Chapitre 2 : Infiltration
Remus Lupin et Severus Rogue, étaient dissimulés à l'orée de la forêt et attendaient le signal des autres membres de l'Ordre. Ils devraient faire vite, car bientôt le jour se lèverait et Voldemort pouvait revenir à tout moment. Pour l'instant, tout semblait calme au manoir Malfoy et rien ne laissait présager ce qui allait se passer.
Il avait été prévu que Rogue conduise Remus jusqu'aux cachots, puisqu'il ignorait la disposition des lieux, et qu'il se fonde ensuite dans les rangs des mangemorts. De cette façon, il serait vu, combattant aux côtés des serviteurs du mage noir et cela éviterait que tout soupçon soit porté contre lui. Il devait aussi tenter de les retenir le plus loin possible des cachots pour que le loup-garou soit en mesure d'évacuer les membres de l'Ordre qui étaient sans doute blessés et mettraient plus de temps que la normale pour s'échapper. Severus reviendrait plus tard à Square Grimmaurd, lors que la situation se serait calmée au manoir Malfoy, pour aider à soigner les blessés.
Le Seigneur des ténèbres était parti le matin même avec un petit groupe de ses fidèles et, comme d'autres mangemorts étaient aussi partis en mission de leur côté, Rogue estimait qu'il devait rester au maximum une vingtaine de personnes sur les lieux. De moins, c'est ce qu'il espérait vu le nombre réduit de membres de l'Ordre qui participait à cette mission de sauvetage.
Tout à coup, une explosion retentit de l'autre côté du manoir, projetant un éclair rouge dans le ciel encore sombre, c'était le signal qui avait été convenu. Remus et Severus se jetèrent un coup d'œil avant de se lever et de se précipiter à l'intérieur du manoir tout en veillant à ne pas être vus. Ils se rendirent jusqu'au mur extérieur et Rogue murmura quelque chose d'inaudible contre le mur dont les pierres s'écartèrent pour faire place à une porte qu'ils franchirent aussitôt.
Ils se retrouvèrent alors dans une sorte de boudoir aux murs recouverts de tableaux de toutes sortes qui s'animèrent en les voyants. L'ancien mangemort leur lança rapidement un sort de silence ce qui fit froncer les sourcils à de nombreux personnage des peintures, mais Rogue ne leur accorda pas la moindre attention. Il lui montra le chemin vers les cachots lorsqu'ils eurent traversés un long couloir et emprunté un escalier.
Alors qu'il aurait dû partir pour se joindre aux autres mangemorts et les aider à repousser l'attaque qui se déroulait plus loin, Rogue s'attarda un instant.
"Tu ne devrais croiser personne sur ton chemin, normalement. Personne ne surveille les cachots." Dit-il, sans le regarder dans les yeux.
Ils n'avaient pas échangé un seul mot depuis leur arrivée au manoir et Remus fût surpris d'entendre la voix du professeur de potions. Il hocha la tête.
"Malgré cela, inutile d'agir comme un stupide gryffondor et de prendre des risques inconsidérés." Ajouta Rogue rapidement, puis il se retourna et partit en s'éloignant d'un pas rapide, laissant Remus en plan.
Un mince sourire moqueur étira les lèvres de Remus, qui avait compris que c'était la façon qu'avait l'autre homme de lui dire d'être prudent. Vraiment, cet homme était impossible, se dit-il. Il reprit sa route et traversa le dernier corridor qui menait aux cachots, de grandes tapisseries étaient suspendues aux murs et représentaient des scènes de chasse à courre. Il peinait à croire qu'on puisse réellement vivre dans un tel lieu, sorti tout droit d'une autre époque. Pas étonnant que ses propriétaires aient des valeurs d'un autre siècle.
Bien que le couloir soit désert, il demeurait à l'affût, sa baguette tendue devant lui, prêt à se défendre si besoin était. Il entendait les bruits étouffés de la bataille qui lui parvenait de l'extérieur, les cris et les sorts se répercutaient dans la nuit et il souhaita qu'aucun membre de l'Ordre ne soit blessé.
Il descendit l'escalier en colimaçon menant aux cachots, tel que le lui avait indiqué Severus. Il était faiblement éclairé et il prit garde à ne pas manquer une marche et débouler l'escalier de pierre. Quelques instants plus tard, il se retrouva face à une épaisse porte en bois ouvragée et ceint d'énormes charnières de métal. Il jeta un sort pour vérifier les protections mises en place et, d'un coup de baguette, il lança le contre sort pour les abaisser, comme le lui avait expliqué l'espion.
