Oha-yooo !

Merci pour les reviews sur le chapitre précédent ! :3 Finalement, je pense en faire une histoire courte, je sais pas trop encore ce que ça va donné mais on verra bien xD

Sur ce, je vous souhaite une agréable lecture et un bon grignotage~ o/


Un mouvement secoua Balthazar, le sortant des songes qui avait bercé sa courte nuit. Il prit une profonde inspiration, allongé sur le ventre, reprenant conscience avec la réalité en combattant l'état brumeux du sommeil. Son dos l'élançait, ses reins plus précisément, et bordel que son cul lui faisait un mal de chien.

Le bruit de froissement de tissus de l'autre côté du lit attira son attention. Il tourna la tête en combattant ses douleurs, découvrant son amant qui se rhabillait, assit sur le lit le temps de serrer l'armure sur ses jambes. Il était encore torse nu, montrant donc son dos comportant plusieurs griffures dû à la passion de la veille.

Comme il l'avait prédit, le mage regretta son geste, sa fierté d'homme ayant pris un sacré coup. Plus par le fait qu'il est réellement apprécié l'acte, que parce qu'il s'était laissé prendre avec un plaisir curieux. Il tenta de se rassurer en se disant qu'il ne reverra jamais cette conquête qui était bien l'un de ses nombreux ennemis mortel à la base.

Il pouffa en pensant à cela. C'est vrai qu'ils auraient plutôt dû se pendre à leurs gorges dans le feu et le sang, et non se retrouver dans le même lit. Son rire attira le regard du paladin qui se retourna légèrement. Leurs yeux se croisèrent une seconde, tous deux rassurés que l'autre ne soit pas blessé que cette histoire soit sans suite. L'homme se rassit sur le lit, et serra ses jambières. L'autre l'observa, la couverture ne passant que sur le bas de son corps, dévoilant sa chute de reins.

- T'es matinal, lança Balthazar en se réinstallant pour mieux le voir sans se tordre le cou, le faisant doucement pour ne pas trop raviver ses courbatures.

- J'ai à faire. Tu pensais quand même pas que j'allais être là à ton réveille, cracha le soldat, le faisant rire.

- Nan, en fait, je croyais que je serais le premier à partir. C'est toujours moi qui me réveille avant, habituellement.

Son amant ne prit pas la peine de répondre, se levant pour ramasser sa blouse au sol et l'enfiler. Il passa ensuite au pied du lit pour prendre le reste de son armure. Le mage procéda à la délicate manœuvre de se lever également, les sensations gluantes sur lui le faisant rêver d'une toilette rapide. Son corps craqua de nombreuses fois, et les douleurs le fit grimacer. Il était pourtant sûr d'avoir entendu dire que s'il était préparé, il n'aurait pas mal le lendemain. Seulement, la brutalité des coucheries revint en sa mémoire, et il dépita. C'est vrai qu'ils n'avaient pas été des plus tendre l'un avec l'autre.

Après un grand effort, il parvint à se mettre à genoux, se tournant vers le guerrier pour voir où il en était. Il écarquilla les yeux en le surprenant à invoquer sa lumière pour soigner la morsure, qui saignait à nouveau, sur son trapèze. Les guérisseurs n'étaient normalement pas sur les routes, ou aux combats, ils étaient plutôt précieusement gardés à l'abri et étudiaient leur art. Cet homme était loin d'être ordinaire.

Plus à l'aise, ce dernier put donc enfiler son plastron, le serrant tellement que le métal grinçait avec le cuir. Hypnotisé, l'érudit le regarda faire. Il avait déjà vu une femme retirer, et remettre ses vêtements, mais jamais un homme, et encore moins un guerrier. Une robe c'était facile et rapide à enfiler, mais pas une armure. Le temps que cela prenait pour placer, et bien accrocher chaque plaques rendait presque l'instant érotique, baignant dans les faibles lueurs de l'aube naissante.

Le mage réalisa alors qu'aucun d'eux n'avaient demandé le nom de l'autre. Devait-il le faire ? C'était une histoire sans lendemain, et il ne l'avait jamais fait avant. Il avait quand même envie de marquer le coup, et de connaître l'identité du seul homme à avoir été capable de le séduire. Ses mots se bloquèrent dans sa gorge, ne sachant pas comment s'y prendre pour lancer sa demande sans qu'elle ne soit prise de travers. Oh, eh puis, peu importe. Il oublierait très certainement ce nom dans quelques mois de toute façon.

Balthazar parvint enfin à s'asseoir sur le bord du lit, domptant sa douleur, mais fut incapable de se mettre sur ses pieds, une faiblesse faisant trembler ses jambes manquant de force. Il soupira désespérément, laissant son amant prendre le ballot qui traînait à côté de lui et la table de nuit. En le voyant s'éloigner vers la porte d'entrée, il l'interpella.

