n.f Petite annonce : annonce courte et en petits caractère, habituellement publiée dans un journal


Deux heures. Deux longues heures qu'il attendait là, dans la chaleur étouffante d'un après-midi d'été. Il ne voulait pas être là. Il n'avait rien à faire là.

Depuis quelques semaines, sa mère avait pris l'habitude de parcourir les petites annonces de la Gazette du Sorcier afin de se trouver un travail. Après la guerre, ils avaient perdu tout leurs biens. Le manoir avait été saisi pour enquête, leur fortune volée par l'État pour "remboursement de dette envers la société". Ils n'avaient plus rien.

Ils avaient survécu quelques temps grâce à leurs économies, mais très vite, le manque s'était fait sentir. Chacun de leur côté, ils avaient enchaîné les petits boulots mal payés. Tour à tour serveuse, livreur de journaux, gardienne d'enfants, vigile pour une soirée mondaine... Partout où ils avaient été, on les avait rejetés. Les Malefoy n'était plus que des vermines.

Toujours était-il que Narcissa semblait enfin avoir trouvé la solution.

Cherche compagnon de voyage pour sécurité privée.
Salaire proposé : 100 Gallions par jour. Durée : Indéterminée.
Si intéressé, demander Persakis au Chaudron Baveur.

A la vue du salaire élevé et du nom étranger de l'éditeur de l'annonce, la sorcière avait su qu'ils seraient tout deux tirés d'affaire. A condition que Drago accepte, évidemment... Ce qui ne serait pas chose aisée. L'ancien héritier avait perdu le goût de vivre. Il sortait peu, ne fréquentait plus grand monde, ne se mêlait pas à la foule. Seul l'insistance de sa mère l'avait fait se déplacer jusqu'au bar miteux où devaient avoir lieu l'entretien d'embauche. Le salaire n'était évidemment pas négligeable. Et puis, si ce Persakis était étranger, il ne devait pas connaître en détails les mésaventures des Malefoy. Un bon point pour eux.

Mais l'annonce, aussi alléchante soit-elle, avait attirée bien plus de monde que ce que Drago n'aurait pu imaginer. Il patientait depuis un long moment et ne tenait plus en place. Il serait le prochain à passer... Les secondes s'allongeaient, les minutes s'éternisaient. Le jus de citrouille qu'il avait commandé un peu plus tôt au bar était chaud, imbuvable.

Un homme descendit le vieil escalier en bois d'un pas lourd, l'air dépité. Son entretien avait dû mal se passer. D'un coup d'œil général sur l'assemblée, il fit comprendre que le prochain prétendant au poste pouvait monter. Rassemblant le peu de courage et de fierté qu'il lui restait, Drago abandonna son verre, essuya ses mains moites sur le revers de son pantalon et se lança à son tour dans l'escalier.

A l'étage, il se dirigea vers la seule porte qui était ouverte, au fond du couloir. Les échos d'une langue étrangère lui parvinrent lorsqu'il était encore dans le couloir, près à franchir la porte. Une langue chaude, gorgée de soleil, qui roulait sur la langue comme une vague sur le sable chaud. Une langue que Drago ne parvenait pas à reconnaître.

Il signala sa présence par quelques coups secs sur la porte et pénétra dans la pièce. L'air était chaud, sec et poussiéreux. La petite chambre que Tom, le gérant du Chaudron Baveur, faisait louer aux voyageurs de passage, avait été transformée en bureau pour l'occasion. Plusieurs vieux fauteuils, au revêtement en velours vert dont la couleur était passée par le temps, étaient disposés autour d'un bureau massif, en bois de chêne.

Deux hommes se tenaient debout devant la petite fenêtre qui donnait sur le chemin de traverse. A vue d'œil, ils étaient un peu plus âgés que Drago. Ils étaient vêtu à l'identique : une chemise blanche, un pantalon marron et des chaussures en cuir noir. Le jeune Malefoy était sensiblement vêtu de la même façon, si ce n'est que son pantalon était noir et que, faute de moyens, ses chaussures n'étaient pas en cuir véritable.

Lorsqu'ils se retournèrent, le blond fut surpris. En plus d'être vêtu de la même façon, les deux hommes en tout point identiques. La même chevelure noire, bouclée, qui leur donnait incontestablement un air latino. Leur peau était halée, signe qu'ils vivaient probablement au soleil une bonne partie de l'année. Ils avaient les yeux noirs, le nez fin, le menton fier. Un certain prestige émanait d'eux, identique à celui qui entourait Drago et sa famille, à l'époque où tout leur réussissait.

D'une synchronisation parfaite, ils se dirigèrent tout deux vers leur potentiel employé. Avec un sourire similaire, ils lui tendirent leurs mains, que le blond serra tour à tour, cordialement. Puis il fut invité à s'asseoir en face d'eux. Un des hommes, celui de droite, prit la parole tendit que l'autre, armé d'une plume et d'un parchemin, commençait à prendre des notes.

« Bien, à qui avons-nous à faire ?

- Drago Malefoy. »

La gorge nouée, il s'attendait à une réaction de la part de ses interlocuteurs. Mais pas du tout. L'homme de gauche nota son nom sur son parchemin.

« Je me présente : Je suis Alékos Persakis et voici mon frère Andréas. Comme vous avez pu le constater, nous sommes à la recherche de quelqu'un qui serait en mesure de garantir la sécurité d'une personne. Cet entretien va se dérouler en deux parties. Tout d'abord, nous allons vous poser quelques questions sur vous et vos capacités. Ensuite, si votre profil nous retiens, nous nous rencontrerons à nouveau afin d'évaluer vos aptitudes. Est-ce que vous êtes prêts ? »

Drago hocha la tête. Alékos parlait un anglais quasi parfait, mais son accent rappelait qu'il n'était pas du coin.

