Posté le : 16 Août 2009


Chapitre 2

Flagrante delicto. En flagrant délit

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Le correspondant français de Dudley n'avait pas quitté sa chambre de la journée. Il était resté assis sur le lit qu'on lui avait prêté durant son séjour, son regard inquisiteur se posant tour à tour sur chaque objet disposé au quatre coins de la pièce. Il se sentait à l'étroit dans cette chambre trop propre. C'était tout à fait impersonnel. Les rideaux sortaient tout droit d'un magazine de décoration dont il préférait taire le nom ; le lit était fait au carré ; un pot de Bégonia reposait sur une armoire lustrée brillant aux rayons du Soleil. En bref, une chambre comme on en voyait souvent dans les hôtels.

Il passa sa main dans sa chevelure blonde afin de vérifier qu'il était toujours aussi bien coiffé qu'à l'ordinaire. Il souffla d'exaspération et enleva sa veste qu'il déposa ensuite sur le dossier d'une chaise faisant face à un bureau en acajou. Sur celui-ci reposait une photographie de la famille Dursley. Dudley, par son poids, débordait un peu du cadre dorée ce qui fit sourire son correspondant. Le blond ouvrit ensuite sa valise et rangea ses habits dans le dressing impeccable. En dépliant ses vêtements, il fit tomber sa carte de séjour en dessous du lit. Mais il ne le remarqua pas.

Lorsqu'il eut finit cette tâche, il se permit de sortir de sa chambre afin de visiter les pièces que ne lui avait pas encore présenté la famille Dursley. Au premier étage, il y avait cinq portes. La première étant sa chambre, il continua à déambuler le long du couloir. La seconde et troisième porte donnaient sur les chambres de Dudley et ses parents. La quatrième était la salle de bain. Et la dernière était…

- Fermée ? Chuchota-t-il en observant le battant de la porte.

La main toujours sur la poignée, il se demanda ce que cette pièce cachait. Il ne pu se poser davantage de questions car la voix porcine de Dudley Dursley retentit dans la maison. Le correspondant français sursauta vivement, peu habitué à ce qu'on cri son prénom de cette manière. Il descendit à regret à l'étage inférieur et entra dans le living-room surchargé de bibelots divers.

Vernon Dursley lisait le journal du jour en faisant frémir son énorme moustache tandis que Pétunia tricotait une écharpe pour l'hiver à venir d'une couleur turquoise. Dudley était, quant à lui, littéralement scotché au téléviseur, ses petits yeux porcins s'exorbitant, comme absorbé par les images qui défilaient devant lui. Il finit par se retourner vers l'autre garçon et lui proposa de le rejoindre près de la télévision. Son correspondant compris – car il parlait très bien l'anglais – que Dudley voulait qu'il suive cette émission en sa compagnie. Cependant, l'envie n'y était pas. Il avait fait exprès de feindre ne pas comprendre la langue, histoire d'avoir plus d'autonomie durant son séjour. Et puis, cela pouvait être comique !

Pétunia, voyant que le correspondant de son fils ne réagissait toujours pas, entrepris de saisir dans la bibliothèque familiale un dictionnaire franco-anglais. Elle feuilleta frénétiquement les pages puis se mit à parler dans un français approximatif :

- Draco, je crois… Dudley…inviter…télévision. Accepter ?

Le correspondant de Dudley imita un sourire poli – qui en fait n'était une grimace rageuse – et s'assit sur le canapé près de Vernon Dursley. Draco en profita pour détailler le salon et se moqua intérieurement des goûts vieillots que pouvait avoir la maîtresse de maison. Celle-ci rejoignit son fauteuil ainsi que son tricot tout en gardant le dictionnaire près d'elle comme s'il s'agissait d'un chien fidèle. Les minutes passèrent rapidement sans que personne n'ose interagir avec un autre. Finalement, Pétunia se leva peu avant l'heure du thé et alla dans la cuisine préparer une verveine-menthe.