- Hey, passe-moi le bol de toilette avant de partir.

- Et ta mère, elle suce des nains ? pesta l'autre en lui jetant un regard en coin, irrité, avant de quitter la pièce.

Sa réplique le fit exploser de rire. Bon, ne pas avoir les quelques tendresses après l'amour lui manquait peut-être un peu, mais le conflit était vivifiant. Il se calma rapidement, continuant de fixer la porte, réalisant que le soldat était bel et bien parti. Ses yeux se tournèrent à nouveau vers le bol de toilette sur pied à un mètre de lui, la distance lui paraissant infranchissable. Il pressa ses lèvres entre elles, sentant que la bataille allait être longue.

Sans surprise, il mit bien une heure à parvenir à ses fins, réchauffant l'eau de sa paume pour un minimum de confort. Les suçons sur son corps étaient sensibles, les ecchymoses présentes de ci, de là, même sa lèvre inférieure en avait une. Un sourire victorieux s'étala sur son visage en se disant qu'il n'avait pas laisser l'autre en reste, le dos profondément marqué du plaisir qu'ils avaient eu.

Propre, il s'habilla afin de sortir de la pièce, y jetant un dernier coup d'œil avec un sourire malicieux. Ses sentiments étaient complètement partagé entre la honte, la fierté, et l'euphorie. Il était in-foutu de savoir s'il regrettait vraiment ou non son geste. Préférant ne pas y penser, il traversa la grand-salle. Une main le stoppa dans son élan, l'obligeant à se retourner. La douleur de ses reins le foudroya à nouveau alors il se dégagea en se cambrant vers l'arrière et se baissant, sifflant de douleur. C'était le propriétaire de l'auberge visiblement, et il semblait contrarié. Le vieil homme racla sa gorge et tendit sa main. Le mage pâli, comprenant subitement pourquoi le paladin était partit si tôt, et surtout, si rapidement : l'enfoiré n'avait pas payé.

Ses fonds de poches réussir à combler les dettes, mais désormais il était totalement fauché, et une fois dehors, il maudit le soldat en tapant du pied dans un cailloux. Il alla dans un coin de la ville et récupéra son sac qu'il avait caché avant de prendre son courage à deux mains, et de continuer sa route. Il avait dans l'idée d'aller à l'Est, ayant entendu dire que du travail pourrait lui ouvrir les bras. Il passa donc dans la foule, ignorant le regard des gens sur lui alors que son boitillement était indiscret. Il ne voulu pas penser que tous étaient au courant de ses précédentes activités nocturnes, et se convaincu qu'il avait juste l'air d'un type venant de se faire tabasser. Les deux idées n'étaient pas géniales, mais au moins l'une était moins humiliante que l'autre

Le voyage fut long, beaucoup trop pour lui. N'ayant plus un sous, il dût se restreindre à dormir dehors, et se nourrir le moins possible. Il avait tenté d'utiliser un sort pour subtiliser un plat quelque part dans le monde, mais en dehors d'invoquer des flammes, il n'était pas doué en magie. La seule chose qu'il fit apparaître fut du crottin de cheval, à trois reprises. Heureusement, il croisa un marchant itinérant, alors il proposa ses services d'escorte dans l'intention d'avoir quelque chose à se mettre sous la dent.

L'homme était une buse, et visiblement nouveau dans le métier, il put donc allègrement profiter de ses réserves jusqu'à parvenir à une ville quelques jours plus tard. Ils avaient croisé un ou deux bandits pendant le voyage, mais le mage les maîtrisa facilement en leur donnant la peur de leur vie avec quelques jets de flammes. Il ne consommait pas trop de mana, et limitait les risques de perte de contrôle : double avantages.

Il fut payé pour ses efforts, une somme assez médiocre, mais en vu des fonds actuels de l'employeur, c'était déjà beaucoup. Tout ce que Balthazar constata, c'était qu'il pourrait se prendre un morceau de pain pour dîner. De toute sa vie, il n'avait encore jamais autant eu envie de manger un steak. Lorsqu'il était à la Tour rouge, la cantine offrait toujours des plats équilibrés, avec deux viandes par semaine. Si cette garce ne l'avait pas dénoncé, il aurait encore la belle vie.

Il se posa sur un banc pour la nuit, sa miche tout juste achetée résidant dans sa main. Il s'était toujours plein de sa vie d'étude chez les mages. Que ce soit un plat pas assez assaisonné, ou au contraire qu'il l'était trop, un lit pas assez moelleux ou chaud, les gens trop bruyant, envahissant... Désormais, il aurait tout fait pour retrouver le confort d'une chambre gratuite avec trois repas par jour en échange de traductions de textes anciens. Comme le disait ses aînés : c'est toujours lorsqu'on les perds que nous nous rendons compte de la valeur des choses.

