Avant de partir, je vous laisser un dernier petit cadeau. J'ajouterai également que je finis toujours mes fanfictions -même lorsque je ne les apprécie plus- et que donc, celle-ci sera achevée. Je déteste, moi aussi, de commencer une fanfiction qui ne verra jamais de fin. C'est assez... frustrant. Bonne lecture!
Chapitre 2
Une bouffée de fierté et de panique s'emparèrent de lui lorsque les lèvres de son patron s'étirèrent en un léger sourire. Les mots s'empêtraient dans son esprit confus. Il balaya ses collègues du regard. Tout le monde le fixait pendant qu'il laissait l'information s'ancrer dans sa tête. Il avait beau avoir un esprit vif et une intelligence incroyable, parfois, parmi tous les membres de l'équipe, il était le dernier à comprendre les subtilités de la suggestion et des relations humaines. Il remarqua que Morgan semblait plutôt mécontent et inquiet.
-Euh… Ce sera avec plaisir !
Sa voix était toujours un peu plus aigüe à cause de la surprise. C'était presqu'un honneur de faire partie d'une telle mission. Il sentait son cœur cogner violemment contre ses côtes. Bien sûr, il redoutait de se planter… Bien sûr, il craignait de décevoir. Mais ça restait une occasion de faire ses preuves autre part que derrière un bureau !
Le ton sec de Morgan brisa sa rêverie intérieure.
-Hotch, êtes-vous certain que c'est une bonne idée ?
Spencer tourna un visage empli de méfiance vers son ami. Du coin de l'œil, il vit Hotch lever la tête, attendant comme tout le monde la suite.
-Je veux dire… il n'a jamais fait ça auparavant et c'est plutôt dangereux.
Reid serra les poings, pendant qu'un mélange de colère et de frustration emplissait son torse. Derek avait l'art de le descendre que ce soit avec ses moqueries ou avec ses doutes sur ses capacités sur le terrain. Hotch, sans se départir de son calme légendaire envoya balader la remarque d'un geste de la main.
-Il sera installé dans le bar où les deux premières victimes ont été enlevées… Le danger sera sans doute moindre puisque notre homme a – semble-t-il - décidé de passer à d'autres.
Rossi sourit légèrement à Morgan.
-Enfin, il faut une première fois à tout… Et Reid en a déjà vu d'autres.
Spencer acquiesça vivement à cette remarque et lança un regard noir à Derek qui affichait une moue contrariée. L'agent finit par concéder, avec un air renfrogné :
-Oui, c'est vrai… De toute manière, c'est vous qui endosserez la responsabilité si ça se passe mal ou s'il fiche en l'air toute l'opération.
Un silence pesant s'installa après cette phrase pleine d'aigreur. La tension dans la pièce était palpable.
Rossi cependant restait calme et ne laissait rien paraître. Emily, visiblement gênée, jouait nerveusement avec son stylo à bille. JJ, toujours debout se pinçait les lèvres tout en regardant l'écran sur lequel souriaient toujours cinq jeunes hommes. Garcia observait son vernis rouge cerise, tout en se mordant la lèvre inférieure. Morgan regardait ses mains jointes, se rendant peut-être compte qu'il avait été trop loin.
Hotch fixait le dossier qu'il avait sous les yeux. Il n'aimait visiblement pas que l'on conteste ses ordres… Surtout depuis l'affaire Foyet, en fait.
Leur patron avait besoin de prendre les choses en main, d'asseoir son autorité après le règne de Morgan et de reprendre le contrôle de sa vie et de son travail. Bien sûr, son mécontentement ne se remarquait pas au premier abord, mais son visage était plus fermé que d'habitude.
De son côté, Reid se trémoussait nerveusement sur son siège, à la fois gêné et furieux.
Morgan le prenait pour un incapable ! Il pensait qu'il allait tout faire foirer !
Emily finit par toussoter.
-On devrait peut-être aller chercher nos valises… ?
