Chapitre 2
Arrivée dans le couloir du sixième étage, je me glisse entre une gargouille borgne et une armure grinçante, le temps de reprendre mon souffle. Mince, je ne pensais pas qu'il le prendrait aussi mal ! Certes, c'était mesquin de me venger de sa blague sur son frère. Mais au point de me pourchasser pendant une demi-heure dans les couloirs de Poudlard . . . Quand même, l'un comme l'autre avons déjà fait pire que cela. Ou presque.
Je me penche légèrement hors de ma cachette pour guetter l'arrivée de James Potter. Il ne m'a pas encore retrouvé. Peut-être a-t-il abandonné ? Ou bien alors j'ai finalement réussi à le semer dans les méandres brumeux de ce fichu château. Mais comme il le connaît mieux que moi, il y a des chances que je me sois perdue par la même occasion.
Un peu inquiète à l'idée de me retrouver dans une partie inconnue du château, je jette un œil à travers la fenêtre la plus proche. J'aperçois un bout du lac et le saule cogneur. D'après l'angle, je me trouve dans la partie est du domaine, donc pas top loin du cours de sortilège. Un coin que je ne connais pas trop mal. Le problème, c'est que Potter lui aussi connaît bien cette partie du château. Et par conséquent, s'il ne m'a toujours pas rattrapé, c'est qu'il y a une raison logique à cela, et non pas parce que j'ai eu un coup de chance.
Étrangement, depuis environ la moitié de ma troisième année, échapper à James Potter quand il s'est mis en tête de me retrouver est devenu mission impossible. Où que je me cache, peu importe que ce soit dans le château ou dans le parc, il finit immanquablement par me tomber dessus. Parfois, il arrive même à ma destination avant moi ! Je n'ai aucune idée de comment il parvient à produire un tel exploit, mais quelque chose me dit que ce n'est pas très catholique.
Un bruit retentit dans le couloir à l'angle, derrière moi. Je cesse de repenser à cette énigme signée Potter et me concentre sur ce qu'il se passe un peu plus loin. Clairement, quelqu'un arrive. Je serais incapable de dire si c'est Potter ou pas, mais au cas où, je préfère me remettre à courir. Je sors donc de ma cachette, abandonnant là la gargouille et l'armure, puis prend la direction des étages inférieurs, tentée par l'idée de rejoindre ma salle commune. J'espère juste que Potter ne m'attend pas déjà devant.
Au milieu du couloir, je m'arrête devant une porte en ralentissant et la tire pour l'ouvrir. Elle donne sur un escalier, un raccourci bien connu de tous les élèves de cette école. Mais rarement pris car plongé dans le noir. Seuls ceux qui n'ont pas peur d'utiliser la magie hors des cours, et donc d'enfreindre le règlement, osent l'emprunter.
- Lumos, murmuré-je, en brandissant ma baguette au dessus de ma tête.
Prudemment, je descends ensuite les marches ruisselantes d'humidité, gardant un œil sur elles, tout en laissant traîner une oreille du côté du couloir que je viens de quitter.
- Bouh.
Le visage de Potter apparaît soudainement devant moi, éclairé par sa baguette qu'il tient sous son menton. Je sursaute, surprise par son apparition. Mais s'il croit me faire peur avec cette pâle imitation moldue de fantôme, il se fourre le doigt dans l'œil jusqu'au coude.
Vaincue, je soupire et baisse les épaules. Comme toujours, et malgré mes rêves de réussir à le semer au moins une fois, Potter a finit par me retrouver.
- Ahah !
L'exclamation vainqueur retentit dans mon dos avec force, nous surprenant Potter et moi. Je me retourne aussi sec, me rappelant que j'étais poursuivie précédemment, et visiblement pas par le Gryffondor. Je me retrouve nez à nez avec le visage pataud et rougit par le vin du concierge, Scrooge.
- Pris en flagrant délit d'utilisation de la magie en dehors des heures de cours ! s'exclame-t-il.
Je grimace lorsque je prends de plein fouet l'odeur de son haleine rance.
- Ça fera dix points de moins pour Serpentard et Gryffondor. Ainsi que deux heures de retenue chacun.
- Quoi ! m'exclame-je aussitôt. Non !
- Envie d'avoir deux heures de plus peut-être, miss Brown ?
Je me force à ne pas ajouter un mot de plus, bien que ce ne soit pas l'envie que me manque de supplier à genoux le concierge de revenir sur sa décision. Non seulement, ça ne servirait à rien - ce serait même tout le contraire - mais en plus cela donnerait à Potter une vision de moi que je ne veux pas le voir posséder. Hors de question que je m'aplatisse comme une crêpe devant ce Gryffondor.
