Chapitre 2

Un an de prison ferme. Voilà quelle était sa sentence. Il n'avait pu s'empêcher de pousser un léger soupir de soulagement quand la juge avait annoncé la décision que le jury avait prise. Il s'était attendu à recevoir une punition beaucoup plus salée que cela. Non pas qu'il était content d'être emprisonné pour une durée de douze mois, mais il savait que cela aurait pu être bien pire.

Il était un Mangemort, la Marque sur son avant-bras ne laissait planer aucun doute là-dessus. Il avait tenté, certes sans succès, d'assassiner le professeur Dumbledore lors de sa sixième année, blessant deux autres étudiants dans la manœuvre. Il avait aidé des Mangemorts, dont Greyback, à pénétrer dans le château, mettant ainsi tous les élèves en danger. Et, deux ans plus tard, il avait participé à la bataille finale. Entretemps cependant, il n'avait rien fait de répréhensible. Il avait passé une dernière année tranquille à Poudlard en tentant de ne pas trop faire parler de lui. Son diplôme en poche, il s'était contenté de rester au Manoir avec ses parents. Vu les notes obtenues lors de ses ASPIC, il avait été réquisitionné pour préparer des potions, Rogue n'étant plus aussi disponible depuis qu'il était devenu Directeur de Poudlard.

Il avait donc pensé, avec raison, qu'il allait croupir un certain temps à Azkaban. Mais c'était sans compter sur le témoignage de deux Gryffondor. Dire qu'il avait été surpris en les voyant se lever de leurs sièges pour témoigner en sa faveur était un euphémisme. Il n'aurait jamais cru que Potter et Granger tenteraient de réduire sa peine et pourtant, c'était bel et bien ce qu'ils avaient fait.

Potter avait raconté en détail ce qui c'était passé en haut de la tour d'astronomie. Il avait expliqué qu'il avait eu rendez-vous ce soir-là avec le professeur Dumbledore et que le Directeur l'avait désillusionné et immobilisé contre un mur juste avant que les Mangemorts n'apparaissent devant eux. Il avait ainsi assisté à toute la scène et entendu tout ce qui avait été dit.

Drago, qui n'avait jamais soupçonné la présence de Potter là-haut, avait fortement été ennuyé lorsque le Gryffondor avait mentionné la détresse dans laquelle il se trouvait, son hésitation à accomplir sa mission. Il n'avait pas aimé être dépeint comme un lâche devant toute cette assemblée réunie. Mais il s'était tu. De toute façon, il avait dû admettre que Potter n'avait fait que raconter la stricte vérité.

Puis cela avait été au tour de Granger de s'avancer jusqu'à la barre. Elle avait alors raconté comment il l'avait aidée à s'échapper du Manoir où elle était retenue prisonnière. Elle ne se souvenait pas en détail de son évasion, mais elle se souvenait de lui. Elle avait avoué que, les jours suivants, elle avait sincèrement pensé qu'elle divaguait. Il n'était pas possible que ce soit Malefoy qui l'ait aidée. Mais elle avait dû se rendre à l'évidence. Elle n'avait cependant dévoilé l'identité de son sauveur à personne avant que la guerre n'ait pris fin. Elle n'avait pas voulu mettre la vie de Malefoy plus en danger au cas où cette information serait remontée aux oreilles de mauvaises personnes.

Après ces deux témoignages inattendus, la juge lui avait demandé si tout cela était bien exact et il avait dû fournir de plus amples explications. Pour le cas de Dumbledore, il n'avait eu qu'à corroborer la déclaration de Potter. Le Seigneur des Ténèbres menaçait effectivement sa vie ainsi que celle de sa mère. Mais il n'avait jamais souhaité la mort du Directeur.

