Bonjour, bonsoir !
Certains se montreront peut-être déçus que je poste un OS ici au lieu du chapitre 24 de ma fiction de base. Il y a des tas de raisons qui l'expliquent, que je dévoilerai là-bas, en tout cas, j'avais besoin de la légèreté de cet OS pour me remettre en selle, c'est chose faite.
J'écris donc ici comment les choses se sont déroulées entre Haymitch et Leevy avant d'arriver à la conclusion que l'on connait.
Pour ceux qui n'auraient pas lu Les Mesures Inimaginables, j'ai décidé qu'en 2471, année de naissance du premier enfant de Katniss et Peeta, Katniss aurait connaissance de la relation amoureuse qu'entretiendrait Haymitch et Leevy, la jeune femme originaire de la Veine et survivante de la révolte. Je tiens cependant à vous prévenir que je vais faire énormément allusion à ma fiction dans cet OS, il est donc possible qu'il y ait des choses qui vous échappent, auquel cas, je vous renvoie à la lecture de ladite fiction :)

Bref, un petit retour en arrière pour commencer, en 2461, quand Leevy rentre dans la vie d'Haymitch, avec pour but de ne pas en ressortir ! Entreprise de longue haleine qui lui prendre dix ans, dix années que je survole pour m'arrêter sur l'essentiel. J'espère que vous passerez un bon moment, je vous retrouve plus bas, bonne lecture !

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Une souris dans les combles


Période couverte : Du 8 avril 2461 au 18 mars 2471


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8 avril 2461

Le bruit de la sonnette de la maison le réveille et il a l'impression que son crâne va exploser. Pourquoi n'a-t-il pas arraché cette maudite sonnette, nom d'un chien, comme il l'avait fait avec le téléphone ?
"Parce qu'il y aura toujours, comme pour le téléphone, un emmerdeur pour venir le réparer sous prétexte de te rendre service" lui souffle son cerveau embrumé. Pas faux.
Il sort du lit en grognant, et la sonnerie retentit une seconde fois. Il espère pour la personne qui se trouve derrière qu'il ne trouvera pas de couteau en chemin, sinon il le poignarde. Il manque tomber dans les escaliers en s'emmêlant les pieds – ce ne serait pas la première fois – puis se dirige au radar vers l'entrée de sa maison. Il ouvre violement la porte en hurlant :

- Quoi bordel, on peut pas dormir ?!

Pour venir le faire chier de si bonne heure, il avait imaginé Katniss ou Peeta, pas la gamine qui est campée sur son perron, un sceau rempli de produits ménager à la main, la mine dubitative, mais pas vraiment effrayée. Il renonce à mettre un nom sur ce visage, et puis, qu'est-ce qu'elle fiche ici ?
Elle balbutie :

- Bonjour monsieur Abernathy, je voulais pas vous réveiller, je pensais qu'en venant à midi…
- T'es qui ?
- Leevy monsieur, la personne envoyée par Katniss pour faire le ménage chez vous, vous vous souvenez ?

Vaguement, cela lui dit effectivement quelque chose.

- Ah ouais, c'est vrai… Rentre.

Il recule pour la laisser passer, se prenant les pieds dans une bouteille qui traîne par terre, manquant tout juste de dire bonjour au parquet avec ses dents. Ce ne serait pas la première fois non plus. Le Capitole a dépensé une fortune pour qu'il puisse sourire sans faire fuir la foule. Heureusement pour lui, ils n'avaient plus personne à torturer pour l'obliger à grimacer.
Leevy essaye de ne rien laisser paraître, mais elle fronce le nez.

- C'est sale hein ? lui lance Haymitch, goguenard. Bienvenue chez moi.

Elle ne répond rien, se contentant de se baisser pour ramasser la bouteille, mais elle ne sait pas où la poser. Toutes les surfaces qui pourraient faire l'affaire sont jonchées de cadavre d'autres bouteilles, de plastiques, d'assiettes sales. Alors elle garde la bouteille à la main, faute de mieux.

- Par où vous voulez que je commence monsieur ?
- Déjà, commence par ne pas m'appeler monsieur, c'est un peu trop distingué pour moi, tu trouves pas ?

Il fouille dans le fourbis indescriptible de la console en bois sensée décorer l'entrée de sa maison, et finit par trouver ce qu'il cherche. Il tend une clef en cuivre à Leevy :

- Ensuite, ça c'est la clef de chez moi, comme ça tu peux venir quand tu veux, du moment que tu me réveilles pas.

Leevy prend la clef qu'elle regarde avec surprise.

- Vous me donnez votre clef, comme ça ?
- Ben comment tu veux que je te la donne, ironise-t-il, avec mes pieds ?

Elle rougit un peu mais s'explique :

- Je sais pas, je pourrais ne pas être une personne de confiance.
- Pff… Ca se voit sur ton visage que tu ferais pas de mal à une mouche ! Et puis t'es envoyée par Katniss, et je lui fais confiance sur ce coup-là... Bon, autre chose…

Il fouille dans un autre tiroir. Chez lui, c'est peut-être le bordel, mais il sait où le plus important se trouve. L'alcool en premier. Puis l'argent pour acheter l'alcool. Et enfin les clefs de chez lui pour ne pas avoir à dormir devant sa porte quand il est trop saoul. La sainte trinité.
Il met la main sur son portefeuille élimé qu'il lui montre :

- Ca, c'est l'argent. Tu peux te servir pour aller acheter ce qu'il faut, à manger, ce genre de truc… Et te payer aussi, je sais pas combien tu veux…
- Je me sers sans vous le montrer ? s'étonne Leevy.
- Pourquoi, il y a un risque ?
- Non, bien sûr que non ! répond-elle.

Il l'a piquée au vif, visiblement. Elle a l'air d'avoir une certaine fierté la gamine.

- Bon, tu m'excuseras, mais je retourne dormir…

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30 avril 2461

Ca lui fait bizarre d'avoir une si jeune femme à son service. Pas qu'il n'apprécie pas d'avoir une maison propre, mais c'était différent avec Hazelle. Hazelle avait son âge, c'était une mère de famille, et il sait combien l'avoir embauchée l'a aidée à tenir debout, à entretenir sa famille. Une sorte d'échange de bon procédé. Il la connaissait depuis des années, il l'avait même croisée à l'école, quand ils étaient enfants. Elle lui était familière.
Leevy, il ne la connaît pas. Il sait qu'elle était au Treize, mais il en a peu de souvenirs en dehors des réunions de commandements, car il luttait contre son alcoolisme, et ça ne laissait pas de place à autre chose.
Elle a l'âge d'être sa fille, l'âge de Katniss. Elle a la liberté de faire ce que bon lui semble dans le nouveau Panem, elle n'a pas l'air plus bête qu'une autre, elle pourrait faire ce qu'il lui plait, changer sa vie, la refaire. Mais non.
Elle fait le ménage chez lui. Comme elle n'a visiblement rien qui la retient ailleurs, elle y passe beaucoup de temps. Elle nettoie, range, cuisine, raccommode, sans jamais se plaindre, sans jamais poser sur lui un regard condescendant. Elle ne lui semble pas effacée ou faible, pourtant, elle ne dit rien, se fait discrète, ne cherche pas à le faire parler, ou à l'empêcher de boire. Alors qu'il s'en moque, elle tient un cahier de ses dépenses, avec chaque ticket récapitulant ce qu'elle achète, les totaux reportés dans des colonnes soigneusement tracées au crayon. Elle l'a convaincu de remeubler sa maison, décrétant qu'il en avait les moyens, et que ce serait plus simple de garder propre une maison où les meubles ne tombent pas en ruine. Comme il lui a laissée les rênes de la gestion de son argent, il l'a laissés faire. Et il doit bien avouer que c'est assez agréable.
Il y a beaucoup de maturité en elle pour une femme si jeune.

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12 juin 2461

- Haymitch ? Je vous ai fait votre repas.

Haymitch se lève, avec une bonne volonté qu'il a du mal à cacher. Hazelle faisait aussi la cuisine, mais des plats très familiaux, assez semblables à ce qu'elle faisait pour sa famille les jours fastes. Du genre qui tiennent au corps, et en quantité assez élevée pour le nourrir toute une semaine. Pas qu'il ait été à s'en plaindre, si elle n'avait pas été là pour y penser à sa place, il serait mort de faim – mais pas de soif.
Leevy fait les choses différemment. Il n'est pas difficile, il avale ce qu'on lui présente, sans vraiment songer au goût. Malgré ça, à croire qu'elle le note, elle réussit à se souvenir de ce qu'il préfère, et le prend en compte. Elle a même acheté un livre de recette qu'il a trouvé dans un coin de la cuisine. Elle arrive à faire des choses étonnantes. Ca fait étrange de voir quelqu'un s'inquiéter de ce qu'il aime. Ca faisait longtemps que ça ne lui était pas arrivé. Très longtemps.
Haymitch s'assoit devant une assiette fumante, et avise la jeune femme qui prépare ses affaires pour rentrer chez elle. Sans trop savoir pourquoi, un reste de l'éducation qu'a cherché à lui inculquer Effie peut-être, il l'arrête :

- Petite, tu devrais rester manger, tu cuisines tous les jours et tu n'en profites jamais. Installe-toi.

La jeune femme l'observe, interdite :

- Vous m'invitez à partager votre repas ?
- C'est toi qui cuisines, c'est la moindre des choses, il répond.

A croire que l'idée de manger face à lui l'enchante, Leevy sourit. C'est la première fois qu'il la voit sourire. Même si elle n'a jamais l'air triste ou abattu, elle ne sourit jamais. Et c'est dommage, elle devrait le faire plus souvent, car ça lui va bien.
C'est en silence qu'ils mangent, mais pas un silence inconfortable, en tout cas visiblement pas pour elle. Haymitch constate avec plaisir qu'elle n'est pas le genre de femme qui se sent obligée de remplir les blancs avec un babillage aussi inutile qu'insupportable. Une fois, le contenu de son assiette a fini sur la robe d'Effie qui n'en finissait pas de parler de sa coiffure. Mémorable souvenir.
Il finit tout de même par briser le silence :

- C'est… bon ce que tu cuisines petite.

Contrairement à Katniss qui déteste le surnom Chérie dont il aime la gratifier, surtout pour la faire enrager, Leevy ne prend pas mal le sobriquet par lequel il l'appelle. Haymitch n'est pas très doué pour les compliments, il ne sait pas s'y prendre, il n'en fait jamais. Pourtant, celui-ci fait son œuvre et Leevy sourit, encore. Elle ne répond pas, ne s'en vante pas, ne cherche pas plus à le faire renchérir. Elle est un mélange d'honnêteté et de mystère. Elle n'a pas l'air de vouloir cacher quoique ce soit à son sujet, mais ne parle jamais d'elle. Du coup, il ne sait pas grand-chose à son sujet, alors il fait des suppositions.
Elle est originaire de La Veine, cela se voit. Elle vit avec Delly, et il ne la voit jamais avec quelqu'un d'autre qu'elle, hormis Katniss et Peeta. Elle n'a visiblement plus de famille, mais il ignore si c'est la faute de la Révolte, ou celle du Douze. Elle n'a pas non plus d'homme dans sa vie, sinon elle ne passerait pas autant de temps ici. Elle est dévouée et serviable, c'est naturel chez elle, comme quand elle a gardé les enfants d'Hazelle lorsque que celle-ci a dû s'occuper de son fils fouetté sur la place publique, ou quand elle est venue nettoyer les dégâts de Katniss qui avait mis le feu chez elle, l'imbécile. Elle lui semble intelligente, vive d'esprit, et curieuse, même si elle essaye de réfréner ce dernier point. Elle a eu l'air de beaucoup prendre sur elle avant d'oser lui poser des questions sur le futur du Douze il y a quelques semaines. Contrairement à Katniss qui affiche un perpétuel air de bravade et de doute insultant quand elle lui pose des questions, Leevy l'a écouté avec une espèce de fascination qui l'a un peu perturbé. Elle ne met pas en doute ses paroles, ses idées, elle fait confiance à ce qu'il lui raconte, et visiblement, le respecte. Ça aussi, ça fait longtemps que ça ne lui était pas arrivé.
Il est sûr qu'il en apprendrait plus sur elle s'il lui posait des questions. Mais Haymitch n'aime pas poser des questions. Alors elle reste un mystère.

