Si un regard avait pu le tuer, celui-ci l'aurait certainement terrassé dans la minute. Attachée, les mains liées au dessus de son corps frêle afin de l'empêcher de se débattre, la rebelle le fixait avec une intensité ravageuse, encrant ses yeux couleur nuit dans les siens sans siller. Elle avait été capturée la veille aux abords du palais de l'empereur, visiblement armée de mauvaises intensions. Les tentatives d'infiltration dans le siège du pouvoir zaïbaker étaient rares mais se présentaient de temps à autres, n'ayant pour le moment jamais abouties à des résultats très concluants. Il fallait admettre que la protection était impénétrable, la sécurité du souverain prévalant sur tout autre chose… Pourtant certains inconscients s'aventuraient encore à entreprendre de telles entreprises pourtant vouées à l'échec. La plus part du temps, ces pauvres âmes désespérées étaient tuées sur l'heure. Mais cette fois ci, les gardiens avaient retenus leurs sabres… Peut être parce que l'impudente se révéla être une femme… Une première il fallait l'admettre. Elle avait donc était faite prisonnière et soumise à un interrogatoire plutôt musclé aux vue des hématomes bleutant l'orbite de son œil droit et plusieurs autres endroits de son corps aux vêtements partiellement déchirés. Sa lèvre supérieure était également fendue, ses longs cheveux châtains libres quelque peu désordonnés… Malgré cela, il émanait d'elle une fierté ineffable, une noblesse incroyable, une dignité à toute épreuve… Elle le fixait avec entêtement, le menton de son visage ovale superbe relevé en une sorte de dédain totalement dévoilé, un air féroce animant ses traits élégants. L'ample chemise couleurs prune foncée qu'elle revêtait était déchirée par endroit, laissant percevoir sa peau laiteuse. Ses jambes étaient soulignées par un pantalon noir suivant ses courbes à la perfection, de hautes bottes de cuir sombre venant achever cet ensemble quelque peu détonnant pour une demoiselle mais lui allant irrémédiablement à merveille.

Le général soutenait à présent le regard de l'inconnue depuis quelques minutes déjà, un silence électrisé par la fureur emplissant son interlocutrice muette saturant l'air de la sombre pièce confinée. Il était rentré au pays la veille et avait été immédiatement mis sur cette affaire pour une raison qui lui avait d'abord échappé. Mais il comprit rapidement pourquoi on lui avait demandé cela… Le but de cet entretien était visiblement de savoir avec qui cette jeune femme avait planifié son expédition afin de remonter jusqu'au groupe duquel elle dépendait pour l'éliminer une bonne fois pour toute… Hélas, elle ne se montrait pas très coopérative. Les coups et la menace n'avaient rien donné jusqu'à présent, expliquant surement le fait qu'on lui ait demandé d'intervenir. Au sein des hautes sphères Zaïbaker, il était connu pour être un médiateur hors paire sachant amener les gens là où il le désirait…. Cependant, face à elle, il se sentait potentiellement décontenancé.

Il n'aurait su dire pourquoi mais l'aura de la rebelle était comme… intimidante, lui donnant la désagréable impression d'être mis à nu par ses yeux perçants le traversant presque. Il ne parvenait pas à prendre la parole, s'abimant malgré lui dans l'observation de l'inconnue, détaillant son attitude altière, les longues et fines tresses perlées disséminées dans sa chevelure, les bracelets de cuir ornant ses bras félins... Et sa force, sauvage et indomptable, bouillonnante, tendant chaque parcelle de son corps malmené avec la même tension que celle s'exerçant sur la corde d'un arc, prête à saisir à la moindre opportunité afin de se libérer ou à encaisser toute nouvelle attaque. Cette force inébranlable dont elle faisait preuve faisait douloureusement écho à l'impression de vide qui l'emplissait irrémédiablement… D'où tirait elle cette énergie qui lui faisait à présent tant défaut ?

Ne laissant rien paraitre des troubles profonds l'animant à cet instant précis, le général se leva de la chaise sur laquelle il était assis jusqu'alors, contournant la table métallique pour aller se planter face à la demoiselle le dévisageant toujours, la surplombant de sa haute stature enveloppée de noir. Alors qu'il s'était approché d'elle, elle avait eut un imperceptible mouvement de recul, tirant sur les liens enserrant ses fins poignets sans pitié, déchirant sa peau de porcelaine en faisant couler son sang vermeille, faisant naitre sur son front un léger froncement de sourcils dû à la douleur ainsi provoquée. Mais elle demeurait les lèvres obstinément closes, refusant de laisser transparaitre face à son ennemi la moindre faiblesse. Un entêtement somme toute des plus admirables…