« Quelles sont vos motivations pour décrocher ce job ?

- J'ai besoin d'argent. »

Andréas notait sa réponse, tandis que son frère soupirait. De toute évidence, ils avaient souvent entendu cette réponse lors de leurs entretiens. Drago tenta de se rattraper.

« Et ce travail ne me fait pas peur. »

Alékos haussa un sourcil et esquissa un sourire moqueur. Ce gamin ne savait pas encore dans quoi il s'engageait.

« Savez-vous, Mr Malefoy, que vous n'êtes pas le premier à prétendre au poste ? D'autres l'ont fait avant vous et ils ont tous échoué. Et quand bien même certains seraient parvenus à être sélectionnés, le travail demandé était trop difficile pour eux. Beaucoup ont abandonné, d'autres ont fini à l'hôpital. Comment pouvez-vous affirmer que ce travail ne vous fait pas peur, si vous n'en connaissez pas l'ampleur ? »

Drago était scotché. Il n'avait pas réfléchi à cette question et, en effet, il ne savait pas ce qu'il pouvait répondre.

« Je... Voyager ne me fait pas peur. Le danger non plus. Je pense pouvoir assumer des situations difficiles.

- Bonne réponse. »

Les jumeaux Persakis échangèrent un sourire. Ils étaient sur la bonne voie.

« Nous demandons à tous nos candidats de répondre à un petit questionnaire. Estimez-vous que votre niveau en magie est assez élevé pour assurer des actes du quotidien ?

- Oui.

- Quelles notes avez-vous obtenus à vos ASPICS ?

- Je n'ai pas passé mes ASPICS. Mon école a été détruite lorsque le... lorsque Lord Voldemort cherchait à tuer Harry Potter. »

Un silence s'installa dans la pièce. Les deux hommes échangèrent quelques mots dans cette langue que Drago ne parvenait pas à déchiffrer, avant de continuer en anglais.

« Nous avons eu connaissance de cette histoire. Vous êtes excusé. Cependant, si vous êtes sélectionné pour la phase 2, il faudra nous démontrer que vous détenez les capacités suffisantes pour assumer ce poste. Passons à la suite. Savez-vous produire un Patronus ?

- Oui.

- Un Patronus corporel ?

- Oui. »

En réalité, il n'y était arrivé qu'une seule fois. Lorsqu'il était rentré au manoir des Malefoy avec ses parents, juste après la bataille de Poudlard. Son père était entré dans une colère noire. A cet instant là, Drago avait cru reconnaître en son père le Mage Noir qui avait détruit leur famille : Lucius et lui avaient la même lueur de folie dans leur regard. Lorsque son père avait commencé à s'en prendre à Narcissa et qu'il lui avait jeté un Doloris, Drago avait, pour la première fois de sa vie, produit un Patronus corporel. Ce dernier ressemblait à un petit chaton, ce qui était ridicule lorsque Drago y repensait. Toujours était-il que ce ridicule matou s'était envolé et sans que Drago saches comment, il ramena une escouade d'Aurors dans le Manoir. Ces derniers arrêtèrent son père et...

« Êtes-vous un Animagus ?

- Pardon ? Euh non. Non. »

Animagus ? Mais en quoi est-ce que c'était important, qu'il soit un Animagus ou non ? Cet entretien devenait vraiment bizarre.

« Nous aimerions que vous nous faisiez part de vos analyses personnelles quant à vos aptitudes dans les matières normalement évaluées lors des ASPICS.

- Hum... Je pense que j'aurais décroché un Optimal en Potions et Défense contre les Forces du Mal. Peut-être un Effort exceptionnel en Sortilèges. Acceptable en Métamorphose, en Botanique et Histoire de la Magie. En Astronomie aussi. Quant à la Divination et aux Soins aux Créatures Magiques... Je n'aurais pas été à la hauteur.

- Bien. Cet entretien prend fin ici, Mr Malefoy. Merci de vous être déplacé. Nous vous tiendront au courant si nous décidons de retenir votre candidature. »

Ils se levèrent tous les trois d'un même mouvement, échangèrent une poignée de main et les usages de politesse qu'engendraient un entretien d'embauche. Drago se dirigea vers la porte, prêt à partir, soulagé que la rencontre se soit relativement bien passée. Alors qu'il s'apprêtait à tourner la poignée de la porte pour s'esquiver, une voix qu'il n'avait jusque là pas entendue s'adressa à lui.

« Jusqu'où êtes-vous prêt à aller, Mr Malefoy ? »

Sans se retourner vers Andréas, il lui adressa ces quelques mots.

« Je n'ai rien à perdre à part une personne qui m'est chère. Si je sais que celle-ci est en sécurité, alors rien ne me retiens. »

Sur ces mots, Drago quitta la pièce, satisfait de lui-même. Il descendit les marches de l'escalier deux à deux, adressa un signe de tête à Tom et, sans prévenir au suivant qu'il pouvait monter, il se dirigea vers l'arrière boutique du bar. Seul face au mur de pierre, il s'autorisa enfin à se relâcher. Un soupir de contentement s'échappa entre ses lèvres. D'un mouvement de baguette, il tapota quelques pavés qui composaient le mur. Pendant que celui-ci s'ouvrait sur le Chemin de Traverse, Drago se fit promettre à lui-même que, s'il était pris pour ce travail, il ne manquerait pas de remercier sa mère comme il se le devait.


Drago va-t-il être engagé ? En quoi consiste réellement ce travail ?

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Kalli0pe