Quand six heures sonna enfin, Draco reposa sa tasse de thé vide sur le petit service en porcelaine. C'était son premier jour de vacances et il en avait déjà marre. Il prétexta avoir la migraine – dans une série de gestes confus – afin de s'isoler dans sa chambre. Il grimpa les escaliers quatre à quatre et se dirigea vers sa chambre lorsque la porte – autrefois fermée – s'ouvrit en grand.

Draco fit volte-face et tomba sur un grand garçon brun qui devait avoir à peu près son âge. Le correspondant de Dudley remarqua en premier lieu ces yeux d'un vert vif qui contrastaient particulièrement avec la couleur terne du restant de son corps. Il avait une mine fatiguée et semblait avoir peu vu la lumière du jour ces derniers temps. Draco avait une chevelure blonde et disciplinée tandis qu'il possédait des cheveux bruns et en bataille. Ce garçon portait des vêtements trop grands pour lui qui aurait sûrement pu aller à Dudley Dursley. Au bout d'un moment, Draco se rendit compte qu'il n'était pas le seul à l'avoir détaillé de pied en cape.

Les lèvres d'Harry remuèrent quelque peu, puis il passa devant l'étranger avant de rejoindre la salle de bain. Draco s'aperçut, bien que trop tard, qu'il venait de lui dire bonjour. Celui-ci entra dans sa chambre le souffle encore court. Dans aucune de ces lettres – aussi minables soient-elles – Dudley ne lui avait parlé d'un autre garçon vivant au 4 Privet Drive. A moins que ce ne soit un autre étudiant venu de l'étranger ? Draco referma la porte de sa chambre et s'allongea tout habillé sur son lit. Il se demanda sincèrement ce qu'il fichait ici. Il déboutonna un peu sa chemise car il avait l'impression d'étouffer. En effet, la pièce était sous les combles de la maison. L'atmosphère moite rendit ses paupières lourdes. Peu à peu le sommeil vint le chercher et il n'ouvrit plus les yeux jusqu'à tard dans la soirée …

Pendant ce temps, Harry prit une douche bien froide histoire de se remettre les idées en place. Ce soir, Cédric allait surement venir afin de partager une autre nuit d'amour alors il devait rester calme et avoir un plan de discrétion en tête. Il s'habilla en vitesse, mettant des vêtements amples d'une couleur sombre afin de se protéger du Soleil. Il rejoignit sa chambre où les rideaux avaient été tirés. Harry fit mine de tousser afin de couvrir le bruit qu'engendrait sa lame de parquet lorsqu'il la déplaçait. Il y extirpa son cahier quadrillé afin d'y annoter ses pensées de cette fin de journée. Il avait été interrompu par l'arrivée des Dursley de la gare ferroviaire. Harry se rendit compte avec effarement qu'il avait déjà écrit huit pages dans la matinée. Il saisit son stylo-plume et continua :

« Ce soir encore je vivrai l'amour. L'amour physique je parle. Mais – en étant plus correcte d'un point de vu syntaxique – je devrais dire, 'mourir d'amour'. Parce qu'on ne le vit pas, l'amour, le vrai. On se meurt avec. Vous allez trouver ça stupide venant de quelqu'un qui ne l'a jamais connu. Cependant, je suis certain de ce que j'avance. D'une part, on en arrive jusqu'à s'oublier lorsqu'on aime autrui. Et lorsqu'on s'oublie -ou quand on n'a plus souvenir de nous- nous sommes véritablement mort. Le décès n'est qu'une étape dans la vie. Le succès n'est qu'une renaissance de l'être humain… D'autre part, lorsqu'on fait l'amour, le plaisir charnel est nommé 'petite mort'. Tout simplement parce que nos sens se déconnectent de notre cerveau comme au moment où notre âme quitte notre corps pour passer dans l'au-delà. Souvent, des gens croyant avoir vu les portes du Paradis durant une opération chirurgicale intense, rapportent avoir senti leur être entier se détacher de leur enveloppe corporelle. Je sais, là je m'égare en faisant une digression. Mais je ne peux m'empêcher de penser à la mort, la vraie ; pas celle que l'on vit dans un lit recouvert d'un drap de passion…

