Chapitre 1

« Miss Greengrass. Quand comptez-vous me rendre votre devoir ? »

Je reconnais mon doux nom être appelé doucereusement par le directeur de ma maison. Le Bedonnant Slughorn, comme l'appellent les jeunes. Des fois.

« Je vous l'ais déjà rendu, Professeur. » Je fais poliment.

Je me demande encore comment un professeur qui perd la boule peut garder son poste dans l'enseignement de la magie.

J'attends quelques secondes devant lui, avec une patience qui m'est propre, avant de rompre le silence avec un bruit de gorge très élégant, avant de me remettre à attendre patiemment jusqu'à ce qu'il me congédie.

Certains diront « Mais non voyons, il voulait te parler d'autre chose bien plus important mais tu l'impressionnes ».

Alors qu'en réalité je sais très bien qu'il est juste sénile.

Je sors donc de la salle et rejoins à force de grandes enjambées, les quelques personnes de mon année qui s'étaient égarées par là. Je scrute le petit groupe de Serpentards et me joins à leur marche. Je ne sais par quelle magie noire les personnes de ma maison ont en permanence cette aura d'assurance et d'arrogance. Ca doit sûrement venir du sang.

« Tu peux pas regarder où tu marches Stevenson ? »

Mon regard est captivé par une scène devant moi, l'opposition entre RabastanLestrange et un pauvre bougre qui n'avait rien demandé à personne. Je m'arrête pour assister au spectacle, un sourire en coin typiquement Serpentard, parce que j'aime faire dans le cliché.

Stevenson essaye de lui tenir tête, mais il ne sait pas à quel loup il se frotte, il n'aura jamais les bons réflexes si Lestrange dégaine sa baguette avant lui.

« Impe-»

« Lestrange ! » Je hurle en me ruant sur lui.

Il me regarde, étonné, ce qui ne l'empêche pas de donner un coup de poing à Stevenson pendant que je l'entraine vers les cachots.

« Qu'est-ce que t'as Gr… »

« Un Sortilège Impardonnable ! Dans le couloir ! Avec des témoins ! Tu es fou ? Tu veux te faire griller ? »

« Je voulais juste lui faire peur, qu'il se tape un peu la tête contre les murs et qu'il la boucle. Et puis tous les élèves sont au courant que je pratique la magie noire, il n'y a plus rien à prouver. »

« Rabastan… » Je commence calmement en me pinçant l'arête du nez. « Pourquoi ai-je toujours cette désagréable impression que vous essayez tous de vous faire renvoyer ? Tu sais très bien que certains Gryffondors n'hésiteraient pas à te dénoncer, et ça n'atteindrait pas que les Professeur, le Ministère serait au courant, et si le Ministère est au courant, peut-être qu'être un fils Lestrange ne suffira plus, tu risques beaucoup trop. » Je finis mon monologue tranquillement et ne réagis pas à ses soupirs répétés.

« Ne joue pas à la gentille Eleanor, tu es aussi pourrie que moi. » Il me répond simplement en me laissant ici, pantoise.

« Je ne suis pas pourrie ! »

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Je commence à me demander si l'expression "ennui mortel" peut être prise au sens propre du terme. Est-ce que dans dix minutes je mourrai d'ennui ? Est-ce qu'il y a un effet à retardement ? Est-ce que si je vais trop souvent à ce cours je risque quelque chose pour ma santé ? Tant de questions sans réponses.

Black semble partager les mêmes pensées que moi, elle s'amuse à faire léviter le chapeau de sa voisine endormie. Alors si même moi et Black partageons les mêmes pensées, c'est que rien ne va plus !

Pour tout dire, je n'aime pas Andromeda Black. Elle est trop... elle-même. Je dirais surtout, pas assez Black. Elle est serviable et amoureuse. Ca se lit dans ses yeux, dans sa voix et dans ses gestes, quand elle regarde cet abruti de Poufsouffle. Ce ne sont pas que de simples spéculations, un jour on m'apprendra qu'Andromeda Black est une traître à sang et je ne serai pas le moins de monde étonnée.

Je n'ai jamais vu une sang-pure aussi incapable de cacher ses sentiments. C'en est répugnant.