Ne sachant pas ce qui l'attendait de l'autre côté, il posa son oreille contre la porte dans l'espoir d'entendre quelque chose, mais rien ne filtrait à travers l'épaisseur du bois. Il jeta un sort d'ouverture et la porte s'ouvrit à la volée sur une pièce plongée dans l'obscurité la plus totale. Il ne parvenait même pas à voir à un pas devant lui.
"Lumos!" Murmura-t-il en pointant sa baguette vers l'intérieur de la salle.
Une lumière bleutée s'alluma au bout et lui permit de distinguer approximativement les détails de la pièce qui l'entourait. Contrairement à ce qu'il aurait pensé, c'était une seule pièce et non des cellules individuelles. En faisant un pas de plus dans la salle, il distingua une silhouette immobile assise contre un mur.
"Jones?" Appela-t-il d'un ton incertain en s'approchant légèrement, méfiant.
Voldemort n'était pas reconnu pour son attitude magnanime et il était possible que des mangemorts ayant été punis par leur maître se trouve dans cet endroit sordide.
"Remus?" Répondit l'homme assis par terre et le loup-garou reconnut immédiatement la voix de son ami.
Il se précipita sur Jones et lui demanda si tout allait bien, ce dernier lui répondit par une grimace et lui montra les liens magiques qui lui retenaient les poignets entre eux et la chaîne qui les reliait au mur de pierre dans lequel elle était solidement ancrée. Remus demanda si Finley se trouvait dans le château elle aussi, mais Jones lui lança un regard sans équivoque. L'Ordre venait encore de perdre un précieux membre et ses membres venaient de perdre une amie.
Lupin lança un sort pour rompre l'enchantement maintenant les liens en place, mais plutôt que de se rompre, les bracelets de métal devinrent rouge vif, comme s'ils étaient chauffés à blanc. Jones poussa un hurlement de douleur tandis qu'une odeur de chair brûlée se rependait dans la pièce.
"Merde!" Jura Remus, horrifié.
Après quelques secondes, les menottes reprirent cependant leur aspect normal. Lupin jura de nouveau, mais contre lui-même, cette fois. Évidemment, ça ne pouvait pas être aussi facile. Ces chaînes avaient tout de même pour fonction de retenir un membre de l'Ordre du Phénix et, qui plus est, un auror expérimenté. Alors que les deux hommes s'affairaient à trouver une solution, une voix s'éleva d'un coin de la pièce plongée dans l'ombre.
"Il faut le mot de passe…" Chuchota la voix qui était si faible que les deux sorciers ne furent pas certains d'avoir bien compris.
"Quoi?" Dit Remus. "Qu'avez-vous dit?"
"Pour les ouvrir… Ferentes…" Murmura la voix en se brisant dans un toussotement.
Lupin, sceptique, et ayant peur de déclencher à nouveau le mécanisme de défense des chaînes se pencha avec circonspection vers les poignets brûlés de Jones. Si ce prisonnier connaissait le mot de passe comment cela se faisait-il qu'il ne se fût pas déjà échappé?
"Ferentes?" Dit-il à mi-voix en direction des chaînes, craignant qu'elles ne brûlent encore son ami et se promettant que, si c'était le cas, celui qui l'avait ainsi induit en erreur en paierait le prix.
Il n'eut pas besoin de recourir à de telles extrémités, puisque les menottes s'ouvrirent aussitôt dans un bruit métallique et tombèrent par terre dans un grand fracas, libérant Jones qui poussa un soupir de soulagement et se leva du sol de pierre humide sur lequel il se tenait depuis une éternité. L'auror avait fini par perdre le compte des jours puisque la lumière ne pénétrait jamais dans les cachots et que leurs geôliers ne les nourrissaient pas tous les jours.
Se demandant qui avait bien pu les aider de la sorte et surtout pourquoi ce prisonnier ne s'était pas enfui s'il connaissait le mot de passe, le loup-garou pointa sa baguette vers le coin d'où venait la voix, de manière à y projeter un peu de lumière. Mais il ne vit rien.
Il s'approcha doucement et cela lui prit un bon moment avant d'apercevoir la silhouette couchée par terre, immobile. Il crut un instant qu'il était mort, après tout, la voix lui avait semblée si faible. Il continua d'avancer et poussa un hoquet de surprise lorsqu'il reconnut, après quelques secondes, le visage meurtri et ensanglanté de Draco Malfoy.