Pour Granger, ce fut un peu plus délicat. Après avoir dû expliquer comment il était parvenu à faire évader la jeune femme sans en être inquiété, la juge avait souhaité savoir pourquoi il avait voulu la sauver elle. Il y avait d'autres personnes emprisonnées dans les cachots, alors pourquoi elle uniquement ? Comment aurait-il pu répondre à cette question puisque lui-même n'en connaissait pas la réponse exacte ? Était-ce parce qu'il l'avait côtoyée pendant six ans et que donc ce n'était pas une parfaite inconnue ? Était-ce parce qu'il savait que le Seigneur des Ténèbres aurait pu la tuer, juste dans le but d'affaiblir Potter ? Était-ce parce qu'il l'avait trouvée courageuse d'avoir résisté aux différents interrogatoires qu'elle avait subis ? Était-ce parce qu'il savait que Potter avait besoin d'elle pour le soutenir dans son combat ? Ou était-ce tout cela à la fois ? Il ne savait tout simplement pas. Il avait risqué sa vie pour elle, mais il n'en connaissait pas la raison. C'était ce qu'il devait faire, un point c'est tout. Il n'avait d'ailleurs pas tergiversé longtemps avant de prendre cette décision pourtant très importante.

Après ses tentatives d'explications décousues, les membres du jury s'étaient retirés pour délibérer sur son sort. Ils avaient mis du temps avant de tomber d'accord. Il avait donc écopé d'une peine d'emprisonnement d'un an ainsi que d'une amende. En outre, son compte à Gringotts avait été bloqué pour une durée indéterminée.

XXXXXXX

Cela faisait maintenant deux mois qu'il était à Azkaban. Tous les Détraqueurs avaient déserté la prison qui était dorénavant gardée par des sorciers. Ceux-ci n'étaient pas des plus tendres avec les détenus, mais c'était nettement mieux que de se voir ôter toute trace de joie.

Ce qui lui pesait le plus en fait, c'était la solitude. À part les gardiens, il ne voyait personne. Mais qui aurait pu venir lui rendre visite de toute façon ? Ses parents ? Son père, que Drago avait entraperçu lorsque les Aurors avaient transféré les prisonniers de Poudlard à Azkaban, était lui aussi en prison. Sa mère peut-être également. Ses amis étaient soit devenus des Mangemorts, soit avaient coupé les ponts quand il s'était fait apposer la Marque. Et puis, il ne savait même pas s'il était autorisé à recevoir des visiteurs. C'est pourquoi il fut sincèrement étonné et ravi lorsqu'un garde frappa à la porte de sa cellule ce jour-là en lui annonçant qu'il avait de la visite.

Il se leva alors de son lit tandis que la porte s'ouvrait pour laisser place à Granger. Elle lui jeta un rapide coup d'œil avant de faire apparaître une table et deux chaises.

« C'est bon, vous pouvez nous laisser », dit-elle au gardien en lui confiant sa baguette.

Celui-ci hésita quelques instants avant de finalement hausser les épaules.

« Si vous avez besoin de moi, je serai dans le couloir. »

Et il ferma la porte derrière lui. Granger s'installa alors sur l'une des chaises et déposa sa mallette sur le sol. Drago, lui, n'avait pas esquissé le moindre geste depuis que la Gryffondor était arrivée. Il ne comprenait pas ce qu'elle faisait là.

« Malefoy, je peux comprendre que ma présence ici te surprenne, mais je dois discuter de certaines choses importantes avec toi et je pense que tu ferais mieux de t'asseoir. »

Disant cela, elle s'était tournée vers lui. Elle affichait la même expression que lors de son procès. Une expression sérieuse et déterminée.

« Qu'est-ce que..., commença-t-il avant de s'éclaircir la voix. Qu'est-ce que tu fais là ?

- Je te l'ai dit, je dois discuter avec toi.

- À propos de quoi ?

- Viens t'asseoir.

- Je suis déjà assis la plupart du temps alors si j'ai envie de rester debout, je le fais, rétorqua-t-il. De quoi veux-tu me parler ? »

Elle soupira et s'adossa contre le dossier de sa chaise.

« Je suis ici pour mettre au point ton programme de réinsertion.

- Mon programme de réinsertion ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?

- C'est un tout nouveau programme qui vient d'être mis en place. Tu es d'ailleurs l'un des premiers à en bénéficier. Globalement, cela consiste à aider les prisonniers à se réintégrer dans la société à leur sortie de prison. À les aider à trouver un emploi, par exemple.