Ils demeurent quelques instants immobiles, se jaugeant l'un et l'autre, silencieux, ses pupilles grenats s'encrant dans les tréfonds nocturnes de celles de la captive. D'un coup, il fit un pas en arrière, dégageant sa main gauche de sa cape afin de dégainer d'un geste précis son sabre, le levant et l'abattant avec une précision implacable sur le lien la maintenant prisonnière, prenant de court la demoiselle interdite. De nouveau libre, son poids s'abattit de nouveau sur ses pieds, la déséquilibrant dans un premier temps. Mais elle se ressaisit rapidement, se redressant dans l'instant, capturant de nouveau son regard alors qu'il rangeait sa lame dans son fourreau, visiblement incrédule. Sans ajouter un mot d'explication, il retourna s'assoir à la table, l'observant le scruter tout en se débarrassant de la corde ensanglantée l'entravant toujours, une lueur d'incompréhension se mêlant à celle de défit animant ses yeux perçants. Elle balaya furtivement la pièce du regard avant de revenir à lui, tentant déjà visiblement d'échafauder un plan d'évasion. Cependant, la seule sortie se trouvait être la porte se dressant derrière lui et il venait de lui montrer qu'il n'était pas désarmé, malgré les apparences. Sa situation ne s'était pas vraiment améliorée… elle était juste devenue un peu moins désagréable au niveau physique…

« Ne voulez vous pas vous assoir ? Cela serait sans doute plus plaisant pour discuter. »

Elle le foudroya du regard, enserrant tour à tour de ses mains ses poignets mis à vif. Visiblement, il n'avait pas adopté la bonne approche pour l'amadouer…

« Je n'ai nullement besoin de la pitié d'un Zaïbaker… Et il n'y a rien dont nous puissions discuter vous et moi. Je sais ce que vous voulez obtenir de moi. Et ne l'aurez jamais. Appelez donc vos soldats, que l'on en finisse avec cette mascarade. »

Toujours cette même puissance et cette même détermination, jusqu'à dans la moindre de ces intonations… pas une hésitation, pas une trace de compromis alors qu'elle lui exhortait littéralement de commander à sa mise à mort. Décidemment, elle l'intriguait dans sa façon d'être…

« Votre désir profond est il vraiment de devenir une martyre pour votre cause ? Mourir ne vous avancera à rien. »

« Plutôt mourir que de laisser vos armées détruire les derniers vestiges de la raison subsistant en ces terres damnées par vos soins. »

« La raison ? Mais notre cause est toute à fait noble et raisonnable. Nos méthodes peuvent surprendre les non initiés mais l'empereur Dunkirck s'efforce simplement de nous donner les outils nécessaires à la réalisation de nos desseins, pour le bien de tous… »

« Cessez de réciter votre joli laïus, il est inutile dans le cas présent. Jamais vous ne parviendrez à me faire croire vos inepties. Vous pouvez toujours vous dissimuler derrière de grandes paroles, il n'en demeure pas moins que vos mains sont souillées du sang d'innocents sacrifiés sur l'autel de votre folie. »

Des images d'expériences dramatiques auxquelles il avait lui-même pris part lui revinrent en mémoire à ces mots, mais il n'y prêta pas attention, les repoussant au fond de son esprit. Finalement, elles le rattrapaient toujours, une fois le sommeil venu… Le but qu'il s'était fixé nécessitait un certain nombre de sacrifices qu'il avait accepté de faire, il était inutile à présent de revenir en arrière…

« On vous a fourvoyé, jeune fille… Vous parlez sans savoir. J'ignore quels gens vous ont envoyé ici à leur place, mais ils vous ont visiblement empli l'esprit d'idées erronées. Votre vie peut encore être sauvée pour peu que vous acceptiez de nous révéler qui sont ces charlatans cherchant à détruire ce que nous tentant de bâtir pour l'avenir de Gaea… »

L'interpellée encra son regard dans le sien, s'enfonçant dans un silence où transparaissait une violence d'une rare ampleur, ses pupilles semblant virer au noir tant la fureur y résidant était intense. Brusquement, elle s'avança vers la table, y plaquant ses mains d'un geste puissant faisant trembler le métal, se penchant vers lui afin que leur visage ne soit plus séparer que par une vingtaine de centimètres ne le protégeant nullement de l'intensité de sa colère semblant saturer l'air environnant. Surprit, le général la scruta, incapable de bouger, comme subjugué par le tumulte d'émotions qui traversait les prunelles insondables de l'inconnue, retenant presque son souffle. Finalement, elle reprit la parole, murmurant assez bas pour que seul lui puisse l'entendre, détachant chacun de ses mots comme pour qu'ils puissent l'atteindre avec plus de force encore, s'encrant en lui comme autant de flèches projetées à bout portant.

« Quoique vous puissiez bâtir, tout s'effondrera car vos fondations sont faites de larmes et de sang. Vous avez anéanti mon peuple. Je ne vous laisserai pas faire de même avec Gaea… quoi qu'il puisse m'en couter… »

Mot de l'auteur :

Bien le bonsoir ! Voici donc le second chapitre de cette fic… J'espère qu'il vous a plu ! Qu'en pensez vous ? N'hésitez pas à laisser un petit commentaire pour me dire vos impressions, cela fait toujours plaisir !

A bientôt pour la suite !