En effet, comme beaucoup de personnes de mon âge, il m'arrive de penser à la fin. Au moment où, sur un lit puant les médicaments et les produits chimiques en tout genre, je prononcerai mes derniers mots ; de l'instant où je fermerai les yeux ; de la seconde même où Gabriel de ses ailes viendra me recouvrir. Oui, je pense à la mort. Pourtant j'ai du mal à me projeter dans l'avenir. A me voir dans un an, dans dix, voir trente ! Je vis au jour le jour et je pense que peu de gens le font. Vas demander à deux amants quelle est l'importance d'une journée pour eux. Interroge une personne malade sur la préciosité des dernières heures qu'elle vit. Essaies de te rendre compte de la tristesse de la vie d'un papillon. Trois petits jours et c'est déjà la fin. Certains disent que la beauté réside dans le triste. Je pense que la beauté – l'indétrônable – est dans l'éphémère.

Prenons l'exemple de la naissance du crépuscule dans le ciel. Ce moment où la palette du ciel s'étire plus vers les nuances de violet, parme et autre orangé. Je me penche alors à ma fenêtre – celle-ci ouverte en grand sur ce monde si uniforme – et mes yeux s'émerveillent de la beauté. De celle que la plupart des gens ne voient pas ou évitent, préférant leur vie terne. En fait, je déteste ma vie mais j'adule la mort. Espérons seulement que cette dernière viendra me chercher lorsque je l'aurai désirée !

Je sais, je rêve. Mais n'est-ce pas le principe selon lequel est basé l'espoir ? »

Sans s'en rendre compte, l'heure du dîner arriva. La voix aigrelette de la tante Pétunia rappela à Harry l'heure tardive qu'il était. Généralement, il dînait après les Dursley mais il se devait de mettre la table car Dudley était épargné de cette tâche qu'il trouvait trop pesante. Harry descendit les escaliers à la volée et se précipita sur le vaisselier avant d'entendre les grognements dédaigneux de son oncle tel un bourdonnement d'essaim d'abeilles. Le tintement des assiettes fit monter l'appétit de Dudley qui s'assit à sa place habituelle tout en se tordant le cou pour toujours visionner la télé. Comme à son habitude, il mit trois couverts. Harry allait repartir dans sa chambre sans souffler mot lorsque Pétunia Dursley le rappela à l'ordre :

- Tu oublies que nous avons un invité aujourd'hui. Pépia-t-elle en sortant sa tête d'une casserole qui mijotait tranquillement sur le feu. A présent, tu vois comment agit un égoïste Dudley ? Il t'en donne un parfait exemple. Sa mère –Lily- était comme ça, ne voulant jamais partager ce qu'elle avait et partant dans cette école de fou pour revenir encore plus transformée chaque été…

- Je t'interdis d'insulter ma mère. Vociféra Harry. Elle était quelqu'un d'altruiste et ça tout le monde – excepté vous – le sait. J'accepte que vous me marchiez sur les pieds, parce qu'en fait je n'ai pas vraiment le choix, mais ne souillez pas la mémoire de mes parents.

Dudley avait tourné son visage rond vers Harry tout en observant la réaction de ses parents. On entendait plus que le bruit régulier de l'horloge du living-room et le crépitement des flammes de la cheminée électrique. Vernon Dursley s'était subitement levé de son large fauteuil en chintz et pointait son index boudiné sur Harry en signe de menace. Avant qu'il ne puisse répliquer quelque chose, la sonnette de la porte d'entrée retentit. Harry et Vernon Dursley se défièrent du regard pendant quelques secondes encore avant que l'adolescent ne se décide à ouvrir la porte d'entrée.

