Chapitre 13. Retrouvailles

Locksley Manor

Marian se trouvait dans sa chambre. Elle voulait profiter de l'absence de Guy pour se reposer un peu. Les pleurs nocturnes incessants de son fils l'avaient épuisée.

Elle s'apprêtait à se coucher quand une flèche fendit l'air et vint se planter dans l'armoire en bois de l'autre côté de la pièce.

Son cœur manqua un battement mais elle se reprit vite. C'est impossible se raisonna-t-elle. Se devait sûrement être des enfants en train de jouer avec ce qu'ils ne devraient pas.

Mais une tête apparu soudain devant la fenêtre. Puis ce fut un corps tout entier qui pénétra dans la chambre.

Marian ne put en croire ses yeux. Non, elle devait rêver. Oui c'est cela elle venait de se coucher et elle était en train de rêver une scène qu'elle avait déjà imaginé des milliers de fois.

- Eh bien je vois que tu es bien installée. J'espère que ma chambre te convient !

Le son de sa voix la sortit de sa torpeur. Non, elle ne rêvait pas. Il était bien là, réel, devant elle. Elle se précipita dans ses bras, ivre de joie.

- Mon dieu Robin ! C'est un miracle ! dit-elle en riant.

Et elle se dégagea pour l'embrasser avec tout l'amour dont elle était capable.

Mais elle ne rencontra qu'une ligne dure et mince, infranchissable.

Surprise, elle se dégagea et rencontra enfin ses yeux. Ils exprimaient de la colère et de la déception.

Elle comprit enfin la situation.

- Ce n'est pas les retrouvailles que j'avais imaginé !

- Moi non plus ! répondit-il.

Son ton était dur et froid.

- Robin ! Je n'avais pas le choix !

- On a toujours le choix ! répondit-il, toujours sur le même ton.

- TU ne m'as pas donné le choix !

- JE ne t'ai pas donné le choix ? C'est la meilleure ! s'emporta-t-il.

- Je te croyais mort ! se défendit-elle.

- Ah ? Et bien je vois que tu n'as pas mis longtemps à faire ton deuil !

- Tu n'as pas le droit de dire ça !

- Non ? …Je me fait poignarder. J'attends pendant des mois de pouvoir rentrer, pensant à toi à chaque secondes et je vois quand je rentre que ma femme a épousé un autre homme ! Gisborne qui plus est !

Il avait prononcé le nom de ce dernier avec une haine manifeste. Elle s'emporta à son tour.

- Que voulais tu que je fasse ?

- Je ne sais pas ! Mais certainement pas te marier avec ce chien !

Il avait crié ces mots, ce qui provoqua des pleurs dans la chambre voisine.

Marian ne voulait pas craquer. Non, surtout pas devant lui.

- Excuse-moi ! dit-elle en le contournant pour pouvoir atteindre la porte et sortir.

Robin la suivit.

Elle entra dans la chambre et pris son fils dans ses bras pour le calmer.

Robin les fixa, avec un regard indéchiffrable.

- Félicitation ! Ton mari a bien fait son boulot ! dit-il amèrement.

-Quoi ?

Elle était perdue

- Tu crois que…

Elle s'adressa à son fils.

- Et bien tu vois Matthew, je pensais que ton père était meilleur en calcul !

- Matthew ? dit-il, surpris.

Elle le regarda droit dans les yeux.

- Quoi ? Tu me crois assez vicieuse pour donner au fils de ton ennemi le nom de ton père ?

Robin ne sut quoi dire. Il était maintenant totalement perdu. Il s'assit sur une chaise qui trainait dans la chambre mais une voix au rez-de-chaussée se fit entendre. C'était celle de Thornton.

- Vous êtes déjà rentré messire !

- J'ai juste oublié quelque chose dans ma chambre !

Marian paniqua.

- Vas-t-en Robin !

Il ne réagit pas.

- Vite ! Je t'en pris !

Et elle lui tira le bras pour le forcer à se lever.

- Sors !

Robin sembla enfin prendre conscience de ce qui se passait. Les bruits de pas de Guy dans l'escalier se rapprochaient.

Il dégaina son épée, les yeux emplis de haine. Marian ne l'avait jamais vu comme ça.

- Non Robin ! Je t'en pris. Pas maintenant ! chuchota-t-elle.

Robin la fixa puis descendit le regard sur le nourrisson dans ses bras.

Il acquiesça en rengainant son épée puis ouvrit la fenêtre et se tourna vers Marian.

- Nous n'avons pas terminé cette conversation !

Puis il sauta.

Chapitre 14. Explications

Outlaws' camp, Sherwood

- Mais ça va pas t'es malade ? Robin qu'est-ce qui te prend ? dit Djaq, surprise et un peu effrayée de sa réaction.

En effet, Much était à terre, totalement sonné, et se tenait le nez. Il venait de se prendre un coup de poing magistral.

- Pourquoi ne m'avez-vous rien dit ?

- On voulait que t'ai la surprise ! répondit Allan en reculant d'un pas, de peur de s'en prendre une aussi.

- Ah une surprise ? Eh ben je vous annonce que vous avez réussi !

- Et bien je vois que la paternité ne te réussi pas ! dit Much, qui avait repris ses esprits.

- Oh toi ! Comment as-tu pu laisser faire ça ! La laisser épouser Gisborne alors qu'elle portait mon enfant !

- Et vous vouliez qu'on fasse quoi ? L'attacher à un arbre pour ne pas qu'elle s'échappe ? Vous la connaissez, quand elle a quelque chose en tête personne ne peut l'en empêcher.

Robin se radoucit. Visiblement Much avait trouvait le bon argument.

Il s'assit sur un rocher, complètement abattu.

Djaq vint près de lui et posa la main sur son épaule.

- On a pensé que c'était mieux que tu le découvre par toi-même !

- Qu'est-ce que je vais faire Djaq ?

Elle le regarda avec plein de compréhension.

- Je dois dire que ça fais un choc. Je ne m'y étais pas préparé !

- C'est la définition des surprises ! dit-elle dans un sourire.

- Un fils ! Je suis père Djaq, tu te rends compte ?

Son regard redevint soudain empli de colère.

- Et c'est Gisborne qui l'élève !

- Si ça peut te consoler, j'ai entendu dire que Guy ne s'occupait pas beaucoup de son « fils ».

- Pourquoi elle a fait ça ?

- C'est une mère à présent Robin. Une mère qui ne vit que pour le bien de son petit.

Robin sembla réfléchir à cette phrase puis se leva brusquement.

Le groupe le regarda s'éloigner, jugeant qu'il valait mieux le laisser un peu seul.

Un peu plus tard, Marian arriva au campement.

- Bonjour ! dit-elle un peu mal à l'aise.

- Il est là bas ! répondit Much sans même un regard vers elle, en pointant la direction ouest.

Elle hésita à ajouter quelque chose mais s'abstint, acquiesça et partit dans cette direction.

Elle le trouva assis, les yeux dans le vague, sur le tronc d'arbre où ils s'étaient déjà embrassés lors de retrouvailles.

Elle sourit à ce souvenir mais savait que ça ne se passerai pas comme ça cette fois.

- Ton chien de garde t'a laissé sortir ?

Elle vint s'asseoir près de lui.

- Guy est reparti à Nottingham pour affaires !

- Pour affaires ! dit-il dans un rire ironique.

Il y eu un silence. Marian ne savait par où commencer.

- Robin… ! Ne m'en veut pas je t'en pris ! Il faut que tu comprennes que ma vie a changé. J'ai changé…et mes priorités aussi. Notre fils compte à présent plus que tout pour moi. J'ai choisi l'option qui me paraissait la meilleure.

- Je ne crois pas que Guy soit la meilleure option.

- Il l'était il y a 6 mois.

-…

- Robin, tu n'étais pas là ! Tu m'as laissé seule dans cette situation. Je n'avais pas le choix.

- Bien sûr que si ! Tu aurais pu rester ici avec les autres !

- Mais bon sang Robin, regardes autour de toi. Tu crois vraiment que c'est la place d'un bébé !

- Il est hors de question que je lui laisse mon fils et ma femme et que je fasse comme si de rien n'était.

