"": Aeternam Noctura :""
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2.Ses yeux clairs obscurs
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Some are born to Sweet Delight, some are born to Endless Night.
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J'attendais les claires nuits d'été avec impatience. C'est lors de ces nuits où, éblouie par la beauté des cieux étoilés, j'aimais laisser mon esprit vagabonder. Ces nuits où je marchais seule, suivant un sentier éclairé des rayons de lune, me mouvant comme une ombre à travers la forêt.
Dans ce royaume alpin, même les grands arbres ne pouvaient filtrer la douce lumière argentée. Je fuyais souvent à travers la forêt jusqu'à atteindre le bord d'un lac. La surface ondulait sous la brise fraîche des montagnes. Parfois, je me laissais surprendre par le premier choc glacé de l'eau contre mon corps, puis avançait sans grande difficulté, nageant et flottant sur le dos afin de mieux contempler le ciel nocturne. D'autres fois, je m'installais calmement sur le rebord couvert de mousse. Je pouvais rester assise ici pendant des heures, à observer ces nuits silencieuses.
Des montagnes sombres et gigantesques encerclaient ce splendide paysage. Des roches lointaines, tantôt lisses, tantôt escarpées, qui ressemblaient aux doigts d'une main levée, prête à saisir quiconque voulait tenter leur exploration, sans en connaître les dangers.
Durant ces nuits, je pouvais retrouver mon âme. L'écouter sans craindre de dévoiler ses secrets. Alors je la laissais ici, dans ce lieu paisible, emporté par le vent ou caché à travers les reflets de l'eau.
Oui, je profitais de ces moments de répit, mais c'était étrange. Etrange de me laisser aller à ses sentiments, observer le fond de mon âme de mes yeux sombres. Des yeux qui ont versé des larmes sous la souffrance. Des yeux qui ont assisté à la mort d'ennemis et d'êtres chers. Des yeux victimes d'horreurs qui ne seront sans doute jamais apaisées par la pureté et la quiétude de ce lieu.
Lorsque je pouvais m'échapper et contempler mon reflet à la surface de l'eau, ce n'était pas moi, mais ses yeux que je fixais, ses yeux qui me faisaient rêver. Alors je restais là, sans bouger, de peur de les voir disparaître. Je les observais en pensant à lui. En pensant à moi.
Juillet 1945. Sept mois après notre première rencontre…
Je me tenais immobile au bord du lac, les pieds touchant presque la surface de l'eau glacée.
J'avais combattu deux sorciers cette nuit là, j'étais blessée et épuisée. Ayant tout juste survécu à cette rencontre, j'ai ensuite été surprise par les aurors. Cela aurait pu tourner à la catastrophe… et ils savent à présent qui je suis. Cette pensée me fit rougir.
Les quelques gouttes d'eau sur mes pieds me tentaient déjà. Sans plus attendre, j'ôtais ma robe de sorcier, et vêtue d'une fine tunique de soie, commençais à patauger dans le lac. Je sentais les grains de sable et les galets glisser entre mes pieds. Les mains plongées dans l'eau, je soulevai le liquide et laissait filer les gouttes entre mes doigts, comme pour mesurer le temps. Le temps qui semblait s'écouler au ralenti tant le souffle du vent étouffait les bruits de la vie. Je frissonnais. Puis prenant un souffle profond, je plongeai.
Rien n'était comparable à l'effet grisant de me retrouver immergée sous l'eau. Un effet si intense que j'arrive difficilement à me souvenir de l'instant lui-même. C'était peut être pourquoi je continuais à le faire. D'abord un contact glacé, puis de légers picotements et enfin la douce caresse du courant contre mon corps, perturbant les profondeurs des ténèbres… Arrivée à la surface, je riais parfois. Personne ne m'entendait, du moins, c'est ce que je pensais.
Mon maître et ses quelques fidèles restaient au château, et étaient bien trop absorbés pour profiter d'un moment de calme. Ils n'ont sûrement jamais prêté attention au sentier, à la forêt ou encore à ce lac glacé. Ma place, le lieu caché de mon âme, un lieu non marqué par leur présence.
Cependant cette nuit, alors que je nageais au-dessous de la surface, je sentis une présence.