Finalement, elle prend la parole :

- Vous devriez aller voir les oies, Haymitch. Je les ai nourris mais ce n'est pas moi qu'elles réclament.

Il grogne. Satanés bestioles ! Il aurait étranglé Katniss s'il n'y avait pas eu autant de monde le jour où elle lui a fait ce cadeau !
Au fond, il les aime bien, c'est tellement ridicule comme animal qu'elles le font rire. Il les a appelé numéro un, deux et trois, mais il n'est pas sûr de savoir qui est qui, à part la plus hargneuse, numéro un. Il a un moment pensé à la rebaptiser Katniss, mais ça n'aurait pas été sympa… pour l'oie. Dalton passe voir de temps en temps s'il ne les laisse pas mourir de faim. Mais il y pense, en général, ou Leevy le lui rappelle.

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15 octobre 2461

- Je voudrai pas que vous ayez l'impression d'être… négligé ou quoique ce soit si je travaille là-bas.

Haymitch éclate de rire.

- Négligé ? Ne dit pas de bêtises petite, va travailler pour Peeta, il a besoin d'employés consciencieux pour l'aider, il le mérite.
- Je suis bien d'accord, confirme Leevy.

Elle semble tout de même ennuyée, comme si elle avait l'impression de le trahir.

- Ca me prendra plus de temps que quand j'allais aider Effie, s'excuse-t-elle. Je ferai toujours aussi bien mon travail ici, je vous l'assure.
- Mais ce sera à coup sûr plus stimulant que de t'occuper de cette espèce de folle et d'un vieil alcoolique.
- Oh Haymitch, dites pas ça !

Il se souvient de quand Effie était là et réclamait à grands cris les services de la jeune femme. Elle le gardait des heures pour rien, des détails futiles, des choses ridicules. Leevy s'était confié pour la première fois à lui et lui avait avoué à quel point il était difficile de travailler pour elle, difficile de l'ignorer. Il veut bien la croire, Effie déteste être transparente ! Elle ne supporte pas la solitude. Le silence n'a pas d'oreille dans lesquelles déverser ses âneries.

- Je vous laisse pas tomber, lui promet de nouveau Leevy.

Il grimace comme s'il s'en moquait. Mais en réalité, il n'aime pas trop l'idée qu'elle passe du temps ailleurs que chez lui, il s'est habitué à sa présence. Il ne lui dira jamais, mais savoir que quelqu'un se trouve chez lui l'empêche de faire de trop grosses bêtises. Il la respecte, et donc fait un minimum attention à ce qu'il fait. Il n'irait pas jusqu'à dire qu'il fait des efforts, mais il évite de descendre trop bas. Bien sûr, elle ne dit jamais rien quand souvent, elle le retrouve affalé sur la table de la cuisine, dégueulasse, parfois dans son propre vomi. Elle nettoie autour de lui, essayant de ne pas le réveiller, et attend qu'il se lève pour finir. Mais ça ne veut pas dire qu'elle n'en pense pas moins, et il ne veut pas avoir l'air plus minable qu'il se sent un peu plus chaque jour.

Finalement, c'est peut-être mieux ainsi, mieux qu'elle soit ailleurs. Il n'aime pas l'idée de se sentir dépendant de quelqu'un.

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23 janvier 2462

- Alors, c'était bien au Capitole ?

Haymitch regarde Leevy qui semble presque surprise d'avoir osé poser la question.
Il est satisfait d'être rentré chez lui. Ce n'est pas comme quand il rentrait des Jeux et retrouvait sa maison dégueulasse. Là, sa maison est propre, et il y a quelqu'un qui s'intéresse à ce qu'il a fait. C'est inédit, c'est agréable.

- C'était... le Capitole, répond-il, laconique.
- Ca a beaucoup changé ?
- Tu y es déjà allé ? demande-t-il, curieux.
- Oui... marmonne-t-elle.
- Ah, la Révolte, hein ?
- C'est ça.

Elle était au Treize, elle l'a évoqué une fois, elle a donc été enrôlée parmi les soldats. Elle n'a pas l'air d'être réfractaire aux questions qu'il pourrait lui poser, mais il ne lui en pose pas. Il déteste en parler, parce qu'il a l'impression de manquer de... légitimité ? Il n'est pas allé en ligne directe lui. Il est resté bien au chaud au Treize, a essayé de contrôler un désastre annoncé tout en découvrant que Coin n'était définitivement pas une personne de confiance. Il n'a pas pris de risque, comme les autres. Il a l'impression d'avoir été lâche. Alors il ne pose pas de questions, et préfère s'en tenir au sujet initial, le Capitole :

- C'est légèrement différent, répond-il. En partie reconstruit, moins cliquant. Mais ses habitants sont toujours aussi ridicules.

Il pense à Plutarch, à Fulvia et sa robe de mariée ridicule, aux anciens préparateurs de Katniss, et à Effie, au cuisant refus qu'il a essuyé. Alors qu'il était saoul comme un cochon après le mariage, il a déboulé dans sa chambre en lui disant qu'il n'avait pas le temps pour les minauderies, qu'elle avait qu'à se coucher et qu'ils feraient leur affaire rapidement. Elle lui a répondu que ce genre de choses auxquelles elle s'était abaissée auparavant étaient du passé, qu'elle voulait aller de l'avant, et sans lui dans sa vie. Il en bout encore de rage. Il ne l'aime pas, ne l'a jamais aimée, mais c'était bien la seule à vouloir de lui. Il est condamné à finir sa vie seul, à regarder Peeta et Katniss apprendre à s'aimer, à voir les familles s'agrandir...
Il n'a pas envie d'imposer sa mauvaise humeur à la jeune femme, il a juste envie de boire, jusqu'à tout oublier. Il ne veut pas qu'elle soit témoin de ça.

- Tu devrais rentrer chez toi petite.

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15 juin 2463

Leevy nettoie autour d'elle avec une énergie folle. Trop d'énergie d'ailleurs. Haymitch l'observe avec curiosité. Sa si discrète femme de ménage ne laisse jamais entrevoir ses pensées, ses doutes, ses angoisses. Pourtant, ce soir, il est clair qu'elle est trop tendue pour garder son calme devant lui. Pour une fois, Haymitch s'en inquiète :

- Tout va bien petite ?

L'éponge à la main, Leevy le regarde avec effarement, comme si elle avait été prise la main dans le sac en train de faire une grosse bêtise.

- Je... désolée, je suis un peu brusque.
- Tu n'as pas à t'excuser petite, tu as juste l'air... préoccupée.

Elle le regarde mais ne se confie pas. Lui qui pensait qu'elle n'était pas du genre à cultiver des secrets, on dirait qu'il aborde un sujet sensible. Il est d'un naturel curieux, il aime savoir ce qu'il se passe, ce que les autres pensent, il aime bousculer les personnes qui l'exaspèrent. Mais il n'aime pas pousser à la confidence les personnes qu'il respecte, dans la mesure où cela ne le met pas en danger.

- Le repas est prêt, annonce-t-elle.

Elle a fini de nettoyer la table et installe son couvert. Depuis qu'il lui a proposée de partager son repas, il lui demande de rester au moins une fois par semaine. Même si elle ne dit pas grand-chose, cela lui fait du bien de ne pas être seul. Parfois, elle se sent assez à l'aise pour faire de l'humour. C'est quelqu'un de drôle, c'est dommage qu'elle le cache, comme ses sourires. Elle devient plus à l'aise en sa présence au fur et à mesure. Elle lui pose beaucoup de questions sur le monde, sur l'histoire, et il tâche d'y répondre le plus justement possible.

- Tu manges avec moi petite ? propose-t-il.

Leevy grimace et s'excuse :

- Je suis pas certaine d'être de très bonne compagnie.
- Je ne suis pas de bonne compagnie non plus, nous sommes donc assortis, allez, assieds-toi.

Elle semble hésiter, puis finalement pose un couvert pour elle. Elle ne dit rien, mais la main qui tient sa fourchette tremble un peu. Haymitch soupire :

- Je sais garder les secrets. Je ne veux pas te forcer mais tu n'as pas l'air d'aller bien.
- C'est pas important, répond-elle en secouant la tête.
- Ça doit l'être pour toi.

Elle ne répond rien, mais ne mange plus, plongée dans ses pensées.

- Ecoute, tu travailles pour moi depuis quoi... deux ans ? Tu me rends service, j'estime que je peux le faire aussi si tu as envie de parler.

Il ne sait pas trop pourquoi il insiste. Mais elle ne peut pas tout garder pour elle, éternellement, par peur de déranger. Ce n'est pas sain.

- C'est ridicule Haymitch, ça ne mérite pas franchement votre attention, répond-elle.
- J'accorde mon attention à ce que je veux. Mais si tu ne veux pas m'en parler, je ne t'y obligerai pas.

Leevy a l'air de peser le pour et le contre. Finalement :

- Je crois que j'ai fait beaucoup souffrir quelqu'un aujourd'hui, et je déteste ça.
- Faire souffrir quelqu'un ? Toi ? s'esclaffe-t-il.
- Oui moi, répond-elle, contrite.
- Qui ?
- Je sais pas si vous le connaissez. Il s'appelle Craig, un ami de Dalton.
- Ah... je vois.

Un problème de cœur donc, forcément, s'il s'agit d'un homme. Haymitch ne s'embarrasse pas de métaphore ou de questions détournées :

- Tu l'as repoussé ?

Le visage baissé vers son assiette, Leevy marmonne :

- Oui...
- Et c'est ça qui te met dans cet état ? C'est un brave garçon, il s'en remettra avant que ça ne te revienne !
- C'est que j'ai manqué de tact...
- J'ai été le mentor de Katniss, à côté d'elle, personne ne manque de tact, répond-il avec humour. Et encore moins à côté de moi !

Leevy rit légèrement. Avoir commencé à en parler semble la libérer un peu et elle continue :

- Je sais pas ce qu'il lui est passé par la tête, ça doit être de voir Dalton et Delly ensemble, amoureux...
- L'envie hein ? C'est un sentiment humain, qui fait faire des bêtises, analyse Haymitch
- Mais il ne m'a jamais donnée l'impression de s'intéresser à moi avant ça ! Si je l'avais deviné, je l'aurais arrêté bien avant qu'il essaye de... m'embrasser.

Se souvenir de ce moment la fait grimacer. Cela lui rappelle le jour où Katniss lui a confié avoir embrassé Peeta, avec le même embarras. Il adopte la même attitude qu'il avait eue alors, et essaye de l'aider à faire le tri dans les pensées qui la tourmentent.

- Il ne te plait pas ?
- C'est pas ça... il ne m'intéresse pas, tranche-t-elle, catégorique.