Harry se retrouva face à Ginny Weasley qui vivait dans le quartier d'à côté avec sa famille plutôt décalée. Les Dursley les trouvaient détestables. Dès qu'il arrivait à l'oncle d'Harry de passer devant leur maison en se rendant à son travail il ne pouvait s'empêcher de la critiquer, soulignant également la prolifération des mauvaises herbes. Pétunia n'avait guère une meilleure opinion sur cette famille. Souvent, en allant au supermarché, elle s'attardait à l'étalage de fruits et légumes afin de faire des commérages sur les voisins du coin. Ce qui faisait rire Harry, c'était lorsque celles-ci se croisaient dans la rue, elles se saluaient sur un ton plutôt cordial. Cependant, Harry appréciait la famille Weasley qui était la seule à l'accepter avec ces différences. Ron –le fils cadet- s'était retrouvé dans sa classe en sixième par un curieux hasard. Celui-ci avait toujours prit la défense – à ses dépens – d'Harry face à la bande de Dudley lorsqu'ils se baladaient dans les environs. Cela avait alors provoqué de légendaires bagarres qui étaient entrées dans les annales du quartier.

Harry sourit timidement à Ginny et sortit dans la nuit noire, refermant la porte de la maison des Dursley derrière lui. Il savait pertinemment que la rouquine n'était pas la bienvenue dans cette famille et il préférait éviter les incidents diplomatiques ces temps ci. La pelouse finement taillée des Dursley était illuminée par les éclairages de jardin ainsi que le réverbère posté devant le numéro correspondant à la maison. Au clair de Lune, le chiffre quatre scintillait sur sa plaque en acier.

Une fois dehors, Harry se rendit vite compte que Ginny rougissait malgré elle et il s'énerva intérieurement contre cette attitude qu'il jugeait puérile. Tous deux se connaissaient depuis sept ans bientôt et elle ne pouvait toujours pas s'empêcher d'être gênée en sa compagnie. Harry fit un gros travail sur lui-même afin de ne pas lui balancer à la figure une réplique houleuse du style : « Ecoute Ginny je ne suis pas d'humeur ce soir, alors si tu es venue pour me faire le coup de l'adolescente bourrée d'hormones ce n'est pas la peine. J'ai perdu patience depuis bien longtemps. Et ah oui au fait, je suis homosexuel. Tu n'en n'as pas entendu parler ? Ah bon ? Etrange. Et bien maintenant tu es au courant. » Mais il ne lui dit rien de tout cela. Il se contenta d'enfoncer ses poings dans les poches de son jean usé dissimulant sa colère derrière un masque bien solide d'apparente sérénité tout en attendant qu'elle prenne la parole en premier.

- Salut Harry.

- 'Lut. Répondit-il amèrement. Tu es venue pour quelque chose en particulier ?

Ginny cacha un de ses poignets avec la manche de son pull puis se lança finalement :

- Tout au long de l'année j'ai essayé de te le demander mais je n'en n'avais pas le courage…

Harry sentit son cœur se serré. Si elle lui disait qu'elle avait des sentiments pour lui, il serait obligé de lui dire ce qu'il avait pensé très fort précédemment. En clair, la blesser à tout jamais.

- Ca fait un moment que je ressens comme une sorte d'attirance et je ne peux plus le nier. Alors Harry est-ce que tu voudrais bien…

- Je t'arrête tout de suite Ginny. Dit-il d'un ton ferme. Je ne suis pas intéressé par le fait de sortir avec toi. Tu es une fille jolie, j'en suis sûr et certain que beaucoup de garçons seraient heureux de t'avoir comme petite amie. Mais je serais incapable de te donner ce que tu attends d'un point de vu sentimental.

Ginny semblait stupéfaite et ses paupières battaient rapidement comme les ailes d'un papillon. Soudain, elle s'autorisa un petit sourire avant de reprendre :

- Mais Harry je ne parlais pas de toi ! Le garçon qui me fait craquer c'est…Enfin tu dois sûrement le connaître parce qu'un jour alors qu'il était avec des amis il a prononcé ton nom…

- Beaucoup de gens du quartier prononce mon nom. Mais ils ne m'apprécient pas tous pour autant. Coupa Harry. En tout cas, tu m'as fais une sacrée frayeur. Si ce n'est pas de moi dont tu parlais de qui il s'agissait ?