- Je n'aurai pas besoin de travailler, répliqua-t-il en croisant les bras sur son torse.

- Je crois bien que si.

- Tu ne connais pas l'étendue de la fortune des Malefoy. L'amende qui a été prélevée n'était qu'un grain de poussière. Et je peux t'assurer que celle dont mon père a certainement écopé lui aussi n'a pas mis à mal notre capital.

- Certes, mais je crois que tu as oublié quelque chose.

- Quoi donc ?

- Ton compte a été bloqué pour une durée indéterminée. Tout comme celui de tous les Mangemorts capturés ou, pour ceux qui sont toujours en liberté, dont l'identité est connue.

- Mais j'y aurai de nouveau accès dès ma sortie de prison, non ?

- Non, pas tout de suite. Enfin, je veux dire que tu n'auras pas accès à la totalité de ton coffre, expliqua-t-elle. Une petite somme te sera allouée chaque mois juste pour te permettre de subvenir à tes besoins. Il faudra que tu fasses preuve de bonne volonté, que tu montres que tu souhaites effectivement t'intégrer à la société actuelle, que tu te comportes comme un bon citoyen. Si le ministère te juge sincère dans tes actes, tu récupéreras alors tous tes droits sur ton compte. Et je suis là pour t'aider dans cette tâche.

- Mais cela n'a jamais été mentionné lors de mon procès, s'étrangla Malefoy, les yeux écarquillés et les bras ballants.

- À ce moment-là, le ministère n'avait pas encore pris sa décision définitive, en effet », admit-elle.

Drago se laissa tomber sur sa chaise, sans voix. Depuis son enfermement, il avait un peu réfléchi à son avenir. Il fallait dire que ce n'était pas le temps qui lui manquait. Il s'était imaginé partir à l'étranger lorsqu'il serait libéré afin de mettre une certaine distance entre lui et tout ce qu'il avait vécu ici. Prendre un peu de recul, se ressourcer. Il n'avait pas encore pensé à ce qu'il ferait après. Il s'était dit qu'il aurait bien le temps de réfléchir à tout cela lors de son voyage.

Mais voilà que ses maigres plans tombaient à l'eau. Il allait être contraint de rester en Angleterre pour faire ses preuves, dixit Granger. Et c'était elle qui allait l'épauler. Mais pourquoi elle, d'ailleurs ? Était-ce un choix de sa part ou l'y avait-on obligé ?

« Cela fait beaucoup d'informations à digérer d'un seul coup. Je te laisse quelques documents qui pourront t'apporter des éclaircissements sur toute cette histoire. Je reviendrai dans une semaine. »

Tout à ses pensées, il ne s'était pas rendu compte que Granger avait ouvert sa mallette pour en sortir plusieurs parchemins avant de se lever et de se diriger vers la porte. Il releva la tête seulement au moment où celle-ci se refermait, le laissant à nouveau seul.

Il observa alors les divers papiers disposés devant lui. Certains portaient l'entête du ministère et d'autres étaient tout simplement des extraits de la Gazette du Sorcier. Fébrilement, il se saisit du premier article de la pile.

En photo, il pouvait voir ses parents lors de leurs procès respectifs qui s'étaient déroulés quelques jours après le sien. Bien que surchargé de travail, le Magenmagot avait décidé de juger chaque prisonnier individuellement. Ses parents se tenaient tous les deux bien droits dans leur siège, presque immobiles, et on aurait difficilement pu croire qu'ils faisaient partie des accusés s'il n'y avait eu leurs habits chiffonnés et la fatigue qui transparaissait sur leur visage dont les traits étaient tirés.

Drago effleura du bout des doigts les deux illustrations. Ses parents lui manquaient et il s'inquiétait pour eux. Comment son père supportait-il son emprisonnement ? Comment sa mère se sentait-elle, seule dans leur Manoir ?