Il eut un mouvement d'hésitation et même de recul, puis d'incompréhension en remarquant que le jeune homme était complètement nu et que son corps était couvert de blessures, de terre et de sang. Sans réfléchir, il enleva sa cape et y enveloppa le jeune homme à qui il avait enseigné et qui était maintenant inconscient à ses pieds. Il tenta de le soulever, mais le corps inanimé de Draco était lourd. Il lui lança un sortilège d'allègement et Jones s'approcha pour aider son ami à le porter, puisque même léger, il était encombrant. Ils sortirent du donjon et traversèrent le couloir aux tapisseries. Ils avançaient difficilement et surtout d'une façon dangereusement lente, car Jones était faible lui aussi.
"Est-ce que tu sais ce qui s'est passé, pourquoi l'ont-ils enfermé ici?" Demanda Lupin qui ne comprenait absolument pas pourquoi l'héritier des Malfoy se trouvait en si mauvaise posture.
"Aucune idée, je ne savais même pas que c'était lui. Ils l'ont jeté ici un peu avant l'explosion et, sincèrement, je croyais qu'il était mort vu qu'il n'avait pas prononcé un mot avant que tu n'arrives."
Ils montèrent avec peine l'escalier suivant et se glissèrent dans le boudoir désert des Malfoy, là où Rogue et Lupin s'étaient séparés un peu plus tôt. Remus et Jones déposèrent Malfoy, qui était toujours inconscient, par terre, pour reprendre leur souffle quelques secondes. Jones avait de la difficulté à calmer sa respiration qui était précipité et inégale, vu les blessures qu'il avait subies aux mains des mangemorts. Près d'eux, un éclat de voix retentit et ils entendirent le son distinct de sorts lancés entre deux combattants.
"On n'y arrivera pas, Lupin!" Dit Jones en pointant le serpentard et en jetant un regard dans la direction d'où ils avaient entendu les voix et la bataille. "Il est chez lui ici, que veux-tu qu'on fasse, c'est un mangemort de toute manière."
"Comment peux-tu dire une chose pareille? Regarde ce qu'ils lui ont fait, on ne peut pas le laisser, ce n'est qu'un gamin! Je lui ai enseigné, je le connais, il n'est pas mauvais, ce n'est qu'une jeune perdu et impressionnable, pas question qu'on le laisse ici! Je vais mettre ce que tu viens de dire sur le compte de ton traumatisme." Répliqua l'autre d'un ton sans appel, indigné par le comportement de l'auror.
Jones soupira, mais obtempéra sans un mot de plus et ils reprirent leur difficile avancée, finissant par arriver, tant bien que mal, à l'orée de la forêt où les attendait un porte-au-loin, comme prévu. Plus loin, la bataille faisait rage entre l'Ordre et les mangemorts présents, la nuit se teintait de lueurs rouges, vertes et blanches alors que les cris et le bruit des sorts retentissaient. Les autres membres de l'Ordre les rejoindraient plus tard. Remus eut un dernier regard pour la bataille, espérant que personne ne serait blessé juste avant de toucher le porte-au-loin, en même temps que Jones, alors qu'ils tenaient toujours le fils de leur ennemi entre eux.
Harry se leva prestement de la table de la cuisine en entendant des pas dans l'entrée du Square Grimmaurd. Cela annonçait à coup sûr le retour des membres de l'Ordre de la mission de sauvetage au manoir des Malfoy. Hermione et Ron, qui jouaient aux cartes avec lui, se levèrent à leur tour et se échangèrent un regard inquiet, se demandant sans doute combien de blessés il y aurait cette fois ou pire, s'il y aurait des morts.
À leur grande surprise, ce fut Jones qui entra en trombe dans la cuisine avant qu'ils n'aient le temps de faire quoi que ce soit. Il avait le teint livide et de multiples marques sur son visage couvert de sang séché ce qui laissait entrevoir que son séjour chez les mangemorts n'avait pas été de tout repos. Ses vêtements déchirés étaient dans un état dégoûtant, tout comme ses cheveux crasseux. Il leur adressa un bref signe de tête, ouvrit une armoire, agrippa une pile de linge propre et s'en retourna aussi vite qu'il était venu. Harry remarqua qu'il boitait légèrement.