Oh, Andy, amoureuse d'un Poufsouffle, d'un né-moldu, tu as de la chance que je ne mêle pas des affaires des autres contrairement à cette fouine de Flint. Car ce genre d'informations aurait vite fait d'arriver aux oreilles de tes si chers parents. Et là, je ne donne pas cher de ta peau.

Bientôt, toute l'école serait au courant.

Elle commencerait à s'inquiéter. Pour elle, mais aussi pour son cher et tendre. Elle tenterait de pactiser avec le diable… Nous, en somme, pour qu'on ne le répète pas à nos familles, ou en tout cas pas maintenant.

Mais ça ne marcherait pas. Il ne faut jamais faire confiance à des .

Dans un élan de solidarité pour le professeur Binns, je me remets à écouter son cours, en attendant patiemment que l'on veuille bien me libérer de cet enfer. Car oui, c'est aussi ça Serpentard ; la solidarité..

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« Mon frère va se marier, » Me dit Rabastan, sur le ton de la conversation.

Et par Merlin, si seulement il avait une idée d'à quel point ça ne m'intéresse pas.

« Et ? »

« Et quoi ? »

Je lui jette un coup d'oeil et visse mes mains sur mes hanches, dans une posture d'autorité et de sérieux le plus total.

« Et tu en penses quoi, toi ? »

« Je… J'en pense rien moi. Il se marie deux ans après sa sortie de Poudlard, c'est normal, avec les temps qui courent, c'est peut-être même un peu tard ! »

Je laisse retomber mes mains et m'enfonce un peu plus dans le fauteuil vert. Un véritable luxe quand on voit l'état des chaises sur lesquels sont assis nos comparses.

« Ca ne te fait rien ? Rien du tout ? Pas un soubresaut d'affection ? Un soupçon de jalousie ? »

« Jaloux ? Et de quoi ? Il va se marier avec cette folle de Bellatrix Black. »

« Effectivement, tu n'as pas vraiment à lui envier le choix de l'épouse. Mais peut-être... Je ne prétends pas te connaître, Rabastan, et ne le prends pas mal, mais j'ai toujours eu cette impression, quand je te voyais à côté de ton frère... comme si tu étais mis de côté. On ne voit que Rodolphus, c'est l'aîné, le joueur de Quidditch, le capitaine de l'équipe de Serpentard pendant trois ans, de bons résultats, apprécié par beaucoup et surtout par les représentantes de la gente féminine. Et voilà qu'il se marie, et on ne t'a même pas encore trouvé de promise, alors que tu es déjà en septième année. Il aurait donc été possible, avec le temps, que tu puisses développer une sorte de... complexe d'infériorité. »

« Un complexe d'infériorité, » RépèteRabastan en ricanant.

« Oh, ne sois pas comme ça, c'était une simple question. Excuse-moi de penser que tu es un être humain. »

Ce crétin continue de ricaner et me prend par les épaules.

« Tu sais Greengrass… »

« Eleanor. » Je le corrige .

« C'est la même chose… Tu sais Eleanor. Même si j'avais comme tu dis « un complexe d'infériorité », tu n'en saurais rien. »

« Et pourquoi ? »

« Parce que c'est comme ça. »

J'acquiesce avec une moue sarcastique et me dégage de cette étreinte inconfortable. Il sort de la salle commune et m'invite à faire de même par un geste du poignet qui respire l'autorité.

« …Et ma théorie ? »

« Ta théorie elle vaut que dalle. »

Merci, c'est gentil.

Je soupire et roule des yeux, quel mufle, et moi qui essayait d'être douce et pédagogue. Il peut bien aller se faire voir pour des séances de psychologies gratuites.

Je l'avais bien dit qu'il ne fallait pas accorder sa confiance à un mangemort.

Je dis ça, c'est surtout à force d'en côtoyer tous les jours. A un moment, ça use un peu les nerfs.

Et c'est là que l'on est en droit de se demander : Mais que diable puis-je bien signifier par « mangemort », n'est-ce pas ?

C'est vrai que le vieux mégalo n'est pas encore très connu, alors je le présente, Monsieur Seigneur des Ténèbres. Ou Maître, comme se plait à l'appeler mon paternel. En fait, le nom est pas très bien défini.

Comme beaucoup d'autres avant lui, il nous promit à nous, descendants de sang pur, que tous ceux au sang impropre serait exterminés, en commençant par les moldus eux-mêmes, quand il monterait au pouvoir. Ce qui devrait faire un peu plus de place pour nous.