Le texte en-dessous des images résumait ce qui s'était dit lors des deux jugements et quelles étaient les sanctions prises. Sans surprise, c'était l'emprisonnement à vie pour son père. Sa mère, quant à elle, avait écopé d'une assignation à résidence d'une durée de dix mois. Le journaliste avait écrit que Lucius Malefoy avait âprement défendu son épouse en affirmant qu'elle n'était pas une Mangemort mais seulement la femme de l'un d'eux. Narcissa Malefoy n'avait donc jamais participé à la moindre réunion ou mission du Seigneur des Ténèbres. Elle n'avait fait que suivre les directives de son époux. Cependant, il était de nature publique que Mrs Malefoy partageait les grandes idées du Lord. C'est pourquoi elle n'avait pas retrouvé son entière liberté à l'issue de son procès.

Drago ne fut pas surpris par le comportement de son père. Lucius avait toujours cherché à les protéger, lui et sa mère. Peu lui importait de subir la colère du Lord si sa femme et son fils étaient épargnés.

Comme le lui avait dit Granger, le journaliste expliquait que le coffre de son père avait également été bloqué. Sa mère, qui était codétentrice de ce compte depuis son mariage avec le patriarche Malefoy, disposerait chaque mois d'une certaine somme pour pourvoir à ses besoins. L'article renvoyait alors à l'annonce parue la semaine précédente pour plus de détails.

Drago chercha alors ledit article parmi la pile de documents. D'après le ministère, ces mesures avaient été prises afin de donner une seconde chance aux partisans du Seigneur des Ténèbres, car tout le monde avait le droit de faire des erreurs. Mais il ne laissait aucun doute que cette mesure visait surtout à rassurer la population. Les articles que Granger lui avait transmis étaient parlants. La Communauté Sorcière avait peur que les Mangemorts repentants ou ayant bénéficié de circonstances atténuantes, telles que le chantage, l'intimidation ou la menace par exemple, aient menti pour ne pas écoper d'une peine trop lourde, comme cela s'était quelques fois produit lors de la première guerre. Ainsi, en les mettant à l'épreuve, le ministère gardait un œil attentif sur eux et surveillait leurs activités et leurs relations.

Continuant à passer en revue les divers documents, Drago tomba sur le compte-rendu de son propre procès. Il ne s'attarda pas sur le résumé de ce dernier, mais bien sur les quelques commentaires récoltés parmi la population. Certaines personnes étaient d'accord avec la décision prise par le jury vu les risques que le Serpentard avait encourus pour venir en aide à la jeune femme. D'autres disaient qu'il avait prévu son coup. Que, sentant que le vent tournait à la faveur de Potter, il avait sauvé la vie de sa meilleure amie afin de sauver sa propre peau au final.

Mais bien sûr..., pensa-t-il amèrement.

Si cela avait bel et bien été le but recherché, pourquoi était-il donc retourné au Manoir ? Pourquoi ne s'était-il pas présenté aux Weasley quand il leur avait amené Granger ? Il était toujours sidéré par le nombre d'inepties que les gens pouvaient débiter. Est-ce qu'ils réfléchissaient un tant soit peu avant de parler ? Bien évidemment, des lecteurs, tous aussi idiots, allaient croire ces élucubrations.

Jetant ces articles loin de lui, il se saisit alors de ceux provenant du ministère. Ces documents expliquaient en fait en quoi consistait le programme de réinsertion et qui pouvait en bénéficier. C'étaient bien évidemment les détenus dont les peines d'emprisonnement étaient les plus faibles qui devaient tout d'abord suivre ce programme. Et c'était bien une obligation. On ne leur laissait pas le choix. Ils devaient se plier à cette décision sinon leurs sanctions se verraient alourdies.

XXXXXXX

Une semaine plus tard, Granger revint effectivement lui rendre à nouveau visite. Ils s'installèrent face à face à la table qu'elle avait fait apparaître.

« Bien, avant toute chose, as-tu des questions ?

- Oui. Pourquoi est-ce toi qui es chargée de mon dossier ?

- Parce que je suis une formation au Département de la justice magique et que je cherche des réponses à mes propres questions.

- Lesquelles ? demanda-t-il avant de se maudire.

- Savoir pourquoi tu as pris le risque de me sauver, par exemple.

