Nous devons entièrement cette suite à la chère Katsou. Je transmettrai les éventuels commentaires. Bonne lecture !


Le cocon de chaleur indécente qui enveloppait Michael lui rendait les sursauts de conscience nécessaires à la torture de l'esprit, mais pas la force de s'en prémunir. La situation le tiraillait par les deux sens : celui d'avoir à survivre à ses promesses et celui d'avoir à subir le contact répulsif qui lui redonnait le souffle salvateur. La question de la survie lui posait un double problème. Forcément, elle lui imposait de confier son sort entre les mains de l'immoralité la plus infecte, mais elle lui infligeait également la réflexion sous-jacente à son propre devenir. Lui qui n'avait jamais œuvré que pour le bien des siens, et plus s'il s'en faut, le besoin de garder le souffle en cet instant ne demeurait que pour lui seul. Et pour ce faire, il se voyait contraint d'accepter le secours convoiteux de Bagwell. Si le visage de Lincoln accompagnait chacun de ses élans volontaires, il devait bien admettre que le désir de survie capable de lui faire endurer ça n'engageait que lui. Cette conclusion ne faisait qu'ajouter un tort de plus au cursus détestable de T-Bag qu'il n'était pas prêt de pardonner.

Un violent frisson qui témoignait d'un léger réchauffement du corps surprit Scofield dans ses petits conflits intérieurs. Celui-ci se contracta, comme pris en faute, désireux d'étouffer ses pensées comme ses mouvements, dans l'espoir irrationnel de se faire un peu oublier.

Theodore, à qui ce petit égarement n'avait pas échappé, réprima sa pulsion carnassière par la compassion jouissive que lui offraient les premières prémices d'une petite victoire. Il savait combien la probité de Michael se trouvait mise à mal en cet instant, et jubilait d'y voir plier les tiges d'acier qui vissaient sa morale vertueuse. Il resserra son bras menotté contre lui pour attirer délicatement Scofield tandis qu'il réajustait de l'autre la couverture autour d'eux.

- On dirait que les bontés du contact humain commencent à avoir leur effet. C'est bon signe, susurra le sociopathe en calant la tête de l'ingénieur sous la sienne. Tu ne peux pas nier que toute l'adversité du monde est bien plus supportable avec un peu de charité.

Un sursaut de lucidité saisit le jeune homme, qui repoussa faiblement Bagwell.

- Arrête ça, souffla t-il sèchement.

- Doucement Beauté... rassura T-Bag en écarquillant des yeux incrédules.

- Arrête ton petit manège, articula Michael tant bien que mal en fixant Theodore. Qu'on soit obligés de se supporter pour arriver à bon port, c'est une chose. Mais ne crois pas une minute que je me laisse attendrir par tes douceurs mielleuses. Je n'ai rien à recevoir de toi qui mérite une quelconque gratitude...Alors, pour ce qui est du contact minimum pour la chaleur, d'accord... Mais en dehors de ça, tu ne me touches pas...

Les yeux de Scofield s'étaient progressivement baissés et ses dernières paroles n'étaient plus qu'un souffle chevrotant. Avec un air de douce réprimande, T-Bag voulut ressaisir le bras de l'ingénieur pour le contraindre à lever les yeux sur lui. Mais celui-ci se déroba aussitôt, avant même l'effleurement, ce qui lui valut de se faire empoigner plus fermement. La volonté qui gelait d'ordinaire le regard bleu se fendillait à mesure que le froid regagnait sa chair. Le jeune homme grelottait à nouveau de façon incontrôlable, empêtré dans son nouvel aveu de faiblesse. Bagwell le considéra sans pudeur, laissant trainer une œillade transperçante, plantée dans un rictus réprobateur qui lui criait insolemment : « Voyons, petit... ». Les lèvres tremblantes avaient repris leur couleur, gonflées comme une rondelle de clémentine qu'on avait envie de percer avec les dents pour en extraire le jus sucré. Ainsi drapé dans son obstination défaillante, alors que toutes les conditions semblaient s'allier contre son héroïsme, le pauvre chérubin avait tout de l'angelot oublié du giron divin. Ce brave Scofield et sa foudre accusatrice tatouée jusque dans sa chair n'engendraient plus chez T-Bag que la commisération bienveillante et sincère dont il avait usage au sein de son clan. Ces yeux braqués et cette posture dressée contre lui lui rappelaient avec émoi et délice toute la fièvre qu'avaient mis ses gitons à lui résister, un en particulier, pour tomber ensuite sous son joug dans une parfaite acceptation. Theodore savait qu'il n'en serait pas de même pour Michael, non seulement de par le contexte, mais surtout du fait de cette abjecte domination qu'il avait sur lui de par son potentiel inouï à le sortir du pétrin. Il était impensable à cet instant d'empaler la poule aux œufs d'or, mais la faire ployer délicatement sous sa contrainte restait en soi un juste retour des choses. Il devait le lui faire entendre pour mériter sa clémence. Ainsi, le pédophile s'approcha de Michael jusqu'à crever les limites de la décence.