Brisant pour de bon le silence, un murmure approbateur fit écho à cette proposition et tous se levèrent et rassemblèrent les dossiers, excepté Hotch et JJ. A son tour, Reid se leva assez brusquement de son siège. Ses mains rendues plus maladroites par la colère attrapèrent le dossier qui lui faisait face, et le fourrèrent rageusement dans son sac. Ses gestes étaient confus. Une photo des corps s'échappa de la gueule béante en cuir pour s'écraser sur le sol, rendant sa sortie qu'il espérait théâtrale plus ou moins ratée. Il se pencha gauchement pour la ramasser et la remettre à sa place, rouge cramoisi.
Il passa son sac sur son épaule, ne prit pas la peine de remettre en place ses cheveux ébouriffés par ce geste, et devança les autres pour sortir. Il n'avait clairement pas envie de rester aussi près de Morgan.
Il voulait mettre de la distance et se trouver un petit endroit au calme où exploser. Oui, exploser. Il avait besoin d'évacuer sa colère, de se calmer.
Il ne comprenait pas le besoin de Derek. Pourquoi le surprotégeait-il à ce point ? Il n'était plus un enfant et savait se débrouiller seul. Il était parfaitement capable d'aller s'asseoir à un bar, de commander un verre ou deux et d'attendre que quelqu'un l'interpelle !
Enervé comme jamais, il se rua sur l'escalier, ignorant ses collègues qui le suivaient.
Soudain une poigne de fer l'attrapa par le bras. Il retint un hoquet de surprise et tenta vainement de se dégager.
-Reid !
Il tourna un visage qu'il espérait ferme vers l'homme qui venait de l'immobiliser. Il répondit d'une voix tremblante mais calme.
-Quoi ? Tu crois que descendre les escaliers, c'est aussi trop dangereux pour moi ?
Derek soupira et secoua doucement la tête.
-Ne le prends pas comme ça…
Spencer serra les dents.
-Lâche-moi.
Morgan obéit et leva les mains en l'air. Le jeune homme continua son chemin, sans se retourner. Il avait les larmes aux yeux.
Il lui prouverait qu'il pouvait s'en sortir seul, qu'il n'était pas un incapable.
Oui, il se le promettait.
Des nuages à perte de vue s'étalaient sous ses yeux pendant que le ronron de l'ordinateur de Garcia rendait la scène presque hypnotique. C'était apaisant de regarder le monde d'en haut. Tout semblait calme, d'ici.
Illusoirement calme.
Emily détacha difficilement les yeux de ces paysages cotonneux et se força à se concentrer sur l'affaire. Elle regarda distraitement ses collègues qui étaient plongés dans le dossier et remarqua que Reid était à l'opposé de Morgan. Le jeune homme semblait toujours en colère. Elle ne put s'empêcher de sourire en l'observant.
Il ressemblait presque à un enfant.
Les poings serrés, les bras croisés, le visage renfrogné à l'excès, il affichait une moue dédaigneuse adressée à Morgan, tout en parcourant rapidement le dossier. Il tentait par le biais de son corps, de faire sentir son profond mécontentement.
La voix de Rossi la fit brusquement sursauter :
-Cet homme est méthodique… Cependant, les traces de tortures et de coups indiquent qu'il tue de manière désordonnée. Rien ne semble planifié. Les marques diffèrent sur chaque corps…
Prentiss observa à nouveau les photos des cadavres et ne put qu'approuver les dires de son aîné. Les seules similitudes se situaient au niveau du cou, avec les brûlures, et au niveau du ventre… puisque tous avaient été éventrés.
-C'est vrai… Le fait qu'il possède les deux comportements nous laisse entrevoir deux possibilités : soit, nous cherchons un duo, soit cet homme est un impulsif déséquilibré. A partir de certains moments, il lâche prise avec la réalité et devient extrêmement violent, désordonné… Il s'agit sans doute d'une personne qui a subi de nombreux mauvais traitements dans son enfance.
Reid abandonna ses expressions négatives et parut pensif.
-Ou alors, il souffre de troubles de la personnalité.
Emily le vit frissonner légèrement. Comme tous dans le jet, il avait forcément pensé à Tobias Hankel, l'homme qui l'avait enlevé et torturé durant deux jours. Même si Spencer semblait aujourd'hui parfaitement remis, ces souvenirs restaient assez douloureux pour les membres qui avaient vécu cette affaire.