Son maigre repas terminé, il se servit en eau avec le puits au centre de la place à laquelle il faisait face. Ne se privant pas, il remplit sa gourde également, et se retourna. Il surpris un petit garçon fouiller dans son sac, le faisant rire. Le gamin se retourna en sursaut, n'étant visiblement pas encore un fin voleur. Il s'approcha en sortant sa bourse de sa poche, et l'ouvrit pour la secouer la tête à l'envers. L'enfant se détendit en comprenant qu'il n'allait pas lui faire de mal, et se lourda sur le banc en soupirant désespérément. Le jeune adulte le rejoignit, l'imitant.

Il n'y avait pas d'âge pour la pauvreté, et même si Balthazar le savait, ça lui faisait mal au cœur de voir ce gamin si maigre chercher à dépouiller les autres pour survivre. En jetant un œil sur lui, il le surprit à frissonner. L'Été n'était pas encore là, les nuits ne seront chaude que d'en quelques semaines. Lui n'avait pas vraiment de problème, il pouvait se réchauffer facilement, mais ce gosse...

Le mage soupira en roulant ses yeux au ciel. Il était vraiment trop bon pour son propre bien. Il ouvrit son sac et en sortie une veste. Elle était abîmée, et pas très chaude, mais elle ajouterait une couche supplémentaire sur les épaules de l'enfant. Ensuite, il changea son sac de côté pour se rapprocher du petit et claqua des doigts pour générer quelques flammes au creux de sa paume. Le garçonnet fut surpris pour le cadeau, mais n'hésita pas à enfiler le vêtement, puis il sursauta, effrayé par la magie employée. Il stoppa cependant son mouvement de recule, remarquant vite que son voisin contrôlait son pouvoir. La chaleur dégagée l'apaisa peu à peu et il tendit ses mains pour les réchauffer.

Le demi-diable sourit, satisfait de sa bonne action. Il n'aurait pas eu l'esprit tranquille si jamais le petit serait mort de froid à moins d'un mètre de lui. Un hurlement féminin retenti à l'autre bout de la place, faisant lever le menton au duo assit sur le banc. La femme prit la fuite, hurlant qu'un monstre était en ville. Le mage mordit sa lèvre, sentant les ennuis arriver.

- Cours, petit, aussi loin que tu le peux, et cache-toi bien, dit-il en se levant, coupant ses flammes.

L'enfant ne se fit pas prier et prit ses jambes à son cou. L'érudit l'imita peu après, allant dans une autre direction, bien à l'opposé de celle de la femme. Il passa dans plusieurs rues, jetant quelques coups d'œil derrière lui, avant de se retrouver nez à nez avec un garde. Il freina brusquement, manquant de tomber, dévisageant l'homme en armure avec méfiance. Celui-ci, qui n'était qu'en ronde, finit par le trouver suspect, et l'interpella. Balthazar ne chercha pas à discuter, seul la peur le tenant aux tripes, alors il fit demi-tour, et couru aussi vite qu'il put.

Il regretta immédiatement son choix, se disant qu'il aurait dû tourner à côté, et non rebrousser chemin. Rapidement, les claquements du métal des armures des gardes retentit au pas de course. Ils criaient pour se donner les directives, et prévenaient le mage qu'il n'avait aucune chance de s'en sortir. Le concerné en était pleinement conscient, alors il alla dans une ruelle pour se glisser entre des grosses caisses de marchandises. Il contrôla au maximum sa respiration, espérant être en sécurité. Les bruits de pas arrivèrent vers lui, mais ne s'arrêtèrent pas, un soulagement profond déferlant en lui.

- Attendez ! fit la voix d'un vieillard. Y'a un jeunot ici ! Il est caché !

La panique le reprit à la gorge. Merde ! Il avait pas vu cette vieille peau de l'autre côté de la rue ! Il espérait sûrement avoir une récompense en échange de ses services ! Tentant le tout pour le tout, Balthazar bondit de sa cachette, abandonnant son sac qui pourrait le ralentir s'il devait passer par dessus un mur. Malheureusement, d'autres gardes venaient en contre sens, et l'un d'eux attrapa son bras et le lança au sol, s'accroupissant pour l'y plaquer et le maîtriser.