- Tu n'as pas l'impression d'en faire un peu trop, là ? Crois-moi, Gueule d'Ange, si j'avais l'intention de malmener ton joli séant, tu roulerais déjà sur la taule froide avec le caleçon en bas des genoux. Et autant te dire que le besoin de chaleur comme les relents de chair refroidie qui pendouille un peu partout ont de quoi me mettre en appétit. Si j'avais moins de scrupules à cajoler tes petits tourments de collégienne, je peux te dire que ni toi ni moi n'aurions à nous plaindre de la température ambiante, à cet instant.

Le ton de Theodore se voulait suffisamment ferme et méprisant pour alimenter le dégout de Scofield en même temps que l'obligation d'admettre sa retenue chevaleresque. Il lâcha le bras de l'ingénieur tout engourdi, s'appuya contre la paroi glacée et radoucit son timbre, l'air presque tendre :

- Du reste, je suis sûr qu'il ne nous reste plus beaucoup à tirer dans ce chariot de viande morte, alors tâchons de passer le temps avec un minimum de confort. Et vu que je commence sérieusement à me les geler moi-même, je te promets de ne rien tenter qui puisse te faire recroqueviller dans ta coquille. Ça te va?

Le corps douloureux et l'esprit vaincu, Michael se laissa glisser en un soupir défait contre le buste de T-Bag qui l'accueillit douillettement sous la couverture, avec un sourire aussi réjoui que spontané.

- Tu l'emporteras pas au paradis...marmonna Michael sous la laine en fermant les yeux.

- Échange de bons procédés, Beauté, rétorqua Bagwell qui jubilait comme une pucelle.

- Ne crois pas que je t'en serai reconnaissant!

- Aw, comme si j'en avais besoin...susurra le sudiste, la voix chantante. Moi je ne fais que t'ouvrir les bras en toute bonne conscience, Beauté. Ta mansuétude sauras s'en souvenir et ta culpabilité chérie se chargera du reste...

Il n'obtint pour seule réponse qu'un vague grommellement fâché qui eut pour effet d'étendre plus encore son sourire effilé. Cette capitulation boudeuse était si délicieuse que Theodore eut peine à contenir la petite claque sur le crâne de Scofield qui lui chatouillait la main. Au lieu de ça, il mordit sa lèvre inférieur et étira son corps contre la paroi pour libérer de l'amplitude, et ainsi mieux apprécier la masse moelleuse et tremblotante blottie contre lui. Les mouvements de la couverture aspirèrent une petite vague d'air glacé qui arracha à T-Bag un frisson clandestin. Bien que peu enclin à laisser paraître les manifestations de faiblesse, Bagwell relâcha pour un instant la tension dans ses muscles raidis sans chercher à parer-ou du moins pas trop, les petits soubresauts du réchauffement. En l'occurrence, il était parfaitement disposé à partager un léger fléchissement en guise de trêve provisoire. Cela ne faisait qu'ajouter au plaisir du moment, et offrait un prétexte supplémentaire pour raffermir sa prise autour de Scofield, qui n'en était plus à se formaliser de ce genre de choses.