Et sans doute bien plus pour lui.
Hotch redirigea le débat, avant que ne s'installe un nouveau froid polaire :
-Il est impossible de déterminer à qui nous avons affaire sans plus de précisions de la part du légiste.
Morgan prit à son tour la parole.
-Une chose est sûre : ce type a subi un grand choc, un bouleversement dans sa vie, il y a quelques mois… Un événement qui a déclenché toutes ces violences.
Tous acquiescèrent en silence, méditant sur cette ébauche de profil. Emily fit de même… Elle écouta le cliquetis familier des touches de l'ordinateur portable de Garcia reprendre son cours, pendant qu'elle détaillait les visages torturés des victimes, leurs yeux laiteux ou piqués par les oiseaux et tourna à nouveau la tête vers le hublot.
Parfois, elle regrettait que cet avion se pose.
Un vent frais et humide caressa son visage lorsqu'il sortit de l'aéroport avec ses collègues. Il faisait étrangement frais pour un mois d'août. Une légère odeur de pins flottait dans l'air. Un homme adossé à une voiture de patrouille se redressa vivement en les voyant.
Il s'empressa de venir à leur rencontre, paume tendue. JJ les devança et serra fermement cette main humide.
-Bonjour ! Inspecteur Timson ? Je suis Jennifer Jareau. Nous nous sommes parlé au téléphone. Voici les agents Hotchner, Morgan, Rossi, Prentiss, Reid et notre analyste, Garcia.
L'homme acquiesça vivement, apparemment soulagé d'avoir le FBI à ses côtés, dans cette affaire délicate, et serra à la volée toutes ces mains.
-Bonjour ! Bienvenue à Boise. Je suis très heureux et très honoré que vous ayez accepté si rapidement de vous déplacer.
Son regard glissa sur tous les membres, avant de s'arrêter sur Reid. Cependant, l'inspecteur s'abstint de faire une quelconque remarque.
-Merci beaucoup pour votre aide… ! On dit que vous êtes les meilleurs dans…
Pendant que Timson les noyait sous les remerciements et les éloges, Rossi détailla rapidement l'homme qui les accueillait… Petit, trapu et plus large que haut, il avait environ la quarantaine et épongeait sans cesse son front luisant. Il mordait nerveusement ses lèvres pleines qui soulignaient un gros nez et des yeux marron assez inexpressifs. Il semblait stressé, dépassé par les événements.
Forcément… La plupart des flics n'étaient pas préparés à se battre contre ce genre de monstres.
Timson se tut enfin. Il dansait sur ses pieds, se balançant de gauche, à droite, mal à l'aise : ce type ne savait apparemment pas exactement comment il devait se comporter avec eux, ni ce qu'il devait dire ou faire. JJ rompit la glace.
-Vous nous emmenez au poste ? Il ne reste qu'une heure et demi avant l'opération...
Il acquiesça vivement, faisant trembloter un épais double menton.
-Bien sûr… ! Suivez-moi !
En route pour de nouvelles aventures, songea Rossi, pendant qu'ils suivaient l'inspecteur.
Un frisson parcourut son torse nu. Pudeur oblige, il détestait cette situation. Il savait cependant que cette étape était obligatoire. Des doigts glacés posèrent un petit appareil sur son torse et le fixèrent avec un épais morceau de scotch. Il grimaça légèrement.
Heureusement qu'il n'était pas poilu…
Spencer lança un regard gêné à l'assistance pendant que la technicienne continuait de le tripoter : l'équipe formait un demi-cercle autour de lui. Tous lui portaient un regard inquiet et attentif. Il avait l'impression d'être un condamné à mort et ne supportait que moyennement de voir tous ces regards posés sur son torse imberbe et nivéen… Mais la véritable torture venait de ces doigts froids posés sur lui. Ces sales bêtes grimpantes et moites qui glissaient sur sa peau, le rendaient mal à l'aise.
