative de garder suffisamment d'équilibre pour lui faire boire le reste du liquide. Les yeux fermés et la respiration haletante, elle ne put voir la peau de Marcus retrouver sa blancheur éclatante, ses crevasses se remplir, la table de métal commencer à trembler, les chaînes teinter de plus en plus bruyamment. A bout de forces, elle souffla à peine, avant de s'évanouir définitivement:
- Les scientifiques, le loup, les cobayes, cet endroit... Détruisez-les tous, je vous en prie. Tous.
Le réceptacle tomba et déversa le reste de liquide au sol, mais elle, ne toucha jamais le carrelage ni la pierre glaciale.
Marcus venait de faire sauter les chaînes et épées qui bloquaient encore quelques secondes auparavant son bras droit, et il l'avait rattrapée habilement, libérant le reste de son corps sans effort, comme s'il n'avait en fait été attaché que par un simple fil de couture. Il la souleva dans ses bras et sortit à toute allure du bâtiment, traversant avec violence un mur de pierre qui vola en éclats. Il se redressa avec sérénité en se retrouvant à l'air libre. Alors il découvrit un paysage de pampa et de maquis désertique autour de lui, et comprit aux étendues d'eau salée qui entouraient le laboratoire, qu'il était sur une île méditerranéenne.
Il posa la jeune humaine à l'ombre d'un vieil arbre, déchira un long morceau de la robe de soirée qu'elle portait - caressant avec un certain respect la peau douce de ses chevilles - et fit du tissu un garrot bien serré autour de sa main entaillée.
Il entendait ses battements cardiaques, faibles mais encore suffisamment forts pour lui assurer qu'elle survivrait. Parfait.
Alors, rapide comme l'éclair, il retourna auprès du bâtiment et l'escalada. Une fois sur le toit, il laissa les vents forts de la mer balayer son corps, soulevant ses cheveux et faisant virevolter ses vêtements en lambeaux. Il pouvait d'ici voir la terre Italienne, mais elle était plus loin qu'il ne l'avait cru au premier abord – il se trouvait donc en Corse, ou tout proche. Néanmoins cette distance n'empêcherait certes pas un certain vampire pisteur de repérer son ténor, désormais qu'il n'était plus sous terre.
Puis avec un coup de poing rageur, il brisa une partie du toit et fit irruption à l'intérieur du bâtiment, fermement décidé à anéantir toute forme de vie qu'il y trouverait.
