Encore une fois, tout appartient à Colubrina (et à JK Rowling).
Tom se révéla être capable d'une grande écoute, et ne donnait pas de mauvais conseils. Contrairement à Fred et George, qui lui tiraient les cheveux et lui disaient d'aller à Gryffondor "ou sinon", ou Percy qui lui ordonnait raidement de ne pas être amie avec de mauvaises personnes, Tom se faisait un plaisir de débattre des mérites de chaque Maison pendant des heures. Il aimait se glisser juste à la frontière de son esprit pour qu'elle puisse sentir ses émotions et ses réponses tandis qu'elle écrivait. C'était plus facile ainsi. Cela lui permettait de mettre un ton sur les écrits. Ça la rendit nerveuse au début, mais il ne la poussait pas, ne fouinait pas, ne faisait jamais rien d'autre que de la laisser sentir les mots pendant qu'il les écrivait. Comment pourrais-tu savoir que je ne mens pas si tu ne me laisses pas faire ? lui avait-il demandé. Il lui expliqua comment tout ça fonctionnait, et démentit le fait qu'elle allait devoir combattre un dragon, et que ceux qui perdaient allaient à Serpentard, ce que Fred et George lui avaient affirmé.
Tu peux demander ce que tu veux, avait-il écrit. Mais tu devrais demander à aller à Serpentard.
Ginny sentit un frisson la parcourir, mais aussi un peu de peur. Ce ne seraient pas les pires ? demanda-t-elle. Je suis pauvre. Pas eux.
Tu es de Sang-Pur. Les lettres étaient plus épaisses que d'habitude, et l'encre fit quelques éclaboussures en apparaissant sur la page. Elle pouvait sentir qu'il lui cachait quelque chose, mais il lui semblait impoli de demander. Ça avait l'air trop personnel. C'est tout ce dont ils se soucient. Si tu ne l'étais pas, tu devrais te battre, mais tu n'auras aucun problème.
Elle n'avait pas l'impression qu'être Sang-Pur était si important que ça. Qui se souciait de la présence ou non de Moldus dans son arbre généalogique si elle n'avait pas un seul gallion dans son coffre-fort à Gringott's ? Tom était sournois lors d'un débat, cependant, et il l'approuvait concernant le fait que le sang n'était pas si important, mais d'une façon ou d'une autre, il en revenait toujours à ce sujet. Il est toujours question de ceux qui ne s'intègrent pas, dit-il. Ne sois pas cette personne.
Qui décide de qui s'intègre ou pas ? demanda-t-elle, frustrée. Elle savait que ce serait elle. Elle était persuadée que tout ce qu'elle portait, chaque sac qu'elle portait la marquait comme pauvre, et que cela ferait d'elle le bouc-émissaire.
Si on joue nos cartes correctement, ce sera toi, dit-il.
Bouc-émissaire ou non, elle avait hâte de s'échapper du Terrier et d'avoir son propre espace. Chaque fois que ses frères la taquinaient ou que sa mère lui demandait de l'aider avec une corvée, elle était plus déterminée à être répartie partout sauf à Gryffondor. Elle devait s'éloigner de tous ces gens. Lorsque Septembre arriva, elle s'était transformée en une boule de rancœur aux mâchoires serrées et aux bras croisés. Elle était fatiguée que l'on lui mente à propos du dragon qu'elle devrait combattre pour être Répartie et elle était fatiguée que l'on lui répète qu'elle devait rester loin des Malfoy.
La seule personne qui semblait vouloir lui dire la vérité sans la gronder était Tom.
Serpentard, écrivit-il une dernière fois avant qu'elle range le journal dans son sac abîmé et le hisse sur son épaule. Elle était allée à la gare chaque année, d'aussi loin qu'elle se souvienne, mais c'était la première fois qu'elle prenait le train. C'était la première fois qu'elle devait trouver un compartiment. Les malles usées l'irritaient, et elle voulait s'éloigner d'eux, et dès qu'elle le put elle s'arracha de sa famille et de leurs affaires et commença à chercher un endroit où s'asseoir.
La majorité des filles semblaient trop snobs, et elle carra la mâchoire et rejeta ses cheveux en arrière, et elle dépassa leurs compartiments jusqu'à ce qu'elle en trouve un où une petite fille blonde était assise, les pieds croisés sous elle, une sorte de laine croisée entre ses doigts. "Il y a de la place," dit-elle. "Sauf si tu veux être avec quelqu'un de plus normal. C'est ce que la majorité des gens fait."