- Cédric Diggory. Souffla Ginny en baissant la tête les joues en feux.

Harry ouvrit la bouche en signe de stupéfaction et la contempla comme pour vérifier l'authenticité de sa déclaration. La rouquine tortillait ses doigts, de toute évidence encore plus gênée. Harry ne l'était pas moins. Il se grattait l'arrière du crâne tout en fermant les yeux. Non, c'était impossible. Ginny – la petite sœur de son meilleur ami -n'était pas amoureuse de Cédric – son amant-. Il prit une bouffée d'oxygène avant de murmurer :

- Et qu'est-ce que je suis censé faire là-dedans ?

- Ca serait sympa si tu lui passais mon numéro de téléphone ou que tu lui parles un peu de moi. Je suis tellement timide que jamais je n'oserai aller vers lui.

- Tu sais, commença Harry en choisissant bien ses mots, Cédric n'est pas un type fait pour toi, crois-moi. Il ne pourra pas te rendre heureuse. C'est impossible. Alors laisse tomber.

Ginny était encore sous le choc tandis qu'Harry était sur le point de rentrer chez les Dursley. Il déposa sa main sur la poignée de la porte et un faisceau de lumière les inonda lorsqu'il poussa le battant vers l'intérieur.

- Fais ce que je te dis Ginny, oublies-le.

Harry ne laissa pas le temps à la rouquine de répondre car il claqua la porte d'entrée. Puis, il monta directement les escaliers afin de se réfugier dans sa chambre. Harry était arrivé à la sixième marche lorsque la voix sèche de la tante Pétunia le fit se retourner.

- Préviens le correspondant de Dudley que le dîner est servit.

Harry acquiesça faiblement avant de se diriger vers la chambre autrefois réservée à Marjorie Dursley – la sœur de Vernon. Il entra à l'intérieur après avoir préalablement toqué à la porte. La pièce était plongée dans la pénombre. Cependant on pouvait distinguer le contour des meubles propres. Harry referma la porte doucement lorsqu'il s'aperçut que le correspondant français de Dudley était allongé sur le lit se trouvant au milieu de la pièce, les bras en croix. Harry s'approcha doucement et fut en quelque sorte subjugué par cette vision. Il semblait être un ange tombé du ciel avec ces cheveux d'un blond pur. Son torse se soulevait au gré de sa respiration lente. Le brun fit parcourir son regard sur la silhouette de l'autre jeune homme encore assoupi.

Ses yeux vert émeraude s'arrêtèrent au niveau de son cou où les premiers boutons de sa chemise avaient été défaits. Harry leva sa main pour la poser sur l'épaule de cet étranger. Mais il n'eut pas le courage de le réveiller. Il semblait si apaisé comme ça. Harry allait repartir quand quelque chose attira son attention. En dessous du lit se trouvait un papier, ou plutôt une carte, il se baissa pour la prendre et lut « Draco Malefoy ; nationalité française ; âge : 18 ans… » Et d'autres détails aussi insignifiants tel que la couleur des yeux, la taille ou le poids. Mais pour Harry ce genre de bagatelles lui fit sauter le cœur dans sa poitrine. En lisant ces quelques bribes d'informations il avait l'impression de partager une sorte d'affinité avec cet inconnu. Il se releva et déposa la carte sur la table de chevet puis sortit de la pièce en faisant le moins de bruit possible.

A peine ressorti, son visage fut orné d'un fin sourire. Draco. Draco Malefoy. Cela sonnait bien, pensa Harry. Il descendit une énième fois les escaliers et informa sa tante que le correspondant de Dudley dormait paisiblement. Celle-ci fut vexée car elle avait préparé un plat totalement « British » pour l'occasion. Harry grimaça en voyant de la viande de bœuf bouillit reposer dans une sauce tout à fait particulière. Le brun pensa immédiatement qu'il avait épargné une belle corvée au nouvel arrivant.

