Drago s'évertuait à dormir la nuit mais il en était de plus en plus incapable. Ce lit était inconfortable, l'odeur insupportable. Il avait prit pitié d'Hermione, allongée là sur son lit, immobile, triste, qui se questionnait toujours un peu plus.
Il ne savait quoi faire, quoi dire. Pour lui, retrouver une passion l'avait fait se relever. Il s'était remit aux potions. Le manoir sentait chaque jour un peu plus l'odeur de ses mélanges.
Il entendit un grand bruit dans la chambre. Il courut instinctivement. Elle était là, à terre, la main en sang et face à elle la vitre était brisée.
"Je croyais que tu ne marchais plus.
- La nuit si.
- Pourquoi as tu fait ça ?
- J'avais besoin de sentir quelque chose d'autre que de la tristesse."
Il répara la vitre après avoir passé une heure à convaincre Hermione de lui sortir les bouts de verre de la main. Elle n'arrêta pas de pleurer, il essaya d'être le plus doux possible
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"Tu crois qu'elle réussira à grandir sans sa mère ?
- Tu comptes ne pas la revoir ?
- Je n'imagine pas de jour plus lointain que demain et quand il m'arrive de le faire, je ne vois qu'un froid néant. Je sais que mon destin est la mort et que je la causerais. Je me demande seulement quand aurais-je le courage.
- Le mérites-tu ?
- Mais est ce que je mérite la vie ?
- Oui"
Hermione se mit en position assise. Depuis l'incident de la vitre, elle osait s'asseoir et parfois marcher devant lui. Mais elle ne quittait jamais son lit plus de quelques minutes.
"Aucun être humain ne mérite le cadeau de la vie. Le coeur des hommes est trop sale, et nous salissons celui de nos enfants. L'être qui ne le sait pas surévalue son importance. Notre vie de poussière est balayé en quelques secondes à l'échelle de la terre, et nous nous prétendons importants.
- L'Homme fait de son mieux pour oublier ces mots, il tente de leur survivre pour trouver une paix. Penses-tu que ta fille ne mérite pas la vie ?
- Elle est trop jeune pour avoir été salie. Mais je finirais par le faire malgré moi, et alors elle grandira et deviendra comme nous autres.
- Pourquoi ne pas l'élever autrement ?
- Je ne suis pas sûre d'en être capable"
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Drago avait fait le ménage cette nuit là. Il s'était imaginé l'énervement d'Hermione au réveil, mais l'avait sous estimé. Elle avait hurlé qu'il voulait la changer, qu'il voulait la faire revivre comme elle vivait avant. Elle l'avait traité de tous les noms d'oiseaux imaginables mais aussi de mangemort, de traître à son sang.
Il en avait plus qu'assez. Il dormait mal, mangeait mal et se cassait le cul à l'aider. Qu'elle se débrouille!
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Ainsi elle était de nouveau seule. Sans nourriture, sans eau, sans soleil depuis deux jours. Elle avait tiré tous les rideaux : elle préférait mourir dans le noir. Dans le noir de son esprit, dans le noir de son existence.
Elle pleura doucement, ainsi c'était comme ça qu'elle finirait, abandonnée même par le seul qui semblait comprendre. Tout sentait le neuf, le propre. Elle détestait ça. Elle jeta les chaises par terre, renversa la table, lança un tabouret contre une fenêtre.
Elle regretta. Un hibou en profita pour rentrer. Il lui lâcha une lettre dans les mains. Elle l'ouvrit.
C'était un dessin, un dessin de sa fille. On n'y comprenait rien, on ne devinait aucune forme. Mais au moins elle l'avait fait pour Hermione. Pour sa maman. Peut-être ne lui en voulait elle pas trop. Ou peut-être ne se rendait elle pas compte.
Hermione s'écroula sur le sol et serra le dessin contre sa poitrine.
"Je suis désolée, je suis désolée, je suis tellement désolée ma puce"
Les larmes dévalaient des joues comme une cascade descend une montagne. Elle ne sentait plus un seul de ses muscles coopérer. Elle se mit en position foetale, s'endormit.
Elle rêva de sa fille, de ses cheveux aux vents, elle rêva de cette dernière image qu'elle avait d'elle. Ce chapeau de paille qui ne voulait pas coopérer, du sourire innocent d'une enfant de trois ans, de ses mains potelées et de ses jambes qui la tenait à peine debout.
Hermione se sentit légère, elle voulait prendre la place de cette enfant, ignorer les horreurs du monde qu'elle avait vécue trop tôt. Elle s'imaginait observer les blés non pas à hauteur de genoux mais à hauteur d'épaules. Elle s'imaginait, candide, dévaler la pente qui menait vers le ruisseau en courant, pressée de plonger ses mains dans l'eau claire et de voir les poissons remonter le doux courant. Elle se voyait soudainement portée dans les bras de ses parents, devenu toute légère, riant à plein poumons.
De l'autre côté, dans la réalité, son corps frêle et endormi était porté par Drago Malefoy. Elle ne le savait pas encore mais il était revenu, revenu pour elle, revenu pour l'aider. Elle ne le saurait peut-être jamais mais il s'en était voulu d'avoir laisser la sorcière à son propre sort. De quel droit pouvait-il, lui, s'en sortir et recevoir un soutien ininterrompu de sa meilleure amie alors que qu'Hermione n'y était pas autorisée ? Il l'avait porté jusqu'à son lit. Il s'en était fait apparaître un dans le salon pour lui ; un vrai cette fois ci, plus grand, avec un vrai matelas. Il répara ce qu'elle avait cassé, remit à la bonne place ce qu'elle avait jeté.