Leur curiosité définitivement piquée, les trois gryffondors lui emboîtèrent le pas, se demandant qui avait été blessé pour qu'elle telle urgence anime celui qui aurait dû être celui en train de se faire soigner. Le cœur de Harry se serra en imaginant qu'il pouvait s'agir de Remus, mais celui-ci surgit alors devant eux, tenant dans ses bras un corps enveloppé dans une cape, sa cape, remarqua le Survivant. Avant que les trois amis n'aient le temps de voir l'identité du blessé, Jones l'aida à soutenir le blessé et ils le montèrent les escaliers avant de s'enfermer dans l'une des chambres.
"Qui c'était?" Demanda Ron d'un ton inquiet, croyant que ses amis avaient mieux aperçu le blessé que lui et espérant que ce ne soit pas son père.
Les deux autres lui firent un signe négatif de la tête, lui signifiant qu'ils n'avaient pas, eux non plus, pu voir de qui il s'agissait.
"Il a l'air mal en point." Constata Hermione en désignant les taches de sang qu'avait laissé le blessé sur le tapis de l'entrée.
"Je crois qu'on devrait aller voir, ils ont certainement besoin d'aide." Suggéra Harry d'un ton où se mêlaient la curiosité et l'inquiétude.
Tout à coup, les autres membres de l'Ordre qui avaient participé à la mission apparurent dans le hall, le porte-au-loin encore dans leurs mains. Tout le monde avait l'air sain et sauf, mis à part Tonks qui ne posait pas son pied par terre et qui se cramponnait à Fol'Oeil.
"Où sont les autres?" Demanda Arthur Weasley en regardant vers la cuisine d'où sortit sa femme qui était partie à la cave chercher des pommes de terre et qui ne les avait pas entendus arriver.
"Ils sont partis en haut, il y a un blessé." Dit Hermione en pointant le haut de l'escalier.
"Jones? Finley?" Demanda Fol'Oeil d'un ton autoritaire.
"Pas Jones, il l'aidait à porter le blessé." Répondit Harry.
"Arthur, il faut prévenir Severus, Finley doit être blessée." Dit Mme Weasley à son mari, comme s'il n'avait pas pu faire cette déduction par lui-même.
"Il ne devrait pas tarder, il devait nous rejoindre ici dès qu'il le pourrait." Expliqua M. Weasley.
Lupin déposa le plus doucement possible Malfoy sur le lit avec l'aide de Jones et hésita un instant sur la suite des choses. Il n'était pas médicomage et c'était habituellement Rogue qui s'occupait des blessés. Son savoir était plutôt limité dans ce domaine quant aux soins à apportés et il était bien conscient de la gravité des blessures du blond. Il soupira nerveusement en pensant à la réaction qu'aurait le maître des potions en voyant son filleul dans un tel état et il s'imagina comment lui réagirait s'il voyait Harry dans cet état. Il chassa rapidement cette pensée désagréable de son esprit et se concentra sur le jeune homme inconscient toujours recouvert de sa cape. Il devait agir plutôt que se perdre dans ses pensées.
Il s'approcha du blessé et hésita un instant avant d'écarter doucement les pans de la cape, craignant ce qu'il verrait et surtout, de ne pas être en mesure de savoir quoi faire si sa situation s'avérait trop grave. Son souffle se coupa lorsqu'il souleva le tissu et constata l'état du jeune homme. Dans la noirceur du cachot, il n'avait pas vraiment vu l'étendue de ses blessures, mais là, dans cette pièce bien éclairée, toute l'horreur se révélait à lui.
Les cheveux blonds étaient souillés de sang et de terre, tout comme son visage qui était tuméfié au niveau de la lèvre et de l'œil qui était si enflé, qu'il ne parviendrait pas à l'ouvrir. Partout sur son corps, de larges ecchymoses, ainsi que des coupures et des éraflures marquaient sa peau diaphane et plus particulièrement autour de ses poignets qui avaient virés au mauve, comme si on l'avait retenu contre son gré. Il serra les dents en voyant les profondes marques de griffes sur ses hanches.
Cependant, ce qui le fit frémir davantage c'était tout le sang qui commençait à sécher à l'intérieur de ses cuisses. Il se passa une main sur le visage et soupira comme il ne l'avait jamais fait auparavant, comme si, ce faisant, il tentait de faire sortir toute la rage qui commençait à monter en lui. Ce n'était un enfant. Comment était-il possible de faire une telle chose à quelqu'un, personne ne méritait ça. Il sentit ses mains se mettre à trembler et il recouvrit rapidement le blessé de sa cape, incapable de supporter cette vision davantage et ne voulant pas l'exposer inutilement, même s'il était inconscient, par respect.
Jones, qui était resté à l'écart. se rapprocha de Remus et lui mit une main sur l'épaule. "Je regrette ce que j'ai pu dire tout à l'heure, pauvre gosse."