- Tu le dois Robin ! Au moins pour le moment. Si tu aime un tant soit peu notre fils tu le feras !

- Je ne peux pas faire ça !

Il avait articulé chaque syllabe et avait les larmes aux yeux.

Marian posa sa main sur son cou.

- Souviens-toi de ce qu'on s'était promis. Ramener le roi, s'occuper du shérif, et seulement ensuite être heureux. Nous n'avons pas le choix.

Puis elle se leva.

- Il faut que je rentre avant que Guy ne revienne !

- Oui c'est ça, va t'occuper de ton mari !dit-il amèrement.

- Maintenant ça suffit ! s'emporta-t-elle. Grandis un peu ! Tu crois que cette situation me plait ? Que je vis avec lui de gaieté de cœur ? C'est toi mon mari Robin et tu seras toujours le seul et l'unique à mes yeux. Tu es le père de Matthew bon sang, et ça personne ne pourra jamais nous l'enlever.

Robin, l'écoutait, la mâchoire serrée.

Elle s'approcha de lui et lui leva le menton pour le forcer à la regarder.

- Je t'aime, ne l'oublie jamais ! Mais maintenant il faut que je parte retrouver Matthew.

Et elle accompagna le geste à ses paroles.

Robin la regarda partir, le cœur en mille morceaux. Il ne s'était jamais senti aussi mal.

Chapitre 15. Confrontation

Robin revint au campement un peu plus tard. Il avait ainsi eu le temps de réfléchir et de se calmer.

Il eu des remords quand il vit le nez enflé de Much.

- Pardon Much, je suis désolé ! J'étais en colère mais tu n'y es pour rien. Je sais que tu as fait ton possible pour éviter qu'elle quitte le camp ; mais je crois malheureusement qu'elle a eu raison de le faire ! dit-il d'un air infiniment triste.

- Vous êtes pardonné ! répondit celui-ci dans un sourire.

Robin prit alors son ami par le cou et l'étreignit.

- Tu as tenu ta promesse ! dit Robin.

Much acquiesça, ému et heureux que son maître et ami se rende compte qu'il a effectué sa mission du mieux qu'il pouvait.

- Je n'aurai pas supporté de vous décevoir !

- Tu l'as pourtant fait des dizaines de fois !

Cette phrase effaça aussitôt le sourire de Much. Mais Robin s'esclaffa, ce qui fit rire les autres qui avaient été témoins de la scène. Much comprit qu'il le taquinait et se mit à en rire aussi.

Locksley Manor

Marian revint à Locksley, mais ses pensées étaient à Sherwood auprès d'un certain hors la loi.

Il avait vraiment fallu qu'elle soit forte pour le quitter. Mais elle pensa soudain à son fils, ce qui la convaincu aussitôt qu'elle avait fait le bon choix. Oui elle avait fait ce qu'elle devait faire…pour Matthew.

Mais ses pensées furent détournées par la présence de Guy dans la salle à manger.

- Vous êtes déjà rentré ? dit-elle, surprise.

- Où étiez-vous ?

Son ton était dur. Il était visiblement en colère. Ce qui était souvent le cas ces temps-ci remarqua-t-elle.

- A Clun ! Je suis allée porter des remèdes à la fille de Marie qui est malade.

- Je croyais pourtant vous avoir dit de ne pas sortir seule sans m'en avoir parlé avant. Surtout pour ces maudits paysans !

- Je ne pensais pas devoir vous conter tous mes faits et gestes Guy ! dit-elle excédée en se dirigeant vers l'escalier.

Mais il l'a rattrapa par le bras au passage.

- Excusez-moi ! se radoucit-il. C'est seulement que j'ai quelques petits soucis en ce moment et je ne veux pas avoir à m'inquiéter pour vous en plus de cela.

- Que se passe-t-il ?

Voyant qu'il n'était pas déterminé à répondre elle continua :

- Guy, je suis votre femme. Vos soucis sont les miens aussi. Dites-moi ce qui vous tracasse ?

Il soupira mais se décida tout de même à répondre.

- Une rumeur !

- Un rumeur ? Quelle rumeur ?

- Mes soldats m'ont rapporté les propos de ces paysans. Ils disent avoir vu Robin Hood.

Marian déglutit péniblement. Que devait-elle répondre ? Elle choisit l'étonnement.

- Guy, vous savez bien que c'est impossible ! dit-elle tristement pour appuyer ses paroles.

Guy la jaugea. Il doutait.

- Il n'est pas venu ici dites-moi ?

- Vous voulez vraiment me faire du mal ? dit-elle d'une tristesse feinte. Je commence à peine à faire mon deuil et vous me parlez de Robin en m'annonçant qu'il est peut-être vivant. Vous êtes cruel !

Elle fit mine de partir mais il l'arrêta de nouveau.

- Désolé ! Je ne voulais pas…C'est juste que je ne veux pas vous perdre. Et puis ce n'est qu'une rumeur après tout ! se reprit-il en la rapprochant encore plus contre lui et en lui caressant la joue.

- Guy !

- Vous m'avez manqué aujourd'hui ! lui dit-il dans un regard concupiscent.

Et il commença à l'embrasser tout en lui caressant le dos, puis de plus en plus bas.

Mais des pleurs se firent entendre à l'étage. Marian se dégagea.

- Il a faim ! Il faut que j'y aille.

Elle montait les marches quand elle l'entendit donner un coup de poing sur la table.

Elle souriait. Son fils lui avait sauvé la mise…encore, pensa-t-elle.

Chapitre 16. Provocation

Village de Nettlestone

- Je vais perdre patience ! s'énerva Guy.

Les pauvres villageois étaient tous en ligne, à genoux, attendant une correction qu'ils ne méritaient pas.

- Je repose la question ! Qui a volé la récolte de blé destinée au shérif ?

Voyant que personne ne répondait, il s'emporta d'avantage.

- Très bien !

Il fit signe à un de ses soldats qui comprit aussitôt l'ordre et amena un jeune homme de force devant Guy.

- Je vais donc lui couper un doigt. Ce sera ensuite la main d'un de vous autre, puis le bras d'encore un autre et ainsi de suite. Vous comprenez le principe ? dit-il dans un sourire sadique. J'ai même peur qu'il ne reste plus rien à couper au final si vous ne vous décidez pas !

Voyant que les villageois, terrorisés, ne disaient toujours mot, il sortit son poignard et s'apprêta à couper le doigt du pauvre malheureux quand une flèche fendit l'air et vint finir sa course dans un poteau derrière eux.

- Oh bah mince, j'avais visé la tête !

Guy relâcha immédiatement l'homme et se tourna en direction de la voix.

Robin, accompagné de la bande, arrivait à cheval et en descendit avec une grande agilité, un sourire arrogant aux lèvres.

- Tu n'as pas honte de t'en prendre à ces pauvres innocents !

Il s'adressa à ses comparses.

- Il est tellement mauvais qu'il n'ose pas s'attaquer à quelqu'un qui sache un minimum se défendre, de peur de se prendre une dérouillée.

Les outlaws se mirent à rire, ce qui sortit Guy de sa stupeur.

- Toi ! Je te croyais mort !

- Ca t'arrangeait bien hein ? répondit Robin sur un ton très explicite.

Les deux hommes se toisèrent et Guy comprit parfaitement de quoi il parlait.

- Ces vermines de paysans disaient donc vrai.

- Je dirais plutôt que c'est toi la vermine ! répondit-il, provocateur.

Guy, hors de lui, ordonna aux soldats de s'emparer d'eux, ce qui fit détaler les hors-la-loi.

- Rattrapez-les bande d'imbéciles ! vociféra-t-il en donnant un coup de pied aux fesses de son sergent, et tout en sachant pertinemment qu'ils reviendraient bredouilles, comme à chaque fois.

Château de Nottingham

Guy arriva, rouge de colère, dans la grande salle.

- Gisborne mon ami, que se passe-t-il ? dit le shérif d'un ton las, les pieds sur la table en train de boire du vin.

- Une mauvaise nouvelle ! Très mauvaise !

