Le deuxième chapitre, et la vérité dévoilée sur Vanitas...enfin, une partie de la vérité. Mouhahaha!
Bonne lecture!
C'est dimanche aujourd'hui, le ciel est clair et limpide. Tout le monde a congé, moi y compris. J'ai décidé d'utiliser ce précieux jour de repos pour continuer cette histoire, qui n'aura jamais de fin sinon.
J'en étais rendue à Vanitas et ce qu'il avait fait. J'ai appris plus tard les véritables incidents. Je te les décris ici même tels qu'on me les a rapportés.
C'était donc en 1995, au mois d'aout, plus spécifiquement le mercredi 16 aout. Les jumeaux sont revenus de l'école primaire comme à leur habitude, leurs parents étaient présents, comme toujours. Apparemment, c'étaient de très bons parents, dévoués, aimants. Ils étaient tout ce qu'un enfant peut désirer.
Ce soir-là, Vanitas, pendant le repas, a subtilisé un couteau. Il l'a ensuite amené dans sa chambre et l'a caché sous son oreiller. Il s'est couché comme tous les jours, mais a veillé jusqu'à ce que tout le monde dorme. Il s'est ensuite levé sans faire le moindre bruit et s'est dirigé dans la chambre de ses parents.
D'après le rapport de police, il aurait poignardé sa mère en plein cœur, sans une once d'hésitation. Cela l'a tuée sur le coup et parait-il que son expression est restée sereine – elle ne s'est jamais réveillée. Il a fait de même avec son père, avant de les assaillir tous les deux de plusieurs coups – je crois qu'ils en avaient dénombré sept sur sa mère et dix sur son père.
Recouvert du sang de ses parents, le sourire parait-il étalé sur son visage, il est retourné dans la chambre qu'il partageait avec son jumeau. Il l'a réveillé et lui a raconté plusieurs choses, dont Ven ne s'est jamais souvenu malgré ses nombreuses thérapies. Vanitas l'a ensuite poussé et il s'est affalé sur le sol, rencontrant au passage le coin de son lit. Sa tête s'est mise à saigner abondamment et il a perdu connaissance.
Vanitas a laissé moisir son frère là sans un seul remords et est sorti de sa maison. Il riait comme un fou, comme s'il était possédé par un démon. Un policier l'a retrouvé et lui a demandé ce qu'il faisait. Je ne connais pas tous les détails, mais finalement le policier l'a ramené chez lui, où il a vu les dégâts. L'ambulance est arrivée rapidement et, heureusement, Ven a survécu.
Le plus horrible dans toute cette histoire, c'est que Vanitas n'a jamais tenté de nier quoi que ce soit. Il se pavanait, fier de ses crimes. Il ne pouvait évidemment pas aller en prison, enfant qu'il était; il s'est retrouvé dans des centres de détention pour mineur, ce qui l'a encore plus détraqué. Je m'étendrai plus loin sur ce qu'il est devenu, pour l'instant, je vais me concentrer sur Ven, Terra et moi.
Quand j'ai appris la nouvelle, j'ai tout de suite appelé Terra. Il l'avait appris lui aussi et nous nous sommes donc rencontrés à l'hôpital Notre-Dame[1]. Je ne savais pas si Ven y serait, mais considérant qu'il habitait le Plateau comme nous, c'était plus que logique qu'il y soit. Je me demande encore pourquoi nous nous soucions autant de lui, alors que nous venions à peine de le rencontrer. Nos cœurs étaient déjà connectés, il semblerait.
Nous sommes donc entrés et avons demandé à voir Ven – heureusement, il nous avait dit son prénom, sans quoi nous n'aurions jamais pu le retrouver. L'infirmière a hésité à nous donner l'information, mais quand nous avons mentionné qu'il était notre ami, elle nous a donné le numéro de sa chambre. Il était en soin intensif, aussi nous n'avons pas pu le voir.
Cela dit, nous avons croisé le policier qui avait trouvé Vanitas. Il veillait le petit comme s'il s'agissait de son propre enfant. Je me souviens encore de sa silhouette, assise sur le banc. Sa casquette était posée à côté de lui et il avait la tête dans les mains. La fatigue le plombait – il était là depuis la veille, que j'ai appris plus tard –, de même que la tristesse.
Nous nous sommes approchés, Terra et moi. J'ai parlé en premier. Je lui ai demandé s'il connaissait Ven. Au lieu de répondre, il nous a demandé nos prénoms, nous nous sommes exécutés. Par la suite, il s'est lui-même présenté comme étant Eraqus Beauchemin, le policier qui avait sauvé la vie de Ven.
Nous n'avons rien ajouté et nous sommes simplement assis à ses côtés. Terra s'est installé près de moi et m'a tenu dans ses bras – je me souviens encore de la sensation. Il tremblait légèrement, bien qu'il tentait du mieux qu'il le pouvait de paraitre assuré. J'ai vu dans son regard une lueur que j'ai redoutée : de la colère. Une sombre et profonde colère. Je ne lui avais jamais vu avant un regard si noir.
Pour ma part, j'étais surtout angoissée. J'avais peur d'apprendre que le petit que nous venions à peine de connaitre allait mourir. J'ai laissé mes larmes couler sur mes joues, sans émettre de sanglots. Cette histoire, si horrible, dont je ne connaissais pas encore les détails, m'ébranlait. Eraqus, à nos côtés, semblait se retenir de pleurer – avec son métier, il devait être habitué aux tragédies, mais peut-être pas de cette envergure, ni concernant de si jeunes personnes.