Ginny n'était pas sûre d'avoir une autre option donc elle s'assit. "Je m'appelle Ginny," dit-elle.
"Luna," répondit la jeune fille. Elle tendit la main à Ginny. "J'étais en train de lire à propos de la fabrication de runes avec de la laine, mais je crois que je me suis trompée. Il ne s'est rien passé."
"Qu'est-ce qui est censé se passer ?" demanda Ginny, et elles passèrent la totalité du voyage à passer du livre de Luna à la laine. Ginny considéra l'idée de demander à Tom, mais admettre à sa nouvelle connaissance qu'elle avait un livre sentient semblait être une mauvaise idée, donc elles gloussèrent et essayèrent de trouver elles-même. Rien ne se passa, du moins pas avec les runes, mais lorsqu'elles arrivèrent à Pré-au-Lard, elles étaient amies.
Luna fut répartie à Serdaigle, ce qui ne surprit absolument pas Ginny. Le Choixpeau Magique, bien sûr, voulut la mettre à Gryffondor.
"Serpentard," lui dit-elle.
Il y eut une hésitation. Elle était sûre que l'attente lui semblait plus longue qu'au reste de la Grande Salle. Elle doutait que qui que ce soit y prête attention. Une autre Weasley, elle irait forcément à Gryffondor. C'était ce qu'ils pensaient tous. Pourtant, elle n'était plus tout à fait une Weasley. Pas entièrement. Elle avait laissé Tom Riddle entrer trop profondément dans son esprit, et elle pouvait sentir son âme, pressée contre la sienne.
Elle suspectait que si le Choixpeau pouvait lire son esprit, comme tout semblait l'indiquer, il pourrait se rendre compte que quelque chose n'était pas tout à fait à sa place.
"Tu es sûre ?" lui demanda-t-il enfin. "Toute ta famille est allée à Gryffondor."
"Serpentard," lui répéta Ginny.
Elle put presque sentir le Choixpeau hausser les épaules, puis il cria "Serpentard," et la Grande Salle, qui avait été poliment calme auparavant, tomba dans un silence absolu.
Elle entendit Fred dire "Ça ne peut pas être vrai" tandis qu'un Professeur McGonagall choqué enlevait le Choixpeau de sa tête. Elle se leva du tabouret et marcha d'un pas contrôlé et assuré vers la table des Serpentard. Elle et Tom avait eu un débat sur le fait de se faire remarquer. Il n'y tenait pas. Reste discrète, lui avait-il dit. Presque soumise. Personne ne suspecte ceux qui ne parlent pas beaucoup.
Je ne suis pas soumise, avait-elle écrit. Tu devrais travailler avec moi comme je suis vraiment.
Quand bien même, elle suivit son conseil pour cette fois et ne sautilla pas dans la Grande Salle, ni ne jeta un regard arrogant à ses frères bouche-bée. Elle s'assit sur le banc avec les autres Serpentard de première année, croisa les mains sur ses genoux et regarda poliment McGonagall poser le Choixpeau sur un autre élève.
"Psst."
Elle dut être interpellée trois fois avant de daigner se tourner vers Draco Malfoy, qui fit un mouvement de tête vers la place à côté de lui.
"Rouquine," murmura-t-il lorsqu'elle ne bougea pas. "Viens ici."
Tom avait semblé savoir que cela allait se passer. Ils vont vouloir t'utiliser, lui avait-il dit. Laisse-les croire qu'ils peuvent.
Gardant cela en tête, elle présenta ses excuses à sa voisine de table et alla s'asseoir à côté de Draco Malfoy. "Voilà Crabbe, et lui c'est Goyle," dit-il, montrant du doigt les deux garçons bien bâtis avec des sourcils épais et des expressions un peu stupides.
"Tu adoptes des petites première années, maintenant, Draco ?" demanda une jeune fille brune avec une moue déplaisante. "Des rousses, en plus ?"
"Ferme-la, Parkinson," dit-il en fronçant les sourcils. "J'ai mes raisons."