- C'est bien ce que je pensais, dit le concierge, terminant sa phrase par un ricanement agaçant. A présent, vous feriez mieux de rejoindre vos maisons, avant que mon humeur généreuse ne disparaisse.
Lui, généreux ? On aura tout vu.
Son devoir accompli, Scrooge fait demi-tour, précédé par la lueur de sa baguette et retourne à l'étage où il m'avait remarqué.
- Merci beaucoup, Potter, fais-je en me retournant vers le jeune homme. Grâce à toi, me voilà en retenue.
Il sourcille.
- Et ? Ce n'est pas la première fois. Et ce ne sera sans doute pas la dernière.
Il ponctue sa remarque d'un sourire malicieux que j'ai instantanément envie de lui arracher à coup de d'ongles. Énervée, je pince l'arrête de mon nez entre mes doigts, et prend la décision d'ouvrir les yeux à cet imbécile de Gryffondor.
- Potter, dis-moi, n'as-tu pas remarqué à quel point je t'ai ignoré depuis la rentrée il y a un mois et demi ?
Le jeune homme croise les bras, éclairant de ce fait le mur gauche, qui n'en a pas tellement besoin. Heureusement que moi je tiens toujours la mienne entre nous, parce qu'autrement on s'adresserait à des ombres.
- Tu crois que c'est pourquoi que je t'ai tatoué « Potter is my king » sur tes reins ? Tu avais visiblement besoin d'une piqûre de rappel.
Mon sang ne fait qu'un tour.
- Espèce d'abruti ! m'écrie-je. Tu n'as pas pensé que si je ne t'avais rien fait, c'était peut-être parce que j'en avais marre de ton jeu puéril ? Tu as dix-sept ans Potter, et tu passes tes ASPIC's cette année. Tu ne crois pas qu'il est un peu temps de grandir ?
- Quel mal y a-t-il à s'amuser ? rétorque-t-il comme si c'était une évidence. Ce n'est pas parce que j'ai l'air de passer mon temps à te chercher des noises que c'est le cas. Je n'ai jamais aucuns soucis avec mes examens de fin d'années.
Je pourrais presque grincer des dents tellement il m'insupporte à ce moment précis. Comment fait-il ? Durant les cinq dernières années, j'ai passé autant de temps que lui à élaborer des mauvais coups contre sa personne, mais chez moi, cela s'est ressenti sur mes résultats. Chaque examen de fin d'année, je les ai obtenus en travaillant d'arrache-pied les jours précédents, et toujours de justesse. Mes BUSE's l'année dernière, n'ont pas été brillantes non plus. Et mes parents, en voyant mes résultats, ont cessés d'être indulgents.
Je suis une née-moldue. Mes parents, avant mes onze ans, n'avaient jamais entendus parler du monde magique. Aussi, lorsque la lettre de Poudlard est arrivée à la maison, nous étions tous très excités par cette nouvelle. Ensuite, lors de nos premiers pas sur le Chemin de Traverse, accompagnés par une représentant du ministère de la magie, nous avons tous les trois ressentis une grande excitation, qui s'est poursuivi durant les années suivantes. Peu importait mes résultats pour mes parents. Ils s'imaginaient que la découverte du monde magique, de toutes ces choses extraordinaires que je leur rapportais, expliquait mon manque d'assiduité en cours et mes éparpillements. Mais en juillet dernier, lorsque les résultats des BUSE's sont arrivés, un petit mot accompagnait le tout. Mon directeur de maison et professeur de potions, Mr Adrians, y expliquait à mes parents que mon potentiel magique était gâché par mes joutes incessantes avec un autre élève de l'école. Que si le temps que je passais en retenue, servait plutôt à mes devoirs, j'aurais sans doute de bien meilleurs résultats.
Bien sûr, mes parents ont toujours reçus des lettres de la part de Poudlard, à chaque fois que j'étais en retenue. Mais les motifs n'y étaient pas clairement précisés, et j'inventais toujours des mensonges pour faire passer la pilule. Mais ils ont cessés d'être dupes. Et la mise en garde a été claire. Ainsi que la punition de cet été.
Je cesse de repenser à ces deux mois passés enfermée dans ma chambre, avec pour seul compagnie mes livres de classe et les mètres de rouleau de parchemin, puis pose mon regard sur le visage expectatif de Potter. Mon agacement est retombé. Je suis consciente d'avoir ma part de responsabilité dans ce qu'il m'est arrivé. Blâmer Potter ne sert à rien. Autant lui expliquer clairement les choses pour le convaincre de me laisser tranquille.
- Je suis contente pour toi si tu peux concilier les deux. Mais ce n'est pas mon cas, et ça s'est ressenti sur mes BUSE's.