L'idée d'utiliser ses flammes étaient tentante, mais cela ne ferait qu'envenimer les choses. Il devait absolument montrer sa bonne foi et coopérer, c'était sa seule chance. Montrant son abandon, il cessa de lutter contre la poigne, et soupira désespérément. Le garde le menotta, et le tira pour le relever, le mettant sur ses pieds. Il fut emporté vers les cachots de la ville, les hommes de lois se gaussant en lui disant que ce n'était pas son jour. Le prisonnier ne répondit pas, préférant rester muet que de commettre une erreur. Il devait attendre d'avoir un plus haut gradé pour tenter de prendre sa défense.

Lorsqu'il se retrouva derrière les barreaux, dans une cellule sentant autant diverses moisissures comme l'urine et les déjections, il entendit au loin un clocher retentir. Ah, minuit. Il avait officiellement dix-neuf ans aujourd'hui. Franchement, comme anniversaire, ça craint !

L'attente de quelque chose fut terriblement long. Il y avait quatre autres personnes avec lui, des vieux, des adultes. Par contre il était incapable de savoir si tous étaient vivant. Bien qu'agacé, il ne put que prendre son mal en patiente, chaque seconde se transformant en heure. Le soleil fut bien levé lorsqu'il entendit enfin quelqu'un venir vers la cellule où il se trouvait. Il leva les yeux et dépita en reconnaissant le symbole de l'église de la lumière sur la toge du prêtre. Décidément, il avait troqué un cercle cinglé contre un autre.

- Voici, saint Galamon, le sorcier du feu, fit le garde derrière l'homme de foi qui dévisageait le mage de haut.

- Et il n'a que des menottes en fer ?...

- Eh bien... Ça l'empêche de faire sa magie...

- Sombre idiot ! Le fer c'est pour les esprits ! Les sorciers ont besoin de menottes de contention spéciale ! Qu'auriez-vous fait s'il avait utilisé son feu pour se libérer, et faire fondre les barreaux de sa cellule ! siffla le prêtre en lui jetant un regard mauvais, puis se tournant de nouveau vers le prisonnier. Étrange par ailleurs que vous ne vous êtes pas échappé...

- Ce tour de passe-passe n'était qu'un parchemin d'invocation gagné lors d'un voyage, commença Balthazar, ayant préparé son alibi pendant son attente. C'était mon dernier, et je ne voulais pas mourir de froid.

- D'après le témoin, c'était dans votre main qu'étaient ces flammes.

- Du peu que je me souvienne, cette femme était loin, et il faisait nuit noir. Elle a dû se méprendre.

Le prête le jugea un instant alors qu'il l'avait regardé droit dans les yeux avec assurance pendant son explication. Il avait prévu toutes les questions qu'il pourrait lui poser, et avait en tête les réponses appropriées et faciles à croire. Son plan aurait été parfait, mais l'ordre avait l'habitude des gens comme lui. L'homme de foi sorti de son col haut un pendentif accroché à une longue chaîne d'or blanc, le tout autour de son cou. Il appuya sur un petit bouton et ouvrit le couvercle de la boussole. Une lumière vive jaillit, éclairant le visage du prêtre qui paru soudainement plus menaçant. Celui-ci leva les yeux sur le jeune homme, sa colère épineuse lui piquant l'esprit.

- Démon, et menteur... Quel surprise..., ironisa-t-il amèrement.

Balthazar déglutit en regardant l'artefact être refermé : un objet de détection de magie, merveilleux. C'était assurément le pire anniversaire de toute sa vie. Il baissa la tête en entendant le prêtre lui dicter ses droits, c'est à dire, de se taire et de coopérer pour aller à la potence. Le garde ouvrit la cellule, et vint le chercher pour l'emmener en suivant le prêtre, se dépêchant de fermer derrière lui.

Une fois dehors, Balthazar fut libéré qu'un faible instant, des menottes de contentions magique le bloquant pour de bon. Il aurait pu essayer de s'enflammer et tout détruire pour s'enfuir. En fait, s'il l'avait fait, il aurait pu s'échapper, mais trop de vies innocentes auraient été prises, et il n'en supportait pas l'idée. Il ne valait pas un génocide. Eh puis, c'était mieux ainsi.

La chaîne de ses menottes rattachée à la carriole, il fut contraint de la suivre. Il n'avait pas son sac de toile, mais pour les quelques vêtements pourris résidant à l'intérieur, ce n'était pas une grande perte. Il avait faim, il n'avait pas dormi, et était déjà à bout de force à cause de son régime pauvre. Peut-être qu'il ne survivrait pas au voyage. Le prêtre devait sûrement avoir cette idée en tête aussi.