Ils passèrent ainsi encore trois bons quart d'heure, ballotés par les mouvements grinçants de la remorque et les balancements ridicules des morceaux viande, T-Bag veillant régulièrement à ne pas laisser Michael sombrer dans un sommeil comateux. Ils sentirent le véhicule s'arrêter. Theodore se redressa péniblement, secoua légèrement Scofield qui semblait s'être cristallisé entre le T-shirt blanc de son acolyte et la couverture rigidifiée, et écouta attentivement la suite des événements, sans un mot. Deux coups sourds retentirent bientôt sur les portes métalliques qui s'ouvrirent presque aussitôt, inondant l'habitacle d'un soleil radieux. Les deux hommes durent parer la lumière vive de leur main libre, comme sortis d'une longue hibernation, pour voir apparaître le visage amusé de Donnie, toujours orné de son précieux chapeau.

- Toujours vivants ? lança le vieux bonhomme en mâchouillant une brindille, le sourire aux lèvres.

Les deux taulards s'avancèrent clopin-clopant vers la sortie du camion, tout perclus de froid.

- Frais comme des gardons tirés du ruisseau, articula Bagwell avant d'amorcer un petit saut maladroit pour s'extraire de la remorque, Michael à sa suite. Pour tout dire, on est pas mécontents d'arriver. J'ai bien cru qu'on finirait par grossir le rang des bouts de barbaque crevée. Heureusement que la chaleur humaine fait des miracles, pas vrai Beauté ?

Le sociopathe frictionna joyeusement le dos de Scofield avec un sourire égrillard, entrainant le bras du jeune homme dans ses mouvements. Ce dernier se contenta d'ignorer la remarque. Il observa quelques instants les lieux, jalonnés de quelques vieux hangars sur le bord d'une route surmontée d'une voix ferrée, un peu plus loin.

- On est où ? demanda t-il, les yeux plus plissés qu'à l'ordinaire sous la force des rayons et du courroux.

- Là où c'était convenu, à Clarksville, Tennessee, répondit Donnie en refermant les portes du camion, sans la moindre intonation de reproche dans la voix. Les gars devraient arriver d'une minute à l'autre. J'ai eu Ricky en chemin. Tenez, voilà de quoi vous requinquer en attendant la marmaille.

Le frêle routier leur tendit une petite gourde métallique qui présageait quelque réjouissance. T-Bag s'empara du flacon avec un air de profonde gratitude.

- Merci, l'ami. Ravi de voir que l'hospitalité sudiste ne perd pas sa valeur.

Donnie le gratifia d'un sourire amical, tandis que Theodore se rinça d'une généreuse gorgée de gnôle avant de tendre le récipient à Michael, qui déclina l'attention d'un bref mouvement de tête. La chaleur étouffante du soleil enveloppait les fugitifs engourdis, et le choc thermique les fit grelotter légèrement tandis que leurs membres reprenaient vie. Le sociopathe s'appuya contre le battant refermé de la remorque, la tête rejetée et les yeux fermés.

- Sens-moi ce bon air du Sud, Gueule d'Ange. Rien de telle que la chaleur de Dixie pour vous réchauffer les entrailles, pas vrai?

Scofield esquissa un léger sourire au souvenir des récits de jeunesse de T-Bag.

- Ça te rappelle les vestiges de tes virées « chaleureuses », j'imagine.

- T'as tout compris, ironisa le pédophile. Et quels vestiges, comme tu dis. D'ailleurs Donnie, de ce que j'en sais, Ricky et toi avez pas mal bourlingué, apparemment.

- Pas mal, oui, répondit l'intéressé en dégainant cette fois un paquet de cigarettes que T-Bag honora également avec plaisir.

Le routier poursuivit son récit en même temps qu'il tendait la flamme de son briquet au pédophile.

- Surtout des coups de paluche pour le business, des soirées tassées pour la détente, des virées à motos pour le dépaysement et un peu de musique pour adoucir les mœurs.

- Ca n'a pas dû être facile de suivre cette vieille crapule à travers la cambrousse avec cette guibole abimée, demanda Theodore, une affection nostalgique presque attendrissante dans la voix.