- Tiens, tu ne crois pas ce que certains racontent ? Tu ne fais pas partie de ceux qui pensent que je t'ai libérée pour sauver ma propre vie ? » ricana-t-il.

Il aurait mieux fait de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de lui demander quelles questions elle se posait. Comme s'il ne s'en doutait pas. Or, il n'avait pas envie que la conversation s'engage sur ce terrain-là. Pas aujourd'hui.

« Non », affirma-t-elle sans la moindre hésitation.

Drago savait que Granger ne croyait pas en ces rumeurs sinon elle ne serait pas en train de s'occuper de son cas. Mais l'entendre de vive voix, c'était quelque chose de totalement différent. Ils restèrent silencieux durant de longues minutes avant qu'elle ne reprenne la parole.

« Si tu n'as pas d'autres questions, nous allons alors commencer à mettre au point ce programme. Dis-moi, as-tu une idée du métier que tu pourrais ou souhaiterais exercer ?

- Absolument pas.

- Tu n'as jamais réfléchi à ce que tu voudrais faire dans la vie ? Il n'y a pas quelque chose qui te plait tout particulièrement ? N'avais-tu pas une matière préférée à Poudlard ?

- Avant la guerre, je pensais suivre le même chemin que mon père, c'est-à-dire veiller à ce que la fortune des Malefoy continue de prospérer. Durant la guerre, je pensais surtout à court terme, à savoir m'en sortir vivant. Alors non, je n'ai jamais réfléchi à un quelconque travail, expliqua-t-il en accentuant exagérément ce dernier mot.

- Et qu'est-ce que tu aimais bien à Poudlard ?

- Le Quidditch, répondit-il en souriant.

- Tu te vois devenir joueur professionnel ?

- Pourquoi pas ? demanda-t-il en croisant les bras et en fronçant les sourcils.

- Oh, ne monte pas sur tes hippogriffes. Je posais cette question tout à fait sérieusement. »

Elle écrivit alors quelque chose sur le parchemin vierge posé sur la table devant elle. Lorsqu'elle releva sa plume, il se saisit de la feuille. Sous le titre « Emplois et carrières envisagés », il pouvait lire qu'elle avait noté « Joueur de Quidditch professionnel ».

« Efface ça, ordonna-t-il en lui rendant le parchemin.

- Tu es sûr ?

- Oui. Le Quidditch est pour moi un passe-temps. Je n'envisage absolument pas de faire carrière dans ce sport. »

Avec un petit sourire qu'il qualifierait de moqueur, elle barra ces quelques mots.

« Reprenons. Quelles étaient donc les matières enseignées que tu préférais ? »

Ainsi, il ne s'était pas trompé. Elle avait fait semblant de prendre cette proposition au sérieux sachant que c'était sûrement là le meilleur moyen pour qu'il abandonne de lui-même cette éventualité. C'était bien manœuvré de sa part, il devait l'admettre.

« La métamorphose et les sortilèges, répondit-il après un bref temps de réflexion.

- Pas les potions ?

- Ne me dis pas que tu fais partie de ceux qui associent Serpentard et potions ? demanda-t-il sèchement.

- Pas du tout, répondit-elle calmement. J'ai simplement eu accès à tes notes et j'ai pu remarquer que tu te débrouillais plutôt bien dans cette matière également.

- C'est exact. Mais je n'envisage pas du tout d'en faire mon métier.

- Très bien. »

Et elle nota toutes ces informations sur sa feuille.

« Bon, ce que je te propose, c'est de te faire parvenir quelques cours relatifs à ces matières afin que tu puisses déterminer quel métier pourrait te tenter. Cela te convient ? »

Il hocha la tête en signe d'acquiescement.

« Bien, ce sera alors tout pour aujourd'hui. On se revoit dans une semaine. »

XXXXXXX

Une certaine routine commença à s'installer au fil des mois. Toutes les semaines, ils s'asseyaient en face l'un de l'autre pour discuter de l'avenir du Serpentard ainsi que de choses et d'autres. Granger ne restait cependant pas toujours bien longtemps lors de ses visites. Parfois, elle passait juste lui donner ou récupérer des documents en échangeant quelques mots. Mais même ces brèves visites lui faisaient du bien car, au moins, il voyait quelqu'un de l'extérieur.