"Va chercher Severus." Répondit Lupin d'une voix blanche, tout en se penchant sur Malfoy, il abaissa la cape pour dévoiler son torse et prit une serviette qu'il trempa dans le bol d'eau que Jones était allé chercher quelques minutes auparavant et commença à nettoyer ses plaies, au moins ça, il savait le faire.
Il s'en voulu d'espérer que Malfoy reste inconscient jusqu'à l'arrivée de Rogue, mais il n'aurait su quoi lui dire s'il s'éveillait et il n'était pas certain d'être prêt à affronter sa réaction en le voyant, quelle qu'elle fut.
"Malfoy? Draco Malfoy?" Répéta Ron, abasourdi, comme s'il ne pouvait qu'avoir mal comprit.
Dès l'arrivée de Rogue, Remus s'était retiré de la chambre qu'occupait Malfoy pour le laisser travailler. Presque aussitôt, il avait été assailli par Harry, Ron et Hermione qui avaient appris de Jones, en même temps que les autres membres de l'Ordre, que ce n'était pas Finley qui était revenue enveloppée dans la cape de Rémus, mais bien Draco Malfoy.
"Je n'avais pas le choix, je ne pouvais pas le laisser là, il serait sûrement mort." Répliqua Remus en ignorant le ton révolté de son ancien élève.
"Vous auriez pu le laisser mourir, c'est qu'un mangemort après tout ! Je ne comprends vraiment pas pourquoi…" Continue le rouquin, mais il fut interrompu par Hermione.
"Tais-toi Ron et écoute donc ce que Remus dit!"
"Ron a raison, c'est un mangemort, je ne vois pas pourquoi on prendrait le risque de l'abriter ici, ça n'a aucun sens." Exposa Harry sèchement.
Lupin fut surpris d'entendre Harry parler de la sorte et surtout sur ce ton. Il avait remarqué depuis quelque temps que l'attitude de celui qu'il considérait presque comme un fils avait changé. Depuis la mort de Sirius, il se mettait en colère plus facilement et semblait habité par une rage perpétuelle. Il trouvait cela très inquiétant, mais à toute les fois où il avait tenté de lui en parler, le jeune homme l'avait rembarré aussitôt.
"Ce n'est pas officiellement un mangemort, il n'a pas la marque de Vous-Savez-Qui. En plus, il n'est certainement pas de leur côté vu ce qu'ils lui ont fait et de toute façon, je n'ai pas à me justifier auprès de vous. Ce qui est fait est fait, les autres sont au courant et nous prendrons nos précautions vis-à-vis de lui. Pour l'instant, Rogue est avec lui et, dans l'état où il est, il ne pourra pas nous causer de tort. Et arrêtez de me regarder comme ça! Je ne suis pas plus à l'aise que vous à l'idée d'avoir un Malfoy sous ce toit!" Se fâcha Remus en s'éloignant, mettant irrémédiablement fin à cette conversation qui lui déplaisait de plus en plus.
Harry secoua la tête de dépit, réfléchissant que ça n'avait aucun sens d'abriter le fils d'un des plus fidèles mangemorts dans le quartier général de l'Ordre, alors qu'ils faisaient tout pour garder le plus grand secret sur cet endroit.
Cela devait bien faire un an qu'il n'avait pas revu Malfoy, mais la dernière fois, il défendait toujours autant les idéaux de son père et tout le monde savait qu'il s'apprêtait à suivre les traces de ce dernier et à devenir un mangemort à son tour. C'était dans son sang et c'est ce que tous attendaient de lui. Il se demanda ce qui avait pris à Remus de le ramener ici. C'était prendre un risque franchement inutile qu'ils ne pouvaient se permettre, pas alors la guerre faisait rage et que leurs rangs n'avaient jamais été aussi clairsemés.
Depuis la dernière bataille, qui leur avait coûté de nombreuses vies, les gens semblaient avoir perdu espoir et certains de leurs alliés avaient même déserté leurs rangs pour s'enfuir d'Angleterre, comme si ça allait arranger quelque chose. Harry rageait à cette pensée, ces gens étaient tellement égoïstes, lui était prêt à sacrifier sa vie sans une seconde pensée pour que cette maudite guerre finisse. S'enfuir n'était qu'une solution éphémère, où s'enfuiraient-ils si Voldemort prenait le pouvoir? Il fallait lutter, et ce, à tout prix.