Depuis que Leevy travaille pour lui, il ne l'a jamais vue avec un homme, jamais. Haymitch en avait conclu que l'amour ne semblait pas l'intéresser. Pourtant, sa réponse lui fait considérer une autre option à laquelle il n'a pas pensé.

- Ha, il y a donc quelqu'un d'autre...
- C'est si évident ? s'alarme Leevy.
- Non, c'est juste logique, la rassure-t-il.

Elle a l'air effrayée qu'il puisse découvrir de qui elle est amoureuse en secret. Et ça n'a rien à voir avec de la simple pudeur. Il a soudainement un doute et fronce les sourcils. Si elle a peur qu'il sache de qui il s'agit, c'est que ça ne doit pas être très glorieux, qu'elle ne doit pas l'assumer. Et il y a une personne en particulier à qui il pense :

- Petite, tu n'es tout de même pas amoureuse de Peeta ?
- Quoi ? s'écrire-t-elle choquée. Certainement pas ! Haymitch enfin, Peeta est mon ami, au même titre que Katniss !

Il soupire de soulagement. Il n'a pas envie d'être témoin d'un drame sentimental de plus dans la vie de ses anciens tributs. Pourtant, Plutarch adorerait ça !

- Tant mieux. Et puis en plus, Peeta est ton patron.
- Oh ça, ce ne serait pas un obstacle...

Elle se rend compte qu'elle a dit quelque chose de trop, rougit, ce qu'il ne l'avait jamais vu faire, et se lève soudainement.

- Oubliez ça, je... je vais rentrer chez moi. Bonne soirée Haymitch. A demain.

Elle s'enfuit dans la nuit. Haymitch médite le sens de ses paroles, cherchant ce qui a pu la troubler au point de partir si vite. Une idée saugrenue lui vient à l'esprit. Est-ce de lui dont elle parlait ? Non, ce serait ridicule !

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15 mars 2465

- Et... je n'ai pas envie de devoir partager la maison avec des gens que je ne connais pas... Delly est mon amie, ça ne me posait pas de problèmes, mais les autres... Je ne veux pas être égoïste, surtout quand je me souviens dans quoi je vivais à La Veine, je comprends que monsieur Regent veuille remplir au mieux les habitations du Douze, et je n'ai jamais considéré ma maison comme un dû mais... ça ne me plait pas de vivre avec des inconnus. Delly et Dalton m'ont proposée de m'installer provisoirement avec eux, mais je ne veux pas les déranger, ils vont se marier, ils auront besoin d'intimité, je serai de trop...

Le mariage de Delly et Dalton a lieu dans quelques jours, et Leevy panique devant les changements qui se profilent. Haymitch comprend. Quand nos vies ont été si chaotiques, on s'accroche aux habitudes qu'ils nous restent.
Désireuse de ne pas encombrer la vie du futur couple marié, elle veut déménager mais le Gouverneur ne peut lui proposer pour le moment qu'une chambre dans une des maisons du Village des Vainqueurs qu'elle devra partager avec des inconnus. Et cela l'angoisse tellement qu'elle en devient bavarde. Il l'écoute avec complaisance, il faut dire qu'elle l'ennuie rarement avec ses états d'âmes.

- Tu n'as qu'à venir t'installer ici petite, la maison est grande, tu pourrais t'aménager une chambre et une salle de bain.

Mais qu'est-ce qui lui prend de demander sciemment à quelqu'un de vivre dans la même maison que lui ? Lui qui tient plus que tout à sa tranquillité et son indépendance ?
C'est qu'elle le touche avec sa gentillesse et sa détresse. Toujours aimable, à son service, à s'occuper de lui alors qu'il n'a rien demandé. Oh bien sûr, Peeta et Katniss font attention à lui, mais c'est différent. Il y a entre eux ce lien particulier de Mentor à Tribut. Leevy, elle, ne lui doit rien et pourtant, elle est toujours là. Alors il peut lui renvoyer l'ascenseur de temps en temps, non ?

- Vraiment ? demande Leevy, manifestement ravie.

Haymitch balbutie quelques mots incompréhensibles. Comment se sortir de ce guêpier sans verser dans le mélodrame ? Sans lui donner de faux espoirs ?

- Oui enfin... En tout bien tout honneur, hein ? précise-t-il. Ce sera plus pratique pour toi, tu seras sur place pour le ménage, et puis... ton loyer sera égal à ton salaire, ce sera simple non ?

Il se trouve un peu brusque, limite cruel. Mais il faut qu'il mette immédiatement des limites, et l'enthousiasme de la jeune femme est un peu trop... enthousiaste.
Ils n'ont plus jamais parlé de la vie sentimentale de Leevy, pourtant, le doute sur la personne qu'elle aime est resté. Haymitch trouve toujours cette idée absurde, mais elle expliquerait certaines choses. La façon dont elle le regarde, quand elle croit qu'il ne la voit pas. La jalousie qu'il a décelée dans ses yeux quand Johanna a passé plusieurs soirées chez lui l'année dernière. Sa motivation à rester à son service, alors qu'elle pourrait faire tellement mieux. Son allusion au fait que le rapport patron/employé ne serait pas un empêchement pour elle dans sa vie amoureuse. Des patrons, elle n'en a que deux, Peeta et lui. Il l'a bien observée en la présence du jeune homme, et il est clair qu'il n'y a que de l'amitié qui les lie, rien de plus. Mais il n'arrive tout simplement pas à croire comment il aurait pu séduire une si jeune femme, lui. Ca le dépasse. Ca le met en colère. Si c'était vrai, elle gâcherait sa jeunesse !

- Bien... bien sûr, répond Leevy.

Elle rougit.
C'est idiot de sa part de lui proposer ça, mais si elle l'aime, il veut qu'elle se rende compte de ce qu'est sa vie, son quotidien. Elle est là souvent, mais pas assez pour prendre pleinement conscience de l'homme qu'il est, d'à quel point il ne mérite pas qu'elle le regarde. Avec un peu de chance, elle en aura assez de lui, aura besoin d'air, et ira se jeter dans les bras d'un gosse de son âge, lui fera des enfants et l'oubliera.

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21 mars 2465

Leevy a pris sa proposition au sérieux et s'est installé chez lui il y a deux jours. Elle se fait si discrète qu'Haymitch ne la croise pas plus que quand elle ne faisait que travailler chez lui. Elle ne fait pas plus de bruit qu'une souris dans les combles.
Installé dans un des fauteuils de son salon, il boit, comme d'habitude. Il a été invité au mariage de Delly et Dalton mais a décliné. Qu'est-ce qu'il irait faire là-bas ? Il peut aussi bien se saouler chez lui, en toute tranquillité. Il plonge d'ailleurs déjà dans une agréable torpeur éthylique.

- Haymitch, je vous ai fait un sandwich pour ce soir, vous êtes sûr de ne pas vouloir m'accompagner ?

Haymitch se retrouve brusquement muet quand la jeune femme le rejoint, une assiette à la main. D'habitude, la jeune femme porte un pantalon ordinaire, et un chandail terne. Pour le mariage de son amie, elle a mis une robe plutôt courte, lâchée ses cheveux noirs et surligné ses yeux gris d'un maquillage léger.

- Quoi ? J'en ai trop fait ? lui demande-t-elle, angoissée.

Elle veut vraiment son avis ?

- Non fillette, c'est juste que ça te change, je ne t'ai jamais vu comme ça.

Il ne peut pas s'empêcher de rajouter :

- Mais ne t'approche pas trop de Craig, jolie comme tu es, il risque de vouloir à nouveau t'embrasser !
- Oh, vous me trouvez jolie ?

Et merde... Il ne peut pas éviter de répondre, et il ne peut pas vraiment dire non. Mais il refuse de lui donner des espérances vaines.

- T'es très mignonne, tu vas faire tourner les têtes à cette fête, profite-en, tu es jeune ! Amuse-toi, rencontre des garçons, tu peux même en ramener un ici, ou plusieurs, et faire trembler les murs, je m'en moque, quand je dors, rien ne me réveille !

Même si ses paroles font travailler son imagination malgré lui, il affiche un apparent détachement sur sa vie sentimentale et sexuelle pour qu'elle comprenne qu'elle ne représente rien pour lui. Il touche juste, et voit que sa remarque ne lui plait pas. Tant mieux, c'est le but.

- Je me permettrai pas... répond-elle, légèrement blême. Bien, bonne soirée.

Elle pose l'assiette sur la table basse et se dirige vers la porte. Alors qu'elle se penche pour enfiler sa paire de chaussures, Haymitch peut avoir une vue assez dégagée sur sa culotte. En dentelle. Il déglutit et bouge un peu sur son fauteuil, mal à l'aise. Il ne va tout de même pas se donner des raideurs dans le pantalon pour une gamine qui a l'âge d'être sa fille, non ?

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26 février 2466

- Ils t'ont réveillé toi aussi ? bougonne Haymitch en entendant Leevy descendre les escaliers à minuit passé.
- Demandez plutôt qui ils n'ont pas réveillés, plaisante Leevy. Je vais me faire une tisane, vous en voulez une ?
- Non merci, j'ai pas envie de me bousiller la santé avec des plantes.
- Bien sûr... répond la jeune femme avec ironie.

Haymitch boit une nouvelle lampée d'alcool en râlant contre Katniss qui s'est encore donnée en spectacle à pleurer après Peeta, devant sa porte, en pleine nuit. Elle a réussi à le réveiller alors qu'il se pensait assez saoul pour ne pas ouvrir les yeux avant le milieu de la journée. Malgré ça, il n'arrive pas à lui en vouloir bien longtemps. Il a conscience de la difficulté de leur relation. Il est presque certain que leur dispute tourne autour du désir d'enfant de Peeta dont Katniss lui a parlé. Il a sincèrement de la peine pour le jeune homme, si Katniss ne finit pas par céder, il devra accepter de ne jamais devenir père. Il sait combien ce processus est douloureux, il y est passé.

- Je peux ? demande Leevy en désignant le fauteuil qui lui fait face.
- T'es ici chez toi, lui répond Haymitch sans la regarder.

Quand il pose son verre, il se rend compte que la jeune fille est en nuisette. Sa bouche devient sèche alors qu'il ne peut pas vraiment s'empêcher de regarder ses longues jambes et sa poitrine menue qu'il devine sous le tissu léger qu'elle porte. Est-ce qu'elle a conscience de sa tenue ? Est-ce qu'elle fait exprès ?
Il se lève un peu brusquement, conscient qu'il risque de trahir à quel point il apprécie la vue.

- Je retourne me coucher.

Il l'observe quelques secondes et rajoute :

- Tu devrais te couvrir petite, tu vas attraper froid.

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2 avril 2468

Haymitch ouvre la porte de chez lui avec difficulté. Il a bu comme un trou au nouveau café de la Grand-Place avec le Gouverneur, le Shérif, et Gale. Il ne sait même plus de quoi ils ont parlé, mais une chose est sûre, ils ont laissé derrière eux l'équivalent d'un mois de recette à la propriétaire du café, ce qui l'a certainement consolée d'avoir du vomi sur son parquet. Sa chemise en est encore couverte, et il grimpe les escaliers en la retirant et la laissant traîner derrière lui. Il a besoin d'une douche avant de se coucher, Leevy a changé les draps de son lit et il n'a pas envie de les salir. Ca ne serait pas correct.
A moitié nu, il entre dans la salle de bain et tombe nez à nez sur Leevy... complètement nue elle.
La jeune femme laisse échapper un cri effarouché et attrape une serviette qu'elle plaque contre son corps. Son corps, nom d'un chien, Haymitch a du mal à l'oublier et doit cligner des yeux plusieurs fois pour retirer l'image de ses rétines.