- Humm ? Laissez-moi deviner, vous avez encore été dans l'incapacité de vous faire respecter de la plus basse classe ? De faire parler les porcs les plus incultes et les plus faciles à dresser qui soient.

Guy préféra ignorer la remarque.

- Robin Hood !

Ce simple nom suffit à énerver le shérif qui se redressa aussitôt.

- Il est revenu monseigneur !

- Vous voulez dire entre quatre planches je suppose !

- Vivant !

Guy sursauta quand le shérif planta un couteau qui trainait dans la table.

- Comment est-ce possible Gisborne ? hurla-t-il.

Guy secoua la tête négativement mais ne répondit pas.

- Ahhhhh !

Il se rapprocha de Guy de manière à frôler son visage.

- Il nous faut une parade Gisborne. Vous savez que ce n'était pas du tout le BON MOMENT !!!!

- Oui je sais !

Mais le shérif redevint tout à coup très calme et secoua le doigt en l'air en marchant de long en large, signe qu'il réfléchissait. Puis il eu soudain un sourire sadique qui dévoila sa dent dorée.

- Je suppose que monseigneur vient d'avoir une brillante idée !

- Plus que brillante Gisborne : géniale !

- Et puis-je connaître vos plans ?

- On va tout simplement lui tendre un piège !

- Mais comment ?

- Qu'est-ce que vous pouvez être bête parfois ! Un appât Gisborne.

Guy comprit soudain de quoi il parlait et un frisson lui parcouru tout le corps.

- Je ne peux pas faire ça ! murmura-t-il.

- Oh arrêtez-moi ce sentimentalisme ridicule !

Puis il eu un sourire machiavélique qui aurait fait froid dans le dos à n'importe qui.

- Ayez une carotte, et la bourrique viendra à vous sans réfléchir ! dit-il dans un rire qui fit écho dans pratiquement tout le château.

Chapitre 17. Piège

Outlaw's camp, Sherwood

Marian, sur son cheval, arriva à toute vitesse.

Robin avait le pressentiment que quelque chose n'allait pas mais en eu la confirmation quand Marian fut assez près pour qu'il puisse voir son visage, baigné de larmes.

Il se précipita vers elle tandis qu'elle descendait de sa monture. Les autres stoppèrent leurs activités pour regarder la scène, inquiets.

- Matthew ?

Robin se doutait que seul son fils pouvait la mettre dans un état pareil.

Et en effet elle acquiesça.

- Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Guy ! essaya-t-elle d'articuler à travers ses sanglots. Le château !

- Marian, calme –toi et raconte moi !

Elle respira profondément pour essayer de refouler ses larmes et tenta de lui expliquer.

- Je suis allée à Clun ! J'avais confié Matthew à Lisa et quand je suis revenue il n'était plus là. Lisa m'a expliqué que Guy l'a emmené à Nottingham auprès du shérif pour sa « sécurité » soit disant. Il n'avait aucune raison de le faire.

Et elle se remit à pleurer :

- Pourquoi il a fait ça ?

Robin compris soudain et se détesta.

- C'est ma faute ! déclara-t-il.

- Quoi ? Répondit Marian en relevant la tête et en le regardant dans les yeux, totalement perdue, ne comprenant pas où il voulait en venir.

- J'ai vu Guy ce matin, et je l'ai un petit peu…provoqué.

Il y eu un silence, qui fut soudain rompu par le claquement d'une gifle.

Mais Robin lu dans ses yeux qu'elle regrettait déjà son geste et la prit dans ses bras, essayant de la consoler comme il le pouvait.

- Je vais te le ramener Marian !

Mais Will intervint :

- Robin, c'est un piège !

- Je sais ! dit-il, résigné.

Il se dégagea de la jeune maman pour la regarder dans les yeux.

- Je te promets que tu le tiendras dans tes bras très bientôt, même si je dois mourir pour ça !

Puis Robin se tourna vers ses compagnons.

- Je vais à Nottingham !

- Alors nous aussi ! répondit Much, ce qui fit acquiescer le reste de la bande.

- Oui, nous aussi !

Robin, dans un demi-sourire, les regarda d'un air entendu.

- Nous avons un plan à échafauder !

Château de Nottingham

Les pas de Robin raisonnaient dans le couloir désert du château. Il était seul. Il arriva devant un escalier de service. Il vérifia que personne ne le suivait et s'y engouffra pour monter à l'étage. Il n'avait pas vraiment d'idées où chercher mais préféra commencer par le plus logique, à savoir la nursery, bien qu'il se doutait qu'elle se trouvait inoccupée depuis des années.

Il pensait à son fils. Il n'avait jamais vraiment eu l'occasion de le contempler et cela lui faisait mal de penser qu'il pourrait mourir sans n'avoir jamais pu le prendre dans ses bras. Il n'en revenait toujours pas : il était père… et Guy avait l'intention de lui enlever ce plaisir.

Sa colère monta d'un cran en pensant à l'homme qui vivait avec Marian. Sa Marian.

Il arriva dans un couloir, encore plus sombre que le précédent et commença à ouvrir les portes.

Il avait déjà visité trois chambres quand il vit une servante quitter celle au bout du couloir, avec ce qui ressemblait à des langes dans les mains.

Il se cacha dans l'ombre d'une alcôve et attendit que la femme quitte le couloir.

Il avança ensuite à pas de loup jusqu'à la chambre et ouvrit la porte.

Un berceau trônait au milieu de la pièce, éclairée par quelques faibles bougies.

Il s'approcha et vit une forme enveloppée dans des couvertures.

Il eu juste le temps de la toucher et de s'apercevoir que c'était un leurre que la porte s'ouvrit à toute volée, laissant entrer le shérif, suivi de Guy et d'une bonne vingtaine de gardes.

C'était trop facile, pensa-t-il. Il se maudit intérieurement d'avoir été aussi bête.

- Quel plaisir de te voir ici ! dit le shérif, apparemment sincère mais pas dans le meilleur sens du terme. Mais je te croyais plus malin que ça !

- C'est mon cadeau de retour ! lui répondit Robin sans perdre le sourire malgré la situation. Mais je vois que vous avez quasiment besoin d'une armée pour m'attraper ? Quel compliment ! Vous avez peur que je m'échappe ?

Le shérif ne répondit pas mais eu un sourire forcé, puis s'adressa à Guy :

- Je vous l'avais dit Gisborne : une bourrique ! Finalement la lèpre qui vous sert de femme m'aura servit à quelque chose. Bel appât vous ne trouvez pas ? dit-il à Robin dans un sourire sardonique. Vous ne trouvez pas ça mignon ? demanda-t-il à Guy mais sans attendre de réponse. Le célèbre Robin des bois qui se fait prendre comme le dernier des idiots pour son horrible progéniture.

Puis il hurla aux gardes :

- Emmenez moi ça au cachot !

Il s'apprêta à sortir de la pièce mais s'arrêta sur le pas de la porte et se retourna vers Guy.

- Je vous laisse vous amuser ! Profitez-en bien.

- Soyez en sûr ! rétorqua ce dernier envers Robin dans un regard sadique.

- Oh ! Et quand vous aurez fini, débarrassez-moi-en. Je vous laisse ce plaisir. Vous l'avez bien mérité ! lui dit-il comme un avare compliment.

Chapitre 18. Règlements de compte

Prisons du château, Nottingham

Robin se trouvait dans une geôle, les mains derrières lui attachées à un poteau. Il étouffa un cri de douleur quand Guy lui assena un coup dans les côtes.

- Tu pensais pouvoir revenir comme si de rien n'était hein ? lui dit-il en lui lançant un coup de poing au visage, ce qui lui fendit la lèvre en deux. Tu pensais pouvoir me reprendre Marian ?

Et ce fut un nouveau coup, sur la pommette cette fois.

Mais c'est dans mes bras qu'elle s'endort tous les soirs ! lui dit-il dans un sourire satisfait.

D'ailleurs je te laisse avec joie ton batard de fils. Marian me donnera bientôt le mien ! lui dit-il provocateur. Je crois même qu'il est déjà en route ! dit-il dans un rire.