Drago avait finalement choisi de se spécialiser dans les sortilèges et Granger lui avait alors apporté les manuels utilisés lors de la première année de formation. Il ne pouvait bien évidemment pas s'exercer à la pratique, mais il pouvait déjà ainsi étudier tout l'aspect théorique. Et pour évaluer sa progression, il avait des travaux à rendre fréquemment. Granger se chargeait de jouer les intermédiaires auprès des professeurs concernés.

À force de se voir régulièrement, les conversations avaient tout doucement dévié vers d'autres sujets. Granger apprit par exemple que le Serpentard, bien qu'il était loin d'être un adepte aussi fervent qu'elle, aimait bien se plonger dans un bon roman lorsqu'il avait du temps libre. Trois semaines après cette discussion littéraire, elle posait cinq livres sur la table. Vu qu'il se comportait convenablement et qu'il travaillait sérieusement pour sa réinsertion, Granger avait demandé l'autorisation de lui fournir quelques ouvrages pour l'occuper durant son temps libre. Bien entendu, elle avait choisi des livres rédigés par des auteurs Moldus. Pour parfaire sa culture, lui avait-elle dit malicieusement. Elle lui avait aussi fourni un dictionnaire illustré afin qu'il puisse comprendre tous les termes mentionnés dans ces romans.

Elle lui apportait également les exemplaires de la Gazette parus au cours de la semaine pour qu'il se tienne au courant de l'actualité et ils discutaient alors des dernières interviews données par le Ministre, des nouvelles réformes ou lois introduites ou, parfois même, tout simplement des derniers potins. Cependant, ils n'avaient jamais abordé le sujet qui les concernait directement. Drago avait bien compris que c'était à lui d'en parler en premier, que ce ne serait pas Granger qui amènerait ce sujet sur le tapis. Et une fois qu'il lui aurait expliqué la raison pour laquelle il l'avait fait évader, il savait qu'elle lui dirait pourquoi c'était elle qui s'occupait de lui. Même s'il pensait d'ailleurs avoir deviné quelle était sa motivation.

XXXXXXX

« Ta demande de stage au sein de la Commission des sortilèges expérimentaux a été acceptée, annonça-t-elle joyeusement dès qu'elle eut franchi le seuil de sa cellule.

- Magnifique ! »

Sa sortie de prison étant prévue pour dans un mois, c'est-à-dire deux semaines avant la reprise officielle des cours, il avait dû choisir l'endroit où il souhaitait réaliser son stage.

Ayant en effet obtenu d'excellentes notes à ses divers travaux, les professeurs avaient décidé de lui faire passer les examens théoriques organisés à l'issue de la première année. Et il les avait réussis brillamment. Malgré ses lacunes en pratique, qui n'étaient aucunement insurmontables, il avait donc été autorisé à passer à l'année supérieure.

Il aimait beaucoup découvrir les origines des sortilèges, apprendre l'histoire qui se cachait derrière eux, quels avaient été les tentatives et les échecs, comment les avait-on surmontés, ... C'est pourquoi il avait voulu travailler dans cette Commission. Non pas pour réaliser lui-même les différents essais, il ne se voyait pas avec des cornes sur la tête comme Gilbert Fripemine, mais bien pour effectuer la recherche. Déterminer si cette formule avait des chances de donner un résultat probant, s'il ne fallait pas modifier légèrement le mouvement du poignet, ... Bref, s'assurer qu'il y ait le moins de risque possible pour la personne qui testerait ce nouveau sort.

XXXXXXX

C'était déjà la dernière fois qu'Hermione venait lui rendre visite à Azkaban. Dans six jours, il serait libre. Finalement, un an, cela passait encore relativement vite. Il fallait dire qu'il n'avait pas trouvé le temps si long. Entre ses études, les rencontres hebdomadaires avec la Gryffondor, la lecture et ses réflexions, il était parvenu à ne pas trop s'ennuyer, enfermé entre ces quatre murs.