- Haymitch ! C'est occupé ! C'est... horriblement embrassant...

Le cerveau délicieusement embrumé par l'alcool, celui-ci répond d'un ton grivois :

- Ca dépend de quel côté on se place.

La jeune femme rougit et se retourne pour nouer la serviette au niveau de sa poitrine. Il la regarde et admire le haut de son dos dégagé de ses cheveux qu'elle fait tenir sur sa tête avec une pince. Elle a deux grains de beauté juste sous la nuque.
Merde. Il a vraiment besoin d'une douche. Froide. Il ne devrait pas dire ce genre de chose. Il ne devrait pas baver devant sa femme de ménage, sa locataire, l'amie de Katniss et Peeta. Il ne devrait pas avoir envie d'une gamine de vingt-trois ans sa cadette, une gamine de vingt-cinq ans alors qu'il en a presque cinquante.
Il s'excuse d'une voix pâteuse :

- Pardon, oublie ça, je... j'ai vomi et je voulais me laver... J'ai oublié que c'était ta salle de bain.

Il y en a deux dans la maison, et celle-ci est réservée à la jeune femme, mais ce soir, il l'a oublié. Il se fustige d'avoir du mal à le regretter.
Alors qu'il pense qu'elle va courir se cacher dans sa chambre, Leevy se retourne et le regarde droit dans les yeux.

- Vous avez beaucoup trop bu, vous voulez un peu d'aide pour... vous laver ?

Haymitch reste la bouche ouverte quelques secondes. Dit-elle ça pour lui rendre service ou est-ce une invitation en bonne et due forme ? Il secoue la tête pour tenter de s'éclaircir les idées et recule :

- Je vais... je vais dans ma salle de bain. Va te coucher gamine.

Et il fuit. Comme un gosse qui aurait eu peur de sa petite-amie trop entreprenante.
Il est ridicule.
Ce soir, il ne s'est jamais senti aussi minable depuis de nombreuses années.

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19 février 2471

Haymitch fouille dans sa cuisine à la recherche d'une bouteille. Il n'a pas assez bu ce soir, chez Katniss et Peeta qui l'ont invité à dîner. Il n'arrive pas à s'endormir. Il remarque qu'il n'est pas seul quand le son de la télévision lui parvient aux oreilles. Leevy est sûrement en train de la regarder, en buvant du thé.
Après sa proposition limpide, presque trois ans plus tôt, elle est partie passer quelques jours chez Delly et Dalton pour se cacher, preuve que sa demande n'avait alors rien d'innocent. Quand elle en est revenue, ils n'en ont pas parlé, comme si ça n'avait jamais existé. Malgré ça, Haymitch a du mal parfois à ne pas se remémorer le corps de la jeune femme, quand elle passe devant elle. Et il s'en veut à chaque fois.

Il rejoint Leevy, sa bouteille à la main, et se laisse tomber dans le canapé.

- Vous avez passé une bonne soirée ? lui demande-t-elle par automatisme.
- Comme toutes les soirées chez Katniss et Peeta... il répond. Pas assez d'alcool, Peeta de bonne humeur, et Katniss qui fait la gueule.

Depuis le soir où il l'a vue en nuisette, et celui où il l'a vue nue, Leevy prend garde à ne pas se promener n'importe comment quand il est là. Ce soir, sa nuisette est couverte par une robe de chambre.

- Intéressant ? demande-t-il en montrant la télévision d'un geste du menton.
- Un film à l'eau de rose, classique, sur l'histoire d'amour entre un natif du Capitole et un natif du Neuf. Une production Havensbee tout craché...

Plutarch prend un grand plaisir depuis quelques années à programmer des films prônant le mélange à travers Panem. Dégoulinant de bons sentiments jusqu'à la nausée, mais divertissant, si ça n'avait pas un relent de propagande.

- Tu sais, si tu cherches à dormir, y'a plus efficace que ton eau chaude au goût d'herbe, la taquine-t-il en lui désignant sa bouteille.
- Sans façon, répond Leevy avec un sourire.

Elle pose sa tasse puis croise les jambes, et un des pans de sa robe de chambre glisse, dévoilant une large partie de sa peau et le début de sa culotte. La ceinture n'est pas assez nouée pour empêcher le vêtement, entraîné par son poids, de s'ouvrir un peu plus au niveau de sa poitrine.
Haymitch déglutit. Un peu trop fort.
Leevy tourne la tête vers lui et se rend compte du regard qu'il pose sur elle. Elle commence un geste pour se recouvrir, qu'elle ne finit pas. Elle passe une main dans ses cheveux et fait mine de reporter son attention sur la télévision, mais ses yeux sont trop fixes. Puis elle croise un peu plus fort les jambes, découvrant encore plus sa peau blanche. Les doigts d'Haymitch serrent de plus en plus fort sa bouteille qui finit par lui glisser des mains et tombe sur le tapis, imbibant le tissu d'alcool. Leevy sursaute, se lève pour aller chercher un torchon puis revient essuyer les dégâts, littéralement aux pieds de Haymitch, à genoux devant lui. De sa position, il a une vue incroyable sur son décolleté plongeant, et il sait qu'elle en a conscience. Il sait qu'elle en joue. Cette vision l'hypnotise quelques secondes et son contrôle manque de vaciller. La bouche légèrement entrouverte, le souffle court, même la plus prude des jeunes femmes pourrait comprendre à quel point il voudrait se laisser aller.
Alors, Leevy replace une mèche de ses cheveux derrière son oreille et le regarde, provocante. Mais aussi effrayée. Ce regard réveille en lui de déplaisants souvenirs.
Au moins une fois par an, après ses Jeux, une jeune femme, souvent de La Veine, jamais la même, venait le trouver pour lui proposer sa compagnie contre un peu plus de confort. Jamais les mêmes, mais toujours le même visage. Celui de la détresse, de la lutte contre la faim et pour la survie, de la honte difficilement dissimulée. Ce visage qu'aimait tant Clay, cette innocence qu'il se délectait à briser. Haymitch les a toujours renvoyées chez elles avec brusquerie, mais un peu d'argent. Il était tombé très bas, mais pas à ce point, jamais. Ces filles qui pensaient qu'il était perverti au point de payer pour une partie de jambe en l'air avec une femme dont la détresse valait consentement... ca le rendait fou de rage !

Il sait que Leevy n'est pas dans ce cas, même s'il n'arrive pas à savoir si elle l'aime réellement ou si elle confond ses sentiments avec sa reconnaissance.
Cette peur dans ses yeux le fait revenir brusquement sur terre et il se lève pour placer le canapé entre elle et lui.

- Je ne sais pas à quoi tu joues fillette mais arrête ça tout de suite.

Leevy se relève, mortifiée.

- J'ai eu ma part de Jeux pour une vie entière. Bonne nuit.

Il devrait en profiter pour lui demander de partir, de déménager. Il s'en veut de ne pas y arriver. Pourtant, s'il avait encore besoin de confirmation sur l'affection qu'elle croit lui porter, il ne peut plus fermer les yeux ce soir. Elle s'est tenue plutôt calme pendant ces trois dernières années, se contentant de le regarder, l'écouter, être là pour lui, tout le temps, devançant ses besoins, vivante preuve du plaisir qu'il pourrait avoir à partager sa vie avec elle. Jamais provocante, mais jamais totalement innocente, sans qu'il puisse réellement lui reprocher quoique soit. Avant ce soir en tout cas.
La garder près de lui est une erreur ! Il sait qu'il se ment à lui-même en continuant d'essayer de se convaincre que le voir dans sa vraie nature la dégoutera de lui. Si ça avait été le cas, voilà longtemps qu'elle serait partie. Mais elle reste, elle s'accroche, et il n'a pas la force de la mettre dehors pour son propre bien. Et il se sent ridicule, parce qu'il sait que c'est aussi parce qu'il apprécie l'idée que quelqu'un puisse l'aimer ne serait-ce qu'un peu.

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15 mars 2471

Katniss et Peeta vont devenir parents... Cette réalité le submerge en même temps que l'alcool qu'Haymitch ingurgite. Il est heureux pour eux, surtout pour Peeta. Il est heureux qu'ils aient réussi à dépasser les obstacles que Katniss dressait devant eux comme des murs infranchissables, heureux qu'ils bâtissent une vie de famille, qu'ils avancent. Il les considère comme sa famille et ne pouvait leur souhaiter mieux.
Mais il est rongé par la jalousie, le dépit, l'envie. Il se sent honteux de n'avoir pu rester les féliciter mieux que ce qu'il a fait.
Mais il ne pouvait pas.
Il ne pouvait pas les regarder plus longtemps sans s'imaginer à leur place, avec Halisse. Il s'est battu pour eux, pour ça, ce futur qui se dessine sur le corps de Katniss, et il savait déjà que sa vie à lui était finie, mais ça ne diminue pas la douleur. Il tuerait à nouveau pour avoir cette chance, leur chance.

- Haymitch ?

Il n'a pas entendu Leevy rentrer. Elle se fait invisible depuis un mois, peu fière de son comportement mais assumant sa tentative en restant dans la maison, ne fuyant pas chez Delly et Dalton comme la fois précédente. Un comportement qui l'énerve au plus haut point, comme si elle refusait de déserter le champ de bataille de la guerre silencieuse qu'elle a déclarée, comme si elle n'avait pas dit son dernier mot tout en ne lui laissant pas la possibilité d'en placer un. Elle est partout mais nulle part, une ombre qui plane. A-t-elle conscience d'à quel point cela le torture ?
Mais le voir ce soir, la tête entre ses mains et les coudes posés sur la table de la cuisine, l'inquiète et la sort de son silence. Elle sait quand il va plus mal qu'à l'ordinaire, elle le sent, et elle est incapable de l'ignorer.

- Ça ne va pas ?

Il lève la tête et son regard croise ses grands yeux gris inquiets. Haymitch ne se confie pas, jamais. Et il ne va pas raconter ses soucis existentiels à une gamine, non ? Qui plus est une gamine qui ne demande qu'à lui tomber dans les bras !
Alors il continue de boire pendant que Leevy s'installe en vis-à-vis après être allée se servir un verre de jus de fruit. Il ne l'a jamais vu boire d'alcool, en connait-elle même le goût ?

- Vous êtes sûr ?

Elle sait qu'il souffre, ou elle n'insisterait pas ainsi. Il n'a pas envie qu'on le pousse aux confidences.

- Ca ne mérite pas ton attention... rétorque-t-il, peu aimable.

Leevy se cabre, blessée de se faire rabrouer.

- Vous m'avez dit un jour que vous accordiez votre attention à qui vous vouliez. C'est aussi mon cas.
- Qu'est-ce que tu comprendrais aux problèmes existentiels d'un homme de mon âge ? grogne-t-il.
- Allons donc ! Comme si vous étiez un vieillard ! tente-t-elle de plaisanter.
- J'ai cinquante et un an fillette, répond-il
- Oh, quelle décrépitude !
- Ca te fait rire ?
- En tout cas ça ne m'effraie pas. Et je suis peut-être jeune, mais j'ai la prétention de croire que moi aussi, je peux être de bons conseils !