S'en était trop. Robin ne pouvait plus supporter de l'écouter. Dans une vague de rage, il essaya de se détacher mais en vain. Il souffrait. Physiquement bien sûr, mais ce n'était rien à côté de ce qu'il ressentait au fond de lui : un désir de vengeance immense. Il se promit de le tuer dès qu'il le pourrait, à condition bien sûr que Guy ne fasse pas de même avant.

- Tu es comme une ordure pourrie qui pue tellement qu'on ne veut que s'en débarrasser. Et je vais bientôt me débarrasser de toi ! continua-t-il en lui donnant un nouveau coup de poing qui le fit saigner du nez.

Qu'est-ce que ça te fait que je vive ta vie ? Que je possède tes terres ? Que je dorme dans ton lit avec ta femme ? dit-il dans un sourire provocateur. Femme qui est d'ailleurs la mienne à présent. J'y veille chaque soir ! insista-t-il.

- Parce que tu crois qu'elle voudra te toi après ce que tu viens de faire ?

- Mais je n'ai pas l'intention de lui donner le choix !

Les poignets de Robin saignaient tellement il forçait pour se dégager. Sa rage lui donnait la force d'essayer de se libérer. Il se sentait tellement impuissant et cela lui déplaisait : il n'avait pas l'habitude de ce sentiment. Il avait jusqu'à présent presque toujours su quoi faire, mais maintenant il était là, dans cette prison, à la merci de cet homme, attaché, sans possibilité de faire ne serais-ce qu'un mouvement.

- Tu n'aurais jamais du revenir. Tu serais au moins resté en vie…car maintenant je vais te tuer ! Et tu n'aura plus l'occasion de sauver ton roi ! dit-il d'un air entendu.

Et il sortit un poignard de sa veste.

- Je vais enfin finir ce que j'ai commencé il y a trois ans en terre sainte.

C'était donc la fin. Mourir de la main de son pire ennemi sans avoir eu la chance de connaître son fils et d'embrasser sa femme une dernière fois.

Robin ferma les yeux, résigné à mourir, quand une voix se fit entendre. C'était celle d'un des soldats de Gisborne.

-Votre femme est ici messire ! Elle désire vous parler !

Gisborne regarda tout à tour le soldat et Robin puis soupira. Il rangea sa dague et dit à Robin sur un ton qui ne fit qu'énerver ce dernier d'avantage :

- Attend moi ! Je reviens dans quelques minutes ! lui dit-il en souriant, sachant très bien qu'il ne pouvait pas bouger.

Puis il sortit du cachot.

Quelle tête de mule pensa Robin. Il lui avait pourtant dit de rester au camp.

Mais il souri malgré tout : sa femme venait de lui donner quelques instants de répits. A lui maintenant de trouver comment se sortir de là…

Robin essayait de se libérer tant bien que mal. Il avait déjà rongé la moitié de la corde en la frottant contre l'angle de la poutre quand des pas se firent entendre dans l'escalier.

Non pas déjà pensa-t-il. Cela faisait à peine quelques minutes que Guy l'avait laissé.

Mais il ne tarda pas à découvrir les propriétaires de ces bruits et un sourire éclaira son visage.

- Vous en avez mis du temps !

- Excuse-nous mais on s'est un peu perdu ! plaisanta Allan en assommant un garde.

- Oui, et puis je vous rappelle que venir vous chercher ici n'était que le plan B ! remarqua Much en venant à bout d'un autre assaillant.

- Ouais, je vois que tu n'as pas été aussi doué que d'habitude ! lui dit Allan moqueur pendant qu'il le débarrassait de ses liens.

- Je crois que je n'ai jamais été aussi content de vous voir !

- Et bah ça fait plaisir ! rétorqua Much, un peu vexé.

- Façon de parler Much ! le consola Djaq.

- Vous avez une sale tête ! dit Much à Robin une fois que ce dernier fut à leur hauteur.

- Oui, ta femme ne va plus vouloir de toi après ça ! plaisanta Allan, mais il se pris une tape (amicale) dans le ventre par l'intéressé. Mais pourquoi vous me frappez tout le temps ?

- Parce que tu dis toujours des bêtises ! lui dit Djaq dans un sourire.

- Vous avez trouvé Matthew ? demanda Robin, redevenu très sérieux.

- Non ! répondit Djaq. Petit Jean et Will sont toujours à sa recherche.

- Bien, alors continuez !

- Où vas-tu ? demanda Allan.

- J'ai quelques comptes à régler. Allan viens avec moi, je vais avoir besoin que tu éloigne Marian.

- Elle est ici ?

- Oui elle est ici !

- Tu as besoin que je l'éloigne de quoi ? Mais il comprit pendant qu'il prononçait sa phrase. Oh, oh, va y avoir de la bagarre ! dit-il, tout excité.

Mais Robin était déjà parti, récupérant son épée au passage, et Allan courut pour le rattraper.

Djaq et Much se regardèrent dans un sourire un peu inquiet, et quittèrent eux aussi la prison, en quête du jeune Matthew de Locksley.

Pendant ce temps dans la grande salle

Marian tournait en rond, furieuse, attendant que son « mari » daigne venir. Elle allait lui montrer ce qu'était une mère en colère. Non mais de quel droit avait-il osé faire ça !

Elle avait promis à Robin de rester au camp car elle savait qu'elle irait droit dans le mur si elle s'opposait à lui, or la situation était urgente à résoudre ; elle avait donc préféré s'effacer. Mais elle voulait agir. Elle ne pouvait tout de même pas concevoir de rester sans rien faire alors que son fils : son propre sang, était en danger, ainsi que l'homme qu'elle aimait.

Elle en était là de ses réflexions quand Guy apparu. Elle le regarda descendre l'escalier d'une haine féroce et se jeta sur lui quand il fut accessible pour lui donner un coup de poing, aussi fort que l'était sa colère.

La violence du choc le fit tomber.

Il était sur les fesses, complètement abasourdi quand elle déclara dans un sourire sardonique :

- Vous ne savez donc pas qu'il n'y a rien de plus dangereux dans la nature qu'une mère en colère à qui on a enlevé son petit ?

Il se releva rapidement et lui fit face :

- Marian laissez-moi-vous expliquer ! Matthew n'est pas en danger. J'ai fait cela pour sa sécurité !

- A d'autres ! lui dit-elle, ses yeux lançant des éclairs.

Voyant qu'il n'obtiendrait pas gain de cause, il s'emporta :

- Mettez-vous à ma place. Que devais-je faire ? J'apprends que Robin n'est pas mort et qu'il est revenu. Je me suis senti en danger. Je devais le laisser m'enlever ma femme ? Je ne veux pas vous perdre Marian ! Il fallait que je réagisse.

- Et vous croyez que je vais continuer à vivre avec vous, laissant Matthew à votre merci, après ce que vous venez de faire ?

- Vous n'avez pas le choix de toute façon. Vous êtes ma femme ! Vous m'appartenez !

- J'appartiens à Robin de Locksley !

- Erreur !

Elle écarquilla les yeux, surprise. Il continua :

- Je me suis renseigné figurez-vous ! Votre mariage ne vaut rien en Angleterre. C'est avec moi que vous avez signé les papiers officiels. Votre exotique escapade nuptiale en terre sainte n'est pas valable ici.

- Non c'est faux !

- Renseignez-vous !

Ne sachant plus que dire car il venait de lui mettre le doute, elle changea d'argument :

- Vous n'avez aucun droit sur moi. Vous ne pouvez me forcer !

- Auprès de l'Etat et de l'Eglise, j'ai tous les droits au contraire ! lui dit-il dans un regard d'autorité mélangée à de la concupiscence.

Voulant changer de sujet, elle revint à la raison de sa présence au château.

- Où est Matthew ?

- Je vous l'ai dit : en sécurité. Vous le reverrez très bientôt si vous vous comportez en bonne épouse aimante ! lui dit-il en s'approchant dangereusement.

Elle tenta de le frapper quand il voulu l'embrasser mais il fut plus rapide et lui attrapa le bras, le mettant derrière son dos afin de lui bloquer l'épaule.

- Vous me faite mal !

- C'est un avant goût de ce qui vous attend si vous continuez à résister.

