« Stiles, j'y vais ! » lança son père en bas de l'escalier.
Seul le silence lui répondit. Le shériff fronça les sourcils, mais ne s'inquiéta pas outre mesure de ne pas avoir de réponse. Depuis quelques temps, son fils s'enfermait dans un silence inquiétant et s'isolait dans ses pensées. John n'osait pas se plaindre de cette situation, car quand il n'était pas silencieux, il était comme fou (il avait, il y a quelques temps, fait comme une crise d'hystérie) ou alors il restait sombre et finissait par se disputer avec lui. Le shériff était fatigué de cette situation et ne comprenait plus son fils. Ils avaient été tous les deux pendant si longtemps, apprenant à vivre malgré tout, se soutenant dans les épreuves. Stiles avait grandi trop vite, et avait souvent été source de réconfort pour lui. Il s'en voulait de ne pas pouvoir aider son fils, la personne à laquelle il tenait le plus au monde. Quand Stiles avait accepté d'aller voir un psychologue, il avait été soulagé. Quand il en avait parlé la première fois, il n'avait récolté qu'un « je vais très bien, je n'ai pas besoin d'aide, je ne suis pas fou ! ». Non il ne l'était pas, mais il était au fond du gouffre et le shériff n'avait pas moyen d'y accéder ni de l'en sortir. Il n'avait pas osé le questionner après sa séance, lui avait demandé si tout allait bien et avait récolté un « hein hein » très significatif : je ne veux pas en parler.
Il franchit la porte sachant qu'il ne laissait pas vraiment son fils tout seul puisque Scott avait proposé de passer.
Quand il entendit la porte se fermer, il ne put s'empêcher de se sentir soulagé. Enfin seul. Seul avec sa tristesse, libre de se complaire dans sa dépression. Il se complaisait dans cet état, car c'était plus simple de lâcher prise, de baisser les bras et d'accueillir la dépression comme une vieille amie. Elle avait le don de vous couper des autres, de vos amis, de votre famille. Mais elle ne demandait rien en retour, ni paroles ni explications ni actes et c'est tout ce que demandait Stiles pour le moment. Il soupira quand son regard tomba sur le calendrier affiché devant lui. Il avait rendez-vous avec sa psychologue demain. Sa première séance n'avait pas été aussi horrible que ça, même s'il ne le reconnaîtrait pour rien au monde. La deuxième ne lui avait rien apporté de plus, mais pour autant, il n'avait pas passé un si mauvais moment que ça. Il pencha sa tête en arrière et ferma les yeux. Il se laissa envahir par le silence, puis une image s'imposa à son esprit. Une image troublante qui le fit frissonner. Celle de deux yeux verts qui le fixaient avec intensité. Une odeur de pin vint lui troubler les narines…Il sursauta et faillit se retrouver, à nouveau par terre. Pourquoi l'image de ce mec lui revenait-elle ainsi. Ils n'avaient même pas échangé un mot ! Comment s'appelait-il déjà ? Derek. Ils ne s'étaient pas vus la dernière fois, après tout ils n'étaient pas censés avoir toujours rendez-vous en même temps ! Alors pourquoi pensait-il à lui ? Et pourquoi cette pensée avait-elle quelque chose de réconfortant ?
Stiles était trop perdu en ce moment pour identifier ce qu'il ressentait au plus profond de lui-même. Alors, il oublia. Quand est-ce qu'il avait commencé à être ainsi ? Il n'y avait pas vraiment eu un jour précis, c'était comme si petit à petit, il n'avait plus eu envie de sourire, comme si petit à petit, vivre avec les autres et parler avec eux n'avaient plus d'intérêt. Inconsciemment, la pensée de sa mère ne cessait de revenir ainsi que son visage, son odeur…Mais ça il ne voulait pas le voir. Pas pour le moment. Il n'était pas prêt.
Il entendit sonner en bas. Scott était quand même venu. C'était son meilleur ami, ils se connaissaient depuis qu'ils étaient tout petits, mais il ne comprenait pas pourquoi Scott s'acharnait à venir le voir à rester son ami, alors que lui-même ne se supportait plus. Il se leva de sa chaise, et descendit lentement les escaliers pour ouvrir la porte sur un visage souriant.