Potter décroise les bras, et me regarde avec attention. J'ai le sentiment d'avoir attiser son intérêt.
- Mes parents n'ont pas spécialement appréciés de me voir acquérir de si piètres résultats et le message de Mr Adrians qui accompagnait mes résultats d'examens ont finis par les convaincre que je n'étais pas aussi sérieuse que je le prétendais.
- Et qu'est-ce qu'ils ont dit ? demande Potter.
- Que je devais cesser mes bêtises et me mettre sérieusement au travail si je ne voulais pas passer le reste des vacances de ma scolarité cloîtrée dans ma chambre.
Potter fronce brièvement des sourcils, et l'expression qui passe fugacement sur son visage me confirme à quel point lui aussi ne supporterait pas une telle punition.
- Alors, si tu le veux bien, ne cherche pas à me pousser à bout. Ce qui est arrivé aujourd'hui est la dernière de nos rixes, compris ?
Potter hésite un instant avant d'acquiescer d'un signe de tête. Il me surprend, mais je ne dis rien. Je préfère profiter de cet instant où nous sommes ensembles, et sans nous prendre la tête. Je crois bien que c'est la première fois que ça nous arrive. Et ce n'est pas si désagréable.
Au bout de plusieurs secondes de silence, je passe devant Potter, lui adresse un signe de la tête pour le saluer et termine la descente de mes escaliers pour rejoindre le rez-de-chaussée. Je me sens partagée. D'un côté, je suis contente d'avoir mis les choses au clair avec lui, mais de l'autre, je sens déjà que nos petites rivalités vont me manquer, comme elles le faisaient déjà, avant que je ne me réveille trois jours plus tôt avec ce tatouage dans le bas de mon dos.
O0o0O
Le soir-même au dîner, le moins que je puisse dire c'est qu'Evelyne Brown n'est pas la plus aimée à la table des Serpentard. Je me suis installée bien au milieu, histoire d'être entourée de tous et de bien entendre les commérages. Alors bien sûr, les rumeurs qui ont circulé toute la journée sont toujours là, et ce qui est arrivé à Albus est en train de se savoir. Certains se disent qu'il y a un lien de cause à effet, d'autres s'interrogent encore sur ce qui est vrai et ce qui est faux. J'en entends des vertes et des pas mûres.
Un groupe de jeunes filles de septième année de ma maison, qui ne prennent même pas la peine de chuchoter, visent assez juste en supposant que mon tatouage est un coup des Potter. Elles hésitent entre James et Albus, le premier étant mon rival attitré depuis plusieurs années, et le second s'étant énigmatiquement retrouvé nu comme au premier jour dans les dortoirs des filles de première année de notre maison.
Des élèves plus jeunes, mais toujours des filles, visent plutôt dans le burlesque avec leurs suppositions. Elles pensent que je me suis fait tatoué ça moi-même, histoire de déclarer ma flamme au Gryffondor et lui faire comprendre que je veux plus qu'une rivalité entre nous. Beurk.
Bon, si je ne suis pas de mauvaise foi, je peux trouver à Potter quelques atouts. Déjà, comparé à d'autres, il n'est pas trop désagréable à regarder. Mais faut aimer les roux. Et dans le genre, il est bien roux, orange vif comme le chat de Whiskas. Il a des yeux bleus très pâle, rien d'anormal quand on a sa couleur de cheveux, et le teint clair. Il a aussi des tâches de rousseur sur le nez. Autrement, il possède une silhouette athlétique grâce au quidditch, et il est plutôt grand. Niveau caractère, je ne connais de lui que sa malice et son entêtement. J'ai entendu dire qu'il est aussi serviable et travailleur. Mais ce sont des on-dit.
Justement, un peu plus loin sur la droite, le fameux Potter est entouré de ses amis à la table des Gryffondor. Ils me regardent en rigolant. Je fronce des sourcils. Qu'est-ce qu'il se passe encore ? A moins que Potter ne leur ai raconté quelque chose à mon propos. Ou que l'histoire du « Potter is my king » les fasse encore rigoler à gorges déployées. Dans ce cas-là, ils ont nettement besoins de s'acheter une vie sociale.
- Eve, tu comptes rester encore longtemps avec cette apparence ?
Je dévie mon regard sur ma gauche, où vient d'apparaître Lucretia. Debout près de moi, une main à plat sur la table, elle se penche sur ma personne, me regardant comme si il venait de me pousser une seconde tête.
- De quoi est-ce que tu parles ? lui demandé-je, avec un plus d'animosité que de coutume.
D'habitude, Lucretia et moi sommes plutôt bonnes amies. Sauf que je ne digère toujours pas le coup qu'elle m'a fait ce matin.