Quand Draco ouvrit les yeux, il ne reconnut pas la chambre dans laquelle il se trouvait. Sa respiration était si douloureuse qu'il se força à ne prendre que de toutes petites inspirations. Il avait l'esprit embrumé et se sentait étourdi, on lui avait certainement donné une potion calmante. Il tenta de se redresser, mais une main se posa fermement sur son torse, le forçant à rester allongé.
"Il n'est pas question que tu te lèves dans ton état. Je t'ai donné une potion pour atténuer la douleur et une autre pour aider la guérison de tes blessures." Dit Severus en se penchant vers son filleul, sans toutefois réussir à dissimuler comme il l'aurait voulu l'inquiétude qu'il ressentait et qui s'affichait tant sur son visage que dans sa voix.
"Qu'est-ce qui se passe?" Demanda Malfoy complètement confus en observant plus attentivement la petite chambre démodée dans laquelle il se trouvait et qu'il était certain de ne jamais avoir vu auparavant. Il fronça les sourcils en voyant qu'il portait un pyjama trop grand qui n'était pas le sien et surtout son parrain qui affichait un air qu'il ne lui avait jamais vu auparavant. Visiblement, il n'était pas chez lui et quelque chose s'était passé. Soudain, une image lui traversa l'esprit, il se voyait allonger sur le sol, Étienne était à côté de lui et… NON. Il eut un haut-le-cœur et sentit soudain une douleur sourde, atténuée par la potion, au plus profond de lui-même. Il eut un nouveau haut-le-cœur et vomit cette fois-ci sur les couvertures.
Non…non…non…non…non…non…non…, se répéta-t-il comme un mantra en tentant de se débattre, comme si quelqu'un le retenait encore, alors que, pourtant, personne ne le touchait.
Severus Rogue, qui s'attendait à une telle réaction lorsque le blond reprendrait connaissance, saisit une fiole sur la table de chevet et l'approcha rapidement de la bouche du blessé, lui intimant d'en boire le contenu. Draco envoya valser le petit contenant de verre à l'autre bout de la pièce en le frappant du revers de la main. Il se leva malgré la douleur intenable et bouscula son parrain, mû par la force du désespoir.
"Ramenez-moi chez moi!" Hurla-t-il en tentant de s'échapper.
"Recouche-toi immédiatement, tu vas rouvrir tes plaies!" Cria Rogue en se levant pour l'arrêter.
Voyant que le serpentard ne l'écoutait plus et continuait de hurler qu'il voulait rentrer chez lui dans un langage plus au moins cohérent, il tenta de l'agripper et de le recoucher de force, mais ce dernier se jeta alors sur lui en tentant de lui donner des coups de poing au visage. Rogue repoussa le jeune homme avec difficulté, sa baguette était dans sa poche et il avait besoin de ses deux mains pour le retenir. Ce fut alors que Remus Lupin et Arthur Weasley entrèrent dans la pièce, alertés par les cris. Ils empoignèrent Malfoy qui se démenait comme un diable, rouvrant certaines de ses coupures qui s'étaient remises à saigner.
"Lâchez-moi !" Hurla Draco en se débattant comme si sa vie en dépendait, le souffle court et les yeux fous. "Lâchez-moi ou je vous tuerai tous ! LÂCHEZ-MOI!"
Les deux hommes le maintinrent couché sur le dos, tandis que Severus le forçait à avaler une potion de sommeil qui le ferait dormir au moins douze heures. Presque aussitôt après l'avoir bu, le corps de Malfoy se détendit et il perdit connaissance. Ils le recouchèrent dans le lit qu'Arthur nettoya d'un coup de baguette et se regardèrent d'un air grave, aucun n'osait parler et briser le silence qui s'était installé depuis que les cris de Malfoy avaient cessé. Lupin se demanda si les cris de la bête qu'il devenait une fois par mois étaient semblables à ceux qu'avait poussés le serpentard et il frémit à cette idée.
Derrière la porte de la chambre se tenaient Harry, Ron et Hermione qui étaient montés en même temps que M. Weasley et Remus, en entendant les hurlements du blessé. Eux aussi se regardaient sans rien dire, mal à l'aise. Ce fut Hermione qui brisa le silence d'une toute petite voix, semblable à celle qu'emploient les gens dans une église, comme si elle sentait que ce moment méritait le même genre de respect.
"Je crois qu'on devrait redescendre." Suggéra-t-elle.
Les deux autres acquiescèrent sans pour autant pouvoir quitter la porte de la chambre de Malfoy des yeux, médusés.