La jeune fille leva les yeux au ciel mais obéit et Ginny nota rapidement la structure du pouvoir. La majorité des Serpentard de deuxième année regardaient Draco pour savoir comment réagir à sa présence, et les première années copiaient les élèves plus âgés. Elle sourit à un beau garçon à la peau noire qui ne suivait pas aveuglément Malfoy. "Je n'ai pas retenu ton nom," lui dit-elle.
"C'est parce que je ne te l'ai pas donné, traître à ton sang," répondit-il avec un rictus qui semblait presque automatique. Elle n'avait jamais vu de pommettes aussi hautes, et son visage était tellement parfait que même ses lèvres pincées étaient magnifiques.
La fille que Draco avait appelé "Parkinson" ricana.
Ginny sourit au garçon dont le sourire s'était élargi sous l'influence de l'approbation de Parkinson. Son visage était joli, effectivement, mais ça ne voulait pas dire qu'elle ne le défigurerait pas avec des lèvres enflées ou un nez cassé. Fred et George n'étaient pas fair-play, et elle avait appris très jeune à se défendre. Elle répondit, d'une voix la plus plaisante possible, "Fais attention à comment tu m'appelles, ou je m'assurerais que tu n'aies plus jamais besoin d'être poli."
Il y eut une inspiration brutale d'air devant sa menace de la part de plusieurs deuxième années. Draco rit et lui sourit, clairement amusé de la voir se défendre seule. Elle avait le sentiment que dans cette Maison, c'était tuer ou être tué, même si ce n'était que métaphorique.
"Elle est là, non ?" dit un garçon pâle et dégingandé avec des yeux bleus remarquables. "Je doute que le Choixpeau l'aurait placée ici si elle était comme le reste de sa famille." Il lui tendit la main, passant devant Draco. "Theo Nott. Mon père était un Mangemort."
Elle lui serra. "Ginny Weasley. Mon père est un traître à son sang adorateur de Moldus mais j'essayerai de ne pas te juger sur ton père si tu fais la même chose pour moi." Theo éclata de rire et embrassa le bout de ses doigts comme s'ils étaient adultes. Elle rit à son tour et récupéra sa main. Elle aimait ces jeux. Elle savait y jouer. C'était bien plus drôle que de se faire disputer sur son attitude comme à la maison.
"J'approuve, Draco," dit ce Theo. "Tu l'as trouvée où, déjà ?"
"Ce n'était pas moi," dit Draco. Il semblait particulièrement fier de lui. "Mais elle était dans une boutique à chercher ses affaires pour ce trou à rat. Les Weasleys font partie des Vingt-Huit Sacrés, quoi qu'ils disent. Notre Rouquine est une vraie aristocrate. Aussi pure que possible."
"Affreusement pauvre, par contre, si j'en crois ces robes," dit le garçon à la peau sombre. "Je ne savais pas qu'on pouvait rapiécer ce qui a déjà été rapiécé."
"Ferme-la, Blaise," répondit Theo. "Il vaut mieux être Sang-Pur et pauvre qu'un riche Moldu comme ton beau-père actuel."
"Ce n'est pas un Moldu," rétorqua Blaise avec indignation et Ginny ricana et s'avança, appuyée sur ses coudes, avant de sourire au garçon.
"Qui est le traître à son sang maintenant ?" demanda-t-elle. "Au moins mes parents ne font qu'apprécier les Moldus ; ils ne les épousent pas."
Ils furent interrompus par le Directeur qui radotait sur l'année à venir et, bien que Draco ait murmuré "vieux fou pompeux" tout bas - un sentiment que Ginny partageait - ils prétendirent tous l'écouter.
Elle déballa ses affaires plus tard ce soir-là, dans une chambre remplie de filles ébahies par ses amis plus âgés, si elle pouvait les appeler ses amis. Ginny n'avait pas vraiment réfléchi au fait de partager une chambre et elle pouvait déjà voir les problèmes que ça allait causer. Mais quand bien même, c'était mieux qu'à la maison. Personne ne flirtait avec elle chez elle. Personne ne l'appelait une aristocrate. En chemise de nuit, elle s'assit sur son lit, tira les rideaux pour s'offrir un semblant d'intimité, et sortit son journal.
Je crois que je vais aimer être ici.
Tu es allée à Serpentard ? demanda Tom.
En effet, répondit-elle. J'ai fait ce que tu m'as dit et j'ai dit au Choixpeau ce que je voulais. Et je suis devenue amie avec Draco Malfoy et Theo Nott.
Bien, dit Tom. Bien.