Il marcha, jusqu'au soir, n'arrivant plus à réfléchir à cause de ses carences. Le prêtre l'ignora totalement, le laissant derrière la carriole, loin du feu. Pas qu'il craignait qu'il use de sa magie, après tout il était bloqué avec les menottes, mais c'était un pure acte de sadisme. Balthazar l'avait vu sourire lorsque le conducteur avait fait remarquer qu'il tremblait de froid et ne semblait pas bien. Il haïssait le moindre être provenant de cet ordre. Déjà petit, il avait dû fuir le doux foyer de sa tante pour aller à la Tour rouge, l'église de la lumière ayant eu vent d'un garçon de douze ans aux capacités alarmantes. Les voilà désormais de retour sur son chemin, où plutôt, au bout de son chemin. Il aurait aimé se battre, mais refusait de laisser son diable prendre le dessus et leur donner raison.

Harassé par le sommeil, il s'endormit rapidement malgré le froid, ne sentant pas la nuit passer. Le lendemain, il fut réveillé par le mouvement de la carriole qui était chargée. Il se leva, et demanda à être détaché pour aller uriné. Une raillerie vint en réponse, lui crachant qu'il n'avait qu'à se débrouiller de là où il était. Il se cacha donc comme il put, plus vexé qu'humilier. Il fut par la suite à nouveau tiré pour l'obliger à marcher.

Cette routine dura deux jours supplémentaires, quelques gorgées d'eaux maintenant le prisonnier en vie. Déjà maigre, ses os ressortaient à nouveau. Il s'était un peu remplumé en escortant le marchant, heureusement d'ailleurs, sinon il serait déjà mort. Néanmoins, il n'avait pas la forme olympique de ses meilleurs jours, il manquait de s'évanouir et tombait régulièrement. Le conducteur n'arrêtait pas les chevaux, le tirant au sol sans se préoccuper de lui. Il devait donc se relever par tout les moyens s'il ne voulait pas voir ses bras se faire arracher. Pendant le voyage, quelques colombes furent reçues et envoyées, sûrement concernant la mise en place de son exécution.

Voir enfin un village fut un véritable soulagement. Avec un peu de chance, une âme charitable lui lancera quelque chose à manger discrètement. Le soleil commençait à décliner malgré l'heure tardive, les jours d'Étés bientôt de retour. Balthazar tomba à genoux, il souffla un peu, puis essaya de se relever en craignant d'être de nouveau traîné au sol, ses vêtements étaient déjà suffisamment en lambeau comme ça. Le prêtre lui avait retiré sa robe ignifugée, l'ayant fait bouillir de rage en disant qu'elle pourra être détruite correctement à Castelblanc.

Il fut incapable de se remettre sur ses pieds, peinant déjà à se tirer avec ses bras. Complètement essoufflé, il ne pouvait qu'espérer qu'ils ne bougeront pas avant un long moment. L'attente ne fut pas très longue, le prêtre revenant avec un membre de l'ordre, les sons distinctifs d'une armure se faisant entendre à chaque pas.

- Bien, comme convenu, voici le prisonnier. Je dois continuer mon pèlerinage, ce détoure n'en vaux déjà pas la peine, pas besoin que je me retarder plus que ça. Tu nous accompagneras pendant les trois prochains jours, puis tu rejoindras un groupe de l'ordre menant un chargement de prisonniers. Vous vous rendrez à la capitale afin de les exécuter.

- Entendu.

La voix grave et, bien malgré la politesse, suintante d'ennuis, fit ouvrir les yeux à l'érudit. Son esprit était au ralentit, alors il fut incapable de savoir où il avait entendu cette voix auparavant. Curieux, il releva la tête et croisa le regard de l'homme censé l'escorter. Un choque les foudroyèrent tous les deux brutalement. Les souvenirs d'une nuit interdite, étouffés dans le creux obscure de leurs secrets, revinrent à eux comme une gifle en plein visage. Eh merde.

Le prêtre, en voyant son jeune paladin pétrifié de stupeur, posa une main sur son épaule, attirant de nouveau son attention en accrochant finalement son regard. Le soldat essaya de se reprendre, faisant voyager ses yeux entre le prisonnier et son supérieur.

- Ne fait pas attention, les démons se cachent toujours sous une apparence séductrice, ou, comme le cas ci présent, frêle, mais ça ne doit pas ébranler ta foi ou faire faillir ta vigilance. Un diable, reste un diable, ne l'oublie jamais, mon garçon.

Les paroles dites sur un ton doux glissèrent sur la conscience du guerrier, mais vrilla les tympans du mage en le lacérant autant que l'acide. Les garçons comme celui là devait être prit au plus jeune âge, endoctrinés avec des idées arriérées proclamées modernes et salvatrices. Les aînés étaient toujours auprès des cadets, les faisant grandir dans l'horreur mais les choyant pour leur montrer que le seul amour était dans leur ordre. Pas étonnant que tous étaient ainsi bloqués à toutes idées nouvelles sur le monde magique. C'était une production de syndrome de Stockholm à grande échelle.