- De ta tête, répond-t-elle comme si c'était une évidence, sans même s'offusquer de mon ton brusque. On dirait une très mauvaise imitation de Potter.
- Merde ! m'exclame-je fortement en posant mes mains sur ma tête.
Ah oui, j'ai complètement oublié le coup de la transformation des autres crétines tantôt. Du coup, je comprends mieux pourquoi on se fout totalement de ma gueule depuis le début du repas, ainsi que les ricanements des amis de Potter. Et vu qu'elle m'a fait la remarque, je pardonne un petit peu à Lucretia. Mais juste un petit peu.
A peine ai-je le temps de comprendre que je ressemble toujours à n'importe quoi, que j'ai déjà pris mes jambes à mon cou. Hors de question que je reste une minute de plus dans la Grande Salle en arborant la sale tronche de Potter. Je cours à travers les couloirs et les escaliers pour rejoindre ma maison, et débarque en trombe dans la salle commune après avoir beuglé le mot de passe au mur qui cache le passage secret. Je me plante devant le premier miroir que je vois et inspecte les dégâts, avant de sortir ma baguette pour remédier à tout cela. Quelque sortilèges plus tard et me voilà de nouveau normal.
J'ai retrouvé mes cheveux blonds, qui m'arrivent de nouveau sur les épaules, et mes yeux bleus foncés ne sont plus ternis par cette affreuse paire de lunettes. Malheureusement, je ne peux rien pour mon uniforme déchiré, il va me falloir me changer avant d'envoyer celui-là aux elfes de maison pour qu'il puisse le repriser. Je reste encore un moment devant le miroir, pour vérifier que l'on ne m'a rien changé d'autre. Ma peau est de la même couleur qu'avant, mon nez est toujours identique, mes sourcils n'ont pas disparus et mes oreilles ne s'agitent pas dans tous les sens. Je me tourne ensuite et me tord le cou pour apercevoir le bas de mon dos. Le tatouage a bel et bien complètement disparu et apparemment il ne menace pas de réapparaître.
Je cesse de me reluquer dans le miroir qu'en j'entends du bruit provenant du couloir qui mènent aux chambres. Quelques secondes plus tard, Albus fait son entrée dans la salle commune, occupé à finir de boutonner sa chemise. Il ne m'a pas encore remarqué.
Sourire amusé aux lèvres, je me décale de deux pas sur la droite, vient poser une fesse sur l'accoudoir du canapé le plus proche, puis croise les jambes. Je le lorgne d'un regard amusé, attendant qu'il finisse de s'occuper de sa chemise pour me remarquer. Il arrive près de la sortie de la salle commune quand, enfin, il redresse la tête. Il me voit aussitôt. Son visage exprime aussitôt son partage entre la colère et le repenti. Au moins a-t-il compris que ce qu'il a fait n'était vraiment pas cool.
- Ouais, bon, j'imagine que j'ai bien mérité ta vengeance, fait-il en passant une main gênée dans ses cheveux noir corbeau, aussi en bataille que ceux de son frère. Mais franchement, me foutre à poil ...
Je hausse des épaules.
- Pour les réclamations, voit avec ton frère. Il fallait bien que je fasse quelque chose pour faire disparaître les rumeurs à mon sujet. Je crois avoir plutôt bien réussi. On parle déjà beaucoup de toi dans la Grande Salle.
Maintenant, Albus affiche montre qu'il m'en veut. Fini le repenti. Cela aura été de courte durée.
- Sans parler de l'humiliation que tu m'as infligé, pense à cette pauvre première année qui m'a trouvé ! s'exclame-t-il. Elle avait l'air complètement traumatisé.
Bon OK, j'avoue. Même si je trouve que j'ai été pas mal humilié, c'est encore pire pour lui. Mais hors de question que je lui fasse des excuses. Ça lui apprendra à donner notre mot de passe à un élève d'une autre maison.
- Elle s'en remettra, t'inquiètes pas pour ça. Et puis, elle n'a pas vu le plus traumatisant, j'avais pris soin de bien le cacher.
- Mais toi, tu l'as vu ! s'écrie aussitôt Albus, le rouge aux joues.
Je ne peux empêcher d'émettre le rire qui me secoue le corps. Bien entendu, il le prend très mal.
- Ne te moque pas de moi, me dit-il. C'est ... c'était ...
Le pauvre en perd ses mots.
- T'es plutôt bien foutu, dis-je aussitôt pour le rassurer, avec un sourire espiègle aux lèvres. C'est de famille ?
Albus s'offusque et rougit de plus belle avant de quitter la salle commune en trombe. Je le suis des yeux, les épaules secouées par mon rire qui n'en finit pas. Au mois, cette histoire m'aura-t-elle permise de rire un bon coup.