Sa bonne volonté l'énerve, son opiniâtreté soudaine aussi. Il lâche dans le but de la faire taire :

- Katniss et Peeta vont devenir parents, et moi je bois pour oublier la famille que je n'ai jamais pu construire avec la seule femme que j'ai aimée. Tu peux faire quelque pour moi, tu crois ?

Son aveu lui coûte mais son objectif est atteint. Leevy se retrouve momentanément muette de stupeur.
Bien entendu qu'elle ne peut rien pour lui ! Qu'est-ce qu'elle croyait ?! Qu'un sourire amical le consolerait ? Qu'il n'avait qu'un petit coup de blues ? Elle n'a aucune idée de sa vie, son passé, ses démons qui le bouffent depuis plus de trente ans.
Mais alors qu'il pense l'avoir muselée pour la soirée, il voit du coin de l'œil sa main avancer vers la sienne, comme pour la serrer, pour le réconforter. Il éloigne son bras brusquement, se cognant le coude au passage contre sa chaise.

- Je ne veux pas de ça ! Si tu veux te rendre utile, va me chercher une autre bouteille !

Il n'a pas encore assez bu pour ne pas se rendre compte de sa grossièreté envers elle. Mais si elle ne comprend pas qu'il ne veut pas de sa compassion, il va devoir la chasser purement et simplement de la cuisine. Que faut-il qu'il dise pour qu'elle s'en aille bon sang ?!
Elle se lève et il pense avoir gagné, mais ce n'est que pour se rendre devant le placard et en sortir une autre bouteille. Elle revient et lui enlève sa bouteille vide des doigts, trouvant le moyen de les effleurer au passage. Il sursaute et se lève également, reculant contre l'évier, la foudroyant du regard.

- Arrête ça tout de suite...
- Je ne cherche qu'à vous rendre service, à alléger votre chagrin, répond-elle.

Se faisant, elle s'approche à nouveau, lui tendant la bouteille pleine qu'il finit par attraper, se dégoutant encore plus. Il fait sauter le bouchon en métal avec ses dents dans un bruit sec et boit presque la moitié de l'alcool pour se donner contenance. Il manque s'étouffer, puis de vomir, ployé en deux pour retrouver son souffle. L'avoir lâché des yeux lui a permis de se rapprocher, encore, et il ne s'en rend compte que lorsqu'il sent sa main dans son dos. Il la chasse mais elle ne recule pas, elle insiste même. Elle colle son corps au sien, et le serre dans ses bras.
Cette étreinte l'immobilise. Depuis quand ne l'a-t-on pas pris ainsi dans ses bras ? Avec cette affection évidente, ce désir de le consoler ? Il crève d'envie de se laisser aller, et l'espace d'un instant, il pose son front contre son épaule, le corps secoué d'un sanglot silencieux. Leevy lui souffle des mots réconfortants à l'oreille, même s'il ne les entend pas, puis passe une main tendre dans ses cheveux. Il se félicite bêtement d'avoir pris la peine de prendre sa douche avant de sortir chez Katniss et Peeta, et de ne pas lui imposer ses cheveux gras.

Enfin il se secoue et la pousse un peu brutalement, puis lui tourne le dos. De rage, il envoie son poing dans la porte d'un placard et le bois craque sous ses doigts.

- Vas-t-en... gémit-il.
- Je veux t'aider, répond-elle, butée, passant spontanément au tutoiement.

Il l'entend revenir dans son dos et s'énerve :

- Qu'est-ce que je dois te dire pour que tu t'en ailles nom d'un chien ! Tu ne peux rien pour moi, tu n'y connais rien !
- Je n'y connais rien ? s'emporte-t-elle. Moi ? Tu crois ça ?! Tu crois que je ne sais pas ce que c'est de n'avoir plus personne, d'avoir perdu sa famille ?!

Sa voix monte dans les aigus, jamais il ne l'a entendue perdre son sang-froid.

- Je n'ai peut-être pas fait les Jeux, mais j'ai grandi ici, j'ai vu ma mère mourir parce que mes parents n'avaient pas les moyens de se payer une contraception mais s'aimaient trop pour éviter le risque de refaire un enfant, un enfant qui a tué ma mère, et qui n'a même pas survécu ! Je n'étais pas chez moi quand les bombes sont arrivées au-dessus du Douze, et je n'ai pas eu le temps d'aller sauver mon père et mon frère, j'ai vu brûler ma maison, toute ma vie, ma famille, mes souvenirs ! Moi aussi j'ai tout perdu, moi aussi je n'ai personne ! Et je n'ai pas envie de me battre contre toi, d'essayer de mettre nos malheurs en compétition, parce que ce n'est pas un concours, mais oui je comprends, je comprends parfaitement, alors arrête de me dire que je suis une gamine qui ne sait rien de la vie ! Je sais que la mienne est vide, que mon passé est en cendre, et toi, tu ne me regardes même pas alors que tu sais... Tu sais depuis longtemps.

Sa voix se brise. Alors que sa détresse la pousse pour la première fois à se confier, Haymitch se sent honteux, mais il n'a pas le courage de la retenir, persuadé qu'elle va partir. Il sursaute à nouveau en sentant ses mains se poser sur ses omoplates. C'est comme un courant électrique qui le traverse.

- Je voudrais t'aider, mais tu ne laisses personne t'approcher. Si ça vient de moi... Je partirai tout de suite si tu me dis que je ne te plais pas, que mon comportement te dégoute...

Haymitch a un hoquet de surprise, mélange d'incrédulité et de rire.

- Me dégouter ? Toi ?
- Visiblement, puisque tout ce que je fais n'apporte aucun résultat. Tu crois que je me pavane en nuisette devant tout le monde ? rétorque-t-elle avec amertume.
- Arrête de dire des bêtises, comme si tu n'avais pas vu quel regard j'ai posé sur toi quand tu m'as fait tes petits numéros...

Leevy ne répond pas, et Haymitch soupire, le front collé au placard, les mains serrées autour de l'évier, ses doigts blanchis aux articulations.

- Mais me dégouter ? continue-t-il d'une voix dubitative.

Il se retourne et les mains de la jeune femme se retrouvent sur son torse. Il braque ses yeux dans les siens, y mettant toute la force possible pour qu'elle ne se détourne pas. Il a besoin de savoir. S'il doit sombrer, il a besoin de réponses.

- C'est moi qui devrais te dégouter petite. Je suis vieux, alcoolique, grincheux, lâche, et j'en passe... tu le sais mieux que tout le monde depuis les années que tu vis ici, alors comment, explique-moi comment tu peux avoir envie de...
- De toi ? répond-elle, sûre d'elle, le regard brillant. Je sais voir au-delà des apparences, et en ce qui te concerne, cela fait longtemps que c'est le cas. Cette image que tu renvoies, ce n'est qu'une partie de toi, que j'accepte, mais ce n'est pas représentatif. Tu es plus que ça, je le sais, je l'ai vu. Laisse-moi te le montrer.

Haymitch a déjà rêvé qu'on lui dise ce genre de chose, au début, avant de noyer ses rêves de gamin sous l'alcool. Qu'il était un homme comme les autres sous sa carapace d'ivrogne du village. Que les Jeux ne lui avaient pas vraiment coûté tout ce qu'il était, qu'un peu d'humanité résistait, au fond, et qu'un jour quelqu'un serait capable de le voir.
Mais tout ça, ça ne devrait pas arriver, pas maintenant. Il est trop vieux pour avoir cette chance, c'est trop tard.
Leevy pose sa main sur sa joue et bouge son pouce dans une caresse qu'il n'a pas la force de refuser. Son visage s'approche du sien et elle lui souffle :

- Tu n'es pas un lâche...
- Tu n'as aucune idée de ce que j'ai fait, ou pas fait, répond-il d'une voix rauque.
- Je m'en moque.
- Leevy... Tu es jeune, tu n'as même pas trente ans ! Tu n'étais même pas née que j'avais déjà tué nom d'un chien ! Tu te gâcherais avec moi...

Son ton douloureux, et l'emploi du conditionnel fait comprendre à la jeune fille qu'elle est en train de gagner la partie. Elle enfonce le clou :

- Je suis assez grande pour être responsable des décisions que je prends. Je sais ce que je veux.

Elle comble le peu d'espace qu'il reste entre eux. Ses mains descendent autour de sa taille, sa poitrine touche son torse, et ses lèvres se posent très légèrement contre les siennes. Il ne bouge pas d'un millimètre, foudroyé par les sensations qu'elle provoque chez lui. Il est sans ressource, ne sait pas quoi faire. Elle a un contrôle total sur lui rien qu'avec son corps fluet. S'il fait un geste... tout s'emballera, il le sait. Et il la brisera.
La pression de la bouche de Leevy se fait plus forte contre la sienne, comme si elle cherchait une réponse à son baiser. Haymitch attrape les poignets de la jeune femme un peu trop fort, mais elle ne recule pas.

- Haymitch ? souffle-t-elle contre ses lèvres.

C'est presque un soupir, une prière, avec une pointe de provocation, de sensualité. Comment diable résister à ça ?!

- Leevy... grogne-t-il presque. Leevy, je ne sais pas si tu as vraiment conscience de ce que tu cherches. Si je te donne ce que tu veux, ce que tu crois vouloir... Si je me laisse aller, je ne m'arrêterai pas.
- Je ne veux pas que ça s'arrête, répond-elle, provoquante.
- Arrête de jouer la midinette ! On est pas dans un film à l'eau de rose de Plutarch là, je ne suis pas le prince charmant ! Je ne suis pas un romantique, ou un tendre. Je te préviens. Je vais être brusque, tu es trop jeune pour subir le désir d'un homme dans ma position, et ce n'est pas de la vanité. Je suis sérieux. Je risque de te faire peur. Et de te faire mal. Et j'ai déjà fait beaucoup de mal, tu ne mérites pas que je te blesse, quelle que soit la façon dont je m'y prendrai. Tu es totalement innocente bon sang !
- Et parfaitement responsable de mes actes, explique-t-elle, comme si c'était une évidence. Et j'ai confiance en toi.

Haymitch baisse les bras et les derniers vestiges de sa volonté disparaissent. Il a essayé de lui faire entendre raison, elle ne veut rien savoir. S'il la fait souffrir, elle ne pourra pas se plaindre, pas jouer la surprise indignée. Il est temps qu'elle assume ce qu'elle veut, ça tombe bien, Haymitch est tout disposé à le lui donner.
Il passe un bras derrière le dos de Leevy et la colle encore plus à lui, forçant le barrage de ses lèvres pour y mettre sa langue avide. Elle gémit de le sentir répondre avec ardeur et ses doigts se perdent dans ses cheveux longs. Il la pousse pour qu'elle se cogne contre la table où il l'emprisonne et ses mains se baladent le long de ses hanches et de ses fesses. Ces fesses qu'il a vues il y a des années sous sa robe, dans sa culotte en dentelle. Qu'il a devinées sous sa serviette le soir où il l'a surprise à la sortie de sa douche. Qu'il a regardées plus d'une fois quand elle grimpait les escaliers devant lui. L'idée de pouvoir les toucher directement, sans aucune barrière... Il a une érection tellement forte que ç'en est presque douloureux, et surprenant quand il pense à son taux d'alcoolémie qui devrait pourtant le rendre bien moins réactif. Cela fait des années qu'il n'a pas été aussi excité, à un tel point qu'il a peur de venir dans son pantalon comme un adolescent, surtout quand les mains de Leevy courent sur son torse. C'est sans commune mesure avec ce qu'il pouvait vivre avec Effie qu'il se contentait de prendre avec brutalité n'importe où du moment où c'était à l'abri des regards. Cette fille, elle va le rendre fou. Et la comparer à Effie lui permet de prendre un peu de recul sur la situation. Il se fait violence pour se détacher de la jeune fille et secoue la tête :

- Pas ici, pas comme ça. On va dans ma... non dans ta chambre.