Alors une imagination fertile visualisera très bien comment tous les sorciers et sorcières de mon rang sont montés au créneau, en particulier les familles les plus , bien évidemment, la célébrissime famille Greengrass.

Au départ je voulais me faire tatouer « A bat la vermine » sur le bras, mais un serpent et un crâne c'est bien aussi.

La voix mielleuse de RabastanLestrange me fait redescendre sur terre et je me met à dévisager le Gryffondor qui a eu l'étrange idée de traîner près des cachots.

« Oh, Prewett, quelle agréable surprise. »

« On va être en retard pour le cours de McGo… » Je lui souffle en le voyant prendre son souffle pour une nouvelle joute verbale.

Je déteste quand les règlements de compte se font alors que je suis censée avoir cours. Mais apparemment Lestrange s'est trouvé une nouvelle passion en la défense acharnée de la pureté du sang et des règles.

Etonnamment, je ne pense pas qu'il se soit longtemps attardé sur celles de savoir vivre qui disent, entre autres, qu'il est méchant de s'attaquer à quelqu'un, même si c'est un traître à son sang.

« Je n'en ai pas pour longtemps. »

Je me résigne en un soupir et pars vers les salles de cours, le laissant seul face aux frères Prewett qui n'avaient pourtant rien demandé. Et comme toujours, je ferai comme si de rien n'était, quand je le verrai rentrer avec un hématome ou un sourire satisfait et s'installer à la table du fond.

Ce gosse est vraiment pourri gâté.

.

Mes journées sont définitivement éreintantes. Je commence par des cours d'Histoire de la Magie, et quand je crois que ça peut pas être pire, le vieux mégalo réquisitionne mes week-ends. Rien qu'aujourd'hui j'ai déjà enfermé quatre né-moldus, torturé la moitié d'entre eux pour qu'au final l'un d'eux succombe au charme dévastateur de la baguette de Mr Malefoy.

N'y voyez aucune ambiguïté.

Cheveux platine, robe classieuse, traits hautains typiquement ressemble beaucoup à son fils, Abraxas Malefoy, peut-être en un peu plus... psychopathe... et avec vingt ans de plus.

C'est assez éprouvant de passer mes journées avec lui. J'ai toujours peur de me prendre un AvadaKedavra si je fais un pas de travers. Par conséquent, j'essaye de ne le vexer d'aucune façon. Et cela commence par exécuter ses ordres. Et des moldus.

Il faut dire que je suis une habituée à la maison. Si j'avais reçu un Gallion pour chaque punition visant à me renforcer ou à me rendre docile qui m'ont été attribuées je serai la plus grande fortune de Grande Bretagne.

« Greengrass ? »

Je tourne la tête vers MalefoySenoir, c'est rare qu'il me parle et encore plus pendant les raids. Je ne suis qu'une apprentie, une pauvre jeune de dix sept ans qui ne sait pas réciter d'incantations de plus de deux phrases.

« Oui, Monsieur Malefoy ? »

« Occupe-toi de lui. »

Il me laisse, alors que mon visage se décompose devant ma tâche. Je déteste m'occuper des condamnés.

« AvadaKedavra, » Je récite en un souffle, le poing serré sur ma baguette.

.

Face à l'immensité du ciel, encore éclairé par les quelques rayons du soleil qui persistent avant de laisser place à une nuit noire, je contemple le doigt humain que je viens de recevoir.

Merci maman.

« Pourquoi t'as ça toi ? »

Merci également à toi, Rowle, de me faire part de ton étonnement, mais vois-tu je m'en serai très bien passée.

« Qu'est-ce que ça peut te faire,Thorfinn ? » Je réponds sèchement, me demandant à quel point ses parents le détestaient pour lui donner ce prénom.

En même temps, qui suis-je pour juger le prénom de mon prochain ?

Il ne me répond pas et décide de poursuivre son chemin vers la Grande Salle. Cette idée qu'il puisse aller manger et pas moi fait grogner mon ventre, moi aussi j'ai faim. C'est pas juste, pourquoi c'est moi qui ai reçu un doigt en voie de putréfaction et pas lui ? Qu'est-ce que je vais bien pouvoir en faire ?