Marian avait les yeux qui lui brûlaient. Elle se sentait désemparée et apeurée. Elle ne l'avait jamais vu comme ça. Mais une voix se fit entendre derrière eux.

- Lâche-la !

Guy se retourna vers la voix et fut extrêmement surpris, en découvrant son propriétaire.

- Toi ? Mais comment as-tu….

- Je t'ai dit de la lâcher !

Robin avait prononcé cette phrase les dents serrées, reflétant ainsi avec son regard l'intensité de sa haine envers l'homme qui tenait sa femme.

Guy d'ailleurs obéit et relâcha Marian.

Robin, suivi d'Allan, descendit les marches d'une extrême rapidité.

Marian s'interposa :

- Robin…

- Va chercher notre fils ! Je m'occupe de lui !

- Robin ne fait pas de bêtises !

- Allan, emmène-la !

Mais Marian ne voulait pas partir et Allan fut obliger de la trainer presque de force vers la sortie.

Quand ils furent enfin seuls, les deux hommes se défièrent mutuellement d'un regard haineux.

- Je vois que tu es plein de ressources ! remarqua Guy, ne comprenant toujours pas comment il avait réussi à s'échapper.

- Et tu n'as encore rien vu !

Mais Robin jeta son épée au loin, à la surprise de Guy. Celui-ci, après un instant, fit de même, visiblement d'accord pour un combat au corps à corps.

- Ton poignard ! lui dit Robin en désignant sa veste.

Gisborne sourit, embêté qu'il s'en rappelle, mais se débarrassa finalement de sa dague.

Puis les deux hommes, comme le feraient n'importe quel boxeur avant un combat, se mirent à tourner, toujours en se défiant, les poings en garde.

Robin souffrait. Sa séance précédente avec son adversaire lui avait laissé des séquelles. Ses côtes meurtries rendaient sa respiration très douloureuse et sa pommette le lançait. Son nez et sa bouche ne saignaient plus mais le sang séché le gênait. Il se sentait épuisé.

Mais malgré tout cela, sa rage et le désir de vengeance lui donnaient une force presque surhumaine.

Il attaqua le premier et son poing atterri en plein dans le nez de son adversaire, le faisant pleurer et l'ébranlant ainsi fortement.

Robin profita de cette faille dans la défense de Guy pour lui donner un bon coup de pied dans le ventre, ce qui le fit se courber en deux.

Guy essaya tant bien que mal d'atteindre le jeune père mais en vain, ses coups ne frappant que du vent.

- C'est moins facile quand son adversaire peut se défendre ! Hein Guy ?

Et Robin lui donna un coup de poing au menton, ce qui le fit complètement s'écrouler à terre.

Guy, se sentant maintenant réellement en danger, commença à ramper comme il le pouvait en direction de l'épée mais le hors la loi se jeta alors sur lui et s'assit sur son ventre, l'empêchant ainsi de tout mouvements. Guy réussit malgré tout à porter un coup dans le dos de Robin mais sans aucunes forces. Robin ne le sentit presque pas mais ce geste attisa encore plus sa colère et il lui donna un crochet du droit au visage, puis gauche, puis droit, puis gauche...Il était dans une bulle et plus rien d'autre ne comptait que de le frapper. Son geste devenait mécanique, régulier, comme un métronome battant la mesure. Il était loin d'avoir épanché sa soif de vengeance et le frappait encore et encore quand une force lui retint le bras.

- Non !

Robin releva la tête et vit Marian, choquée.

- Arrête tu vas le tuer !

- C'est bien mon intention !

Ses yeux avaient rougis par la rage et la haine.

- Tu vois bien qu'il est inconscient !

En fait non, Robin n'avait pas remarqué ce petit détail. Mais il recommença malgré tout à le frapper de toutes ses forces. Marian cria alors pour attirer son attention et le sortir de sa folie :

- Robin je t'en pris arrête !

Elle ne reconnaissait plus son mari. L'homme qu'elle avait en face d'elle était un parfait inconnu. Elle ne l'avait jamais vu dans cet état.

Robin releva la tête à ce cri et changea tout à coup d'expression, se radouci, le regard au loin derrière Marian et celle-ci se retourna pour voir la cause de ce changement soudain de comportement.

Petit Jean venait d'entrer dans la salle, le petit Matthew dans les bras.

Marian profita alors que la vue de son fils l'ait visiblement calmé pour le forcer à se relever.

Elle le fixait droit dans les yeux d'un air de reproche mais aussi de compassion et d'amour quand Allan fit son entrée, suivi de Djaq :

- Il faut qu'on y aille, ça devient urgent ! La cavalerie arrive ! expliqua-t-il.

Le petit groupe se précipita vers la sortie mais Robin ne bougeait pas, fixant l'homme inconscient au sol.

Marian revint le chercher.

- Robin viens ! lui dit-elle, suppliante, en lui prenant la main pour le guider hors de la salle, afin de quitter ce château, cette ville, ce cauchemar.

Et c'est finalement ce qu'ils firent.

Chapitre 19. Moment en famille

Outlaws's camp, Sherwood

- Où est-il ? demanda Marian à Much.

- Avec Matthew là où vous savez ! lui dit-il d'un air entendu avec un clin d'œil.

Oui elle se doutait de là où il se trouvait. Elle commençait à penser que cet endroit allait devenir le leur et effectivement elle le trouva assis sur « leur » tronc d'arbre, Matthew dans les bras. Visiblement son fils dormait. Elle s'arrêta et contempla ce magnifique tableau avec des yeux emplis d'amour et de bonheur. Puis elle s'approcha doucement et vint s'asseoir à côté d'eux.

Ils restèrent un moment dans le silence puis Robin le rompit :

- Je suis désolé Marian ! J'ai tout gâché !

Elle l'interrogea du regard.

- J'ai compromis la sécurité de Matthew avec mon arrogance immature.

- Je n'aurais jamais cru dire ça mais je crois finalement qu'il est plus en sécurité ici qu'à Locksley. Et puis je pense malheureusement que c'était inévitable. Même si tu ne l'avais pas provoqué, il aurait quand même voulu nous éloigner de toi. C'est un homme désespéré qui n'a plus rien à perdre. Et puis ce n'est pas si grave ! le consola-t-elle. Le cadre est sympa ! dit-elle en regardant autour d'elle et en souriant. De toute façon on n'a plus le choix ; et égoïstement, je commençais à en avoir assez de devoir le supporter chaque jour, de faire semblant de jouer à la bonne épouse et de devoir éviter ses assauts.

Robin la regarda avec son air triste de chien battu :

- Il m'a dit que vous aviez…. ! Il ne put prononcer les mots. Est-ce que c'est vrai ?

- Est-ce que ça changerais quelque chose ?

- Marian il faut que je sache ! … S'il te plait ! insista-t-il en voyant qu'elle gardait le silence.

Elle soupira mais fini par lui répondre en le regardant droit dans les yeux.

- Robin, tu as toujours était le seul et l'unique dans mon cœur. C'est ce qui compte non ? Mais pour répondre à ta question, tu as été le seul et l'unique aussi de ce point de vue là ! dit-elle avec un petit sourire, puis elle regarda son fils, en train de se réveiller dans les bras de son père.

- Et cette seule fois m'a donné ce magnifique trésor !

Robin, soulagé, reporta son attention sur son fils.

- Il a tes yeux !

- Et ta fossette ! lui dit-elle en caressant le menton du hors la loi.

Il lui sourit avec plein de tendresse.

- Il est si petit ! reprit-il en souriant d'un air béat.

- Oh non ! Je peux te dire qu'il n'est pas si petit que ça ! Je l'ai sentit passer ! précisa-t-elle en riant.

- Ca s'est bien passé ? demanda-t-il un peu inquiet.

- Ce fut long. Très long ! répondit-elle toujours en rigolant, puis elle reprit son sérieux et mit son doigt dans la petite main du nourrisson. Mais ça en valait la peine !

- Je suis désolé !

- De quoi ? C'est le plus cadeau que tu pouvais me faire !

- De ne pas avoir été là !

Puis Robin se tourna un peu pour lui faire face.

- Si j'avais su Marian, je te jure que je serais rentré beaucoup plus tôt. J'aurais abandonné cette interminable guerre, tout.