Le jeune adulte hocha la tête, le prêtre souriant en disant que s'il avait besoin de quoi que ce soit, il était à son écoute. L'homme de foi retourna ensuite dans la carriole, et dès lors que les yeux furieux du soldat se posèrent de nouveau sur le mage, il y eut un malaise si énorme qu'il aurait pu combler le Cratère. Balthazar se fit traîner sur quelques mètres avant de parvenir à se remettre debout, non sans plusieurs douloureux essaies. Son ancien amant refusa de lui porter la moindre attention, les seuls regards qu'il avait n'étant que mépris et dégoût.

Le soir arriva heureusement rapidement, et il put enfin rester au sol sans être tiré de force. Ses plaies atones n'étaient pas belle à voir, trahissant la profonde mal-nutrition dont il souffrait. Il avait tellement mal partout que la douleur n'était qu'un voile sur sa conscience trop peu éveillé. Il savait qu'il ne pourrait pas tenir une semaine de plus. Si dans trois jours il était toujours vivant, ce serait un miracle.

Il fut incapable de savoir si la nuit qu'il passa fut en dormant, ou bien qu'il s'était juste évanouit de nouveau. Contrairement aux autres matins, il n'eut pas d'eau, mais la force de la réclamer lui manquait. Il resta donc silencieux, conservant le peu de salive qu'il avait, ainsi que son souffle. La route reprit, et il fit comme il put pour suivre. Seulement, la famine lui fit perdre connaissance peu avant le déjeuné.

Il ne se réveilla que le soir, remarquant qu'ils n'étaient pas au même endroit que plus tôt dans la journée. Visiblement, il avait encore été traîné au sol, mais il était incapable de savoir pendant combien de temps exactement. Des pas vinrent vers lui, le son du métal trahissant l'identité de l'arrivant. Il leva les yeux vers lui, si épuisé qu'il semblait sur le point de mourir. Il ne vit pas l'expression du paladin, seulement qu'il posait devant lui un morceau de pain avec du lard.

L'odeur mit du temps avant de réveiller son cerveau, son corps finissant enfin par agir et prendre le repas. Son manque de force ne l'aida pas à se presser, ce que l'autre voulait visiblement qu'il fasse, il mâcha longuement, trouvant que la miche tendre était terriblement dur à mastiquer. Ensuite, il fut empoigné par le col et adossé contre la roue de la carriole. Un goulot se posa sur ses lèvres, l'eau coulant dans sa bouche et sa gorge lorsque la gourde fut levée. Il s'étrangla dans un premier temps, le liquide débordant de sa bouche, puis il parvint à en prendre de grosses gorgées. Il se lacérait la gorge, et ne pensait pas à la possibilité de tout vomir à cause de son estomac désormais rétréci par les privations.

Il referma la bouche en baissant le menton pour faire comprendre qu'il en avait assez, le soldat refermant la gourde, et repartant comme si de rien était. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas autant mangé, plus encore ces derniers jours. Bien malgré ses débuts de crampes d'estomacs, il sombra dans le sommeil en un claquement de doigt.

La journée suivante fut un calvaire, il avait terriblement mal au ventre, et s'était obligé à ravaler la petite remonté qu'il avait eu. Non seulement il ne voulait pas perdre ce précieux repas, mais en plus il aurait mit le guerrier en mauvaise posture. Il ne voulait pas savoir quel châtiment il pourrait avoir pour cette aide certainement considéré comme une trahison. L'eau de la veille l'aida à reprendre un peu de force, il fut plus alerte, mais toujours incapable de marcher. Alors le prête, agacé de l'entendre être traîné à l'arrière, demanda au paladin de charger le prisonnier sur le coffre vide derrière la carriole. Toujours conscient, le mage put apprendre qu'il avait déjà été transporté ainsi le jour précédent, expliquant pourquoi il n'était pas aussi blessé qu'il ne l'aurait dû.

Il se laissa aller au sommeil, profitant de ce repos miraculeux. Ce dernier fut brutalement coupé le soir, lorsque le prêtre le jeta au sol pour le réveiller. Trop faible, l'érudit ne bougea pas, mais il foudroya l'homme d'un regard sombre, lui souhaitant mille morts plus douloureuses les unes que les autres.

La soirée se passa sans accroc, le prisonnier royalement ignoré jusqu'à ce que tous n'aillent se coucher. Le soldat montait la garde, patientant de longues heures afin d'être sûr que le conducteur et le prêtre dormaient. Il prit une petite tranche de pain pour étaler du beurre dessus, les ressources que transportait l'homme de foi étaient d'un luxe sans nom. Avec une gourde dans l'autre main, il s'approcha discrètement du mage, et le réveilla en tapant son épaule avec la poche de peau.

