A présent, les deux se faisaient face, prêts a commencer le combat. Apres un salut froid, et purement cérémonieux, ils commencèrent. Antonio avait toujours été doué en combat, il savait manier les épées avec classe et dextérité. Mais Cortés aussi était doué, et en plus de cela, il faisait deux fois la carrure de la nation, et sa force était bien supérieure.
De loin, on aurait pu prendre les deux combattants pour des danseurs, répétant un ballet, tant ils étaient tous deux rapides, et précis dans leurs mouvements. Mais en se rapprochant, on pouvait voir, et comprendre la violence de la scène qui se déroulait. Les deux s'acharnaient, dans une valse enragée. Les épées tintaient l'une contre l'autre, comme une mélodie. Ni l'un ni l'autre ne voulait abandonner, ni l'un ni l'autre ne foulait perdre.

C'était un combat de titans.

Cependant, malgré toute la volonté du monde, il ne devait rester qu'un seul vainqueur.

Un seul devait l'emporter sur l'autre, car la bataille devait elle aussi avoir une fin.

Seul le plus fort pouvait gagner ce duel.

Ainsi, on entendit un dernier tintement. Une épée vola au loin, et l'un se retrouva désarmé, sans défense, pendant qu'un rictus cruel se dessinait sur le visage du vainqueur.

Un long silence se fit attendre. Tonio se retrouvait avec l'arme de Cortés juste sous son cou, la pointe tranchante, menaçant de déchirer la frêle peau qui recouvrait la gorge de la nation. Il était aux abois, complètement sans défenses, et il avait perdu. Son coeur se serra, et ses yeux s'emplirent d'une teinte de désespoir.

Il avait perdu.

Lui qui avait été si sur de lui, avait perdu, il avait failli.

Cortes resta un moment sans bouger, laissant a la nation le temps d'agoniser, et de goûter pleinement le fruit de sa défaite. Enfin, il retira sa lame de la portée de Tonio, et la rengaina calmement, un rictus cruel au coin des lèvres.

-Je savais que tu n'avais pas la trempe d'un gagnant, Antonio. Tu es trop faible. Le roi ne devrait pas compter sur toi. Ni accorder aucun crédit a tes paroles. Tu es faible. Tu n'es pas un Homme. Maintenant, tu vas me payer ton insolence.

Et alors qu'il s'apprêtait à répliquer, Cortes le coupa.

-Non. Maintenant tu cesse de parler, je t'ai assez entendu.

La nation était au bord des larmes. De honte, de déception, mais aussi de colère. Cependant, Tonio savait qu'il ne devait pas se laisser aller, il devait rester fort, et ne pas montrer ses faiblesses. Pas maintenant. Mais l'idée de devoir servir ce monstre était abominable, et Dieu savait ce qu'il comptait lui faire faire.

-Alors, commença-t-il, tu vas commencer par rester ici, et me regarder terminer ce que j'ai commencé. Cela t'apprendra.

Il reprit par les cheveux la jeune fille, qui ne s'était pas enfuie, probablement paralysée par la terreur, et se plaça face à Tonio, qui, lui non plus, n'avait pas bougé. Elle s'était remise à hurler, en regardant, Antonio, ses yeux l'implorant de faire quelque chose pour abréger son supplice, comme il l'avait fait auparavant.. Mais il ne pouvait plus rien faire. Il avait donné sa parole, et pour rien au monde il n'aurait pu la rompre. Sa conscience, cependant, lui hurlait de faire quelque chose, si bien qu'il ne put s'empêcher de parler, les poings serrés.

-Vous êtes un monstre, lança-t-il, comme on lance un javelot sur sa cible.

-Oh non, pas un monstre Antonio. Je ne suis qu'un homme, lui répondit-il, avant de plaquer la fille au sol, et de la chevaucher, tandis qu'elle hurlait à la mort.

