Le voyant au sol, il déposa le sac de provision qu'il avait à la main sur le piano et s'accroupit près de Shion.
- Tu as dormi pendant trois jours. Ces marques ne sont que superficiels, ne t'inquiète pas.
- C'est une malédiction, sanglotait l'autre les yeux toujours rivés vers le sol.
- Je trouve ça plutôt séduisant, le contra Nezumi ce qui était particulièrement vrai.
- Yamada est mort et moi j'ai survécu c'est mon châtiment ! J'en peux plus !
- Dit pas n'importe quoi ! Je t'ai sauvé pour entendre des bêtises pareilles ! s'emporta Nezumi.
Mais voyant que Shion restait murer dans son délire, il l'attrapa par le bras et sans ménagement le tira pour l'obliger à le regarder.
- Tu regrettes d'être en vie c'est ça ? lui hurla-t-il au visage.
- Regarde-moi ! Je suis un monstre !
Du moins c'est ce qui Nezumi compris entre deux sanglots. Voyant que manifestement ce n'était pas la bonne méthode à employer. Il soupira et se radoucit quelque peu.
- Tu devrais voir ça comme des médailles pour avoir survécu.
Tout en parlant, il porta sa main au visage de Shion et passa son doigt doucement sur la chaire rose. On aurait dit de la peau de bébé, manifestement, il n'y avait pas de différence entre ses « deux » peaux. Sa main migra dans les cheveux blanc, ils étaient soyeux et épais, tout le contraire de ce que l'on aurait pu penser ? Il sentit que Shion se détendait, car sa tête se pressait contre sa main. Il ne pleurait plus mais la confusion régnait sur ses traits. Nezumi se perdit dans la contemplation de son compagnon, comme il se l'était interdit ses trois derniers jours. Shion ne pouvait pas soutenir son regard, alors il continua ses caresses jusqu'à ce qu'il lui semble assez calme pour lui demander à nouveau :
- Tu regrettes d'être en vie ?
Cette fois Shion n'hésita pas, il tourna la tête vers lui, les yeux flamboyants.
- Je veux vivre.
L'entrain n'y était pas mais il était craquant. Il avait dut se mordre les lèvres en pleurant car elles étaient aussi rouges que ses yeux et tout aussi humides…
Nezumi laissa retomber son bras, se laisser aller ne lui convenait pas. Il se releva sans brusquerie et craqua une allumette contre la semelle de sa chaussure. Il entreprit alors d'allumer la lampe près de la porte. Cette tache ne dura qu'une seconde et la pièce retrouva de ses couleurs. Il comprit alors plusieurs choses, d'une les débris au sol lui apprirent pourquoi il faisait noir comme dans un four lorsqu'il était rentré et les vêtements qui les accompagnaient mirent en lumière le fait que Shion était assez proche de son état de naissance : nu à l'exception de son sous-vêtement. Ces deux constations ne lui firent pas plaisirs, il allait avoir du mal à tenir ses bonnes résolutions. Maintenant qu'il n'avait plus la crainte de le retrouver mort, la proximité de son corps était différente… Il faillit rougir à l'idée des caresses précédentes. Mais il garda contenance et lui demanda :
- Tu as faim ?
Pour toute réponse le ventre de Shion gronda. Nezumi lui sourit. Une chose était sûre, lui-même était affamé, le genre d'appétit qu'aucun repas fut-il gargantuesque, ne serait satisfaire.