Harry retourna dans sa chambre et prépara une liste de livres à chercher à la bibliothèque dès le lendemain. En effet, pour ne pas se perdre dans ses recherches, le jeune homme écrivait quelques titres de livres à la hâte. Ce soir-là, il s'autorisa trois livres complètement différent. Le premier était une pièce de théâtre d'Aragon nommé « Kean ». Lors d'un devoir important au lycée, il était tombé dessus et l'extrait proposé s'était avéré intéressant donc il s'était dit pourquoi pas…

Le second était un roman à l'eau de rose français datant d'une dizaine d'année. Le titre était « Je ne t'aime pas Paulus ». Et le dernier était d'un autre auteur s'appelant Barjavel. Son œuvre, « Tarendole » avait tout de suite attiré sa curiosité. En fait le point commun entre tous ces écrivains était leur nationalité. Depuis que le correspondant de Dudley était arrivé, Harry voulait en savoir un peu plus sur la littérature d'Outre-Manche. Le brun plia le morceau de papier et le mit dans son porte-monnaie toujours aussi désespérément vide. Harry sentit un nœud s'installer dans son abdomen. Comment allait-il commencer sa vie si il n'avait pas un sou en poche ni même quelqu'un sur qui compter ? Cette question le taraudait depuis trop longtemps.

Il préféra se changer les idées en cherchant sa tenue pour le lendemain afin de ne pas être prit au dépourvu par le réveil en fanfare de la tante Pétunia. Bien évidemment, il n'avait pas une très large garde-robe. Mais juste assez pour se changer tous les jours. Il opta pour un T-shirt gris ayant pour motif une tête de mickey délavé – cela appartenait à Dudley quand il avait neuf ans – ainsi qu'un jean dans un piteux état dont Harry s'accommodait très bien. Il trouvait que cette tenue enfantine revenait à la mode et que de toute manière il n'avait rien de mieux à se mettre sur le dos.

Il déposa son ensemble sur son bureau et balaya sa chambre du regard d'épervier afin d'être sûr et certain que rien ne traînait avant l'arrivée de Cédric. Harry prit son téléphone portable et lui envoya un message pour lui dire que la voie était libre. Harry rangea son cellulaire dans la poche de son pantalon et s'allongea sur son lit, les yeux mi-clos. Il attendait.

Il attendait Cédric dans le noir. Harry se demandait si il trouverait la force de lui dire ce qu'il venait de se passer avec Ginny. Devait-il vraiment lui avouer ? Quelle sera la réaction de Cédric face à ce problème ? Considérera-t-il vraiment ceci comme un obstacle ?
Harry souffla une énième fois et enleva ses tennis dans un parfait jeu de jambes. Il se décontracta et bailla aux corneilles. Si Cédric voulait l'avoir tout entier ce soir il devra user de son charme naturel car il ne se sentait pas d'attaque. Tout à coup, quelqu'un toqua faiblement contre le carreau de la fenêtre. Harry se leva avec moins d'enthousiasme que la veille mais finit par ouvrir en grand. Cédric apparut dans la chambre, des feuilles ou branches éparses dans les cheveux.

- Tu demanderas à ton oncle de tailler ces fichus plantes parce que je commence à en avoir ras-le-bol. Grogna Cédric en passant sa main dans sa chevelure ambrée. Alors, tu avais quelque chose à me dire ?

Harry rassembla tout son courage et tira la chaise de son bureau afin d'être plus à l'aise et surtout avoir un motif pour ne pas regarder dans les yeux son amant. Ce dernier s'allongea comme à son habitude sur le lit d'Harry dans une attitude totalement désinvolte.

- Ginny Weasley est venue me voir ce soir. Chuchota Harry. Elle…Elle veut que je te parle à son sujet.

- Ah bon, et pourquoi ? S'enquit l'autre garçon à voix basse.

- Elle est amoureuse de toi. Dévoila enfin Harry en fixant ses mains.