C'était un spectacle horrible, affreux. Antonio était forcé d'assister à cette scène. Même s'il détournait les yeux, il pouvait entendre, les bruits râlements de Cortés, et les cris de douleur de la jeune femme. Il avait envie de vomir. Il avait envie de s'interposer, mais il savait qu'il ne pouvait pas. La parole d'un pays est sacrée.

Il sentait son cœur se décomposer à chaque hurlement de désespoir, et il eut dit que tout ceci avait duré une éternité. Plus jamais il n'oserait regarder Cortès avec respect. Il avait perdu le peu d'admiration qu'il avait pu avoir pour ce grand explorateur. Mais tout ceci n'était que le début, que le commencement d'un long voyage durant lequel il devrait mettre son honneur de côté, et suivre les directives de cette horrible personne.

Une fois que ce fut fini, qu'il n'entendait plus que les sanglots faibles de la pauvre créature blessée, il tourna a nouveau la tête, pour voir Cortés remontant son pantalon, l'air satisfait. La pauvre jeune femme était dans un état déplorable, et des blessures semblant graves jonchaient son corps a moitié nu. Il s'avança vers elle, lentement, et s'accroupit devant elle, tandis qu'elle entamait un mouvement de recul paniqué. Antonio lui montra sa main, comme on fait pour amadouer un animal sauvage. Elle regarda sa grande main, puis leva les yeux vers lui, et lui lança un regard plein de reproches, de questions, et de peine. Il sentit son coeur s'ouvrir en deux, comme tranché par une lame brûlante. Pourquoi avait-il tenu sa parole ? Quel genre de monstre observe le supplice d'une jeune femme sans bouger le petit doigt ? Il s'en voulait, il s'en voulait terriblement, et la regardait; désolé.

-Antonio, puisque tu sembles te préoccuper de cette sauvage, tu la feras déguerpir d'ici, j'en ai assez de supporter ses couinements. Dépêches toi.

Se retenant de toutes ses forces de ne pas sauter à la gorge de Cortés, Antonio ne daigna même pas accorder un regard à ce dernier, et resta concentré sur la jeune fille. Il hocha la tête, comme pour l'encourager à prendre sa main, la regardant de la manière la plus rassurante qu'il le pouvait. Elle se méfiait, et Cortés les regardait froidement en tapant du pied, l'air impatient. Elle le remarqua, et sembla penser que suivre Antonio était moins dangereux que de rester aux alentours, avec cet homme infâme qui la regardait. Elle prit donc la main d'Antonio, et se releva avec son aide. Ses jambes étaient faibles, et elle tremblait. Il vit qu'elle aurait du mal à marcher. Avec des gestes lents, pour ne pas l'effrayer, il passa un bras sous ses genoux, et l'autre dans son dos, pour porter plus facilement son petit coeur secoué de spasmes. Il ne savait pas ce que Cortés ferait s'il mettait trop de temps à s'éloigner, alors il valait mieux se dépêcher.

Elle était encore trop faible pour protester, et il en profita pour s'éloigner le plus possible, assez rapidement. Mais il ignorait où était son village, et comment l'y ramener.

-Où est votre maison ? Demanda-t-il alors, priant pour qu'elle comprenne ce qu'il disait.

Elle fronça les sourcils. Evidemment, ils ne parlaient pas la même langue. Elle ne comprenait pas, et il ne pouvait pas mimer pour tenter de lui expliquer. Il soupira.

-Tant pis, je suppose que je vais simplement vous ramener au village le plus près. Je suis désolé de ce qu'il vous est arrivé.. Je .. Je voulais l'en empêcher, mais il l'a dit lui même, je suis trop faible... Je suis désolé, lui dit-il, la voix presque aussi tremblante que la jeune fille qu'il tenait dans ses bras.

Elle ne comprenait pas un mot de ce qu'il lui disait, et elle s'en fichait. Elle souffrait, elle avait mal, et elle n'avait qu'une envie, c'était qu'on la laisse rentrer chez elle, pour tout oublier. Peut être avait-elle un fiancé, une famille qui tenait à elle, des frères, des sœurs, peut être.