Nous avons manqué l'école cette journée-là et personne ne s'en ait soucié, personne ne nous a demandé où nous étions, ce que nous faisions. Maintenant que j'y pense, c'est plutôt horrible : nous étions là, ébranlés, tremblants, tandis que nos parents, totalement ignorants, vaquaient à leurs occupations. Ils n'ont même jamais su le fin mot de l'histoire et n'ont jamais demandé, autant les miens que ceux de Terra. Nous avions treize ans et nous étions complètement seuls au monde.
Vers midi, Eraqus s'est levé et a murmuré qu'il allait nous acheter de quoi manger. Nous avons acquiescé et il est parti nous chercher un repas infect. J'ai oublié ce que c'était, mais je me souviens de la boule que j'avais dans la gorge et de ma difficulté à avaler. Je me souviens aussi de Terra, qui mangeait sans appétit, mécaniquement. Je voyais qu'il était complètement ailleurs.
C'est seulement en fin d'après-midi que nous avons eu des nouvelles. Ven était vivant et il s'en sortirait indemne. Il devait seulement se reposer pendant plusieurs semaines pour s'en remettre. Soulagés, nous avons demandé à le voir, mais le médecin a refusé. Il fallait attendre au lendemain.
Nous sommes donc sortis de l'hôpital. Eraqus nous a demandé si nous avions quelque chose à faire après – je pense qu'il avait déjà compris que nos parents ne se souciaient pas de nous. J'ai répondu par la négative et ait regardé vers Terra pour chercher son accord. Il s'est contenté de hocher la tête – il m'a avoué plus tard qu'à ce moment-là il était incapable de parler, tant l'émotion qui enserrait sa gorge était grande.
Le policier nous a invités à manger au restaurant. Nous avons accepté et nous sommes donc dirigés vers la rue Ontario[2], où il nous a guidés vers un petit restaurant vietnamien[3]. Tout en mangeant, nous avons discuté un peu. Il nous a demandé notre lien avec Ven et je lui ai avoué qu'en fait nous ne l'avions vu qu'une fois. Étonnamment, il n'a pas semblé très surpris.
Terra est resté silencieux. Il n'a jamais été un très grand parleur, mais il a toujours su converser normalement. Je n'oublierai jamais son silence et ses réponses en monosyllabes de cette fois-là. Je pense que l'incident l'a plus marqué que moi, peut-être parce qu'il n'a pas su extérioriser ses sentiments comme je l'avais fait.
Eraqus nous a confié sa volonté d'adopter Ven. Il était célibataire et n'avait surement pas de temps à accorder à un enfant, mais malgré tout, il se sentait engagé dans cette histoire et voulait s'occuper du garçon. Il savait qu'il n'avait aucune famille et que s'il ne l'adoptait pas, l'enfant se retrouverait dans une famille d'accueil.
Je lui ai demandé s'il pensait que c'était une bonne idée. Je connais les parents absents et je sais ce que ça peut faire d'un enfant; je redoutais que Ven subisse le même sort. Il m'a alors souri tristement et m'a avoué qu'il n'en savait rien, mais qu'il avait besoin de le faire. Je n'ai rien ajouté. J'avais déjà une bonne opinion de cet homme-là et mon instinct s'est vérifié dans la suite des choses.
Quand nous sommes retournés à l'hôpital le lendemain après-midi – nous sommes allés à l'école cette fois –, Eraqus n'y était pas. Je suis entrée en premier dans la pièce; je n'oublierai jamais la vision que j'y ai trouvée. Ven était assis, en tenue d'hôpital, les yeux tournés vers la fenêtre, d'où le soleil l'illuminait. Il était d'une beauté mélancolique à couper le souffle. J'ai essayé plusieurs fois de le dessiner de mémoire, mais le résultat n'a jamais été à la hauteur du souvenir que j'en garde.
Il ne s'est pas tourné vers moi. Il n'a même pas fait mine de bouger. Quand j'ai essayé de lui parler, il s'est soudainement mis à crier. Deux infirmières ont tenté de le retenir et lui ont finalement injecté un calmant. Peu après, Eraqus est entré dans la pièce et nous a informés que le petit était traumatisé et qu'il fallait être patient avec lui. Surtout, ne pas le bombarder de questions, ne pas non plus l'approcher de trop près, ni tenter de le toucher.
Il avait perdu pour de bon une partie de son cœur. Vanitas la lui avait volé[4].
~xxx~
Notes :
[1] Hôpital Notre-Dame : En plein centre du Plateau Mont-Royal, juste au sud du parc Lafontaine, c'est l'un des hôpitaux les plus importants de l'ile de Montréal.
[2] Rue Ontario : Juste au sud de l'hôpital, c'est une rue plutôt commerçante, avec plusieurs restaurants. C'est aussi le nom d'une des provinces du Canada, celle où il y a la capitale, Ottawa (c'est coutume au Québec de nommer les rues selon des lieux existants; ainsi il y a une rue Sherbrooke à Montréal et une rue de Montréal à Sherbrooke).
[3] Restaurant vietnamien : Ils pullulent à Montréal, c'est un des types de restaurant asiatique les plus répandus.
[4] C'est la version plus réaliste de la «naissance» de Vanitas dans BBS. C'est la façon que j'ai trouvée pour expliquer comment Ven avait perdu une partie de son cœur, et en même temps ça montre que Vanitas est en quelque sorte le côté sombre de Ven.