- Tu aurais abandonné le roi ? dit-elle, nullement convaincue.

- Oui ! répondit-il dans un murmure, sincère.

- Allons Robin. Tu sais, je crois que tu n'aurais malheureusement pas pu être d'un grand secours ce jour là. Il fallait que je me débrouille toute seule comme une grande ! dit-elle d'un ton léger.

- Je ne parle pas que de l'accouchement ! C'est la deuxième fois que je t'abandonnais, et ce sont les deux choses que je regrette le plus au monde.

- Tu n'as pas à regretter Robin. Tu as fais ce que tu devais faire. Et je crois au contraire que tu aurais regretté de ne pas être resté en terre sainte.

- Mais je t'aurais empêché d'épouser Guy !

Il y eu un silence. Puis Robin reprit :

- J'allais le tuer. Pourquoi l'as-tu sauver ?

- Ce n'est pas lui que j'ai sauvé Robin mais toi !

- Moi ? dit-il, réellement surpris.

- Oui. Je ne pouvais pas te laisser commettre un acte que tu aurais regretté.

- Je ne pense pas que je l'aurais regretté.

- Si Robin ! Tu n'es pas comme ça. Tu as déjà tué c'est vrai, mais c'était par légitime défense ou parce qu'il le fallait réellement !

- Pas en terre sainte ! répondit-il tristement.

- Mais c'était différent. C'était la guerre. Et je sais que tes actes là-bas te hantent parfois, Much me l'a dit.

- Ah Much, je vais lui apprendre à tenir sa langue.

Elle passa outre ces mots car elle savait pertinemment qu'il n'en ferait rien et continua :

- Je ne pouvais pas te laisser tuer gratuitement. Tu n'es pas un meurtrier Robin !

Robin lui sourit. Il était surpris de constater à quel point elle le connaissait bien. Peut-être même mieux que lui-même pensa-t-il. Et cela le rendit extrêmement heureux : il avait trouvé la perle rare.

- Mais je crois quand même que je t'aurais laissé faire s'il avait fait du mal à Matthew ! continua-t-elle.

Robin eut l'air de réfléchir et perdit soudain son sourire.

- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?

- Guy m'a dit quelque chose qui me tracasse !

- Je t'ai dit que je n'avais jamais rien fait !

- Non je ne parle pas de ça ! lui dit-il avec un petit rire devant ses yeux inquiets mais redevint sérieux.

- Il m'a parlé du roi. Que je ne serais plus là pour le sauver ! Ils préparent un coup Marian. Il faut que je découvre ce qu'ils complotent !

- D'accord mais pas maintenant !

Il s'esclaffa devant sa mine boudeuse et elle fit de même. Mais ils s'arrêtèrent tout à coup, se fixant dans un regard où se mélangeaient toute l'intensité de l'amour, de la tendresse et du désir. Il s'approcha tout doucement d'elle et s'empara enfin de ses lèvres, poussant un soupir de plaisir. Cela faisait si longtemps. Il avait oublié à quelle point ses lèvres était douces et l'ivresse qu'il ressentait lorsqu'il l'embrassait. Ce baiser lui faisait même oublier la douleur causée par ses blessures.

Mais des gazouillis plaintifs les interrompirent et Robin émit un grognement de frustration, ce qui fit rire Marian.

- Il va falloir que tu t'y habitue ! Visiblement ton fils n'apprécie pas que j'embrasse d'autres hommes que lui ! dit-elle en souriant et en prenant Matthew dans ses bras, amusée.

- Mais moi non plus je n'apprécie pas que tu embrasse d'autres hommes que moi. Il va avoir de la concurrence ! dit-il en le fusillant du regard, ce qui fit rire Marian davantage.

- Il va falloir que tu apprennes à partager Robin ! J'ai deux hommes dans ma vie maintenant !

- Mais lui il ne veut pas partager ! dit-il puérilement pour se défendre.

- Mais lui ce n'est qu'un bébé ! continua-t-elle dans son jeu. Puis elle redevint un peu plus sérieuse : Je suis sûre que pour ton fils tu sauras faire l'effort !

- Mmmm ! Peut-être bien ! dit-il, faisant mine de réfléchir, ce qui fit encore s'esclaffer sa femme.

Puis ce fut cette fois-ci elle qui embrassa le père du sujet de la discorde. Ce qu'elle fit pendant un long moment, car Matthew avait visiblement compris qu'il n'obtiendrait pas gain de cause et qu'il faudrait qu'il s'y fasse.

Chapitre 20. Pas de répit

Le jour venait à peine de se lever. Le soleil, très bas dans le ciel, donnait une teinte orangée à la forêt de Sherwood.

Djaq se tenait à l'écart des autres, Matthew dans les bras quand Will, pas encore très réveillé, fit son apparition.

- Ca te va bien !

- Quoi ?

Il fit un signe de tête en direction de Matthew qui dormait, ce qui éclaira le visage de Djaq quand elle comprit ce que ça signifiait. Mais il préféra changer de sujet :

- Viens manger. C'est bientôt prêt.

Elle se releva en guise de réponse et Will caressa la joue du nourrisson quand ils furent à sa hauteur.

Marian venait apparemment juste de se lever quand ils arrivèrent au camp, et elle se précipita, avec un grand sourire emplis d'amour, vers son fils pour lui faire un câlin.

- Pourquoi êtes-vous partis ? demanda-t-elle en prenant son fils dans ses bras et en lui déposant un bisou sonore sur la joue.

- Il a pleuré toute la nuit ! expliqua Djaq. Le changement d'habitude sans doute !

- C'est peut-être l'air de la forêt qui ne lui plait pas ! Ou alors, il est comme sa mère et il n'aime pas le vert ! dit Much, qui faisait cuir le petit déjeuner, envers Marian avec un sourire entendu.

- En tout cas pour pleurer, il a pleuré ! ronchonna Allan.

- Toi aussi t'as pleuré toute la nuit ! renchérit Much, défendant Matthew.

- Non ! répondit celui-ci, surpris.

- T'as pas arrêté de râler et de te plaindre que tu n'arrivais pas à dormir : c'est pareil ! dit Will dans un petit sourire moqueur.

- Pourquoi vous ne m'avez pas réveillé ? demanda Marian.

- Robin voulait te laisser dormir ! répondit Djaq. Tu en avais besoin !

- C'est vrai que je ne l'ai même pas entendu.

- Il s'est éloigné avec Matthew pour ne pas nous déranger ! dit Daq avec un regard réprobateur envers Allan.

- Bah quoi ! C'est bien ! Il apprend à être père !

Djaq le fusilla du regard mais Marian demanda :

- Il est resté debout toute la nuit ?

Djaq acquiesça.

- Je l'ai relevé il y a une heure, pour qu'il puisse se reposer un peu.

- Vous n'avez pas eu de nouvelles de Petit Jean ? demanda Marian, changeant de sujet.

- Non ! Mais il devrait rentrer aujourd'hui si tout va bien. J'espère seulement qu'il ne reviendra pas bredouille ! répondit Will, priant silencieusement.

En effet, Petit Jean était parti la veille à Nottingham.

Il devait essayer de glaner des informations auprès des paysans, ainsi qu'au personnel du château, sur le complot du shérif contre le roi. Il était convenu qu'ils iraient tous au château le lendemain s'il n'était pas revenu avant la nuit.

La matinée était maintenant bien entamée. Allan et Will étaient partis couper du bois pour le feu pendant que Marian et Djaq s'attelaient à de petites taches ménagères pour s'occuper. Much lui avait passé les dernières heures à jouer avec Matthew, essayant de le faire rire avec ses grimaces, ce qui ne marchait pas beaucoup. Marian n'avait même pas pu approcher son fils, essuyant à chaque fois les regards désapprobateurs de Much, qui ne voulait pas être dérangé. En effet, celui-ci prenait son rôle de « tonton » très au sérieux.

Will et Allan était revenus depuis quelques minutes et rangeaient leur collecte quand Petit Jean fit son apparition.

Ils cessèrent alors tous leurs activités pour accourir vers lui et l'interroger.