Elle lui sourit, et ses yeux brillants, ses lèvres gonflées, ses cheveux en bataille manquent de le faire craquer et de l'allonger sur la table. Mais elle attrape sa main et le traîne à sa suite hors de la cuisine, puis monte les escaliers avec lui.
Malgré ce qu'il a dit, ses mises en garde, il veut au moins essayer. Essayer de la respecter un minimum, de ne pas trop gâcher un moment qu'elle attend depuis des années et qu'il sait qu'il va gâcher. C'est la seule chose que son cerveau noyé par l'alcool et le désir peut encore faire pour qu'il ne se sente pas complètement monstrueux. Essayer de lui faire découvrir tout ça le mieux possible, malgré lui.

Il n'est jamais rentré dans sa chambre. Leevy n'a jamais apporté sa touche personnelle dans la maison, hormis la propreté, mais sa chambre est légèrement personnalisée. Quelques couleurs, une ambiance indubitablement féminine mais pas écœurante, le tout parfaitement rangé. Il préfère être ici que dans sa chambre dégueulasse où il a culbuté Effie, ce jour mémorable où Katniss a débarqué. Ici rien ne lui rappelle ce qu'il est, cela le coupe de ses repères et lui permettra peut-être de garder un minimum de contrôle.
Leevy ferme la porte et se tourne vers lui, le regard décidé. Elle lâche sa main pour récupérer l'usage de ses bras, et elle retire d'un geste souple son chandail, dévoilant un soutien-gorge noir qui retient sa poitrine menue secouée par ses respirations saccadées.
Haymitch essaye de ne pas lui sauter dessus comme un animal.

- Approche...

Elle ne se le fait pas dire deux fois et le rejoint lentement. Il tend la main vers la dentelle du soutien-gorge qu'il attrape par la bande de tissus qui relie les bonnets entre eux, accélérant son avancée. Elle n'est pas bien grande, et, dominée par toute sa hauteur, elle lui semble minuscule, mais pas intimidée. Dans ses yeux, pas une seule once de doute, peut-être un léger reflet d'une peur bien compréhensible quand on sait qu'elle s'apprête à lui offrir son innocence. Mais ce n'est pas de lui qu'elle a peur.

- Touche-moi Haymitch.

La salive se bloque sans sa gorge alors qu'elle prononce ces mots. Leevy a parfaitement conscience de leur pouvoir, à cet instant précis.

- Dernier avertissement petite... gronde-t-il pour se protéger.
- Touche-moi, répond-elle, tenace.

Alors il la plaque à nouveau contre lui, et ses mains tremblantes s'attaquent à la fermeture de son soutien-gorge sur laquelle il a du mal à s'escrimer tandis que la jeune femme introduit sa langue dans sa bouche. Le sous-vêtement finit par céder et il l'en débarrasse d'un geste brusque. Il éloigne Leevy de lui, légèrement, pour regarder son corps qu'elle lui offre sans pudeur. Où a-t-elle caché ce tempérament pendant toutes ces années ?
Il tend les mains et attrape ses seins, caressant ses mamelons de ses pouces. Leevy gémit et ferme les yeux. Ses mains cherchent à l'aveugle la chemise d'Haymitch qu'elle se met à déboutonner avec maladresse. Il essaye de ne pas se laisser aller aux mauvaises habitudes qu'il a pris avec Effie, de ne pas la renverser sur son lit en lui arrachant son pantalon sans autre forme de procès.
Sa chemise tombe et Leevy le regarde, les pupilles dilatées par l'excitation. Pour la première fois, Haymitch se sent gêné. Il ne s'aime pas, il sait qu'il n'a aucun charme, et que son corps est tout sauf attirant. L'alcool a marqué son visage mais aussi tout son corps, donnant une couleur maladive à sa peau. Il est heureusement moins maigre qu'avant, et il le doit aux repas que prépare Leevy chaque jour, mais définitivement, il n'est pas beau. Trop mince, trop blafard, ses excès lui ont fait également prendre du ventre. Comment une femme de son âge fait-elle pour ne pas partir en courant ?

Il choisit de ne pas lui laisser l'occasion de l'observer plus encore et la fait reculer contre le placard de sa chambre, les mains de retour sur ses seins, puis il l'attrape sous les fesses afin qu'elle passe ses jambes autour de sa taille, ce qu'elle fait en s'accrochant à ses épaules. Ainsi enlacés, son sexe est pressé contre le sien et il approfondi le contact, arrachant à la jeune femme un gémissement surpris. Elle n'essaye même pas de retenir les sons qui sortent de sa bouche. Elle pose ses mains sur le visage d'Haymitch et l'embrasse à nouveau, mais sans violence, avec une tendresse qu'elle cherche à lui communiquer. Sauf qu'il est incapable de répondre sur le même ton, et il le lui a dit. Il fuit ses lèvres et plonge son visage sur son épaule qu'il mord légèrement en ondulant contre elle. Les mains de Leevy finissent alors dans ses cheveux qu'elle attrape par poignées tandis qu'il se frotte contre elle en laissant échapper des plaintes qui font écho aux siennes. Plus il accélère et plus elle se montre bruyante, plus il la sent trembler sous ses mains qu'il fait courir entre leurs corps. Est-ce à cause de toutes ces années où elle a attendu qu'il la touche, mais Leevy se montre incroyablement réceptive à son empressement pourtant peu romantique. Il aimerait l'emmener jusqu'au bout de son plaisir mais se trouve obligé de la reposer sans quoi il jouirait contre elle, et ce n'est pas ainsi qu'il veut lui montrer à quel point il a envie d'elle.

Echevelée, de nouveau sur ses pieds, elle cherche son souffle et il tend la main vers son visage, attrapant une mèche de ses cheveux noirs qu'il enroule autour de son doigt. C'est le geste le plus tendre dont il est capable. Cela la touche, elle tourne son visage pour embrasser la paume de sa main, et il trouve ce contact extrêmement sensuel.
Haymitch ne sait pas quoi faire. La dernière fois qu'il a du se montrer affectionné avec une femme date de plusieurs décennies. Il était un adolescent qui n'y connaissait rien. Et il se rend compte qu'il n'y connait toujours rien. Ses parties de jambe en l'air avec Effie n'existaient que pour qu'il prenne du plaisir, et l'entende crier, elle qui se maitrisait si bien d'habitude. Il ne cherchait pas à la satisfaire particulièrement, et elle non plus. Ce n'était que du sexe.
Et s'il est incapable d'offrir à Leevy l'amour qu'elle semble lui porter et qui le dépasse, il voudrait au moins lui prouver qu'elle n'est pas rien à ses yeux.
Mais la jeune femme décide de prendre les choses en main. Littéralement. Elle revient à la charge et pose sa main sur son sexe. Il écarquille les yeux devant son comportement si peu timide face à lui. Elle ne semble pas vraiment savoir ce qu'elle fait, mais elle le fait sans réfléchir.

- Putain de merde, laisse-il échapper peu élégamment.
- C'est distingué ! plaisante Leevy.
- Tu joues un jeu dangereux Leevy... la prévient-il.
- Et ? répond-elle en accentuant la pression de sa main. Tu vas participer ou te contenter de regarder ?

Il a le souffle coupé en la découvrant si... provocante dans sa naïveté. Elle continue sa caresse, remontant et baissant sa main contre lui avec insolence.

- Je ne choisis pas moi, répond-il gravement. Je vais te regarder et participer. Je ne joue plus.

Il lui tourne autour comme un prédateur et Leevy rougit quand elle le voit enlever sa ceinture. Elle se reprend et déboutonne son pantalon qu'elle laisse chuter autour de ses chevilles. Elle est magnifique, Haymitch doit bien l'admettre. Menue, la peau très blanche, la poitrine petite mais parfaitement proportionnée, des hanches bien dessinées. Quelques cicatrices marbrent son corps, des brûlures, des coupures mal soignées, mais rien qui ne le choque. Il se sent tellement laid à ses côtés qu'il en a presque mal.
Mais elle ne le fuit pas. Elle dégage ses pieds de ses chaussures et son pantalon et s'approche pour poser ses mains sur son torse qu'elle découvre de ses doigts fins et graciles. Haymitch la laisse faire quelques secondes en fermant les yeux. C'est agréable, diablement agréable. Les poils de ses bras se dressent. Quand il sent ses lèvres sur sa peau, il sursaute. Sa bouche se déplace sur sa poitrine avec une légèreté douloureuse. Il finit par ouvrir les yeux et son regard tombe sur le reflet d'un miroir contre le mur qui lui renvoie l'image de Leevy de dos, sa nuque, ses fesses...

Haymitch n'en peut plus d'attendre et avance, la forçant à reculer contre le lit sur lequel elle se laisse tomber. Elle se déplace sur les draps à l'aide de ses coudes pendant qu'il ouvre son pantalon et s'en débarrasse en même temps que son caleçon. Elle rougit à nouveau et cette fois ne trouve rien à dire ou faire pour le provoquer et dissimuler son angoisse. Elle cherche à retirer sa culotte avec maladresse mais Haymitch l'en empêche d'un claquement de langue réprobateur et d'un mouvement de tête. Elle stoppe alors son geste, fasciné par l'ordre qu'elle reçoit.

Il la rejoint sur le lit, juste à côté d'elle. Au fur et à mesure qu'il remonte vers elle, il laisse sa main caresser sa peau, d'abord sa cheville, puis son genou, et l'intérieur de sa cuisse. Il entend son souffle se bloquer dans sa gorge quand il s'approche de son sexe. Il n'est pas du genre à tourner autour du pot et n'a aucune envie de la faire patienter, alors il presse ses doigts sur sa culotte trempée. Un cri échappe à Leevy et elle cambre le dos. Il commence à tracer des cercles contre elle et goûte sa peau, arrivant sur ses mamelons durcis. S'il s'écoutait, il arracherait sa culotte et grimperait sur elle pour s'y perdre. Mais il veut au moins qu'avant de devoir supporter son étreinte et se rendre compte de son erreur, elle puisse éprouver un peu de plaisir sous ses mains. Ca rendra les choses plus faciles, pour elle, et pour sa conscience.
Il avait oublié à quel point il était grisant de voir le corps d'une femme se mouvoir malgré lui sous des caresses, d'entendre les gémissements incontrôlables qu'il est capable de provoquer. Visiblement, il ne s'y prend pas trop mal, à en croire l'état dans lequel sombre petit à petit Leevy. Il l'entend murmurer son nom, elle s'agrippe à ses cheveux et son corps est secoué de spasmes. Puis elle se laisse tomber, haletante, pendant qu'il lui enlève sa culotte et monte sur elle sans vraiment lui laisser le temps d'atterrir. Il n'a pas envie qu'elle prenne le temps de retrouver ses esprits, de... refroidir.
Leevy essaye pourtant de glisser ses mains entre eux pour le toucher, mais Haymitch chasse ses bras. Il est tellement impatient qu'il n'est même pas sûr de pouvoir durer plus que quelques minutes, qu'il ne prend pas la peine de lui demander encore si elle est sûre de ce qu'elle veut. A ce stade, si elle avait voulu l'arrêter, elle l'aurait fait. Ses futurs regrets ne sont plus de son ressort.