Assise devant lui, la jeune femme était justement en train de lui souhaiter bonne chance pour la suite.

« Hermione, l'interrompit-il. Je crois que tu sais très bien pourquoi j'ai agi comme je l'ai fait cette nuit-là. »

Voilà, le moment était venu de se dévoiler. Tout ce temps passé à réfléchir lui avait finalement permis de mieux comprendre son geste et de mettre des mots sur la raison de son acte. Il se leva, ayant le besoin irrépressible de marcher, croisa les mains derrière son dos et reprit la parole sans la regarder.

« Après ma mission ratée, le Seigneur des Ténèbres ne s'est plus intéressé à moi. Mon père étant de retour, il avait repris sa place auprès du Lord. J'ai donc pu redevenir un étudiant normal ayant seulement des soucis de son âge. Certes, c'était la guerre, mais vu que je n'étais pas, ou devrais-je dire dire, plus en danger immédiat, je ne m'en préoccupais plus. La mission qui m'avait été confiée était terminée. Tout cela ne me concernait donc plus. Je me voilais la face, je sais, mais j'en avais bien besoin à ce moment-là.

Ensuite, je me suis retrouvé à l'abri dans le Manoir. Mon père était parvenu à convaincre le Lord de ne me confier aucune mission se déroulant sur le terrain, arguant que je n'étais pas prêt. Je ne prenais donc pas part aux affrontements, je n'interrogeais pas les prisonniers. À nouveau, rien de tout cela ne me concernait. Je vivais en quelque sorte dans mon propre monde, loin de toute cette guerre.

Et puis, j'ai appris ta capture. Je savais très bien ce que tu devais subir dans les cachots. Je crois que cela a alors agi comme une sorte de déclic. Il fallait que j'arrête de fermer les yeux, il fallait que j'arrête d'être passif. J'avais encore un rôle à jouer dans cette guerre. C'était quelqu'un que je connaissais, qui avait mon âge qui était en train de se faire torturer sous mes pieds. Je ne pouvais pas te laisser là. Je ne pouvais plus rester là à ne rien faire.

- Et tu es retourné au Manoir car, malgré ta désapprobation pour le traitement qu'on nous infligeait, tu avais toujours à ce moment-là la conviction que les Sang-Pur étaient supérieurs aux Nés-Moldus, n'est-ce pas ?

- Il est difficile de tourner le dos aux principes que l'on t'a inculqués durant toute ta vie, se justifia-t-il.

- Je comprends parfaitement. »

Le silence s'installa alors dans la pièce avant qu'Hermione ne reprenne la parole après quelques minutes.

« Et maintenant, qu'en est-il ? »

Drago revint prendre place sur sa chaise, fixa la jeune femme quelques instants avant de répondre sans détourner les yeux.

« Disons que maintenant, je suis enfin capable d'admettre que les Nés-Moldus ne sont pas inférieurs aux Sang-Pur, ce que je sais depuis longtemps déjà. En outre, tu as réussi l'exploit de me convaincre que les Moldus ne sont pas tous stupides. C'était bien le but que tu t'étais fixé en choisissant de m'aider, n'est-ce pas ?

- Entre autres, oui. Je voulais que tu ouvres les yeux, que tu prennes le temps de réfléchir par toi-même. Que tu te forges ta propre opinion et que tu n'aies plus peur de l'affirmer.

- Mission accomplie », répondit-il avec un sourire sincère.


Et voilà pour le deuxième chapitre. J'espère qu'il vous a plu. N'hésitez d'ailleurs pas à me faire part de vos avis/ressentis/déceptions/conseils ;) Je remercie d'ailleurs les 3 lectrices (sur 122) d'avoir pris le temps de laisser un commentaire sur le premier chapitre. Et merci également aux 4 personnes qui ont mis cette fiction en favori et aux 11 personnes qui ont décidé de suivre cette histoire :)

Je serai fort occupée le week-end prochain, mais j'essayerai de faire quand même en sorte de venir poster le chapitre suivant dimanche.