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"Tu es revenu.
- Oui.
- Je suis désolée pour l'autre jour.
- Merci."
Il se replongea dans son livre. Hermione mangea devant lui. Il fit semblant de ne pas remarquer.
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"Je n'ai pas eu le temps de vivre. Je n'ai jamais été jeune, je n'ai jamais profité. Je n'ai eu qu'un homme dans ma vie, je n'ai connu que ma maison d'enfance, le terrier et notre maison. Je n'ai embrassé que lui, je n'ai aimé que lui. J'ai eu un enfant, il a été tendre, il m'a soutenue. Et pourtant il n'est pas assez.
- Tu regrettes de pas avoir fait plus. Pourquoi ne pas l'avoir fait ?
- C'était écrit comme ça. La fin de la guerre, notre mariage, notre douce vie à la campagne.
- Rien n'est écrit d'avance, tu n'aimais pas la divination pourtant.
- Ce n'est pas pareil.
- Si. Le futur n'est pas écrit, sinon il serait possible de le prédire, or tu ne le crois pas. Tu n'étais pas prédestiné à ta vie, tu y es restée de plein gré, afin d'éviter les vagues et les remous d'une vie moins stable.
- Et maintenant j'y suis coincée.
- Rien n'est écrit Granger"
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"Ai-je un jour aimé Ron ?
- Je ne peux pas répondre à ta place. Mais je le pense oui.
- Alors pourquoi tant de dégoût me vient maintenant en tête ?
- Je ne sais pas"
Hermione avait toujours vu en Ron un ami. Mais durant ses années à Poudlard il lui tapait sur les nerfs. Il ne travaillait pas, il encourageait les bêtises, ne comprenait rien ou alors bien trop tard. Il était jaloux, possessif de sa soeur, à peine réfléchi.
L'avait-elle aimé ? Oui, comme on aime un ami. L'avait elle aimé ? Elle ne le savait pas.
Elle ne pouvait rien lui reprocher sinon son manque d'initiative. Il était le mari aimant que tous rêveraient d'avoir alors pourquoi voulait-elle plus ? Pourquoi s'évertuer à chercher mieux ?
Jamais elle n'avait pu avoir ces discussions avec Ron : il prenait peur, lui disait qu'elle allait trop loin et que tout n'était pas si compliqué. D'une certaine manière elle lui en voulait d'avoir rejeter ses inquiétudes du plat de la main, de ne pas l'avoir écoutée.
"Je lui reproche de n'en avoir rien eu à faire.
- Il faisait de son mieux.
- Ce n'était pas assez"
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" Que lis-tu ?
- Edmond Rostand.
- Cyrano de Bergerac ? Tu t'intéresses à la lecture moldue.
- Oui. J'aime son bagoût, la finesse de ses mots, la froideur avec laquelle il abat son épée. L'histoire d'amour est fade mais le verbe est intéressant.
- Tu parles dans le style du livre. Ça m'arrive quand je ne lâche pas un roman pendant longtemps. Tu me le prêterais ?
- J'en ai d'autres.
- J'aimerais celui ci.
- D'accord"
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"Il faudrait que tu ailles dehors. Tu as besoin de soleil.
- Je ne veux pas.
- Ce n'était pas une proposition. Debout !"
Hermione l'écouta. Elle le voulait elle même de toute façon. Elle avait protesté pour la forme. Elle se mit debout, le monde ne tanguait plus sous ses pieds maintenant. Il lui jeta un pull. Elle ne savait pas d'où il le sortait.
" Nous sommes en Novembre, il fait froid. Dehors il n'y a pas de sorts pour nous réchauffer.
- Tu as fais ça ?
- J'allais pas me peler le cul dans une cabane en bois alors que l'hiver approche.
- Je préfère quand tu parles de littérature, tu jures moins"
Drago leva les yeux au ciel. Il ouvrit en grand la porte de l'entrée après l'avoir atteint. Il sortit le premier.
Les pas d'Hermione étaient hésitants, mais son visage intrigué. Elle semblait redécouvrir l'air pur avec un certain délice.
" Quand je sens l'odeur de l'automne j'ai l'impression de perdre ma légitimité. Je semble aller mieux. Je lis parfois et maintenant je sors dehors. J'ai juste l'impression que je vais revenir à lui et que tout va recommencer.
- Rien n'est écrit Granger"
Hermione pleurait, il le savait. Il la laissa faire, muet, regardant les feuilles des chênes tourbillonner dans les airs.
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"Je ne veux plus être médicommage. Je ne veux plus voir les gens se tordre de douleur devant mes yeux. Je n'ai jamais été faite pour ça. Je le suis devenu car j'ai vu tous ces blessés de guerre, tous ces morts et j'ai voulu être celle qui les sauverait des griffes du destin.
- Tu t'es incombée la responsabilité de sauver le monde entier. Mais tu as déjà fait ta part du travail à la guerre. Ne te penses pas si indispensable."
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"Comment vivre ? Comment vivre après avoir tout quitté ?"
I hope you liked it 3
Et aussi j'essaye de corriger mes erreurs avec autant d'attention que je le peux, n'hésitez pas à ma les faire remarquer si elle vous arrachent les yeux ^^'