- Oh ça... drôle d'histoire, enchaîna Donnie en considérant sa patte folle. Quand j'étais môme, j'ai pas mal vécu chez mon grand père, avec ma sœur, en Louisiane. Fallait voir où il créchait le vieux, en plein milieu des bayous, dans une vieille bicoque fissurée où l'eau coulait du toit, tu vois le genre. Pas d'électricité, pas de téléphone, rien. Mais on aimait ça. Le vieux menait une vie de reclus dans ses marais. Ils nous amenait en expédition, chopait les bestioles, glanait la mousse espagnole sur les cyprès. C'était son truc. La télé, les bars et les bagnoles l'ont jamais botté. Un beau jour, il s'est radiné avec un bébé alligator qu'il avait ramassé à moitié crevé je ne sais où. Crois-moi si tu veux, on a requinqué la bestiole et l'a élevée dans le jardin. On le nourrissait avec du gibier, on pouvait même jouer avec. Quand tu le sifflais, il rappliquait. Un vrai clebs. Et il est devenu énorme, un bestion plein et fier comme on en avait plus vu depuis un bail dans les bayous. J'adorais cette bestiole. Et puis un jour, va savoir pourquoi, une armada d'indiens nous est tombée sur le poil en nous sommant de relâcher l'alligator. Je sais pas trop pourquoi, protection des espèces, ou une connerie du genre. Tu parles que le Big Al -c'était son nom, n'en avait rien à foutre de leurs revendications écologiques à deux ronds. Lui, il vivait là comme un pacha, rien ne l'empêchait de se faire la malle s'il le voulait. Mais rien à faire. Ces saletés de peaux rouges ont ceinturé l'animal avec des lacets pour l'immobiliser. Moi j'ai attrapé une machette près de la remise pour faire le mariolle mais tu penses bien, ils ont pas bougé d'un poil. Ils voulaient cueillir la bête et l'embarquer. Mais ils s'y sont pris comme des manches, la corde qui entourait la mâchoire a cédé, et le Big Al a pété un plomb. Il est devenu complètement frénétique. Et il m'a chopé la jambe, là...comme ça. Je gueulais comme cochon, je lui filais des coups de lattes, mais il me reconnaissait même plus le bestion. Tout ce qui l'intéressait à ce moment là, c'était le goût du sang. Il m'a balloté comme une poupée de chiffon. J'avais l'impression que le sang me remontait jusque dans la gorge. Ma sœur braillait, les indiens braillaient, c'était un vrai poulailler là dedans. J'ai dû retourner la machette contre lui, pas le choix. Je l'ai chouriné autant que j'ai pu, jusqu'à lui fendre la mâchoire et lui emporter un œil. Mais rien à faire, le Gros Al voulait pas lâcher. C'est alors que le grand père est arrivé de son escapade en solitaire, et a vu le topo. T'imagines un peu, tu rentres peinard de ta cueillette aux lentilles et tu tombes sur des peaux rouges qui beuglent dans ton jardin, la fillette qui chouine et le fiston dans la gueule d'un alligator. Y a de quoi tourner la carte. Le vieux s'est jeté sur l'animal et l'a fini d'un coup de hache d'une telle violence qu'il l'a presque coupé en deux. Et même après ça, les dents restaient plantées dans la chair. Il a carrément fallu scier la gueule du Gros Al pour me libérer complètement. Z'ont tout de même réussi à me rafistoler la quille, mais l'articulation du genou était foutue... Voilà comment les cicatrices de l'enfance restent gravées dans la chair... J'ai tout de même gardé un souvenir du Gros Al, je le trimballe toujours sur moi, pour ne pas oublier qu'on revient de loin.

Sur ce, Donnie tira de la poche de son jean un collier à piques, orné des couleurs du drapeau confédéré, avec, au milieu, une longue dent élimée. Scofield jeta un œil interloqué à T-bag, qui pour sa part, considérait le vieil homme d'un air perplexe, fendu d'un demi sourire d'où s'échappaient les volutes languissantes du tabac. Comptant lui même son lot d'anecdotes croustillantes, il avait été habitué à pire en matière de récits farfelus. Mais le naturel avec lequel cet homme apparemment peu bavard et pragmatique avait déballé son histoire, tombée dans la conversation comme un cheveu sur la soupe, l'avait désarçonné au point qu'il en avait oublié de rebondir.