Le repas ne lui donnait nullement envie, son estomac le faisant encore souffrir, ses intestins entrant dans la partie. Seulement, il se fit fureur et accepta l'offre généreuse, buvant de petites gorgées entre chaque bouchée longuement mastiquées. Il hocha la tête lorsqu'il eut fini, remerciant silencieusement le paladin qui repartit sans avoir décroché le moindre mot. En fait, en dehors de sa réponse au prêtre lors de l'explication de sa mission, il n'avait rien dit de plus. Son supérieur ne faisait de déblatérer dans des monologues longs et pompeux, échangeant parfois avec le conducteur raciste comme pas deux.

Le troisième jour arriva finalement, et se finit comme ses deux prédécesseurs. Les crampes de l'érudit ne se calmèrent pas, mais il put sentir qu'il reprenait de légère force. Du moins, il ne s'évanouissait plus. Le lendemain, à midi, ils rejoignirent le fameux groupe de gardes qui escortaient un convoi de prisonnier. Balthazar soupira de soulagement en voyant la charrette muni d'une large cage : il n'aurait plus à marcher. Il avait si mal aux pieds qu'il ne les sentait même plus.

Il fut chargé dans la cage, et se laissa aller contre le métal pour se reposer. La nuit l'accueillit à son réveille, la cage s'ouvrant afin de servir un bouillon. Ils n'étaient que quatre autres prisonniers, alors ils ne se marchèrent pas dessus pour prendre leur pitance, se réchauffant avec. Balthazar hallucina d'avoir un bol entre les mains, il en avait pas vu depuis si longtemps. Ce repas fut plus facile à prendre, les morceaux étant encore bien trop difficile à digérer pour lui.

Avant que tous ne se couche, les gardes firent sortir les prisonnier un à un pour qu'ils aillent aux latrines naturelles. Ce fut un peu d'intimité que l'érudit apprécia grandement, bien honteux des bruits qu'il fit dû à sa mauvaise digestion. Le calme de la nuit l'apaisa, le berçant d'un peu de douceur avant sa mort prochaine.

Ce nouveau rythme lui plu bien plus que l'ancien avec le prêtre sadique. En contre partie, son corps ressentit de nouveau la douleur sur certaine zone, et il lutta contre elle. Deux jours passèrent, personnes ne se parlant. L'ambiance était composée d'ignorance et de politesse solennelle, mais était reposante. Finalement, le jeune paladin, se démarquant par son armure blanche et non grisâtre, s'approcha de l'entrée de la cage et s'y adossa. Tout le monde dormait, sauf lui et Balthazar qui était juste derrière son dos, appuyé sur son côté. Ils partagèrent une légère chaleur, leur premier contacte depuis dès lustre avec une autre personne.

Ils restèrent dans un silence agréable un long moment, comprenant que l'agressivité n'avait pas sa place pour l'instant. Le mage ferma les yeux et déglutit, un léger sourire amer étirant ses lèvres gercées. Le voila qui trouvait réconfort avec un membre du camp ennemi ; elle était belle sa vie. Le sortant de ses pensées, le soldat prit la parole, très bas afin de ne pas réveiller les autres. Heureusement pour eux, l'un des gardes et le prisonnier du fond semblaient concourir pour le ronflement le plus sonore et disgracieux.

- Tu savais pour qui je bossais, pourquoi tu m'as rien dit ?

- Disons que c'est pas spécialement érotique de balancer : salut, je suis un demi-diable, on s'envoie en l'air ?

Le guerrier serra les poings en croisant les bras, contenant sa colère. Visiblement, il était blessé, et quelque chose le tracassait, mais l'érudit fut incapable de savoir quoi. Il voulut piquer un côté du jeune homme mais son armure l'en empêchait, alors il souffla dans sa nuque. L'autre râla en se dégageant et essuyer l'endroit nerveusement, le faisant pouffer moqueusement. Ils se turent quelques instants, prenant sur eux les émotions négatives qui les envahissaient. Voulant faire le premier pas, le prisonnier parla en premier.

- Merci... Pour m'avoir aidé...

- Je t'ai pas aidé.

- Je serais déjà mort sinon.

- Soit pas trop impatient, ça va venir. Les déchets démoniaques vicieux comme toi ça mérite de finir en poussière.

Il ne se sentit même pas blessé à la pique, en fait, c'était devenu quelque chose de cruellement habituelle depuis le temps. Après un petit temps de pause, le mage reprit.

- Tu sais comment on m'a trouvé ?