Soudain, Hotch, engoncé dans une chemise moins stricte et privé de sa cravate, prit à nouveau la parole, pour lui faire une fois de plus quelques recommandations.
-Quoiqu'il arrive tu gardes le micro branché, d'accord ? N'oublie pas que je serai dans le bar avec Prentiss…
Reid faillit lui faire remarquer qu'avec une mémoire eidétique, il n'allait certainement pas oublier de telles informations, mais le regard sérieux et inquiet d'Hotch le retint.
-Au moindre problème, au moindre doute, utilise le code qui est «Je dois y aller » et on interviendra tout de suite.
Spencer acquiesça gravement.
-D'accord.
Soudain, il sentit une paume chaude se poser sur sa peau nue. Surpris, il se retourna vivement. Un couinement réprobateur retentit au niveau de son torse. Reid bafouilla quelques excuses à la technicienne et se contenta de fixer la main de Morgan qui serrait son épaule. Le contraste entre ces doigts et sa peau laiteuse était détonnant.
-Garcia et moi ne te lâcherons pas des yeux. Nous suivrons chacun de tes gestes et nous te soutiendrons moralement à l'aide d'une oreillette !
Il avait beau ne pas accepter ce qu'avait dit Morgan, il y a quelques heures, il n'arrivait pas à rester en colère contre lui… Surtout pas en pareille situation.
-Euh… Ok. Merci.
Son collègue lui tendit un minuscule objet que Reid s'empressa de fourrer maladroitement dans son oreille. Aussitôt, une petite voix résonna rien que pour lui, dans son oreille.
« Chéri, entends-tu la voix de ta conscience qui te dit d'être prudent ? Ressens-tu le besoin de crier au monde entier que Penelope Garcia est la plus belle créature et que tout homme sensé doit forcément tomber amoureux d'elle ? »
Reid sourit légèrement, amusé et gêné par ses commentaires et répondit, à l'adresse du micro.
-Je ne suis pas sensé. J'entends une voix dans ma tête.
Un long soupir s'engouffra dans son crâne.
« Oh. Tu me brises le cœur. »
Cette intervention muette de Garcia détendit légèrement l'atmosphère. La technicienne aux mains froides qui s'occupait de son micro s'éloigna enfin, satisfaite de son travail. Soulagé que ce soit fini, Reid attrapa sans plus attendre sa chemise, l'enfila et la boutonna. JJ s'avança ensuite vers lui, ajusta le col de sa chemise et le serra dans ses bras… Il se raidit assez brusquement en la sentant contre lui.
Non, sérieusement, les contacts humains et lui…
Pendant une fraction de seconde, il repensa à l'interrogatoire de Morgan, mais chassa rapidement ces souvenirs. Heureusement, cet étalage dégoulinant de bons sentiments fut assez bref.
-Fais attention à toi, Spence' !
Reid se pinça les lèvres.
-Ne t'inquiète pas.
Reid adressa ensuite un sourire assez tendu à ses collègues, tentant de paraître confiant.
-Je vous promets à tous d'être prudent…En plus, il n'y a aucune chance qu'il m'arrive quelque chose : j'ai quatre agents pour me surveiller de près !
Ce point le rassurait d'ailleurs énormément. Il ajouta, en plaisantant :
-Enfin, si je ne reviens pas entier, Morgan risque de faire un massacre ou de se vanter partout avec des "je vous l'avais dit"… Je me dois donc de rester en vie!
Tous lui rendirent des sourires aussi crispés que le sien.
Soudain, la porte s'ouvrit sur l'inspecteur Timson qui respirait comme un bœuf asthmatique. Il s'épongea rapidement le visage avant de s'adresser à Reid, Emily et Hotch.
-Excusez-moi, mais vous devriez y aller… Les autres sont déjà partis.
Spencer approuva lentement et prit une grande inspiration. Emily, mise en valeur par un t-shirt rouge assez décolleté et un jeans moulant, lui tapota gentiment l'épaule. Rossi lui lança un regard calme et confiant qui finit de le rassurer. Il respira encore profondément et sortit de la pièce investie par son équipe…
Il fallait une première fois à tout…
A suivre…