Il n'eut pas le temps d'organiser un commentaire que le tintamarre puissant d'une Harley se fit entendre. Ricky arriva le premier.

- Ahah, regardez qui voilà! lança le motard en descendant de sa monture, la mine réjoui.

- Ah mon bon Ricky, tu n'imagines pas comme c'est bon de te revoir!

Les deux amis d'enfance s'adonnèrent à une accolade virile à laquelle Donnie se mêla. Michael observait la scène des retrouvailles avec circonspection. Se retrouver plongé dans cet univers de connivence qui lui échappait totalement le mettait mal à l'aise. Il ignorait tout à fait le comportement à adopter, plus encore comment les événements allaient tourner pour lui. Il considéra l'homme replet qui se tournait vers lui, le menton orné d'une barbiche châtain, vêtu d'un vieux jean et d'un blouson noir. Le jeune ingénieur pinça les lèvres en un sourire feint.

- Alors, c'est toi la moitié de ce vieux Teddy ? demanda Ricky en lui tendant la main.

- Oui, les aléas de la cavale... Michael Scofield, se présenta-t-il en la serrant du mieux que le lui permettait son pesant bracelet.

- Ah oui, Scofield ! Ah ça, on peut dire que tu fais parler les hauts pensants. C'est du beau gratin que tu nous ramènes là, Teddy.

- Que veux-tu, répliqua Theodore en passant sa langue sur ses lèvres. Ma faiblesse pour les chérubins tombés du ciel me perdra.

La conversation fut interrompue par un petit miaulement feutré semblant surgir de nulle part. Ricky parut soudain embarrassé et se mit à fouiller gauchement dans une des poches de son blouson pour en extraire délicatement une petite boule de poils blanche et frémissante aux yeux sombres, qui piailla misérablement dans la paume immense du motard.

- Oh ma p'tite Boule, tu voulais sortir renifler l'dehors, hein. Tu voulais voir un peu avec qui cause le gros Ricky, c'est ça?

- Ricky, qu'est-ce que tu me fais, là ? Tu ramasses les merdillons échoués dans les poubelles maintenant ? siffla T-Bag, exaspéré par le spectacle déconcertant.

- Dans une décharge ! rectifia le motard, déterminé. Abandonnée dans un vieux carton en plein cagnard. J'allais tout de même pas la laisser crever de faim. Elle est pas mignonne ?

- La dernière fois que j'ai caressé un chat, c'était pour lui chatouiller les entrailles. Tu crois pas que t'as mieux à faire que choyer les greffiers jetés sur les routes ?

Michael tenta conserver son stoïcisme, une nouvelle fois chamboulé par tant d'invraisemblance.

- Bah, je m'attends pas à ce que tu comprennes, se résigna le pauvre Ricky en un mouvement de main las. Mais va falloir t'y faire parce qu'elle reste avec moi. J'ai même du lait dans les sacoches de ma bécane.

- Tu te fous de moi, j'espère ?

- Non.

Theodore soupira bruyamment pour soulager son agacement profond et choisit, pour le moment, de ne pas poursuivre les hostilités.

- Faut peut-être qu'on songe à bouger d'ici, proposa Michael, à tout hasard. Ça fait déjà longtemps qu'on est plantés là, sur le bord de la route.

- Ouais, les gars sont juste derrière, ils vont arriver, rassura Ricky en caressant délicatement le chaton.

Donnie profita de l'occasion pour prendre congé. Il serra chaleureusement les mains qui se tendaient, souhaitant bon vent à la singulière clique de hors la loi qui se constituait, avant de tourner les talons. En l'observant s'éloigner, Ricky remarqua le collier avec la dent que tenait toujours son acolyte. Il sourit.

- Il vous a fait le coup de l'alligator ?

- Hum... C'est du baratin ? Interrogea Scofield pour confirmer son scepticisme.

- On sait pas. Depuis quinze ans que je le connais, il m'a jamais raconté la même histoire.