- Alors ?

- Tu as réussi à obtenir des informations ?

Petit Jean acquiesça :

- Elles ne sont pas très bonnes !

Les autres le pressèrent de continuer.

- Un aide cuisinier a entendu parler d'une rançon interceptée.

- Celle pour la libération du roi ? demanda Allan.

- Il y a de fortes chances ! répondit Will.

- Tu sais quand ? renchérit Djaq.

- Il a parlé de quelque chose qui devrait se passer aujourd'hui, mais il ne sait pas si c'est en rapport.

- Il faut réveiller Robin ! dit Much. Même si ce n'était pas en rapport, il faut faire quelque chose !

- Vas-y toi ! Moi la dernière fois je me suis pris un gnon ! dit Allan.

- Robin déteste qu'on le réveille, surtout quand il n'a pas beaucoup dormi ! expliqua Djaq à Marian.

- Bon allez, je me dévoue ! dit-elle dans un sourire moqueur.

Elle entra dans la petite cabane sur la pointe des pieds pour ne pas faire de bruit et s'approcha doucement, un sourire aux lèvres, de la couche où dormait Robin. Elle se glissa lentement à coté de lui mais elle le vit bouger et émettre un soupir, signe qu'il venait de se réveiller. Pourtant, Robin n'ouvrit pas les yeux et feignit de dormir encore. Marian comprit la raison de sa supercherie quand il posa « malencontreusement » une main sur son sein. « Il n'est pas croyable » pensa-t-elle ; « et malin aussi ». Puis il se tourna pour se rapprocher encore plus de sa femme. Marian, se prenant au jeu, commença à l'embrasser dans le cou pour le « réveiller ».

- Mmm ! Je déteste qu'on me réveille, tu le sais ça ?

- Oui j'ai cru comprendre ça ! dit-elle en riant.

Mais il la fit passer soudainement au dessus de lui et roula de manière à se retrouver sur elle, ce qui la fit crier de surprise.

- Mais des réveils comme ça j'en veux bien toute ma vie ! lui dit-il en lui caressant la hanche de sa main droite, maintenant sa tête qui s'était du coup retrouvée dans le vide de sa main gauche.

- S'il n'y a que ça pour te faire plaisir !

Il acquiesça avant de l'embrasser, sa main caressant maintenant son ventre.

Et il commença à lui embrasser le menton, le cou puis de plus en plus bas pour aller rejoindre sa main qui soulevait sa tunique. Son souffle chaud lui chatouilla le nombril. Puis il embrassa alors sa cicatrice, ce qui la fit frissonner.

- Robin ! dit-elle d'une voix pâteuse, complètement enivrée par ses caresses, les autres nous attendent. Petit Jean est revenu !

Robin poussa un grognement mécontent.

- Avec des nouvelles pas très bonnes ! continua-t-elle.

Le hors la loi émis alors un soupir résigné et se leva, contraint.

Marian le regarda d'un air désolé et il lui tendit la main pour l'aider à se lever à son tour.

Elle mit de l'ordre dans sa tenue et ses cheveux pendant qu'il se préparait et ils finirent par sortir…

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Robin en arrivant auprès de la bande.

- Le shérif aurait apparemment l'intention d'intercepter la rançon pour payer la libération du roi ! répondit Will.

- Bien sûr ! se maudit-il. J'aurai du y penser plus tôt ! Quoi de mieux pour empêcher le retour du roi et mettre son frère sur le trône que de ne pas payer Henri. Ca doit se passer quand ?

- Le shérif prépare apparemment une arrivée aujourd'hui mais ma source ne sait pas si ça à rapport avec la rançon ! dit Petit Jean.

- Ca parait peu probable ! intervint Will. J'ai cru comprendre que la reine Aliénor a fait partir l'argent de Londres il y a une semaine pour Portsmouth. S'ils voulaient l'intercepter, ce doit être déjà fait.

- Et dans ce cas l'argent se trouve déjà au château ! conclue Marian.

- Et bien nous allons donc le récupérer ! dit Robin.

- Je viens avec vous ! dit Marian.

- Non, toi tu restes ici !

- Robin, c'est aussi important pour moi que ça l'est pour toi !

- Et qui va s'occuper de Matthew ?

- S'il n'y a que ça je peux le faire, ca ne me dérange pas ! dit Much.

- Toi, ne te mêle pas de ça ! dit Robin, maintenant en colère car non seulement sa femme ne se montrait pas raisonnable, et en plus son meilleur ami amenait de l'eau à son moulin.

- Robin ! lui dit-elle sur un ton exaspéré.

- J'ai dit non ! cria-t-il pour donner plus de force à ses mots.

- Je vois que tu n'as pas réussi beaucoup mieux que moi ! chuchota Allan à Marian, content de voir que même sa femme n'avait pas réussi à le réveiller de bonne humeur.

- Robin s'il te plait !

Celui-ci pris sa femme par le bras sans aucune douceur pour l'éloigner des autres :

- Marian ! dit-il après un soupir exaspéré. Sois raisonnable s'il te plaît. Pense à Matthew et à si ça se passait mal. Qui s'occuperait de lui ?

- Je sais ! Mais je tiens à le faire Robin. Tu te souviens de ce qu'on s'était promis : ramener le roi en Angleterre et vaincre le Shérif. C'est l'occasion de faire d'une pierre deux coups. On déjoue ses plans, on récupère la rançon et on ramène le roi. Seulement ensuite on pourra être heureux tu te rappelle ? Je veux une vie normale Robin, avec une maison pour notre fils, et je veux tout faire pour l'obtenir. Je tiens à être de la partie… Je t'en pris, laisse moi venir avec vous et me battre à tes côtés pour notre bonheur. Ca vaut le coup de prendre le risque non ?

Voyant que c'était tellement important pour elle, Robin acquiesça dans un soupir résigné. Marian lui sauta au cou dans un cri de joie, ce qui le fit sourire.

- Je savais bien que j'étais meilleure que lui !

Robin l'interrogea du regard, ne voyant pas du tout de quoi elle parlait, alors elle lui expliqua :

- Allan m'as dit que je n'étais pas beaucoup plus douée que lui pour te réveiller vu que tu étais de mauvaise humeur. Mais j'ai quand même réussi à te faire sourire !

Et Robin ne put que s'esclaffer davantage devant sa moue mutine.

Chapitre 21. La bataille

- C'est pas pour faire de l'humour mais on est mal barrés.

- La ferme Allan ! dit Robin.

- Tu vas le déconcentrer ! renchérit Djaq en parlant de Will qui essayait d'ouvrir la porte de la salle des coffres.

- Ils ont des systèmes de sécurité de plus en plus pointus ! se plaignit celui-ci qui se « battait » avec les serrures.

- Vous avez volé le shérif trop souvent, qu'est-ce que tu veux ! continua Marian dans un petit sourire. Il prend ses précautions maintenant !

Mais pendant que Marian prononçait cette phrase, un bruit se fit entendre, le clic d'une serrure qui cède justement.

- C'est presque trop facile ! s'étonna Petit Jean, ce qui n'empêcha pas Robin de pénétrer dans la salle avec un sourire victorieux.

Les autres le suivirent.

Ils parcoururent la salle du regard et commencèrent à ouvrir les coffres pendant que Petit Jean faisait le gué à l'entrée.

Comme un gamin découvrant ses cadeaux le jour de noël, ils avaient tous le sourire jusqu'aux oreilles devant tout cet argent mais celui de Robin s'effaça très vite.

- Il n'est pas là ! dit-il, déçu.

- Quoi ? Tu rigoles ! dit Allan, ne comprenant pas, et désignant les coffres remplis de pièces d'or.

- Ca fait beaucoup d'argent, mais il n'y a pas cent mille marcs ! expliqua Robin. La rançon n'est pas là ! répéta-t-il.

- Tu es sûr ? insista Allan.

- Aucun doute ! répondit Will, extrêmement déçu aussi. Il n'y a que de l'or ici. Aliénor a payé en pièces d'argent.

- On a fait fausse route ! dit Robin en s'appuyant contre un des coffres, dépité.