Il la regarde tout de même, et elle ne détourne par les yeux. Elle écarte les jambes en déglutissant le plus discrètement possible, mais il le voit. Il voit la gamine qu'il s'apprête à déflorer et se sent sale de ne pas arriver à trouver la force de s'en aller. Il se console en se disant que c'est une femme, même si elle est plus jeune que lui de vingt-trois ans, c'est une adulte. Et il est déjà tombé si bas qu'au pire, il n'aura qu'à creuser.
Il finit tout de même par faire reposer son poids sur un seul bras afin de poser sa main sur sa joue, comme pour s'excuser. Puis il s'avance en elle, le plus lentement possible dans sa hâte. Il laisse tomber son visage contre le lit et sa main sur son épaule, qu'elle attrape dans la sienne, la serrant avec force. Il grogne de plaisir de la sentir si étroitement autour de lui, c'est tellement bon qu'il manque de venir tout de suite. Il l'entend gémir quand il force légèrement ses barrières naturelles d'un coup de rein, et ce n'est pas du plaisir. Il attend presque une minute, le temps de la laisser s'habituer à lui, et le temps pour lui de reprendre un second souffle. Elle lâche sa main et passe ses doigts le long de sa colonne vertébrale, comme une invitation à continuer. Il ne se le fait pas dire deux fois et entame des va-et-vient assez vifs qui provoquent chez Leevy un mélange de douleur et de plaisir. Haymitch, lui, est tout entier tourné vers les sensations incroyables qu'il ressent en lui faisant l'amour. Rien à voir avec Effie avec qui le plaisir était beaucoup plus primitif, presque compétitif quand il repense à la façon dont elle enchérissait pour essayer de prendre le dessus. Là, Leevy le laisse faire, se donne totalement à lui. Elle attrape son visage pour l'embrasser avec douceur mais c'est avec voracité qu'il dévore ses lèvres au rythme de ses coups de rein.
Et il oublie.
Il oublie sa jeunesse, son inexpérience, sa fragilité, sa tendresse envers lui, le temps qui passe. Il n'entend plus ses gémissements, ni ses propres râles, il ne sent plus la transpiration qui coule dans son dos. Il a vaguement conscience qu'il attrape sa cuisse pour qu'elle relève ses hanches, afin de la pénétrer plus profondément encore, et qu'elle crochète ses jambes autour de sa taille tandis qu'il ne retient plus sa force. Et enfin, il jouit et étouffe son cri contre l'épaule de la jeune femme. La puissance de l'orgasme qui le terrasse est à l'image des six années de frustration qu'il vient de vivre auprès d'elle, intense.

Il se retire et se laisse retomber aux côtés de Leevy dans un soupir satisfait, l'esprit embrumé. Puis il se souvient d'où il est, et qui est couché à ses côtés. Il tourne la tête et la regarde. Il la voit, les yeux fixés au plafond, elle semble... ailleurs, presque choquée, la bouche légèrement entrouverte. Alors, il prend pleinement conscience de ce qu'il vient de faire. Il s'assoit sur le lit, genoux relevés, les coudes posés dessus et le front collé aux paumes de ses mains.

- Quel con... il marmonne.
- Haymitch ? l'appelle Leevy.

Elle se tourne sur le flanc et pose sa main dans son dos. Il fait un geste brusque pour l'écarter et se lève pour récupérer ses vêtements disséminés aux quatre coins de la chambre.

- Haymitch, qu'est-ce que tu fais, tu t'en vas ?

Leevy s'est redressée sur ses coudes et n'a pas recouvert son corps nu qui luit encore de leur sueur, lui offrant une vision encore plus culpabilisante. Il secoue la tête tout en enfilant son caleçon :

- Ouais, je m'en vais.
- Mais...

Elle ne comprend pas, et continue de balbutier des mots incohérents.

- Tu pensais quoi ? Que j'allais nous faire une tisane et te prendre dans les bras ? répond-il brusquement.

Voilà longtemps qu'il ne s'est pas trouvé aussi cruel avec quelqu'un, mais il l'avait prévenue. Elle a l'air choqué, peiné.

- Tu as toute la nuit devant toi pour regretter maintenant.

Et il part en claquant la porte.
Il l'avait prévenue.

.


.
19 mars 2471

- Haymitch ?

Soixante-douze heures de fuite qui prennent fin. Haymitch a eu l'impression de passer ses journées à guetter la présence de Leevy pour mieux l'éviter. Il n'a jamais eu une vie sociale aussi remplie que ces trois derniers jours, s'invitant chez tout le monde, fréquentant tous les lieux publics où Leevy ne pourrait pas venir lui demander des comptes. Le soir, il se rendait au café de la Grand-Place où il buvait jusqu'à une heure avancée, espérant qu'à son retour Leevy serait endormie, et que lui sombrerait si profondément dans le sommeil qu'elle ne pourrait pas l'en tirer. Ça a marché jusqu'à maintenant.
Mais aujourd'hui, Leevy ne travaille pas à la boulangerie, le café est fermé pour inventaire, Katniss est retranchée dans sa chambre où elle boude pour il ne sait quoi encore, enfin, tout le monde semble avoir une activité ne nécessitant pas sa présence, tout le monde sauf Leevy et lui. Et il n'a aucune envie de lui expliquer à nouveau pourquoi il est une ordure, et pourquoi il l'avait mise en garde contre lui. Aucune envie de faire face à un désarroi programmé.
Mais bien sûr, ses envies n'ont aucun poids face à la détermination de Leevy qui, et il le sait bien, peut se montrer extrêmement têtue pour obtenir ce qu'elle souhaite.
Partie rendre visite à Delly et Dalton et leur bruyante marmaille, il a l'impression qu'elle a patiemment attendu son heure, l'heure à laquelle elle sait qu'il s'est levé depuis assez longtemps pour être parfaitement réveillé et pas assez pour être totalement saoul. La connaissance qu'elle a de lui l'énerve au plus haut point.

Assis dans un fauteuil dans le salon, Haymitch lance un regard étudié à la jeune femme, trahissant un intérêt poli mais distant. Dans sa tête c'est autre chose bien sûr, il ne peut pas s'empêcher de la revoir nue, passionnée, tremblante entre ses bras. Mais elle ne doit pas savoir à quel point elle l'a touché, a quel point elle a laissé sa trace sur sa peau. Ce ne serait pas un service à lui rendre qu'elle sache l'admiration qu'elle lui inspire et qu'il essaye encore de combattre. C'est pour ça qu'il l'ignore, qu'il la fuit, qu'il a voulu la blesser après leur étreinte.
Et c'est malheureusement pour ça qu'elle le poursuit.

- Ouais bonjour, répond-il d'un ton ennuyé.

Ridicule tentative d'éluder la conversation, de faire comme si rien n'avait changé, comme si les soupirs de la jeune femme ne s'invitaient pas dans ses rêves, la nuit.
Leevy ne se fait pas avoir. Elle hausse un sourcil, se rend dans la cuisine d'un pas pressé, puis revient avec deux bouteilles de bière forte, la préférée d'Haymitch qu'il fait venir tout droit des distilleries du Neuf.
Un décapsuleur dans les mains, elle fait sauter les capsules en métal, qu'elle range proprement dans un vide poche avant de lui tendre une bouteille et d'en garder une pour elle.
Au tour d'Haymitch d'hausser un sourcil. Il attrape la bouteille fraîche et en boit une longue gorgée, puis :

- En quel honneur ? Je ne t'ai jamais vu boire.

Une autre tentative de lui faire comprendre qu'il ne s'est rien passé qui mérite d'être arrosé. En se cachant derrière son détachement habituel, son mépris du monde qui l'entoure, il espère encore s'en sortir sans trop de dommage. Même s'il sait qu'il est naïf de le penser.
Leevy soupire, secoue la tête, s'assoie face à lui et goute la bière. Elle grimace, forcément, pour un néophyte en alcool, cette boisson n'est pas vraiment le meilleur moyen de s'y initier.

- Tu avais raison, commence-t-elle.

Il lui lance un regard curieux mais satisfait. Dans son innocence, elle n'est pas si bête.

- Tu m'as beaucoup fait souffrir l'autre nuit. Parce que tu as été incroyablement grossier avec moi.
- Je t'avais prévenue, répond-il en haussant les épaules.
- Je le sais.

Elle boit une nouvelle gorgée.

- Mais je ne marche pas, continue-t-elle.
- Pardon ?
- Je ne marche pas. Tout ton comportement, c'est n'importe quoi. Si tu ne me mentais qu'à moi, ce ne serait pas un problème, mais tu te mens à toi-même.

Il ne répond rien, ne sachant pas quoi rétorquer à ça. Leevy se penche vers lui et lui assène, sûre d'elle :

- Tu es un bon acteur Haymitch. Tu sais jouer des tas de choses, en faire croire un tas d'autre, mais l'indifférence...

Elle lâche un rire amer.

- ... tu es nul pour ça.
- Je ne peux pas être tout le temps parfait ! répond Haymitch avec ironie.

Il n'aime pas cette conversation. Pas du tout. Il avait compté sur sa colère, sa détresse, sa peine, mais Leevy est d'un calme à toute épreuve qui l'empêche de prendre le dessus. Il sait manipuler les émotions, mais ce calme... il n'a aucune prise dessus.

- Je ne te suis pas indifférente, déclare-t-elle avec certitude.
- Et je n'ai pas mon avis à donner là-dessus ? rétorque Haymitch avec effarement.
- Je sais que j'ai raison, répond Leevy le plus naturellement du monde.
- Quelle incroyable prétention ! s'exclame Haymitch. Je ne te savais pas si clairvoyante.
- Je sais ce que j'ai vu, s'entête-t-elle.
- Quand ?
- Quand tu m'as fait l'amour...
- Oh pitié !

Il a juste envie de se lever et d'aller s'enfermer dans sa chambre, comme un enfant. De quel droit décide-t-elle de ce qu'il a ressenti, de la façon dont il a vécu les choses ? Cela le met en colère, une colère qu'il essaye de maîtriser où il finira en position de faiblesse.

- Ce n'était pas de l'amour, c'était du sexe, uniquement ! Qu'est-ce que tu en sais, toi ? Tu n'as aucune expérience, tu étais vierge encore il y a trois jours, une pauvre fille innocente ! Et tu penses que t'être envoyée en l'air une fois fait de toi une spécialiste ? Que tu as compris des choses ? Et après tu penses que c'est moi qui me voile la face ?

Le coup porte et Leevy blanchit légèrement. Il voit ses mains se contracter convulsivement autour de sa bouteille, mais elle essaye de de s'exhorter au calme. Elle boit encore pour se donner contenance.

- Je ne suis pas une spécialiste, non. Pas en sexe. Mais je maintiens ce que je dis. Je sais ce que j'ai vu. Tu étais ému.
- Rien que ça ?! Tu confonds l'émotion avec l'impatience de m'envoyer en l'air.

Nouvelle blessure pour l'amour propre de la jeune femme. Il espère commencer à fissurer le mur de certitude derrière lequel elle se cache pour obtenir satisfaction. Si elle craque, il saura la convaincre qu'elle a tort, même si c'est faux.
Il finit sa bouteille en deux gorgées bruyantes puis lâches un rot sonore. Quitte à achever de la convaincre qu'il n'est pas un homme pour elle, autant le faire avec panache. Puis il se penche à ton tour :

- Leevy, je t'avais prévenue. N'essaye pas de sauver quelque chose que tu as cru voir parce que tu avais envie de le voir. Je t'ai dit que je te ferai du mal, psychologiquement, et physiquement. Je ne t'ai pas menti, non ?