« Salut, je t'ai amené la collection Star Wars, ce soir c'est Marathon » lui dit-il dans un sourire avant de rentrer.
Stiles ferma la porte.
« Salut frangin ! »claironna Cora en se jetant à côté de Derek sur le canapé. On était un vendredi soir, et Peter était sorti en claironnant qu'il reviendrait tard et bourré ou qu'il ne rentrerait pas avant demain matin. Derek vivait dans une famille tellement équilibrée…
Le jeune homme se contenta de maugréer en essayant de garder son attention fixé sur le livre qu'il était entrain de lire. Mais la jeune fille ne comptait pas en rester là.
« Alors quoi de neuf ? Comment c'est passé ta journée ? » demanda-t-elle en se collant à lui.
Cora et lui ne se voyaient pas beaucoup, Cora était en internat dans une ville voisine, pour son propre bien selon le jeune homme et son oncle. Il savait de quoi elle voulait parler. Tout ce qu'il voulait pour elle, c'était une vie normale et la plus équilibrée possible. Une vie loin de lui en somme.
Derek suivait des séances avec une psychologue depuis quelques mois. Jamais il n'aurait pensé y mettre les pieds un jour. Puis il avait perdu Laura…Cette perte s'était ajoutée à celle de ses parents. Il était maudit. Et avait perdu pied par la même occasion. Un jour, il avait failli lever la main sur sa petite sœur. Il ne se rappelait même plus pourquoi, juste qu'il avait été en colère. Peter qui était là, avait crié son nom juste à ce moment-là. Il ne s'était pas reconnu, il s'était fait peur. Il aimait Cora plus que tout au monde. Elle était sa seule famille, hormis Peter mais bon on ne pouvait pas vraiment le mettre dans le même sac ! Il se demandait encore comment sa petite sœur pouvait rester aussi proche de lui, comment elle pouvait même continuer à l'aimer. Alors, il avait franchi un cap. La première séance, il n'avait pas décroché un mot. La psychologue ne s'en était pas offusquée et lui avait proposé un deuxième rendez-vous. Là encore il n'avait pas parlé. Il n'y arrivait pas, et sans s'en rendre compte, voulait tester la jeune femme. Au bout de la troisième séance, il finit par parler. Pour lui demander pourquoi elle tenait à perdre son temps avec lui, à moins que ça soit pour l'argent.
Derek était comme ça.
« Je n'avais rien de mieux à faire, et je trouve que vous n'êtes pas une si grande perte de temps. Loin de là » lui avait-elle répondu presque du tac au tac.
Il n'avait rien trouvé à répliquer à ça. Au fond, s'il était là, c'était pour Cora. Cette idée lui permis de passer à l'étape supérieure : parler. Il n'avait rien dit de très personnel ou profond. Il n'avait pas beaucoup parlé. Mais bizarrement, cette femme arrivait à le mettre à l'aise. Il n'avait pas l'impression d'être chez une psychologue, mais de parler à quelqu'un qui le comprenait vraiment.
Son esprit se mit à dévier, il pensa à sa séance de demain. Il n'y allait plus à contre cœur, et la dernière fois il avait même parlé de sa mère. Il se perdit encore plus loin dans ses pensées. Alors qu'il était sorti de séance il y a quelques jours, au moment de partir, il avait rencontré un garçon qui lui occupait l'esprit, il se demandait pourquoi. Ce dernier était à moitié par terre, mais debout il devait être presque aussi grand que lui. Mais il paraissait plus jeune. Il y avait dans son regard quand il l'avait croisé quelque chose de terriblement bouleversant. Assez pour qu'il y pense encore aujourd'hui. S'il avait poussé plus loin sa réflexion, il se serait rendu compte que ce regard était celui qu'il avait la première fois qu'il avait franchi la porte de ce cabinet.
Cora avait remarqué le regard rêveur de son frère, et s'interrogea. Qu'est-ce qui c'était passé chez la psy ?