- J'm'en fou.

- Parce que j'ai produit une flamme dans ma main afin de réchauffer un môme qui mourrait de froid dans la rue... Tse, ça m'apprendra à toujours m'occuper des autres..., râla-t-il.

Le paladin ne dit rien alors qu'il se serait attendu à une réplique cinglante. Il attendit, le sentant réfléchir. Le léger parfum qui se dégageait du col devant son nez l'apaisa un peu. Ce n'était pas la meilleure qu'il eut connu, mais elle avait ce caractère masculin doux et épicé qu'il appréciait.

- Pourquoi t'as pas fuit ? demanda le soldat en tournant un peu le menton, ne cherchant pas pour autant à le voir.

- J'ai essayé, mais... On va dire que je suis pas fait pour de longue courses poursuites.

- Nan, je veux dire... Pourquoi t'as pas utilisé tes pouvoirs ?

Balthazar inspira profondément, replaçant sa tête contre les barreaux quadrillés de la cage, comme s'il était appuyé contre la nuque du guerrier. Il leva les yeux sur la voûte céleste, et repensa à ce qui lui avait traversé l'esprit pendant son début de détention. L'autre attendit patiemment sa réponse, loin de dissimuler un quelconque empressement, ou agressivité latente. Il était on ne peut plus calme.

- Bah, je suis un demi-diable, tu vois... Y'a sûrement un jour où, avant même que je ne le comprenne, je vais perdre le contrôle... J'avais pas envie de leur donner raison en me libérant par la force, et encore moins de perdre mon humanité. Quitte à mourir, je préfère que ce soit en tant qu'homme, et non en diable...

Le silence reprit, le jeune homme ébranlé par la remise en question de tous les clichés avec lesquels il avait grandit. L'érudit ne décrocha plus un mot, espérant seulement que l'autre puisse le comprendre, et ne pas trop lui en vouloir. Il souhaitait au moins libérer quelqu'un de sa haine envers sa personne.

Le guerrier laissa sa tête reposer contre la cage, poussant un profond soupire à fendre l'âme. Il se décolla ensuite du métal pour s'éloigner, laissant le mage à sa contemplation du ciel étoilé. Seulement, une série de sons attira son attention : un froissement de tissus, de cuire, puis un bruit métallique s'entre-choquant de nombreuses fois.

Le paladin revint devant la cage, et inséra la clef dans la serrure. Pétrifié par le geste, le demi-diable le dévisagea, cherchant à comprendre ce qu'il cherchait à faire. Son expression était sérieuse mais à la fois indécise, montrant qu'il avait choisit de faire quelque chose qu'il n'était pas bien sûr d'assumer. Il grogna en voyant que le mage ne bougeait pas, alors il le tira par le bras vers lui et le hissa sur son épaule, refermant la cellule portative. Il reposa le prisonnier pour ouvrir les menottes, les retenant pour les poser au sol.

Toujours choqué, Balthazar le regarda remettre les clefs en place, s'appuyant sur le chariot pour ne pas perdre l'équilibre par son manque de force. Le soldat revint vers lui avec sa monture, qu'il n'avait pas remarqué jusque là malgré son étincelante armure. Il monta, puis attrapa le bras du brun pour le tirer de nouveau et l'obliger à venir derrière lui. Un garde se réveilla à cause du boucan causé, et cria à ce qu'il pensait être un allier de remettre le prisonnier en cellule. Ses protestations ne furent pas écoutées, et l'autre prit la fuite au triple galop en passant dans les bois.

Le mage peina à tenir en selle, son ancien amant le tenant par les poignets d'une main, ses bras autour de sa taille. Il l'entendit jurer plusieurs fois, hurler qu'il était complètement con. Sa réaction le fit exploser de rire, tranchant dans sa frayeur de tombé de cheval alors qu'il n'était tenu que par ses bras. Le cavalier passa une à une ses jambes par dessus les chevilles de son passager, le maintenant mieux en selle avec lui.

- J'espère que t'es content ! Je vais être recherché par ta faute !

- T'aurais pu trouver une excuse, et me laisser m'échapper !

- Ah, t'as gueule où je te défonce !

- On pourrait déjà se présenter, non ? On va pas refaire les mêmes erreurs ? rit le mage.

- Je t'encule !

- Balthazar Octavius Barnabe Lennon !

- C'trop long ! "Bob" ça suffira !

- Et toi ?

- ... Théo. Théo de Silverberg.

- Enchanté, camarade !

- Putain, ta gueule ! Je suis ni enchanté, ni ton camarade, sale morpion de dragon !

Balthazar rit de nouveau, des larmes de joies passant ses yeux. L'aventure qui allait suivre promettait d'être folklorique.