- L'argent est peut-être ailleurs ! Il ne faut pas laisser tomber, pas maintenant ! dit Marian en posant sa main sur la joue de son mari.

Robin la regarda dans les yeux et acquiesça, se redressant vivement presque aussitôt et il se dirigea vers la sortie, ce que firent aussi les autres.

Mais Allan resta dans la pièce, déchiré, lorgnant les coffres ouverts.

- On pourrait pas…

- Non ! hurlèrent-t-ils tous à l'unisson.

- Mais…

- On est pas venu pour ça Allan ! dit Djaq, essayant de le raisonner.

- Mais puisque on est là, on pourrait en profiter !

- Non ! dirent-ils tous en cœur.

- Bon bon d'accord ! dit Allan en levant les mains en signe de défaite devant les regards exaspérés du petit groupe. C'est quoi le plan ?

- Shuut ! fit Robin, alerté par quelque chose. Puis il prit Marian par le bras et l'entraina avec lui dans la salle des coffres.

Les autres firent de même quand ils virent arriver des gardes au coin du couloir.

Robin, avec l'aide de Jean, s'empressa de fermer la porte, mais la laissa cependant un peu entrouverte de manière à pouvoir observer les soudards qui transportaient un chargement.

- Tu crois que c'est… ? chuchota Djaq, qui derrière Robin, voyait aussi le couloir.

Mais ils furent interrompus par un bruit assourdissant qui résonna dans toute l'aile du château.

- Fais attention ! vociféra en se retournant un soldat à son collègue qui avait lâché son chargement.

Mais un silence se fit dans le corridor obscur. Les soldats avaient les yeux écarquillés, ébahis devant le contenu du coffre à terre qui s'était ouvert dans la chute.

- Eh Geoffrey, t'as vu ça ? dit le soldat maladroit.

Mais l'autre homme, visiblement son supérieur, se reprit très vite.

- Ramasse ça idiot, vite ! Le shérif attend son « bébé », et tu connais le châtiment infligé aux soldats qui le rendent mécontent.

Cet argument fit son effet car le soldat s'empressa de ramasser les pièces d'argent qui s'étaient déversées sur le sol, aidé même des autres soudards présents.

Puis les hommes reprirent leur chargement et se remirent en route.

- Geoffrey, tu sais qui c'est toi les hommes en noir dans la grande salle ?

- Fais ce qu'on te dit et pose pas de questions si tu veux rester en vie !

Cette phrase eue pour effet de couper le sifflet instantanément au soldat, qui subit les moqueries de ses comparses alors qu'ils s'éloignaient en direction de la grande salle.

- Tu as ta réponse Djaq ! dit Robin en se retournant vers elle, un sourire mystérieux aux lèvres.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Marian.

- Les amis, j'ai une bonne et une mauvaise nouvelle ! annonça le hors-la-loi.

Les autres s'interrogèrent tous du regard puis Allan pris la parole :

- Commence par la bonne !

- L'argent de la rançon est bien ici au château, en direction de la grande salle.

- Et la mauvaise ? demanda Marian dans un ton d'appréhension.

- La mauvaise est que nos amis les Blacknights sont aussi dans la grande salle ! répondit Djaq.

- Ce n'est peut-être pas une si mauvaise chose que ça ! dit Robin l'air songeur.

- Qu'est-ce que tu veux dire par là ? demanda Petit Jean.

- Je dis juste que les Blacknights réunis tous dans une même pièce est une occasion à ne pas rater ! dit Robin, explicite.

- C'est du suicide ! remarqua Allan.

- Tous dépend de combien ils sont ! continua Robin.

- Trouillard ! chuchota Will à l'oreille d'Allan pour le taquiner, ce qui lui valu un regard assassin de ce dernier.

- Et comment on sait ça ? demanda Petit Jean à Robin.

- Il n'y a qu'une seule façon !

Les autres le pressèrent de continuer :

- On fonce dans le tas !

- Là je suis d'accord avec Allan : c'est du suicide ! dit Marian.

- C'est pour ça que je veux que tu rentre au camp !

- Robin ! On a déjà eu cette conversation !

- Marian, on n'a pas le temps d'échafauder un plan. Il faut saisir l'occasion et agir vite, ce qui rend l'opération dangereuse. C'est pour ça que je veux que tu rentre auprès de Matthew.

Et il ne lui laissa pas le temps de répondre, sortant de la pièce et se dirigeant, suivi des autres, vers la grande salle.

- Marian ! dit-il, sans se retourner, à sa femme qui les avait suivis.

- Je viens avec vous !

Robin se retourna vers elle.

- Et c'est sans discuter ! dit-elle d'un ton ferme alors que Robin ouvrait la bouche pour l'en dissuader.

Et elle sortit son épée de son fourreau et se mit en marche, prenant la tête du groupe.

- Ah les femmes ! dit-il les dents serrées et les yeux au ciel, remonté mais résigné.

Puis il courut pour la rattraper.

Les autres suivaient leurs petites chamailleries avec beaucoup d'intérêts, amusés.

Puis, reprenant leur sérieux, suivirent le couple pour entrer dans l'arène, prêts pour la bataille qui s'annonçait.

- Zut ! On a manqué le début de la fête ! dit Robin, de son sourire arrogant, à l'assistance en entrant dans la grande salle, suivis des outlaws.

Le shérif se tourna en direction des nouveaux arrivants et écarquilla les yeux de surprise, mais se reprit très vite :

- Je ne crois pas vous avoir invité !

- Ouais, c'était pas très sympa d'ailleurs ! renchérit Allan, ce qui lui valu un regard réprobateur mais aussi amusé de ses comparses.

Mais ils reprirent très vite leur sérieux quand le shérif hurla :

- Gardes ! Attrapez-moi ce tas de bouseux !

Puis il se tourna vers Guy :

- Ne les laissez pas approcher des coffres ! lui dit-il d'un ton explicitant qu'il avait intérêt à obéir à cet ordre, pendant que le bruit clinquant d'épées s'entrechoquant et celui mat de coups de poings commençait.

Robin, suivi d'Allan et Petit Jean, avait dévalé l'escalier en seulement quelques enjambées pour affronter les Black-Knights pendant que Marian, Djaq et Will étaient restés sur place à s'occuper des gardes qui les encerclaient ; ce qu'ils firent en seulement quelques coups bien placés.

Le petit groupe en dessous eut quant à lui plus de fil à retordre pour neutraliser les nobles.

Petit Jean, dont deux chevaliers s'approchaient de lui à grande vitesse, l'épée en garde, les agrippa et les cogna l'un contre l'autre pour les assommer.

Allan acheva un troisième en lui donnant un coup de pied bien placé entre les jambes.

Robin, quant à lui, se battait à l'épée avec deux Black-Knights en même temps pendant que le Shérif et Guy essayait tant bien que mal de mettre la rançon à l'abri.

Allan essayait de se dégager comme il le pouvait d'un noble qui le tenait par derrière pendant qu'un autre le frappait quand Djaq vint à sa rescousse et donna un coup de pommeau d'épée dans la tête de l'assaillant.

Le hors la loi eut juste le temps d'échangé un regard de gratitude avec la jeune femme qu'ils en reprenaient déjà chacun un.

Will et Marian, eux, se précipitèrent vers le Shérif et Guy pour les empêcher de s'enfuir avec la rançon.

Will essayait de résister aux attaques du Shérif quand Marian arriva droit sur Guy, qui avait le dos tourné à s'occuper de la rançon. Elle lui donna un coup de poing en pleine figure, ce qui, ne s'y attendant pas, le fit tomber au sol, sonné. Neutralisé pour un temps, la jeune maman en profita pour essayait de ramener dans la pièce les coffres d'argent que Guy avait déplacés.

Mais soudain, tout fut très rapide. Le Shérif, qui avait réussi à blesser Will à l'épaule, fut ainsi libre de ses mouvements. Il attrapa une arbalète qui trainait et visa Marian.

Robin, qui se battait avec un Black-Knight, eu juste le temps de voir venir la scène et de crier :

- Nonnn !

Mais ce fut trop tard.

Un silence de mort se fit dans la salle, juste pour laisser entendre le bruit mat d'un corps tombant sur les dalles froides.