Quelqu'un se trouve ici, pensais-je. Je ne distinguais pas grand-chose sous l'eau, mais un vif coup d'œil vers le rivage m'indiqua qu'il était désert. Je refis surface et observai le bord du lac, puis les ténèbres environnantes des arbres de la forêt.
Je me préparais à un autre plongeon, mais me ravisai lorsque le hululement d'une chouette se fit entendre. Je regagnai donc le rivage et entreprit de me sécher rapidement avant de revêtir ma robe et ma cape de sorcier. J'appréciais la douce chaleur du vêtement, après être sortie si brusquement de l'eau froide. Cette fois, je pris le chemin du retour, laissant ma baguette à portée de main.
Sombre et silencieuse, la forêt semblait vide de tout être vivant. Je restais sur mes gardes mais ne sentais plus aucune présence autour de moi. La route étroite menant au château m'était presque visible.
Mes yeux me jouent des tours, pensais-je, lorsque j'aperçus une ombre avancer rapidement en direction du pont.
La silhouette avait l'air de se mouvoir à la façon d'un spectre sous la lueur du clair de lune, et était vêtue d'une cape, la cagoule relevée. Arrivée au bord du pont, elle s'arrêta en soulevant dans son élan, une fine vague de poussière. Derrière elle se tenait le grand pont traversant les douves et un peu plus loin, l'étrange et magnifique château. Situé aux pieds des montagnes d'Albanie faisant frontière à la Grèce, l'édifice de pierre était impressionnant. Ses tours et ses remparts surélevés brillaient presque de la même teinte indigo que les ciels nocturnes.
Mais le décor sauvage n'attirait déjà plus mon attention. Je fixais la silhouette, toujours parfaitement immobile, sa cape balayée par le vent, tel le mouvement enflammé des torches de la grille principale. Je pris une profonde respiration et me préparai à entrer à nouveau dans l'univers de mon maître, à traverser le pont menant au château de Grindelwald. Baguette en main, je m'approchais lentement de la silhouette lorsque je remarquai également deux autres sorciers debout devant la grille ouverte. Ils semblaient incertains de l'attitude à adopter devant l'intrus qui avait déjà traversé le pont.
Alors que je me rapprochais assez pour lever le mystère, mon corps trembla.
C'était lui.
J'allai lever un regard troublé vers les yeux qui ont hanté mes rêves depuis Décembre dernier, lorsque je repris le contrôle de mes émotions. Mon visage redevenu de glace croisa le sien, d'albâtre. Nos yeux se rencontrèrent brièvement avant que je ne me détourne et continu mon chemin.
L'un des deux sorciers près de la grille vint aussitôt à ma rencontre.
"Baguette en main, et cet intrus est encore en vie ?" demanda Abraxas, son visage à demi éclairé sous la lueur des torches. Sa voix était douce, mais j'en décelai déjà un ton d'urgence et d'anxiété.
Certains fidèles ne m'accordaient plus leur confiance depuis les évènements de Décembre, même s'ils étaient seulement une fraction à se dresser contre moi. Abraxas m'approuvait toujours, mais il semblait maintenant être en conflit avec lui-même, en proie à des doutes à mon sujet.
Une voix familière mais bien plus sournoise, s'éleva des ténèbres, " Je suppose qu'il fait parti de ses plans pour détruire les plus loyaux d'entre nous". L'autre sorcier avec Abraxas était Hackett, le frère du feu-Wolfric qui trouva la mort par ma main. Il était petit et stupide…agrippant sa baguette d'une main qui aurait volontiers voulue attaquer Riddle, et moi par la même occasion.
Je jetai un regard au jeune homme toujours debout au bord du pont, puis m'adressai à Abraxas :
"C'est lui."
Abraxas laissa échappa un sifflement de surprise devant ma remarque, bientôt suivit du ricanement dédaigneux de Hackett : "celui qui a bêtement défié Lord Grindelwald ? Celui qui t'a prêté main forte avec les aurors ? Il est sûrement au service de Dumbledore !"
"Je n'en suis pas si sûre" répondis-je calmement. Et avec un dernier regard vers la silhouette qui attendait patiemment, j'ajoutai : "je pense plutôt qu'il attend une invitation."
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TBC...
Merci à KloOnah Riddle pour sa review! J'espère que cette suite t'a plu! Et pour ceux qui me lise également, laissez moi vos commentaires! Merci à vous.