Je soupire lourdement et me remet à fixer le ciel, dehors. Je jette un coup d'oeil à ma gauche et ma droite pour m'assurer que la voie est libre. Je prends un peu d'élan et lance mon coli tout droit dans le lac noir. Un petit cadeau pour le Calmar Géant, il va se régaler.

« Qu'est-ce que tu fous Eleanor ? » Une voix près de moi manque de me faire sursauter.

« Rien. » Je réponds avec mon calme habituelle.

Il en faut un peu plus que me surprendre après m'avoir vraisemblablement vu nourrir le Calmar pour me faire sursauter.

« Et toi, Dimitrius ? Qu'est-ce que tu fais là ? Ne devrais-tu pas être en train de manger ? »

Je l'incite à s'éloigner de ma personne et désignant le couloir qui mène aux lourdes portes de la Grande Salle. Mais Dimitrius, DimitriusGreengrass, mon adorable cousin actuellement en quatrième année, semble un peu plus intéressé par la boîte à mes pieds que l'idée de se nourrir.

« Ma chère tante continue à t'envoyer des colis piégés ? »

« C'est possible… Ma chère tante continue à punir ton insolence comme il se doit ? »

Il a un rictus haineux et me dévisage, j'attends les bras croisés une énième remarque déplaisante.

« Je te déteste. »

« Moi de même. »

Ca a toujours été l'amour fou entre nous, mais une chose nous lie, la faim, puisque nous passons ensemble les portes de la Grande Salle, et nous asseyons à la même table. Comme tous les soirs depuis quatre ans.

Je m'installe à côté de Narcissa Black à contre-coeur quand le cadet Lestrange me désigne la place en face de lui. Ma présence lui est indispensable apparemment.

Ca vient aussi du fait que c'est la seule place de libre, sauf si je veux aller manger avec les troisième année.

« Tu veux de la dinde ? » Il me demande poliment.

Mes yeux s'illuminent à ses mots, je vais enfin manger. Mais la désillusion est rapide, mes yeux perdent de leur luminosité nouvelle lorsqu'il me tend le plat.

« Tu veux vraiment me faire manger de ce truc ? »

Il me regarde en fronçant les sourcils et je me décide à lui expliquer.

« Ca, ce n'est pas de la dinde. Ca, c'est du poulet. »

« C'est du pareil au même. » Il soupire.

« Ah non ! Hors de question que je mange cette chose ! Ce sera quoi la prochaine fois ? Un Ronflak Cornu ? »

« Un quoi ? »

Je me frotte la nuque et regarde, gênée, vers la table des Serdaigle.

« Laisse tomber. »

Il n'insiste pas sur le sujet, mais continue à m'agiter le plat de poulet devant le nez, que je refuse poliment environ quatre fois avant de lui taper sur les doigts avec ma fourchette.

« Tu es difficile Greengrass, si t'es pas contente tu vas faire ami-ami avec les première année pour piquer dans leur stock de bonbons. »

« Tais-toi, » Je grogne en me servant un peu de jus de citrouille.

« T'es entré avec Dimitrius… Vous êtes rabibochés finalement ? » Il commença à faire la conversation nonchalamment.

« On a jamais tellement était 'abibochés' tu sais. »

Il soupire une nouvelle fois et se sert de la salade, laissant tomber la conversation.

Ahah, il mange de la nourriture pour lapin

Je vois à sa tête qu'il a deviné mes pensées, je m'empresse de retirer mon sourire goguenard de mon visage et me tourne vers mon assiette… Ma seule raison de vivre…

« Je ne mange de pas de nourriture pour lapin, Eleanor. »

« Je n'ai rien dis. »

Il se sert généreusement en vinaigrette et semble tout de suite regretter son geste. Il faut dire que ça ne sert à rien de manger de la nourriture pour lapin si c'est pour se gaver d'huile à côté. Il va finir avec trois kilos en trop à force de vouloir les perdre.

Il me lance un bout de pain au visage, puis un autre, puis un autre, puis un autre.

« Tu vas me laisser tranquille,oui ? »

« Retire tout de suite ce que tu viens de penser ! »

Et après, ça se dit encore novice en legilimencie… Ou sinon c'est qu'il me connait vraiment très bien. Je ne sais pas ce qui peut être le plus dangereux pour ma survie ici.

Je tourne la tête vers lui, prend un regard autoritaire et fronce les vas avouer ! Mécréant !

« Arrête de me lancer des bouts de pain à la gueule ! Merde ! »