Subitement, Cédric se leva, le visage extrêmement fermé puis finit par reprendre la parole :

- Il ne manquait plus que ça ! Une pondeuse bourrée d'hormones qui…

- Soit sympa. Coupa Harry en se levant à son tour. Les sentiments, ça ne se contrôle pas.

Cédric contemplait le coucher de Soleil qui recouvrait Privet Drive de ces tendres couleurs chaudes. Il déposa sa main sur le carreau de la vitre et Harry – après un immense effort – déposa la sienne par-dessus.

- Tu n'as qu'à te montrer plus poli envers elle : c'est tout. Ca ne changera en rien notre relation.

- Définis-moi notre relation Harry. Trancha-t-il. J'ai besoin d'entendre de ta bouche ce que tu ressens à mon égard. Tu me rends fou et tu fais comme si tu ne voyais rien. Alors que tu es la personne la plus lucide que je connaisse. Cesse de faire l'innocent et dis-moi la vérité même si ça fait mal de l'entendre.

Harry se tordit les lèvres et se mit à chercher des explications qui soient claires sans pour autant le froisser. Cédric était quelqu'un de bien et il le savait. Jamais il ne souhaiterait lui faire du mal.

-J'éprouve énormément d'affection à ton égard. Répondit Harry en levant son regard émeraude vers son amant. Mais je…Je ne t'aime pas comme tu le mérites. Tu peux m'en vouloir Cédric, m'hurler des choses infâmes, me dire que tu me détestes ou… ou simplement rester. Sache que malgré le fait que tu m'aimes plus que moi, je serai prêt à passer le maximum de temps à tes côtés. Je veux plus que tout au monde que tu te sentes bien avec moi car tu m'apportes beaucoup de soutient dans mon quotidien sans t'en rendre compte. Alors si tu ne veux plus m'adresser la parole, libre à toi de partir.

Cédric esquissa un mouvement de recul puis il baissa la tête, résigné :

- Je t'aime trop pour m'en aller Harry…

Une larme s'échappa des yeux marron de Cédric. Ce n'était pas une larme de tristesse, mais une perle salée de résignation. Il s'était fait à l'idée d'être piégé par ses sentiments même si au fond, ça l'écœurait. Tout ça, allait lui porter préjudice. Il le sentait venir. Par fierté, il releva sa tête et ne cilla pas face au regard emplit de compassion que lui lançait Harry. Ca le dégoutait d'être vu comme une simple victime. Et pourtant… ça lui plaisait lorsqu'Harry lui portait de l'attention de cette manière.

- Je te laisse. Finit par prononcer Cédric. Cela fait déjà trop pour une seule journée.

Harry ne le retint pas. Puis il disparut entièrement par l'encadrement de la fenêtre. De l'autre côté de la porte donnant sur la chambre d'Harry, se trouvait Draco qui écoutait la conversation avec une attention scrupuleuse. Il était désormais sûr que ce n'était pas son imagination qui lui jouait des tours. Il n'y avait pas qu'une seule personne à l'intérieur…

A suivre


Voilà donc le fameux second chapitre. Je dis "fameux" car bon nombre d'entre vous l'attendait. En général, cette partie d'un ouvrage est délicate puisque soit on déçoit le lecteur, soit on le renforce dans son opinion initiale ou - encore mieux pour l'auteur - on attise sa curiosité. J'espère qu'à la suite de cette lecture que ce soit la troisième option qui vous aille le mieux. Avant de vous quitter, j'avais quelques informations à partager avec vous. Premièrement, les chapitres feront tous, environ, plus de quatre mille mots. Ensuite, je tenais à préciser que je posterai à un intervalle régulier d'une semaine. Pour finir, je tenais à remercier ceux qui ont mit des commentaires aux premiers chapitres et à ceux qui le feront par la suite. J'en n'oublis pas pour autant les lecteurs qui passent sans laisser de trace ou encore les quelques uns qui mettent l'histoire en alert ou dans leurs favoris. Dans tous les cas de figure, sachez que c'est un plaisir pour moi de partager cette histoire avec vous. A bientôt avec une suite qui vous plaira - je l'espère - davantage, Dairy22.