Elle ne répond rien, et regarde pour la première fois ailleurs. Il ne la laisse pas s'en tirer à si bon compte.

- Non ? réitère-t-il.
- Non, répond-elle finalement.
- Je t'ai fait mal ?
- Oui, soupire-t-elle. Je te l'ai dit. Tu as été... cruel.
- Et physiquement ?
- Haymitch ! s'offusque-t-elle.

C'est la première fois depuis le début de cette conversation qu'elle perd son sang-froid. Il n'aime pas non plus lui poser cette question.

- Alors ?
- Alors oui, répond-elle en le fixant droit dans les yeux.

Il ne cille pas, mais cela lui demande un gros effort sur lui-même. Il n'a pas aimé poser cette question, il déteste sa réponse. Il est véritablement un être humain écœurant.

- Haymitch, je ne suis pas idiote. Je savais ce qui allait se passer, je savais que j'allais avoir mal, c'est dans l'ordre des choses.
- Je ne t'ai pas ménagée.
- Je ne suis pas en sucre, se défend-elle.

Haymitch laisse tomber sa tête en arrière contre le haut de son fauteuil, fatigué.

- Mais je crois toujours que je ne me suis pas trompée, continue Leevy. Tu as été ému. Tu as pris sur toi, pour moi.

Il grogne de dépit et braque à nouveau ses yeux sur son visage. Cette conversation prend une direction dangereuse. Parler de la nuit qu'ils ont passée ensemble avec autant de précision ravive des souvenirs qu'il préfèrerait oublier pour garder son calme.

- Après... peut-être que je t'ai déçue, que je n'ai pas été à la hauteur, propose-t-elle.

Nouveau grognement incrédule. Prêche-t-elle le faux pour savoir le vrai ou est-elle honnête ? Le doute qui s'inscrit sur son visage le fait pencher pour la deuxième solution, et lui donne une nouvelle arme :

- Leevy... Tu as des rêves de jeune fille incompatibles avec les besoins d'un homme de mon âge, ou si tu préfères, d'un homme tel que moi. Tu es trop intelligente pour ne pas t'en rendre compte. Tu cherches à tout prix dans mon comportement de la tendresse, des sentiments, tellement que tu te remets en question, mais pas sur le bon sujet. Tu es ridicule de penser que tu aies pu être en dessous d'un niveau d'exigence que tu me prêtes gratuitement.
- Alors j'étais bien ? demande-t-elle avec angoisse.

Sa question lui permet d'asséner le coup de grâce, et il s'en veut déjà :

- Si tu as besoin d'être rassurée pour ta future vie sexuelle avec tous les autres hommes que je souhaite que tu aies dans ta vie, alors oui. Rien à voir avec Effie Trinket, et prend ça pour un compliment.

Leevy ouvre la bouche mais aucun son n'en sort. Jamais Haymitch n'aurait pensé se servir d'Effie pour faire fuir une jeune femme amoureuse, et s'il ne se sentait pas si minable, il pourrait en rire.

- Effie ? L'hôtesse ? Tu as couché avec elle ? demande Leevy, surprise.
- Pendant des années, soupire Haymitch.
- Mais...
- Mais quoi ? Tu ne comprends toujours pas quel genre d'homme je suis, à quel point tu ferais bien mieux de ne plus penser à moi ? Oui, j'ai sauté Effie, des dizaines de fois, pendant presque dix ans. La femme qui pioché deux noms tous les ans pour envoyer des gamins à l'abattoir, peut-être des amis à toi, des gamins que je ne sauvais pas, trop occupé à la culbuter...
- ... très bien, le coupe-t-elle.

Leevy se lève avec raideur et pose bruyamment sa bouteille à moitié vide sur la table.

- Très bien. J'en ai assez. Ca suffit.

Haymitch est désolé d'avoir dû en venir à de telles extrémités, de tels mensonges. Sous-entendre qu'il aurait négligé ses Tributs pour Effie... Il sait que Leevy va en souffrir, mais pas autant que lui.

- Je m'en vais, déclare-t-elle.
- Bonne soirée, lui répond-il avec ennui.
- Non, je m'en vais d'ici. Je ne peux plus vivre à côté de toi, c'est impossible, annonce-t-elle.
- Ah, tu prends enfin conscience de qui je suis hein ? C'est moche, pas vrai ! raille-t-il.
- Non, ça n'a rien à voir avec tes mensonges. Oh, je ne doute pas que tu aies culbuté Effie Trinket à bien des reprises, ça ne m'étonne pas vraiment. Mais que tu oses prétendre avoir oublié ton rôle de Mentor pour elle, c'est ridicule. Et si tu es capable de dire une telle bêtise pour me faire fuir, bravo, tu as gagné ! C'est que je suis vraiment de trop, que tu veux vraiment te débarrasser de moi ! Je ne me bats pas pour des causes perdues, j'ai mieux à faire ! Je demanderai demain à Peeta de me prêter sa maison le temps de me retourner, et tu trouveras une autre femme de ménage pour éviter de mourir dans ta crasse.

Elle se dirige vers les escaliers, mais interromps ses pas pour conclure :

- En tout cas, je veux que tu saches que jamais je ne me suis fait d'illusions. J'ai toujours su quel genre d'homme tu étais. Je ne me suis pas bercée de rêves de midinette comme tu dis, je n'ai jamais cru que tu deviendrais ce que tu n'es pas, parce qu'on ne tombe pas amoureuse d'un homme pour ce qu'il pourrait devenir, mais pour ce qu'il est.

Et elle lui tourne le dos, rejoignant l'étage à grands pas.

Haymitch se rassoit, un peu sonnée. Il ne pensait pas sortir de cette confrontation aussi... peiné. Il plonge son visage dans ses mains, retenant à grand peine un cri de rage. Jamais il n'a imaginé qu'elle s'en irait si brutalement, surtout pas en lui avouant qu'elle l'aime. Et il découvre qu'il n'a pas envie qu'elle parte, ce qui l'énerve plus encore.
Il n'a absolument rien à lui offrir. Ça fait longtemps qu'il n'est plus capable de répondre à de l'amour sincère ! Tomber amoureux ne lui a permis que de souffrir quand l'ancien gouvernement a tué Halisse pour le punir, autant dire que ça ne l'a pas prédisposé à s'épancher à nouveau, si tant est qu'une femme ait essayé, ce qui n'a jamais été le cas en trente-cinq ans. A son âge, si sa vie avait été normale, il serait soit mort dans les mines, soit grand-père, pas en train de passer ses nuits à faire l'amour à une femme aussi jeune !
Mais une petite voix, sa conscience qu'il s'applique soigneusement à noyer, lui souffle qu'il serait un incroyable crétin de laisser passer le dernier cadeau que la vie lui offre généreusement. Leevy lui a répété à plusieurs reprises qu'elle savait ce qu'elle faisait, est-ce que ce serait un crime d'en profiter le temps où elle voudra bien de lui, le temps qu'elle se lasse et comprenne que la vie a beaucoup plus à lui donner qu'un vieux Mentor décrépi ?

Sans vraiment s'en être rendu compte, Haymitch découvre qu'il a monté les escaliers et se trouve face à la porte ouverte de la chambre de Leevy. Elle n'y est pas, mais sur son lit trône une valise ouverte d'où dépasse quelques vêtements empilés à la va-vite. Putain qu'il se sent con de regarder ces préparatifs avec regrets !
Le bruit de l'eau qui coule le tire de ses réflexions et il découvre que Leevy est sous la douche, la porte de la salle de bain légèrement entrouverte. Il s'approche discrètement et tend l'oreille. Derrière le vacarme de la douche, il entend des gémissements, comme si elle pleurait. Son cœur se sert.
Il pousse la porte et rentre dans la pièce embuée, devinant le corps de Leevy au travers de la vitre de la douche. Elle est immobile. Ses pleurs s'interrompent et il espère avoir le temps de s'en aller mais elle ouvre brusquement la porte, inondant le carrelage de l'eau qui coule encore. Est-ce le bruit qu'il a fait ou le courant d'air qu'il a provoqué en la rejoignant qui l'a alertée ? Il ne sait pas, et ne sait pas non plus quoi faire, que dire. Nue, trempée, de la mousse sur ses cheveux noirs, le visage défait par le chagrin, elle le regarde avec surprise et douleur. Elle ouvre la bouche, la referme, l'ouvre à nouveau, cherchant ses mots. Finalement :

- Je... je ne regrette pas. Je ne regrette rien.
- Je vais te faire souffrir. Je ne suis pas fait pour le bonheur, rétorque-t-il malgré lui.
- Laisse-moi décider de ce que je veux moi. Toi.

Haymitch la regarde, et son visage est criant de vérité. Elle l'aime vraiment. Alors qu'il n'a rien fait pour mériter ça. Il ne sait toujours pas quoi dire alors il sort la première chose qui lui passe par la tête :

- L'eau coule partout, tu devrais fermer l'eau.
- Viens prendre la douche avec moi, propose-t-elle.

Il soupire mais enlève sa chemise, puis le reste de ses vêtements. Presque sans contrôler ses pas, ceux-ci l'emmènent vers elle, dans la cabine de douche qu'elle referme dans un claquement sec, les plongeant dans un nuage de vapeur au travers duquel il distingue à peine ses yeux gris. Elle colle son corps au sien et l'entraîne contre la paroi carrelée, sous le jet d'eau léger qui coule au-dessus de leurs têtes. Automatiquement, son corps répond à cette proximité et il souffle :

- Leevy...
- Chut ! ordonne-t-elle en posant un doigt sur sa bouche.

Puis elle l'embrasse avec passion, les mains sur sa nuque, la langue dans sa bouche. Il gémit puis d'un geste de la main la retourne pour qu'elle pose ses mains sur la paroi trempée, et se colle à son dos. Ses mains parcourent son corps, ses seins, son sexe. Elle soupire de plaisir et cambre le dos, réclamant plus, ou lui offrant son corps entièrement. Ce qui lui reste de remords fout le camp provisoirement devant cette invitation. Il ne connait personne qui pourrait rester de marbre devant ça, personne, et surtout pas lui. Il se penche vers les grains de beauté de sa nuque qu'il embrasse et la pénètre dans un râle grave.

- Leevy putain...
- Oui Hay... mitch... essaye-t-elle de répondre malgré les caresses qu'il continue de lui prodiguer.
- Levvy je veux que tu me promettes... me promettes une chose, demande-t-il à bout de souffle.
- Ce que tu veux, oh oui, ce que tu veux... soupire-t-elle. Ce que tu veux...
- Quand tu en auras marre de te coltiner un vieillard alcoolique, tu t'en iras. Ne te ferme pas toutes les portes à cause de moi, je n'en vaux pas la peine.
- C'est promis... promis...

.

.


Hahem... Oups, c'est un peu plus long que je le ne pensais. Mais arrivée après la première fois de Leevy et Haymitch, me suis dit que ça ne pouvait pas se terminer aussi facilement.
Bon sang j'adore Haymitch, j'adore essayer de rentrer dans sa tête, le comprendre, il est fascinant !
J'espère que vous avez aimé aussi, j'espère que ma façon d'écrire du M s'est amélioré depuis le premier OS, en tout cas, je me suis éclatée à l'écrire, et si vous avez des choses à dire, bonnes ou mauvaises, il ne vous reste plus qu'à poster une...
REVIEW !

A bientôt dans Les Mesures Inimaginables !
Alice.